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LA VIE

peine rétabli, après une grave maladie, Schütz s’empressa d’exposer à l’Electeur un projet de restauration. Le 7 mars 1641, il rédige un mémoire où il se dépeint comme un médecin près d’un moribond. Certes, sa requête semblera intempestive, au milieu de la détresse où languit la « chère patrie », mais le Corpus musicum est à l'agonie, il faut le secourir au plus tôt, ou bien il périra. Il ne s’agit point, d’ailleurs, de tout réparer d’un coup, mais d’entretenir à la cour « comme une semence de musique ». Pour cela, il faudrait choisir quelques enfants, les nourrir et leur enseigner la musique. Quatre d’entre eux, qui auraient bonne voix, et que l’on trouverait dans le pays, se formeraient au chant : Johann Klemme, le fils de l’organiste, qui est « parfait dans la musique », remplirait bien un tel oflice. Quatre autres, que l’on chercherait de préférence chez les musiciens de ville ( bey den Stacltpfeiffern ), afin qu’il connussent au moins le rudiment, apprendraient à jouer des instruments. Augustus Tax pourrait être leur maître. Il serait nécessaire de dépenser, pour chaque enfant, 75 florins par an, afin de lui fournir « la nourriture, le losement , un lit, du linge, des souliers », etc., et afin de payer celui qui aurait « la tâche vraiment pénible » de le dégrossir. De plus, l’Electeur devrait donner chaque année un ou deux habits, à son gré.

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Schütz attend des merveilles de cette entreprise par laquelle la chapelle revivra. Il montre au prince tous les avantages qu’il en tirera, auprès de Dieu et auprès des hommes. Il conservera ainsi à sa cour « cette profession qui ne brille pas avec moins de force au milieu des sept arts libéraux que le soleil parmi les sept planètes ». Et qui sait si l’Electeur, pour qui le gouvernement est un fardeau si lourd maintenant, ne recevra pas de cette musique un tel réconfort, que sa santé même en sera plus durable ? Très habilement, Schütz suggérait ainsi à son maître d’excellents arguments en faveur de ses plans, mais il n’en attendit pas la réalisation, et quitta Dresde le même jour qu’il écrivait à l'Electeur l.

Quelques mois plus tard, fut formée la chapelle du prince héritier (14 septembre). Matthias Weckmann en fut l’organiste et le directeur, chargé de pourvoir à la musique d’église et à la musique de table. Il lui était recommandé d’exercer les enfants au chant avec un instrument, régale ou positif, afin qu’ils prissent l'habitude de chanter juste ; il devait aussi assister à la répétition générale de chaque semaine. Pour tout cela, il recevrait 200 florins par an, payés

1 . Voyez la lettre dans l’ouvr. déjà cité de La Mara, pp. 73 et suiv.

par quartier, et l’habit. Philipp Stolle fut engagé comme chanteur et comme joueur de théorbe, à la condition qu’il servirait aussi sur le violon ou la viole, s’il en était requis : en outre, il donnerait chaque jour une leçon de chant aux enfants, alin de les accoutumer à « la bonne manière italienne », et serait tenu de paraître à Yexercitium hebdomadaire. Enfin, s’il enseignait à un enfant bien doué le théorbe et le chant, comme il l’avait promis, il en serait payé à part. 11 recevrait 170 florins de salaire, 10 florins pour ses cordes, et l’habit. A Friedrich Werner, on imposait la pratique des instruments à cordes et à vent, à l’église et fur die Tafel ; il était obligé d’aller à la répétition d’ensemble, et il obtiendrait une gratification s’il était zélé, et faisait des progrès. Pour 5o thalers par an, Augustus Tax, directeur de la musique instrumentale, stimulerait ses musiciens par un travail quotidien : s’il prenait un ou plusieurs disciples à sa charge, on s’accorderait avec lui là-dessus1.

Cette ordonnance minutieusement préparée venait sans doute de Schiitz. En 1642, il annonçait à Weckmann et à Stolle que, par décision du prince leur maître, ils devraient l’un et l’autre enseigner à chanter et à jouer d’un instrument,

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