EXAMEN DE CETTE QUESTION
Toutes les choses qui sont arrivées, toutes celles qui arriveront, forment une seule et même série dont les premiers termes constituent le passé, dont les derniers composent l'avenir. Ainsi l'étude de la marche suivie jusqu'à ce jour par l'esprit humain nous dévoilera les pas utiles qui lui restent à faire dans la carrière scientifique et dans la route du bonheur. Mais il serait inconvenant de remonter dans cet examen jusqu'au point de départ; ce n'est pas ici que le lecteur doit trouver l'histoire entière des progrès de l'intelligence humaine. Cette manière de faire intervertirait l'ordre naturel des choses; ce serait placer l'ouvrage dans la préface, qui ne doit contenir qu'un aperçu très-succinct de l'ouvrage. Je me bornerai donc pour le moment à examiner la dernière tranche du passé. Je ne remonterai pas plus haut que le xve siècle, et si je parle du grand passé, ce que j'en dirai se bornera à une récapitulation extrêmement rapide.
Au xve siècle, l'enseignement public était presque entièrement théologien. Depuis la réforme de Luther jusqu'à la brillante époque du siècle de Louis XIV, l'étude des auteurs profanes, grecs et latins, s'est introduite par degrés dans Tinstruction publique, et cette étude, qui a continuellement pris de l'extension aux dépens de la théologie, est devenue exclusive, de manière que la
science dite sacrée a été reléguée dans des écoles spéciales, auxquelles on a donné le nom de séminaires, et qui n'ont été fréquentées que par ceux qui se destinaient à rétat ecclésiastique. Sous le règne de Louis XV, les sciences physiques et mathématiques ont commencé à faire partie de l'instruction publique; sous le règne de Louis XVI, elles y ont joué un rôle important; enfin les choses sont arrivées au point qu'elles forment aujourd'hui la partie essentielle de l'enseignement L'étude de la littérature n'est plus considérée que comme un objet d'agrément. Telle est la différence à cet égard entre l'ancien ordre de choses et le nouveau, entre celui qui existait il y a cinquante ans, quarante ans, trente ans môme, et celui actuel, que pour s'informer, à ces époques encore bien rapprochées de nous, si une personne avait reçu une éducation distinguée, on demandait : Possèdet-elle bien ses auteurs grecs et latins? et qu'on demande aujourd'hui : Est-elle forte en mathématiques? est-elle au courant des connaissances acquises en physique, en chimie, en histoire naturelle, en un mot dans les sciences positives et dans celles d'observation?
En se rappelant les notions générales que tous les hommes instruits ont reçues dans leur éducation, sur la marche que l'esprit humain a suivie depuis l'origine de son développement, en réfléchissant d'une manière particulière sur la marche qu'il suit depuis le xv* siècle, on voit:
1° Que sa tendance, depuis cette époque, est de baser tous ses raisonnements sur des faits observés et discutés ; que déjà, il a réorganisé sur cette base positive Tastro-
&o On voit que les organisations nationales sont des applications particulières des idées générales sur Tordre social, et que la réorganisation du système général de la politique européenne amènera à sa suite les réorganisations nationales des différents peuples qui, par leur réunion politique, forment cette grande société.
Dans son résumé le plus succinct, voici la conception dont mon ouvrage sera le développement :
Tous les travaux de l'esprit humain, jusqu'à l'époque où il a commencé à baser ses raisonnements sur des faits observés et discutés, doivent être considérés comme des travaux préliminaires;
La science générale ne pourra être une science positive qu'à l'époque où les sciences particulières seront basées sur des observations ;
La politique générale, qui comprend le système religieux et l'organisation du clergé, ne sera une science positive -qu'à l'époque où la philosophie sera devenue dans toutes ses parties une science d'observation ; car la politique générale est une application de la science générale ;
Les politiques nationales se perfectionneront nécessairement quand les institutions de politique générale seront améliorées.
Pour prouver la justesse de cette conception, pour faire voir que le travail le plus utile qui puisse être fait consiste en quatre mémoires, dont le premier organise la science de l'homme d'une manière positive, dont le second donne une base solide à la philosophie, dont le troisième contient un plan de réorganisation du clergé.
aucun corps n'était chargé du perfectionnement du système des connaissances humainesi etc. , etc.
Je reviens au mémoire dont ceci est la préface.
