Préface de ses Concertus sacri
fisamment les œuvres magnifiques des excellents et très ingénieux musiciens Praetorius, Schiitz et autres » *. C’est alors qu’un certain Burckhardt Grossmann, ayant échappé à la mort, en 1616, accomplissait un vœu singulier qu’il avait fait au moment du danger : il s’était engagé à éditer à ses frais la musique du psaume 1 1 6, qu’il donnerait à composer aux musiciens les plus célèbres du pays. Schiitz fut un des maîtres qu’il désigna. Ils étaient au nombre de 16, pour que l’on vît bien qu'il y avait, dans tout cela, une belle correspondance des nombres (16-1 16-1616). Johann-IIermann Schein , Melchior Franck, Michael Praetorius, Altenburg, les Michael, Christoph Demantius et quelques musiciens peu connus aidèrent Grossmann à s’acquitter de sa promesse. La collection que nous devons à ce calcul mystique est d’ailleurs fort intéressante; l’ancienne musique et la nouvelle y contrastent. Rien de plus ulile pour l’histoire de cette époque de transition, que cette réunion d’œuvres diverses, où le style dramatique de Schiitz s’oppose au vieux contrepoint de Christoph Demantius 2.
1. Une partie de cette préface est citée par M. L. Meinecke (. Michael Altenburg ; Sammelbànde der l. M . G.y V, p. 37).
1. Reinhard Kade, Christoph Déniant dans la Vierleljahrsschrift fiir Musik\\issenschafty YI, 1890. Les compositions réunies par Grossmann furent publiées en i6a3.
LA VIE
Célèbre déjà, Schiitz reste, dans la vie privée, d’une bonhomie singulière A. Non seulement il garde les enfants de chœur auprès de lui, et les nourrit, mais il juge tout naturel de recevoir, pendant quelque temps, et de traiter ses compatriotes de Weissenfels en sa maison, comme dans une hôtellerie. La ville avait envoyé à Dresde plusieurs mandataires, chargés de la représenter au procès causé par la vente des biens qui provenaient du couvent de Langendorf. L’affaire fut longue et coûteuse : pendant leur séjour à Dresde au commencement de 1621, les délégués et leurs serviteurs logèrent dans la maison de Schiitz, et on lui paya 266 florins pour la mangeaille et la boisson, pour le vin, la bière, pour les libations de toute espèce, et pour les 28 repas des gens de la suite, « le Morgenbrot compris ». La même année, son père Christoph, alors bourgmestre de Weissenfels, séjourna chez lui, étant venu pour les affaires de la ville, avec le trésorier Volland1 2. Tout en tenant table ouverte, il ne cesse pas de composer : pour l’automne de 1621, il a préparé un grand motet à 3 chœurs, que l’on
1. Il devait avoir peine à gouverner ses musiciens : le 3 avril 1620, le chanteur Hirnschrôtel tua un homme dans la rue. (Th. Distel, Ein Kursàchsischer Hofmusikus als Totschlàger; Moncitshefte d’Eitner, XXII, p. 20).