Müller, ouvr. cité, p. i5o
2. Ils correspondaient depuis 1626 (Ph. Spitta, étude déjà citée, p. 25). Schütz avait, d’autre part, prié le poète d’écrire en vers dactyliques le Freudengeschrei et les « souhaits de bonheur » placés à la lin de la pièce. Pour lui, nulle autre sorte de vers ne donnait plus de grâce à la musique : dans le fait, ces pages-là furent les plus goûtées de presque tous les auditeurs (lettre de Buchner au prince Louis d’Anhalt, écrite le 29 nov. 1639, et signalée par Spitta, p. 40 du môme travail).
demandé de lui préparer un récitatif dont la force dramatique ne se perdît pas en de longues périodes régulières. Il est inutile d’analyser scène par scène ce ballet dont le livret a été publié au xixe siècle1. Les bergers et les nymphes y chantent, en chœurs alternés, ou simultanément. Entre les strophes de l’invocation qu’Orphée adresse à 1’ « Être infini, racine de toutes choses », est placé une sorte de refrain, répété par les voix réunies. Au troisième acte, Pluton fête 1 arrivée d’Eurydice ; les esprits infernaux se réjouissent isolément, ou en trio, ou forment grand chœur : un joli « ballet des supplices » sert de divertissement; Tantale, Ixion, Tilye, paraissent devant les spectateurs, avec les Danaïdes, réduites à trois, pour la facilité du spectacle. Orphée survient : Pluton, irrité de cette audace, s’écrie : « Je te connais, race insolente des humains, depuis qu’Hercule a cherché le chemin de mon royaume. » Mais la voix d’Orphée ne déplaît pas à Pluton, Proserpine et les juges d’enfer eux-mêmes intercèdent en faveur du téméraire; le dieu hésite, « ballotté comme un vaisseau », et finit par rendre Eurydice au suppliant. Après ce fragment de tragédie, où le compositeur pouvait exprimer tant de sentiments
i. Weimarisches Jahrbuch, II, 1 855, dans l’art, de Hoffmann von Fallersleben sur Buchner, p. 12.
LA VIE
divers, la pastorale reprend. Elle est parfois bien ingénieuse : ainsi, quand les quatre arbres parlants entretiennent conversation avec deux rochers, qui leur répondent par écho. Le ballet des animaux, charmés par Orphée, se déploie ensuite ; on y voit les oiseaux, le lion, le « sage éléphant ». L’entrée et le ballet des « furies de la Thrace », les plaintes d’Eurydice, fidèle jusqu’à la mort, la promesse d’immortalité que Mercure transmet à Orphée et à Eurydice, les chœurs des amours, l’apparition de Vénus et de Cupidon complètent la pièce, qui finit par des souhaits de bonheur pour les nouveaux époux.
L’œuvre de Buchner contenait aussi, au premier acte, avant le ballet de Charon, une dissertation d’iris sur la fragilité de la vie humaine. Sur le même sujet, le poète rima cinq strophes de consolation pour Schütz qui, en cette année i638, perdit sa fille, Anna-Juslina, née en 162a1.
Dans le même temps qu’il collabore avec Buchner, Schütz prépare la publication de la seconde partie de ses « petits concerts spirituels ». Ils parurent à Dresde, en i63g. La dédicace en est datée de Dresde, le 2 juin, jour de la Pentecôte : le compositeur l’adresse à un prince de la maison de Danemark, le duc Frédéric, frère puîné
du prince royal ; il a pu voir, pendant les fêtes de i634, combien Frédéric aimait la musique, et il a été traité par lui avec tant de bonté qu’il en sera reconnaissant toute sa vie. Il aurait honte de paraître devant lui avec un ouvrage si misérable, si la dureté des temps ne le contraignait de laisser inédites ses œuvres plus considérables. Mais, « si les arts, qui sont maintenant comme étouffés sous les armes, et foulés aux pieds dans la boue », étaient relevés par Dieu dans leur ancienne splendeur, et si le « Très- Haut » lui conservait la vie jusque-là, il se présenterait avec des richesses qui le garantiraient de l’oubli1.
Quand Schütz eut écrit cette dédicace, la chapelle de l'Electeur était encore bien loin de renaître à la prospérité. En 1639, le nombre des musiciens était tombé de 36 à 10, et, en 1640, le prédicateur de la cour, Hoë von Iloënegg déclarait qu’il était lamentable de voir la musique dans un tel abaissement: il n’était presque plus possible de chanter à plusieurs parties ( figura liter), il n’y avait plus dans le chœur un seul véritable alto, et un seul soprano y subsistait encore2. Tout l’édifice était à reconstruire. A