Mes idées sur la science de Thomme seront basées sur les ouvrages de Vicq-d'Azyr, de Bichat, de Condorcet et de Cabanis, ou plutôt, je m'attacherai dans ce mémoire à lier, combiner, organiser, compléter les idées produites par Vicq-d'Azyr, Bichat, Cabanis et Condorcet, de manière à en former un tout systématique.
Cabanis et Bichat ont certainement traité l'un et l'autre des questions du plus haut degré dlntérêt ; mais comme cependant ils n'ont agité l'un et l'autre, ou plutôt chacun d'eux, qu'une question particulière relativement à la science de l'homme, je n'ai pas cru devoir consacrer une des divisions de ce mémoire à l'examen de leurs idées, je les ai considérées comme des appendices de celles de Vicq-d'Azyr. *
Ce mémoirQ sera, ainsi que je l'ai dit plus haut, divisé en deux parties : dans la première, j'examinerai les idées de Vicq-d'Azyr, et dans la seconde, celles de Condorcet. Ces examens auront deux caractères bien différents : je critiquerai peu Vicq-d'Azyr , parce que ses idées de détail m'ont paru en général très-justes, je m'occuperai seulement de les coordonner et de les compléter, de manière à en former les séries les plus étendues qu'il me sera possible. Je suivrai une marche absolument différente à l'égard de Condorcet. Je le critiquerai beaucoup, attendu que toutes ses idées de détail me paraissent mauvaises, et je referai son ouvrage, dont la conception est de la plus admirable justesse et de la
lui soumettrai les raisons qui m'ont engagé à faire de cette manière.
Je terminerai cette préface : i^ en énonçant clairement les conditions auxquelles je donnerai mon manuscrit, au fur et à mesure de la confection de ses différentes parties ; 2<> en parlant de trois personnes desquelles me viennent une grande partie des idées que je produirai pendant le cours de la longue carrière que j'entreprends.
liCS personnes auxquelles je conmiuniquerai mon travail et qui désireront en prendre copie, en seront maîtresses aux conditions suivantes :
l"" La copie qu'elles prendront sera assez diligemment faite pour qu'elles me rendent mon manuscrit un mois au plus tard après que je le leur aurai remis ;
2** Elles s'engageront vis-à-vis de moi à ne communiquer mon travail à personne sans mon consentement donné par écrit ;
S^' Elles s'engageront à m'aider de leurs conseils, en plaçant leurs observations sur le verso des pages que j'ai laissé blanc à l'effet de les recevoir;
b9 Elles s'engageront à me remettre la copie qu'elles auront prise, ainsi marginée, le 1*' septembre 1814.
Et moi, je m'engage envers elles : 1** à leur donner, au 1«<- septembre 181&, la fin de ce premier mémoire sur la science de l'homme, en échange de la copie marginée qu'elles me rendront; 2» A leur remettre, au l*' janvier 1816, une copie de ce mémoire, tel que je le présenterai à cette époque aux sociétés savantes.
Je passe à ce que j'ai annoncé que je dirais des per-.
conjectures. Elles ont dû, elles doivent devenir positives, parce que Texpérience journellement acquise par FecH prit humain lui fait acquérir la connaissance de nour veaux faits, et rectifier celle plus anciennement acquise de certains faits qui avaient été observés d'abord, mais à une époque où Ton n'était pas encore en état de les analyser. L'astronomie étant la science dans laquelle on envisage les faits sous les rapports les plus simples et les moins nombreux, est la première qui doit avoir acquis le caractère positif. La chimie doit avoir marché après T astronomie et avant la physiologie^ parce qu'elle considère l'action de la matière sous des rapports plus compliqués que l'astronomie, mais moins détaillés que la physiologie.
Par ce peu de mots, je crois vous avoir prouvé que ce qui est arrivé est ce qui devait arriver. C'est beaucoup de savoir la raison qui a amené successivement l'ordre des choses qui nous ont précédés, puisqu'elle donne le moyen de découvrir ce qui arrivera.
Une idée me reste à poser pour compléter la base sur laquelle se fondera ce que j*ai à vous dire; c'est que l'astronomie a été introduite dans l'instruction publique, ainsi que la chimie, dès l'instafit qu^elles ont acquis le caractère positif. D'où je conclus, comme idée générale, que toute science qui acquerra le caractère positif sera introduite dans Tinstruction publique.
