A. Ilammerich, ouv. cil. , p
LA VIL cp
souvenir d’Eurydice perdue, exprime sa douleur en un lamento , « d’une voix plaintive, mais cependant aimable et conduite avec grâce », qu’il accompagne sur la viole. Quand il a fini sa longue déploration (n strophes de 6 vers) par ce distique, Aller sciions? Euridice , Deine Lieb'ist Acli und Weh, les animaux sauvages, attirés par son chant, dansent autour de lui, et les arbres même se meuvent d’après le rythme de sa musique. Appelées par l’Envie, des bacchantes et des diablesses en habits étranges couvrent alors le doux son de sa viole du bruit des cymbales, des chaudrons et des pincettes : elles tuent les bêtes dansantes, elles tuent Orphée et le déchirent. Quatre anges emportent ses restes : trois « pantalons » ramassent les cadavres des animaux, et « nettoient la salle ». Des cendres d’Orphée, les dieux feront un nouveau monde, et créeront un nouvel amour : ainsi, Orphée sera immortel, comme l’annonce Mercure, en son chant de 80 vers, répartis en dix strophes. « Ce Mercure était un eunuque, et il savait si bien se servir de sa voix, que les auditeurs en furent tous émerveillés1. » Sans doute, ce chanteur admirable était l’alto Gregorio Clielli de Vérone, qui, vers i63o,
i . Voyez l’analyse du ballet dans le livre publié à Copenhague par Jürgen llolst, sous ce titre, JTriuruphus duni~ eus (1648), p. 39.
servait à Düsseldorf, et que Ton avait engagé à Copenhague peu de temps avant les noces, ainsi que la basse Joh. Lange, et trois instrumentistes1.
Quand Mercure eut chanté, le fils du roi, Christian Ulrik parut, comme un gentilhomme de belle mine, et dansant à ravir : les vices le suivaient, s’efforçant de l'entraîner hors du bon chemin ; ils le firent prisonnier et le placèrent sous la garde d’un dragon. Avertie par la Renommée, Pallas vient au secours du prince, et tue le monstre. On rend grâces aux dieux, puis Atlas entre en scène, portant sur l'épaule le o-lobe terrestre, d’où sort le dieu d’amour. Cupidon, seul, danse, l’arc et les flèches à la main : il blesse d'un trait Pallas et le jeune Neptune. Apollon descend du ciel pour secourir les victimes de Cupidon : il prie les dieux de leur venir en aide, et d’assister à leurs noces (i5 strophes de six vers chacune). Sur un nuage qui s’abaisse, les dieux sont portés vers la terre : on danse un grand branle et le ballet s’achève par quelques cabrioles.
Cette pièce, composée de tableaux plutôt que de scènes, n’offrait pas au compositeur la matière
1. Hammerich, p. 102. L’un de ces instrumentistes était le joueur de théorbe Michael Uhlich (son portrait est donné par M. Cari Thrane dans son livre Fra Ilofviolonernes Tid , 1908,
LA VIE
d'une véritable musique dramatique : point de dialogues, et, meme dans les solos, point de récitatifs, mais de longs épisodes lyriques. Etait-ce bien à cela que Sehütz rêvait de travailler lorsqu'il décrivait cette sorte d’œuvre théâtrale, faite « wie eine Comedi von allerliandt Stimmen in redenden Stylo 1 »? Cependant, si le discours des personnages manquait constamment de vie, et s’ils ne parlaient que par stances, le musicien trouvait, du moins, hors du texte à mettre en chant, le plan de mainte symphonie descriptive, ou imitative. Bien plus, la fureur des bacchantes, la lutte de Pallas et du dragon lui permettaient de s’essayer, comme Claudio Monteverdi, au style concitato , et de dépeindre, après lui, les péripéties d’un combattimento . Il suffît de songer à cela, pour être persuadé que Sehütz ne dut point refuser de vivifier de sa musique le Festin des Dieux chez Neptune .
Il est encore plus vraisemblable qu’il collabora aux deux « comédies » que Johannes Lauremberg2 écrivit pour les noces. Le 8(18) octobre,