M. BOUGON
Je vais parler de Tobligation que j'ai au docteur Bougon. Il n'y a pas, à cet égard, la moindre exagération.
Le hasard m'a fait rencontrer le docteur Bougon, qui a été ci-devant prévôt de M. Dubois à Paris, et qui exerce maintenant la médecine en province.
C'est un homme d'une sagacité extraordinaire ; il a dans sa pensée un grand avenir physiologique. Après lui avoir communiqué mon plan de travail , je lui ai dit que j'étais embarrassé relativement à deux endroits de la série, où il se trouvait pour moi solution de continuité
gence du castor est, ainsi que ses travaux l'ont prouvé, très-supérieure à celle du singe. Les travaux qui prouvent dans une espèce le plus haut degré d'intelligence sont les travaux de société. Le castor s'est distingué sous ce rapport essentiel , tandis que le singe ne s'est jamais élevé au-dessus des actes d'intelligence individuelle ; et, dans ce genre, il fait preuve de vivacité dans les conceptions, mais d'incapacité pour la tenue et la suite dans les combinaisons.
Le docteur Bougon m'a encore dit : Après avoir redressé l'erreur commise par les physiologistes dans la classification des animaux, relativement à la place qu'ils avaient donnée au singe, j'ai cherché quelle pouvait avoir été la cause de cette erreur qui est bien grossière, puis-
les plus yariés en dimensions, placés respectivement dans un pins grand nombre de positions, et contenant en circulation des fluides qui diffèrent davantage de densité. Plus un animal est organisé, plus son organisation se compose d'appareils distincts, c'est-à-dire de viscères à l'intérieur et de sens à l'extérieur ; ainsi, on peut classifier les animaux d'après le nombre d'appareils distincts dont ils sont composés. L'esprit, soulagé par cette division, pour établir la comparaison entre les espèces qui diffèrent peu d'organisation, cherche le degré de perfection d'organisation de chaque appareil. Uanimal qui a un sens complet de plus qu'un autre n'a pas seulement une nuance de plus d'intelligence, il a une grande supériorité. La quantité de supériorité peut être déterminée par le calcul des combinaisons dont lé binôme de Newton donne la formule. Ainsi l'homme, par exemple, qui a six sens et qui est le seul de tous les animaux possédant le sens du toucher d'une manière complète, est plus de sept cents fois plus intelligent que l'animal le plus élevé après lui sur l'écheUe d'organisation. Cette manière d'envisager les choses vous sera fort utile quand vous serez occupé à établir que la faculté de se perfectionner n'est pas possédée par l'homme exclusivement ; que tous les animaux en jouissent en proportion du degré de perfection primitive
partie de l'impression produite par les premières iôé^ données, mais ne Tanéantit pas tout à fait, atteijidu surtout que cette seconde instruction n'est pas fondée, comme la première, sur une idée générale impérative. Les savants occupés d'anatomie comparée ont plutôt obéi à la croyance acquise dans leur première éducation qu'à l'impulsion de la raison, en plaçant le singe après l'honmie sur l'échelle de Torganisation.
Le docteur Bougon m'a rendu un service bien plus important que ceux dont je viens de parler. C'est d'avoir conçu clairement en quoi consiste l'entreprise scientifique à l'exécution de laquelle je me livre. Personne plus que lui, peut-être autant que lui, n'est en état d'en exécuter la partie physiologique.
Il me vient à l'instant une idée que je vais mettre sur-le-champ à exécution. Je vais écrire au docteur Bougon et placer ma lettre dans cette préface. Dans les pensées les plus particulières du philosophe , il y a de la généralité. Si la nature m'a réellement donné Torganisation philosophique, ce que je vais dire au docteur Bougon doit être un langage convenable à tenir à plus d'un savant.
USmS A n. IiE DOCTB1JB BOIJC»«M.
Mon cher Docteur, mon travail est loin d'être terminé , mais il est beaucoup plus avancé qu'à l'époque où vous avez eu la complaisance de recevoir communication de mes idées. A cette époque , ce n'était qu'un aperçu, c'est aujourd'hui une ébauche régulière, ainsi
relient et ne se battent que faute de s'entendre et de concevoir clairement le moyen de concilier leurs intérêts. La masse entière de la population européenne se trouve engagée dans la plus terrible guerre qui ait jamais existé. Les savants qui cultivent la science de Thomme, qui sont les physiologistes, sont les seuls qui soient en état d'analyser les causes de cette guerre et de découvrir les moyens de la faire cesser, en mettant en évidence la manière dont les intérêts de tous peuvent se concilier. Vous êtes physiologiste, mon cher Docteur; vous êtes du très-petit nombre de ceux qui ont reçu de la nature la capacité suffisante pour cultiver avec succès la physiologie transcendante, qui est la science de Thomme. Les travaux auxquels je vous propose de vous livrer sont les seuls qui puissent dissiper Timbroglio d'idées qui cause annuellement le massacre de plusieurs millions d'hommes; ils sont donc de la plus haute utilité pour l'espèce humaine, dont la société européenne compose la partie la plus intéressante.