NOUS
DIEU est le nous éternel^ imtnense, lien de vous et de moi.
Ma VIE religieuse consiste à vivre pour vous et pour moi {devoir et intérêt) ; par moi et pour vous {gloire et humilité) ; en. moi gomme en vous^ en nO0S (religion) ; vous êtes un aspect de ma vie, et je suis un aspect de la vôtre.
Si vous comprenez et pratiquez ainsi la vie présente, vous aurez V intelligence et Y art de la vie passée et future selon notre foi ; et réciproquement, votre croyance dans la vie passée et future resserrera le lien qui unit les deux aspects de notre vie : vous et moi.
A CHARLES DUYEYRIER.
Juin 1830.
Revenez, cher enfant; vous avez besoin d'être près de nous, vous ne nous entendez plus.
Où avez-vous pris toutes les choses contre lesquelles vous vous débattez dans votre seconde lettre?
M'avez-vous jamais entendu dire que ce fût une raison pour moiy parce que je ne sens pas ce que faisait saint Paul de la même manière que je sens ce que je faisais hier, de déclarer :
l** Que saint Paul ne vit pas en moi, établissant, lui saint Paul , cette chaîne que je ne peux pas établir sans discontinuité, et se rappelant, lui saint Paul, ce qu'il a fait, comme je me rappelle ce que j'ai fait ;
2** Que je ne vivrai pas un jour en un autre, qui, lui, ne liera pas son présent à son passé Enfantin et à son passé saint Paul, tandis que moi je lierai mon présent d'aujourd'hui qui sera devenu mon passé, à mon avenir d'aujourd'hui qui sera devenu mon présent ; je les lierai, dis^je, d'une manière continue, comme je lie les événements de ma vie.
Vous savez bien que l'objection qui porte sur l'inconscience, dans le vivant, de son identité progressive avec le mort ou avec le non-né, c'est-à-dire, avec ce qui fut et ce qui sera, n'a jamais été une question embarrassante pour moi ; car je ne chercherai jamais à voir l'avenir et le passé comme je vois le présent; Dieu seul le peut. Dé même, je ne tenterai jamais d'expliquer comment et
enfant, c^est ce que vous faites sans cesse, et vous appelez cela de la poésie ; mais qui veut faire la poésie de DIEU, rêve et n'est pas poète : disons les joies de VHomme-DiEVy nous serons poètes.
J'aime ce qui fut grand, ce qui sera grand ; en moi EST ce qui a été grand et ce qui sera grand : c'est pourquoi JE suis grand.
Le vieux saint Paul se réjouit en moi de ses progrès ; il les sent, comme je sens ceux que j'ai faits depuis mon enfance, car il les lie sans solution de continuité, comme je LIE la veille au lendemain ; et c'est à cette condition seule que je peux dire : saint Paul vit ; sans cette condition, il n'y a pas de vie future, saint Paul est mort : absurdité !
Eh I pourquoi, puisque vous vouliez combattre cet aspect de la vie future que je vous présentais plus particulièrement, parce que vous le négligiez absolmnent, ne m'avez-vous pas dit : t Mon père, il y aura donc deux êtres, trois êtres, un nombre infini d'êtres en vous?t
C'est là, en effet, toute l'objection que vous pouviez faire à ma foi : et quelle objection, grand Dieu t Dieu INFINI, Dieu un et multiple , mon fils qui veut que je sois un et non pas multiple 1 Être des êtres , ne renfermes-tu pas dans ton sein des êtres aimants, sages et puissants f comme toi?
Mon père ! Dieu d'amour I voici mon fils qui ne veut pas que je le sente pleurer, jouir en moi; et j'en souffre. Mais toi, mon Père , je suis en toi^ et la douleur de ton fils, ne Tas-tu pas sentie?
Charles, tu veux être un aussi et ne pas me sentir en
^^ .:ikMnr jn rêve» profitons-en. Songe aussi qu'il y ,«^ ^iffmassBes, tbéurgiens, sabéens ou autres, dont ^ >>o ici^œt nous servir ; profitons-en, et que notre .ft iiATT 5unt-simonienne donne joie et bénédiction à ^T^ •;Aià mon éclectisme ; et maintenant voici ma réc'«kr- a : écoute donc :
l,i «lE est INDÉFINIE, une et multiple; fUe ^ manifeste en moij hors de moi et par F union ju wkfi et du non-moi.
