Seb. Brant. Dus Narrenschiff \ éd. Bobertag, p. i
LA VIE
son avenir. Elle s’appelait Euphrosyne, comme l’une des Grâces : « Euphrosyne, écrit Pontus de Tyard, est la joie cpie nous cause la pure délectation de la voix musicale et harmonieuse1. » Schütz devait connaître cette interprétation, et il en avait peut-être tiré une raison de plus pour croire que, vraiment, « Dieu l’avait appelé, dès le sein de sa mère, à devenir un musicien » 2. C’était, en effet, beaucoup moins par goût que par fatalité, qu’il avait été jeté dans la musique, et s’y était maintenu. Il avait trente ans, qu’il hésitait encore à s’y vouer tout entier, et, jusqu’à sa mort, il regretta de s’être donné. Ainsi, une partie de sa vie fut employée à solliciter, par devoir, le génie qui était en lui ; pendant le reste du temps, il fut soumis à l’inspiration qu’il avait éveillée à force de travail. Et tous ses efforts ne servirent qu’à le contraindre d’accomplir ce qu’il n’avait entrepris que malgré lui.
Son père aurait voulu le tourner vers l’étude : « Il donna une excellente éducation à ses enfants, afin de les former à la vertu, à la modé-
1. Les discours diilosophir/ues , dans le Solitaire premier ; c’est d’elle que dépend la beauté de la voix (éd. de i587 fol. i5 b).
2. Il l’écrit dans le Memorial qu’il adresse en i65i à l’électeur de Saxe. Publ. par La Mara, dans les Musikerbriefe ans fünf Jahrhunderten, i*'1’ vol., 1886, p. 80.
ration, aux bienséances, et de leur faire apprendre les sciences et les langues : et, pour cela, ils reçurent non seulement renseignement de leurs précepteurs, mais de savants d’une autorité reconnue l. » Il paraît que, plus encore que ses frères Valerius et Georg, Heinrich cc montrait un esprit éveillé et une grande force d’intelligence ; de plus, il avait un don tout particulier pour chanter agréablement, sans accorder, toutefois, beaucoup d’importance à ce talent »2. L’organiste Heinrich Colander l’encouragea peut-être à ne pas laisser se perdre ces dispositions naissantes : il avait quelque parenté avec les Schütz, et, comme eux, était devenu conseiller de la ville3. Le cantor de Weissenfels, Georg Weber, était aussi un personnage fort considéré, riche, et bon musicien, assez pour se risquer à composer. Il était d’ailleurs fort appliqué à sa tâche; en 1579, il prit la peine d’écrire sur parchemin tous les Irilroitas de l'année; en 1 588, il publia 52 can-
1. Leichensennone auf Musiker des 17. Jahrhunderls, communiqués par Beyer, dans les Monatshefte d’Eitner, VII, 1875, p. 172. En 1594, on signale, dans les registres de Weissenfels, la mort d'un précepteur ou intendant (Ilofmeisler) au service de Chr. Schütz (A. Werner, ouvr. cité, p. 45).