Schafer, p
de telles faveurs à la légère. Ainsi le 16 novembre 1628, il exprime son étonnement, à cause de la gratification que Ton prétend allouer à Vierdanck. Avant de donner 200 thalers pour lui, par an, il faut considérer que Wilhelm Güntlier, qui l’a formé, n'a pas davantage pour son propre salaire : il serait bon de savoir combien on dépensait pour Günther, et pour Johann Kôckeritz (Gockeritz), quand ils étaient en Italie \ Schütz n eut pas à intervenir dans cette contestation. Il n’était plus à Dresde. 11 avait été pris d’un vif désir de revoir T Italie : il savait que, depuis son premier voyage, la musique n’avait pas cessé de se transformer, que, jamais, on n’avait assisté à une pareille éclosion, si rapide et si magnifique, et (pie les plus habiles avaient à rapprendre leur métier, s’ils l'avaient appris seulement quelques années auparavant. Dès le commencement de 1628, il avait résolu de partir : mais il fallut attendre (pie Jean-Georges lui permit de s’en aller. Le 22 avril, le maître de chapelle adressait à l'Electeur une véritable supplique. Il y prodigue les témoignages de res-
1. Schiifer, p. 422. Günther et Kôckeritz avaient été en Italie en 1596. Ses études faites, Vierdanck fut nommé organiste à Sainte Marie de Stralsund. Dès 1637, parut de lui Y Erster Theil newer Pavanen, Gaglicirden, Balletten vnd Correnten pour deux violons et basse. La dédicace est du 2 5 mars (partie de basse à la bibl. Sainte-Geneviève).
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pect et de dévouement : il s'en remet au bon plaisir du souverain, il prendra sa détermination comme si elle venait de Dieu lui-même, mais, tout en protestant de son obéissance, il défend sa cause, avec fermeté. Il établit tout d’abord qu'il ne s’est pas mis en tête de quitter la cour par légèreté, ou par simple envie de voyager, mais parce qu’il veut éclairer et développer son esprit. Rien ne l’entraîne, que 1 impatience de faire des progrès dans son art. 11 espère que l’on reconnaîtra l’utilité de son entreprise, et qu’on ne lui opposera pas de mauvaises raisons ; il serait vain de le retenir, pour lui épargner de s'exposer aux dangers de la route, car nul homme n'est en sûreté ici-bas, même dans sa propre maison. Du reste, il cheminera « en forte compagnie ». 11 ne craint pas d ajouter qu’il serait contraire aux intérêts de l’Electeur de le forcer à rester : si quelqu’un imaginait de s'opposer à son projet, croyant par là servir le prince, il se tromperait étrangement, car un refus bouleverserait tellement le musicien, qu'il en deviendrait incapable de remplir ses fonctions, et son trouble durerait bien plus longtemps (jue n’aurait duré son absence1.
Jean-Georges se laissa convaincre enfin, et
i . Schafcr, p. S'iS.
LA VIE 71
Schütz put partir pour Venise. Il n’arriva qu’au milieu (le l'automne, dix semaines après avoir quitté Dresde. Ce long voyage, qu’il avait entrepris à ses frais, lui coûta bien plus cher qu’il ne l’avait prévu ; il dépensa, de plus, beaucoup d’argent pour acquérir une quantité de musique nouvelle. Comme il ne s’était dirigé vers l’Italie que pour « augmenter son expérience dans sa profession », il aurait été peu avisé de lésiner, et de se refuser « ces jolies choses » qu’il était venu chercher de si loin. 11 aurait perdu le prix de ses peines, et cette malencontreuse épargne l’aurait privé, plutôt qu’enrichi. Comment tirer quelque profit de l’onéreuse entreprise, s’il faut négliger l’affaire principale, qui est de capter les découvertes des compositeurs modernes? Elles sont innombrables, ces inventions, et les œuvres où elles paraissent rempliraient une bibliothèque. «Car, depuis que j’ai été ici pour la première fois, tout ce travail a bien changé, et la musique destinée aux festins des princes, aux comédies, aux ballets, et à de semblables représentations a fait de remarquables progrès. » C’est à l’Électeur que Schütz expose, dès le 3 novembre, le dénûment où l a réduit la passion « d’avancer dans son art ». Il ne doute pas que le prince, jaloux de « sa réputation », ne lui accorde quelque gratification supplémentaire.
Dans cette lettre, Schütz prend le ton d'un solliciteur : à vrai dire, il était en droit de réclamer, car on lui devait déjà une partie de son salaire l.
Il eut bientôt fait de voir par quoi la musique d’à présent différait de la musique dont Gabrieli lui avait enseigné les secrets : « Ayant demeuré à Venise, chez mes vieux amis, écrit-il en 1629, je reconnus que la manière de composer avait un peu varié. » Il jugea que l’on avait abandonné les anciens chants, pour flatter l’oreille, la « chatouiller » par des caresses toutes nouvelles, et il appliqua « son esprit et ses forces » à la recherche de ces inventions subtiles et délicieuses 2.
A Venise, lin tel travail était facile. C’est là que les musiciens audacieux, épris de nouveauté, publient leurs œuvres. Par eux, le chant religieux prend les tournures pathétiques du chant de théâtre. La vierge Marie gémit sopra la faccia di Cristo estinto (16 1 3) 3. Angelo Grillo a fourni, à divers musiciens, le texte de ces plaintes, de même qu’il offre sa poésie à Serafino Patta, qui en tire des « motets et madrigaux » composés per cantat e solo nel organo7