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d’échapper à ces alarmes qui lui troublaient le cœur, et de fuir ces pays désolés par la guerre, afin de travailler et d’avancer dans sa profession. Or, il était advenu que, sans qu il prît de peine pour cela, et même sans qu il y pensât, le jeune prince royal de Danemark venait de lui offrir, par l’entremise de Lebzelter, de rétablir sa musique ; Schiitz espérait que l'Électeur lui accorderait de contenter le prince qui allait devenir son gendre et lui permettrait de se rendre bientôt en Danemark, afin d’accoutumer à sa manière les musiciens du roi, et de les diriger pendant les fêtes du mariage. 11 voyagerait à ses frais, et n’importunerait pas l’Électeur en réclamant de l’argent : toutefois, si le Collegium musicum recevait quelque paiement, il priait que sa quote-part lui fût remise. 11 appartiendrait a l’Électeur de déterminer le temps de son retour : il souhaitait obtenir un congé d un an. Comme gage de fidélité au service de « la maison électorale et de la chère patrie », il laisserait en Saxe tout ce qu’il possédait.
Quelques jours avant de présenter sa requête à Jean-Georges, Schiitz avait répondu a Lebzelter (6 février i633). Impatient de quitter ce pays où l’état de guerre était si « contraire à sa profession », il était résolu à supplier de nouveau l’Électeur de le congédier pour un an, quand il
avait reçu la lettre de Lebzelter. Les avances du prince le comblaient de joie. « Qu un tel soleil, encore à son lever, daignât le considérer avec des yeux favorables, » lui paraissait d’un heureux présage (ein gut Omen ) ; c’était « un coup de la Providence » qui assurerait le succès de ses desseins. S il plaisait au prince de Danemark d’envoyer lui-même une demande à Jean-Georges, ce serait le plus grand secours en cette entreprise. Il priait d’ailleurs Lebzelter de le recommander encore à l’héritier de Danemark. Certes, « ses qualités étaient médiocres », il ne pouvait guère se vanter d’autre chose que d’avoir fréquenté les musiciens les plus considérables de l’Europe, et recueilli « l’ombre de leur art ». Pourtant, avec l’aide de Dieu, il espérait fournir à la chapelle danoise un assez grand nombre de belles compositions, non seulement de son invention, et c’était la plus faible, mais des maîtres les plus éminents, dont il n’avait pas réuni les œuvres sans beaucoup de peine.
Il priait aussi Lebzelter d’apprendre au prince, à l’occasion, que, dans son dernier voyage en Italie, il s’est exercé a une sorte de composition toute particulière : c’est « comme une comédie à plusieurs voix en style oratoire (in redenden stylo),., que Ton joue en chantant; chose encore tout à fait inconnue en Allemagne, du moins
telle que je l’entends », et que, en l’état difficile où l’on y vit, on ne saurait mettre à l’essai. Schiitz regrette que ces inventions restent ignorées ; elles sont « vraiment majestueuses et princières », et il les appelle ainsi, non a cause de sa musique, dont il ne faut pas tenir compte, mais à cause de tout ce qui s'y trouve mêlé. Évidemment, il est possédé par le désir de voir le prince accueillir une œuvre de théâtre ainsi traitée, car il désespère d’en produire de semblables dans son pays : il sait bien, du reste, qu’à Dresde il ne fait rien d’utile, « moins que rien 1 ».
Le prince de Danemark se hâta de prier 1 Électeur de lui envoyer ce musicien qui lui avait ete présenté comme singulièrement habile en sa profession, et si renommé que des « potentats catholiques » auraient bien voulu l’avoir à leur cour2 : il reconnaissait qu’il était presque sans égal et, pour obtenir plus sûrement que Jean- Georges lui accordât un congé, il écrivit aussi a l’Électrice douairière, dont l’influence était grande sur Jean-Georges. A ces lettres il joignit un passeport pour Schütz(ie‘ mars i633). Cependant, le maître de chapelle différait de partir
i . Hammerich, ouvr. cité (la même lettre est dans le résume en allemand publ. par Catherinus KUing dans la Vierleljahrsschrift für Musikwissenscliaft, 1898, p. 83).
a. Hammerich, ouvr. cité, p. 106.
pour le Danemark. Au mois de juillet, le prince Christian dut lui demander de se mettre en route sans délai. Quelques semaines plus tard, Schiitz était à Hambourg, où il séjourna pendant deux mois environ, de septembre à novembre, attendant que le prince fût à Haderslevhus. pour s’y rendre. De Haderslevhus, où il resta sans doute un peu, il se dirigea vers Copenhague, le 6 décembre. Aussitôt après son arrivée, il fut nommé maître de chapelle, avec un salaire de 800 rixdales pour un an, à compter depuis le 10 décembre 1 633 . Il reçut un logement en ville. Pour les répétitions, les musiciens se réunissaient dans la chapelle du château, ou dans une salle voisine de l'appartement du roi. Afin de les maintenir dans une stricte obéissance, il fallut les menacer de les priver de leurs gages, s'ils étaient indociles ou de mauvaise volonté1.
L'incendie de 1794 a détruit les œuvres que Schütz dirigea pendant les fêtes du mariage. Ces letes durèrent du 5 au 18 octobre 1 634 (du i5 au 28, d'après le nouveau calendrier), et le roi dépensa deux millions de rixdales, pour éblouir les ambassadeurs des princes étrangers. Par les descriptions de ces noces magnifiques, nous
1. Le 21 janvier i634, à Copenhague, il écrivait de pieuses maximes dans l’album de Joachim Morsius (M. SeifFert, Dns Album Morsianum, dans la Zeitschrift der I. M. G I, p. 28).
savons que la musique n’en fut pas le moindre ornement. Quand la princesse de Saxe lit son entrée à Copenhague, le 3o septembre, elle fut accueillie par un chant de bienvenue, composé par Heinrich Albert, le cousin de Schiitz1. Avant le discours du pasteur aux fiancés, à l’église, les musiciens avaient chanté divers psaumes en latin , parmi lesquels Exultate cleo adjutori nostro. Après le sermon, ils reprirent de plus belle, avec plus de vigueur et d entrain, accompagnés de joueurs de flûtes et de trompettes. Pendant les six heures du repas, les convives entendirent la musique des (lûtes et des cithares, et des chansons comiques, dont les femmes rougissaient2. Il est assez vraisemblable que John Price, que nous avons déjà cité, prit part à cette « musique de table » : il était alors à la cour de Copenhague, et reçut un passeport pour le Wurtemberg après les fêtes3. Le surlendemain (7-17 octobre), le ballet fut donné dans la salle des chevaliers, qui était longue de 86 pas, large
1. Gedichte des Kônigsberger Dichterkreises ans Heinrich Alherts Arien und musicalischer Kiirbshiitte (i638-i65o). éd. par L.-H. Fischer (Halle, 1884), p. 157. La mère d’Albert ôtait la sœur de la mère de Schütz (éd. Fischer, p. 5; cf. l*éd. des airs d’Albert dans les Denkmàler deutscher Tonkunst , iro série, XII, 1903. Albert avait étudié avec Schütz en 1622.
2. Ch. Ogier, Ephemerides , siVe iter Danicvm , Svecicvm , Polonicvm , 1 656, p. 91 ; et. p. 94*