Voyez, en particulier, ce long cri, « j’ai soif
2. Incomplète dans le ior vol. de l’éd. Spitta, et rééditée presque tout entière par M. Schering. d’après les parties manuscrites conservées à la Bibl. d’Upsal.
3. Elle fut imprimée en 1664; la Passion selon saint Jean est datée de 1 665 , et la Passion selon saint Matthieu de 1666.
L’ŒUVRE
Schiitz avait tout près de quatre-vingts ans quand il publia cette composition, où il dépeint, avec tant de variété dans le coloris, les anges, les pasteurs et les mages, et où il les fait parler, et si justement. Le chant de l’évangéliste, qui raconte la naissance du Messie, la fuite en Egypte et le retour en Judée, relie huit épisodes, où paraissent les divers personnages de cette « histoire sacrée ». En ce récitatif qui prépare toutes les scènes, se trouvent aussi d’émouvantes et de belles descriptions : la nuit illuminée soudain par la clarté du Seigneur; la plainte de Rachel sur la montagne. Et les répétitions des motifs y expriment bien que Marie « gardait et remuait en son cœur toutes ces paroles » que les bergers avaient dites. Dans les huit « intermèdes », l’orchestre ajoute à la signification du chant. Quand Lange annonce aux pasteurs « la grande joie », deux violes de gambe l’accompagnent; pendant cet intermède, l'on doit apporter le berceau de l'Enfant Jésus, qu’il est de coutume de montrer au peuple, pendant le temps de Noël, et les violes jouent une sorte de berceuse, qui se répétera dans chacun des intermèdes où paraîtra die Wiege ; au chant des pasteurs (trois altos), Schiitz a joint deux llùtes et un basson ; deux trombones retentissent quand les prêtres et les docteurs de la loi (quatre
basses) proclament la gloire de Bethléem, d'où sortira le chef d’Israël ; les trompettes ou les cornets alternent avec la voix d’Hérode1. Enfin, dans le dernier chœur, formé d’accords précis, les instruments dialoguent avec les voix.
L’étude seule de ces oratorios de Schütz devrait être longuement développée; surtout, il ne faudrait pas craindre de reprendre ces œuvres, dont la vive beauté se passe bien de commentaires2.
Dans un manuscrit anonyme de la Bibliothèque de Gassel, M. Seiftert reconnaît ein regelrechtes Oratorium de Schütz, composé sur 1’ « histoire du mauvais riche ». Il a donné l’analyse de cette œuvre, où les deux personnages sont bien caractérisés par la musique : supplications désespérées du mauvais riche, qui répète avec passion les mêmes prières, et sérénité d’Abraham, dont chaque parole est définitive ; de plus, les violons amplifient les plaintes du condamné, tandis que les flûtes for-
i. Cf. l’art de M. A. Schering, dans la Zeitschrift der internationalen Musikgesellschaft, io° année, n° 3 (Ein wiederaufgefundenes Wcrk von Ifeinrich Schütz).
•i. Alexandre Guilmant et Charles Bordes en ont publié un certain nombre (éd. de la Schola cantorum ) et en ont tait entendre d’autres; M. Vincent d’Indy et M. Félix Raugel en ont aussi révélé quelques-unes au public.
L’ŒUVRE
ment de calmes accords, au-dessus du récitatif d’Abraham \
On peut voir aussi, dans le dialogus où paraissent le pharisien et le publicain [Es gingen zween Menschen hinauf )2, comme une scène d’opéra religieux. Les deux interlocuteurs sont admirablement représentés : le pharisien énumère ses mérites, en criant toujours plus fort, et le publicain ne cesse de gémir, implorant la pitié du Seigneur; l’un se glorifie lourdement, l’autre n'ose même pas élever la voix.
Spitta, dans un article malheureusement trop peu développé — il faudrait un livre — cite la scène du pharisien et du publicain, comme l une des plus fortes de Schütz : il observe que, au surplus, le musicien est constamment entraîné par le désir de proposer un spectacle à notre imagination ; dans la sienne, ce spectacle est déjà tout formé; il le voit et, vraiment, la richesse plastique et la puissance de sa musique sont telles, qu’il nous fait croire que nous le voyons aussi. Et Spitta décrit tous ces tableaux
1. Anecdota SchiUziana , dans les Sammelbandc der inter nationalen Musikgesellschaft (irc année, p. 21 3). Dernièrement, on a signalé, dans différentes revues, la découverte d’œuvres de Schütz : je n’ai pu encore en prendre connaissance. Beaucoup de compositions de Schütz ont été détruites dans des incendies, à Copenhague et à Dresde. Mattheson (ouvr. cité, p. 323) citait avec admiration un motet à 8 parties, Jcsaia dent Propheten das geschah , qui a disparu.