Avis ad benevolum lectorem
•2 La même liberté d’ attribution se remarque déjà dans les petits concerts spirituels. Les Italiens en donnent l’exemple.
pour des voix seules. L’orchestre est plus indépendant que dans beaucoup de compositions antérieures, où il ne faisait qu’achever le tissu de polyphonie, préparé par les chanteurs. Ici, les deux forces sont bien distinctes.
Les violons interviennent quand la voix se tait, et s'ils répètent les motifs qu’elle a formulés avec les paroles, ce n'est plus pour les multiplier par un contrepoint scrupuleux, mais pour les étendre et les propager dans la liberté de l’enthousiasme. Ainsi, après une sorte d’introduction chantée en style de récitatif ( Mein Herz ist bereit , Gott, dass icli singe and lobe)', le soprano (ou le ténor) propose un thème de rythme décidé ( Dass icli singe), les violons l’imitent, et c’est là seulement qu’ils jouent pour la première fois. On les entend encore, en interlude, après ce commandement qui suscite la Symplionia : Wachauf \ Psalter und Ifarfe ; plus loin, ils participeront au développement de la phrase llerr , ich will dir danken , et prolongeront les vocalises inévitablement associées à ces mots cc et ta vérité s’étend aussi loin que les nuages » ; mais ils ne sont étroitement unis au chant que dans ce passage, déclamé lentement {tarde) par le soliste : « Dean deine Güte ist so weit der Him -
i. N° i. Comparez cetlc pièce au Paratum cor meum de la première partie des Symphoniae sacrae (1629).
L’ŒUVRE
mel ist ». De même, clans Singet clem Herren ein neues Lied1, les instruments soutiennent par des accords les paroles solennelles, redoublent les vocalises et enrichissent les progressions. Dans Herr, unser Herrscher (ps. 8) 2, l'orchestre, animé et comme scintillant quand le psalmiste parle des astres, décrit, plus loin, le mouvement de la mer, que le texte désigne3 4. Au commencement du Magnificat allemand \ les violons répondent à la tirade exaltée du soprano par deux courts motifs que I on croirait pris dans un récitatif, tant ils sont nerveux, et qui rayonnent soudain, comme deux éclairs de la splendeur divine ; une discrète et tendre sinfonia des violes (ou des trombones) annonce le verset « et sa miséricorde se répand de race en race siliceux qui le craignent » ; la trompette retentit avant que l’on chante « il déploie la force de son bras », et les flûtes semblent rythmer une marche d’armée, avant le verset : « 11 renverse les puissants de leur siège ». Le premier violon prélude à la suave traduction de Er den-
2. N°3. Schütz reprend, pour finir, la première période. Il semble avoir voulu imiter, dans les motifs de la basse, l’accompagnement delà « harpe de Geth », indiqué dans la bible pour ce psaume.