Loc. cit., p
dément intuitif ; elle est vidée de tout contenu et n'est plus qu'un pouvoir formel d'abstraction et de généralisation, une machine à concepts. Elle n'atteint pas l'objet, la chose, elle n'en donne que des extraits, des signes. On peut donc dire que Schopenhauer est resté, beaucoup plus que Kant, voisin de l'empirisme, en ce sens qu'il réduit l'élaboration des données sensibles par l'esprit à n'être qu'un mécanisme logique, qui n'ajoute rien au contenu de la perception. Mais il reste cependant en deçà de l'empirisme pur, puisqu'il reconnaît dans l'intuition une intelligibilité immanente, qui lui est conférée par la faculté même de la représentation, et que la raison n'aura plus qu'à dégager.
Gomment expliquer une divergence si profonde entre deux philosophies, dont l'une prétend dériver de l'autre? Nul ne l'a mieux compris que Schopenhauer luimême : « Une différence essentielle entre la méthode de Kant et la mienne, écrit-il, consiste en ce qu'il part de la connaissance médiate et réfléchie; moi, au contraire, de la connaissance immédiate et intuitive [. » On ne peut mieux dire. Kant est parti, non de la considération du sensible pur, mais du sensible déjà élaboré par la science; l'expérience dont il fait la théorie n'est pas l'expérience vulgaire, c'est l'univers de Newton, un univers déjà réduit à des lois intelligibles. Dès lors, pour Kant, l'objet est un objet général, conceptuel, connu a priori; c'est le mouvement, la matière. Et c'est bien là la force du criticisme. Si, en effet, la science déjà constituée est donnée au philosophe, il ne s'agit plus de la justifier contre