‹ SchopenhauerChapitre 91 sur 266 · Critiq. de la philos. liant., p · texte numérisé non relu

Critiq. de la philos. liant., p

le scepticisme, mais seulement d'expliquer comment elle est possible. Mais là aussi git la difficulté insurmontable à laquelle se heurte le système. Schopenhauer a bien mis le doigt sur le défaut de la cuirasse : si des objets généraux sont connus a priori, comment l'accord est-il certain du général et du particulier, c'est-à-dire, en somme, de l'idéal et du réel? Une science est possible, soit; mais c'est une physique abstraite, une sorte de géométrie de la matière. Qui garantit, dès lors, que cette géométrie gouverne le pur sensible, le particulier? Si le criticisme était vrai, « la connaissance abstraite devrait mettre entre nos mains tous les fils qui mettent en mouvement le jeu bigarré de marionnettes qu'est le monde sensible1 ». Or il n'en est rien. L'abstrait n'est qu'un extrait : il nous éloigne du réel.

Cependant une vérité demeure, qui suffit à maintenir la grandeur de la philosophie kantienne : le monde est ma Représentation, rien de plus ; il n'est qu'autant qu'il m'apparait ; sa loi n'est que la forme de ma perception ; la vie n'est qu'un rêve bien lié. Le subjectivisme kantien est ainsi à la source de l'illusionnisme. Mais c'est le propre de la philosophie de percer l'illusion à jour et d'aller, au delà, jusqu'au réel absolu. Kant, à vrai dire, a condamné a priori toute recherche en ce sens. Il a relégué la chose en soi hors des prises de la connaissance, et, du point de vue scolastique auquel il se place encore, il a eu raison. Et cependant, le problème s'impose si fortement au philosophe qu'il ne l'a pas évité entièrement ; il a même entrevu la véritable solution et soupçonné la Volonté dans la chose en soi.

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