‹ SchubertChapitre 8 sur 19 · M'»» Audley, p · texte numérisé non relu

M'»» Audley, p

Plus tard, l'objet de . son culte le plus fervent fut Beethoven; Schubert se sentait attiré vers le colosse par une influence en quelque sorte magnétique. Malgré cela, il est douteux qu'il soit jamais entré en relation avec le grand symphoniste.

S'il faut en croire Schindler1, Schubert, en 1822, ayant dédié à Beethoven ses Variations sur un thème français2, serait allé les lui offrir lui-même. Il aurait été bien accueilli du maître ; mais, invité par lui à écrire les réponses à ses questions, il se serait senti paralysé par la timidité, au point que ses doigts ne pouvaient tenir la plume.

Le docteur Kreissle met en doute l'exactitude de cette anecdote. Il pense, sur la foi de Joseph Hïittenbrenner, — lequel affirme tenir ce renseignement de Schubert lui-même, — que Beethoven était absent lors de cette visite, et 'que les Variations furent remises à la servante. Quant au Maître, objet de l'admiration fanatique de son jeune contemporain, avant sa dernière maladie, il ne connaissait presque rien de Schubert. Aussi parutil très surpris quand Schindler, pour le distraire de ses souffrances, lui apporta un jour une collection d'environ soixante mélodies (dont plusieurs manuscrites), de l'auteur du Roi des Aulnes. Il manifesta même quelque incrédulité en apprenant que le nombre des liede* composés par Schubert ne s'élevait pas à .noms de cinq cents! Après avoir examiné attentivement cette collec-

I. Schindler, fidèle compagnon de Beethoven pendant 1rs dernières années de sa vie ci biographe du maître.

t. D'aprèa opinion de notre érudit confrère et ami Paul Vidal,. la thème français, varié par Schubert, sérail L'air : ■a»P<™*™ s, ho chevalier ■■■ composé par La reine Hortense et chanté pur Iob soldats de Napoléon.

IV ■■■« ■jwgi'WIW

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lion, Beethoven sentit son étonnement se changer en plaisir, et il s'écria à plusieurs reprises : « Vraiment Schubert est animé d'une étincelle divine ! ».

D'après Ilïittenbrenner, la première et l'unique visite faite par Schubert à l'auteur de la Neuvième aurait eu lieu à l'heure où Beethoven, déjà plongé dans les ombres de la mort, ne pouvait guère avoir conscience de sa présence pas plus que de celle de Hùttenbrenner et du peintre Teltscher qui l'accompagnaient. Le Maître, averti qu'ils étaient là, fit de la main un de ces signes vagues, familiers aux mourants, inexplicables aux vivants, après quoi Schubert se retira très ému.

Singulier rapprochement de ces deux existences écoulées dans la même ville, vouées au même art, qui s'étaient côtoyées dans la vie, sans presque se rencontrer, que la mort rapprochait et qu'elle allait bientôt péunîr pour toujours !

Schubert accompagna Beethoven à sa dernière demeure, au cimetière de Wshring. Au retour, entrant avec deux amis, Franz Lachner et Joseph Randhartinger dans une « weinstube », il lit remplir trois verres ; il but une première fois à la mémoire du grand homme auquel les derniers honneurs venaient d'être rendus ; puis, versant une seconde rasade, il but à celui des trois amis qui mourrait le premier. Une année à peine s'était écoulée que Schubert s'endormait de son dernier sommeil. Conformément à son plus cher désir, il fut inhumé au cimetière de Wâhring, près de la tombe de Beethoven.

Il est impossible, quand on aime Schubert, de ne pas éprouver une vive sympathie pour l'auteur de la lettre

suivante1, qui lit preuve d'une pénétration si délicate, en exauçant le vœu à demi exprimé par un frère chéri.

21 novembre 1828, 6 heuresdu matin2. — « Cheret respecté père. ... Beaucoup témoignent le désir de faire enterrer notre cher Franz dans le cimetière de Wahring, et je suis de ce nombre, car je crois suivre en cela son intention. Le soir qui a précédé sa mort, il me dit, dans un état de demi-connaissance : « Jeté conjure de me laisser dans ma chambre et non de me laisser dans ce coin de terre. Estce que je ne mérite pas une place sur la terre ? » — Je lui répondis : « Cher Franz, calme-toi. Crois-en donc ton frère Ferdinand, en qui tu as toujours eu confiance et qui t'aime tant. Tu es dans la chambre où tu as toujours été ; tu reposes dans ton lit... » — Alors Franz dit : « Non, ce n'est pas vrai, Beethoven ne repose pas là ! » — N'est-ce pas une révélation de son vœu le plus intime, celui d'être placé à côté de Beethoven, qu'il admirait tant ?

J'en ai donc parlé à Bieder, et je me suis informé combien ce changement pourrait coûter3 : ce sera à peu près soixante-dix florins. C'est beaucoup, beaucoup; mais certainement très peu, eu égard à Franz.

Pour ma part, je puis fournir quai*ante florins, car j'en ai reçu hier trente. Du reste, je pense qu'on peut bien compter que toutes les dépenses de sa maladie et de son enterrement seront payées par ce qu'il laisse.

Si donc, mon cher père, vous êtes de mon avis, cela m'ôtera un gros poids du cœur. Mais il faut que vous vous décidiez tout de suite et que vous me répondiez par le porteur de la présente, afin

1. Ferdinand Schubert (1794-1859), d'abord aide-instituteur à l'Institut des orphelins de Vienne, devint ensuite professeur et lierjeiis chori à Altlerehenfeld. A près avoir rempli ces fonctions pendant quatre ans, il fut nommé professeur à l'Ecole Normale de Sainte-Anne, à Vienne, et mourut directeur de cette école. Ferdinand Schubert était organiste de talent. 11 a laissé des compositions religieuses et des écrits pédagogiques. 11 l'ut l'ami fidèle et tendre de son frère Franz, qui mourut entre sis bras et lui légua ses manuscrits.

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