Je vais maintenant vous exposer directement ce que je pense sur l'état actuel de la physiologie, sur ce qu'elle deviendra, sur les effets que ses progrès produiront dans le système général des idées, dans l'or-
physiologiste est le seul savant en état de démontrer que dans tous les cas la route de la vertu est en même temps celle du bonheur ; le moraliste qui n'est pas physiologiste ne peut montrer la récompense de la vertu que dans une autre vie, faute de pouvoir traiter avec assez de précision les questions de morale.
3* La politique deviendra une science positive. — Quand ceux qui cultivent cette branche importante des connaissances humaines auront appris la physiologie pendant le cours de leur éducation, ils ne considéreront plus les problèmes qu'ils auront à résoudre que comme des questions d'hygiène.
i'* La philosophie deviendra une science positive. — La faiblesse de l'intelligence humaine a forcé l'homme à établir dans les sciences la division entre la science générale et les sciences particulières. La science générale ou philosophie a pour faits élémentaires les faits généraux des sciences particuUères, ou, si l'on veut, les sciences particulières sont les éléments de la science générale. Cette science, qui n'a jamais pu être d'une autre nature que ses éléments, a été conjecturale tant que les sciences particuUères l'ont été. Elle est devenue miconjecturale et positive, quand une partie des sciences particulières est devenue positive, l'autre restant encore conjecturale. Tel est l'état actuel des choses. Elle deviendra positive quand la physiologie sera basée dans son ensemble sur des faits observés, car il n'existe pas de phénomène qui ne puisse être observé du point de vue de la physique des corps bruts, ou de celui de la physique des corps organisés, qui est la physiologie.
peut être utSe, il ne peut aToir de faite qa^aalant ipf fl est compofié des bomiDes les phis savants, qu'autant que les principes coddos de loi sont enoore ignovés da vulgaire.
f abrège cette dissertation parce qu^elle a été trop longue pour la produire en totalité dans une préface ei qu'elle sera développée dans le corps de mon travaiL Je me borne à donner ses résultats.
UorganisatioD actuelle de la pronière classe de Flnatitut entrave la marche de Fesprit humain ; son organisation changera quand la physiologie sera devenue une science positive. Elle se divisera alors en deux sections, dont Tune se composera des physiciens adonnés à Tétude des corps organisés, et dont Fautre renfermera ceux qui cultivent la science des phénomènes inorganiques. Chacune de ces deux sections aura sa police particulière, ses séances à part, et procédera séparément à la nomination des places qui viendront à vaquer dans son sein. Chacune aura son président, son secrétaire, ses fonds disponibles pour donner des prix à ceux qui auront présenté les meilleurs mémoires sur les questions qu'elle aura données à traiter, ou sur celles dont la discussion, le sujet ayant été choisi par Fauteur, lui paraîtra utile.
Les deux sections dont je viens de parler et qui se diviseront en autant de sous-sections qu'elles le jugeront à propos, ne seront elles-mêmes que des sections secondaires. Il y aura une première section qui sera composée des philosophes. Les membres de cette première section seront nommés par ceux des deux sections secondaires réunies en assemblée commune et ayant
ne connaissait rien de plus impertinent qa^un soldat poltron et un prêtre ignorant. C'est-à-dire, que la force du clergé, du pouvoir spirituel, était la science, comme celle du militaire, du pouvoir temporel, était la bravoure.
Les moments les plus heureux pour Tespèce humaine ont été ceux où les pouvoirs spirituel et temporel se sont le mieux équilibrés. Cet équilibre est surtout nécessaire dans le cas d'une société politique composée de plusieurs peuples, telle que la société européenne. Car le clergé est la seule force qui puisse s'opposer avec succès à l'ambition nationale des peuples les plus puissants, dont la tendance est nécessairement de soumettre tout le Continent. La guerre actuelle est évidemment causée par Tanéantissement du clergé. Ce corps, ayant négligé l'étude des sciences physiques, a abandonné s^ux savants laïques le sceptre de la science, il a perdu sa considération, et une fois avili, il a été dépouillé. La guerre durera nécessairement jusqu'à l'époque où le clergé sera réorganisé. Sa réorganisation sera un des effets qui suivront l'admission de la physiologie dans l'instruction publique. Dans un temps donné, le sacré collège sera réorganisé comme je vous ai dit que l'Institut le serait. A cette époque, tous les savants marquants seront membres du clergé, et toute personne qui se présentera à l'ordination ne sera faite prêtre qu'après avoir subi un examen qui constatera qu'elle est au courant des connaissances acquises sur la physique des corps bruts et sur celle des corps organisés.
