‹ SchopenhauerChapitre 237 sur 266 · Mor., § 18, W., III, p · texte numérisé non relu

Mor., § 18, W., III, p

Schopenhauer n'en est pas moins complexe. Aucun historien, à notre connaissance, n'a remarqué qu'il n'y a pas dans ce système moins de trois morales, dont chacune est fortement liée avec la métaphysique dont elle procède et, cependant, ne s'accorde qu'imparfaitement avec les deux autres. Ces morales ne se sont pas dessinées à des moments divers de la pensée schopenhauérienne ; elles sont énoncées au livre IV du Monde avec une netteté que ne dépassera pas ÏEthique. Nous distinguerons ainsi, dans l'ordre suivi par Schopenhauer, une morale de la justice, une autre de la pitié, une troisième de l'abnégation.

Ne faudrait-il pas même, à ces trois morales, en ajouter une quatrième, celle que Schopenhauer a vécue, — morale tout empirique, de simple prudence, disons même d'habileté, « art de vivre », tel qu'il fut conçu et pratiqué par ce bourgeois méthodique, administrateur avisé de ses biens, attentif à sa santé, à son confort, à sa tranquillité ? Que cette morale ne présente que des ressemblances lointaines avec l'idéal du héros et du saint, c'est ce qui ne prête pas au doute. Nietzsche s'est indigné plaisamment que ce pessimiste, si profondément convaincu de l'incurable misère de la créature, eût le cœur de jouer de la flûte au sortir de table ^ Mais Schopenhauer ignorait moins que personne la contradiction de sa vie et de sa doctrine. « Je ne suis pas un saint2 », pas même un « ascète3 », avouait-il. Cependant il ne s'est pas borné à vivre la morale de la prudence ; il l'a mise en théorie, notam-

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