‹ SchützChapitre 120 sur 146 · N08 14 et i · texte numérisé non relu

N08 14 et i

3. Le basson complète cet orchestre. Dans ces deux pièces (19 et 20), paraît le même Alléluia.

4. Je ne peux que signaler ici les psaumes d’après la traduction de Cornélius Becker (1628), un motet sur la mort d’Anna-Maria YVildeck (120 vol.), les Exequien de lleiurich Reuss (mort en i635) et le motet écrit pour la mort de J. -H. Sclicin (12e vol.).

les chapelles d’Allemagne, que l’on réunit avec peine quelques chanteurs et quelques instrumentistes et que, surtout, il n’y a plus de fêtes où la musique d’apparat soit à sa place. Aussi, Schütz a-t-il composé seulement pour des chanteurs, et souvent pour des solistes, les « petits concerts spirituels » dont il dédie la première partie à Ileinrich von Friesen auf Rotha, le 29 septembre i636A.

Il n’y propose point d’autre accompagnement que la basse continue ; les instruments n’y paraissent presque jamais : on n'y trouve qu’une symphonia de quelques mesures, écrite pour une seule partie, avec la basse de l’orgue1 2, et une autre que l’accompagnateur improvisera, d’après le continuo 3. Dans les « concerts » en solo, la déclamation est d’une force et d’une beauté extraordinaires. Cette musique ne vit que par l’accent des mots, n’admet aucune mélodie superflue et cependant, finit par atteindre au lyrisme, à cause de l’incomparable mouvement des lignes et de l’enchaînement parfait des tons. La simplicité et la minutie du récitatif ne la dessèchent pas. Encore que, dans le premier de ces « con-

1. Erster Theil kleiner geistlichen Concertent Ed. Spitta, 6e vol. Sur H. von Friesen, voy. plus haut, p. 106.

L’ŒUVRE

certs », Eile mich, Golt zu erretten , le compositeur appuie sur chacun des mots importants, la phrase ne s’alourdit pas, ne se divise pas1 2. Sans arrêt, le courant secret de la modulation la dirige et la nourrit. C’est par le changement soudain delà tonalité que, danslamème pièce,

Ioh a . ber bin e . Iead und arm

la plainte ich aber bin elencl uncl cirm devient si émouvante, et c’est par l’effet des progressions ascendantes que les appels à Dieu, et les prières impatientes y jaillissent comme des cris, de plus en plus violents. De môme dans 0 s iis ser, o freundlicher, o g litige r Herr Jesu Christel et dans le duo Erhôre mich3, la répétition des motifs, toujours plus haut, indique la force croissante de la supplication. Au contraire, pour que les paroles divines aient une majesté et en même temps une fermeté plus grandes, Schütz laisse descendre, de degré en degré, le thème unique dont il adapte successivement le chant à ces diverses propositions, « car je suis ton Dieu, —

1. Cette pièce est écrite in Stylo oratorio , déclare Schütz.

je te donne la force, — je te porte secours l». En ressassant les motifs, et c'est un de ses stratagèmes familiers, il les grave dans l’esprit, à jamais; et, d’ailleurs, les contours de ses dessins mélodiques sont si nettement marqués, ils révèlent si fidèlement la musique obscure des mots, que, du premier coup, l’auditeur les saisit et les retient. Il semble qu'il ne soit point possible de dire Der Herr schouet vom Ilimmel2, autrement que de cette manière : solennellement, et comme en se prosternant; on ne saurait traduire avec plus de grâce la promesse de louanges Kindes kind werden deine Werke preisen (duo de sopranos Der Herr ist gross und sehr lôblich 3,) ni évoquer plus délicieusement, l’image de « l’arbre près des eaux » (duo de soprano et d’alto Wohl dem , der niclit wandelt im Rath der Gottlosen 4). Ainsi, même dans les duos composés en style de contrepoint, Schiitz, maître de la plastique, laisse resplendir les courbes fortes ou charmantes sans les emmêler; tout reste lumineux et puissant5.

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