Elle se manifeste matériellement^ spirituellement et
àVOI'REUSBMENT.
Cest, à proprement parler, ce dernier aspect qui renferme celui de TéTERNiré de mon être ; mais tous trois nie sont indispensables pour aimer, comprendre et pratiquer la VIE.
Petit monde et grand monde; union du petit monde et du grand monde^ voilà la vie.
Les uns cherchent la vie particulièrement hors d'eux^ et ils méprisent le petit monde , leur corps^ la matière; ils se plongent dans les travaux de V esprit : ce sont les chrétiens et les spiritualistes.
Les autres ne veulent la voir quVn euœ : ce sont les païens et les matérialistes.
Les premiers portent la dévotion jusqu'au suicide par abstinence, et jusqu'à Y homicide par pénitence. Les seconds la font aller jusqu'à Yhomicide par violence, et îusqu'au suicide par incontinence. L'un s'abîme dans le non-moi qui est son DIEU ; l'autre voudrait l'engloutir en lui.
Et moi je veux trouver la vie aussi bien en moi qu'en
ce qui riesi pas moi^ parce que j'unis mot à ce qvi n'est pas moi, parce que je m* aime comme je I'asme : je suis
SAINT-SIMONIEN
Quand je te parlerai de ma vie telle que je la sens, telle que je la veux, telle que je Taime hors de moi; ne me fais donc pas des objections qui ne pourraient être appliquées qu'à ma vie telle que je la sens en moty et réciproquement ; c'est-à-dire : ne me combats pas en matérialiste y lorsque je me place volontairement sur le terrain spiritualiste; ni en spiritualiste , quand je veux être momentanément matérialiste. Observe si je manie bien et alternativement les deux mouvements de la pompe ; alors tu diras : vraiment Saint-Simon est là !
Je te CONÇOIS par la pensée et par le toucher^ absent et présenty hors de moi et en moi^ spirituellement et matériellement^ dans le temps et dans F espace; et je dis avec autant d'assurance : tu vis en moi que tu vis hors de moi. Et quand je dis simplement tu vis, c'est de Vune ET de Vautre vie que j'entends parler, car ce sont deux aspects différents, mais inséparables de ton être.
Je te le répète, quand je parle de l'un de ces aspects, fais-y bien attention, ne me réponds pas comme si je parlais de l'autre, ou conmie si je n'en tenais pas compte et l'oubliais; sans cela nous ne nous entendrions pas; tu m'accuserais d'être exclusif, quand je ne paraîtrais l'être que parce que je veux te faire sentir ce que tu exclus ; ou bien notre désaccord serait le même qui aurait lieu si, lorsque je te prie d'être attentif j A' écouter ^ d'être passifs tu regardais les mouches voler ^ tu bavardais ^ tu agissais. Nous n'irions pas loin ainsi, nous ne serions
pas UN , nous ne vivrions pas d*une vis HAaiiONiQUB*
N'oublie pas non plus que celui qui ne sent pas ces deux aspects de la vie ne sent pas la vie.
Je te CONÇOIS, dis-je, par la pensée et par le toucher; tu VIS en moi et hors de moi^ spirituellement et mcUériellem^ent; jnais n'oublie pas que je n'entends pas dire par \k que TOUTE TA VIE soit en mot, ou que toute ta vie soit hors de moi; ce sont les deux aspects sous lesquels je te CONÇOIS, je t'AiME, sous lesquels, par conséquent, je dis que tu es.
Or je veux que tu vives toujours, car je t'ainae ; je veux que tu progresses toujours, car je t'aime; je veux donc que ta vie en moi (ou spirituelle) et ta vis hors de moi (ou matérielle) soient éternellement continues et progressives, comme je les vois se continuer et progresser, à l'instant même, en moi et hors de moi.
Je songe à toi et ensuite /a^ts sur toi,, ou bien tu agis sur mot et ensuite je songe à toi (priori ^ posteriori); et lorsque ton père te parle, cher fils, lorsqu'il se révèle à toi, ne sens-tu pas que tu* étais déjà meilleur en lui, dans sa pensée, c'est-à-dire hors de toi, que tu ne l'étais en toi, dans ta chair? et n'est-ce pas en mettant ces deux aspects de ton être en harmonie, que tu grandis en