Voilà les effets qui découleront de l'admission de la
tribué à ses progrès, savoir, la physique des corpâ bnitB, et celle des corps organisés. Elle fera voir que c'est alternativement que les hrutiers (i) et les physiologistes ont occupé le poste d'avant-garde scientifique, pour pénétrer dans le pays des découvertes ; elle fera voir enGn que les brutiers ne découvrant depuis assez longtemps rien d'important, le moment est arrivé où ils doivent laisser le poste d'avant-garde, qu'ils occupent depuis plus d'un siècle, aux physiologistes.
2^ Il faut examiner comment les mathématiciens se sont mis à la place des brutiers, ou plutôt comment les brutiers ont prétendu que le poste d'avant-garde leur était dû, non à titre de physiciens étudiant l'univers dans le grand monde et s'étant élevés à la connaissance d'une loi unique susceptible d'analyse (la gravitation universelle] ; mais sous ce rapport que, comme calculateurs, ils étaient les métaphysiciens par excellence, les philosophes, les hommes généraux ; en un mot, les seuls en état de cultiver avec succès la science générale. Cet exa- ' men fera voir que la mathématique qu'on peut effectivement considérer comme formant la seule partie utile et positive de la métaphysique, qu'on peut concevoir être la philosophie, se compose de quatre parties, savoir :
La science de la comparaison des idées, qui est la science de la pose des problèmes ;
La science de la mathématique infinitésimale, qui est
(1) La désinence naturelle aurait donné brutaux; mais cette expression aurait entraîné une équivoque qui aurait pu me faire soupçonner d*aToir rinteation de dire une grossièreté.
lateurs, enfermés derrière un rempart d*X et de Z; je vais
leur donner Tassaut
Brutiers, infinitésimaux, algébristes et arithméticiens, quels sont vos droits pour occuper dans ce moment le poste d'avant-garde scientifique ? L'espèce humaine se trouve engagée dans une des plus fortes crises qu'elle ait essuyées depuis T origine de son existence ; quel effort faites-vous pour terminer cette crise? Quels moyens avez-vous de rétablir Tordre dans la société humaine ? Toute TEm-ope s'égorge, que faites-vous pour arrêter" cette boucherie ? Rien, Que dis-je ! c'est vous qui perfectionnez les moyens de destruction ; c'est vous qui dirigez leur emploi ; dans toutes les armées, on vous voit à la tête de F artillerie ; c'est vous qui conduisez les travaux pour l'attaque des places! Que faites-vous, encore une fois, pour rétablir la paix ? Rien. Que pouvez-vous faire? Rien. La connaissance de l'homme est la seule qui puisse conduire à la découverte des moyens de concilier les intérêts des peuples, et vous n'étudiez point cette science, vous n'en avez recueilli qu'une seule observation : c'est qu'en flattant ceux qui ont du pouvoir, on obtient leur faveur et on a part à leurs largesses. Quittez la direction dé l'atelier scientifique ; laissez-nous réchauffer son cœur qui s'est glacé sous votre présidence, et reporter toute son attention vers les travaux qui peuvent ramener la paix générale, en réorganisant la société. Quittez la présidence, nous allons la remplir à votre place, etc.
Enfin, le docteur Burdin m'a dit : La réunion des travaux de deux personnes est nécessaire pour faire faire
rhomme disparaissait du globe, ranimai le mieux organisé après lui se perfectionnerait.
b!" Série des progrès de l'esprit humain. Cette série doit être partagée en deux parties, dont Tune contienne le passé et l'autre l'afenir ; ce qui sera dit sur l'avenir doit être une conséquence évidente de ce qui aura été constaté sur le passé. En exposant la marche suivie par l'esprit humain, on doit rendre les plus saillantes possible les observations suivantes : !• Que l'homme, à l'origine de son existence, n'a joui sur les autres animaux que de la supériorité d'intelligence qui résultait directement de sa supériorité d'organisation, et que cette supériorité était très-petite; 2** Que l'homme a employé bien du temps, c'est-à-dire beaucoup de générations pour faire une langue ; que le système de signes de convention n'a été complet qu'à l'instant où les idées générales, causes et effets ^ ont été bien distinctes et qu'elles ont été attachées à des signes différents ; que de ce moment, l'intelligence de l'homme s'est trouvée décidément d'un ordre supérieur à l'instinct des autres animaux ; que, dès cet instant, le système religieux a commencé à se former ; que ce système a été d'abord l'idolâtrie , c'est-à-dire : la croyance que les premières causes étaient visibles, et l'adoration de ces causes par ceux qui ne travaillaient pas à étudier la relation des causes et des effets et à en perfectionner la connaissance ; 3" Que de l'idée de causes visibles, l'homme s'est élevé à l'idée de plusieurs causes invisibles et animées, ce qui a constitué le polythéisme ; b!" Que de l'idée de plusieurs causes invisibles et animées, l'homme s*est
Soyez le philosophe dans ce travail, je serai le physiologiste.
Il y a quinze ans que M. Burdin m*a tenu ce discours et fait cette proposition, que j'ai acceptée.
Depuis quinze ans ce travail m'occupe, m'absorbe (1). Je suis enfin parvenu à l'ébaucher dans toutes ses parties. Je venais le communiquer au docteur Burdin, quand j'ai su qu'il avait pris le parti de se faire occuper dans les hôpitaux de l'armée, ce qui rend ma conmiunication de travail avec lui, telle que j'en aurais besoin, absolument impraticable. J'ignore où en est son travail personnel. Je lui envoie ce commencement de mon travail. Je le soumets à quelques physiologistes, et, par cette communication à lui et à ses collègues, je fais appel d'un collaborateur dont j'ai grandement besoin. Je fais appel d'une personne qui soit plus capable que moi de remplir une tâche aussi importante pour le bonheur de l'espèce humaine, et qui est, je le reconnais, infiniment au-dessus de mes forces.
Yoilà l'obligation que j'ai à M. Burdin et dont je fais déclaration authentique. M'a-t-il rendu un bon ou un mauvais service en me lançant dans une entreprise aussi étendue? C'est ce que le temps fera voir. A-t-il effectivement trouvé le moyen de faire cesser le terrible fléau de la guerre et de rendre le sort de l'espèce humaine plus heureux qu'il ne l'a été jusqu'à présent? C'est ce que le temps nous fera connaître. Avant toutefois de
(l) Ces quinze années font remonter à 1798 le commencement des traTEux de Saint-Simon. P. E.
terminer cet article, je crois devoir exposer quelques réflexions que j'ai faites sur les idées -que je ne devais pas perdre de vue dans ce travail, ou plutôt, sans autre commentaire, je vais énumérer ces idées dont je ne donnerai que l'énoncé.
La série à établir doit remonter jusqu'à l'idée générale de la gravitation universelle ; elle doit s'élever à cette idée par des moyens physiologiques, c'est-à-dire par des considérations sur les corps organisés. Enfin, elle doit améliorer la conception générale en la précisant.
DEITXIÂnB IDSE.
Cette série doit descendre jusqu'à la considération des intérêts présents'de l'espèce humaine, dévoiler les causes des maux qu'elle endure dans ce moment, en indiquer le remède.
TBOI0IBl!fS IDEE.
Le terme général de la série doit être fréquemment indiqué, rappelé pendant le cours de l'exposition de ses termes particuliers, ou, pour m'exprimer d'une manière moins abstraite, la conception générale dont l'ouvrage est le développement, doit être souvent reproduite, elle doit être représentée sous le plus grand nombre de faces possible.
Celui qui traite des corps organisés ne doit pas adopter le même mode d'exposition d'idées que celui qui écrit sur la physique des corps bruts. Il doit donner plus de vie à ses pensées. Pour atteindre ce but, il ne doit donner aucun accès dans ses écrits au froid on; il doit multiplier ses interlocuteurs le plus possible et placer ses idées dans la bouche de ceux de la part desquels elles doivent être le mieux accueillies. Il doit, etc.. Dans ma préface définitive, je développerai davantage cette idée. Je me borne pour le moment à prévenir le lecteur que Vicq-d'Azyr ayant posé les premiers termes de la série physiologique, j'ai cru devoir lui en attribuer le premier développement.