SUR LA PHYSIOLOGIE
PAB
P. ENFANTIN
Mon cher Guépin.
J'ai reçu, pendant une petite course à la campagne, votre bonne lettre du 6 juin et les brochures qu'elle m'annonçait. Je vous en remercie, mais je vous dois une confession. Vous m'aviez demandé à Nantes si j'avais reçu et lu votre dernier ouvrage (*); je vous ai répondu : non. Ce n'était pas la vérité : je Tavais reçu et lu, très-bien lu, de mes propres yeux lu, ce qui s'appelle lu ; mais je n'avais nulle envie , la première fois que je vous voyais chez vous , d'entamer une discussion avec vous, sur la manière dont vous m'aviez dépeint, exposé et jugé publiquement, alors que vous-même ne m'aviez vu personnellement qu'à travers les lunettes
(*) Philosophie du XIX* siècle,
troubles ou troublées de plusieurs de nos amis, et surtout de ceux qui ne se vantent plus d'être mes amis , après s'être honorés de se nommer mes fils.
Il me semblait que je devais faire plus ample et personnelle connaissance avec vous, et que cela valait mieux que toute discussion. J'espérais aussi que votre contact avec Carette , avec un homme qui n^appartient pas aux temps héroïques de la rue Monsigny ou de Ménilmontant , mais qui a vécu longtemps avec moi sous la tente, qui m'y a vu sans voiles, qui a remué avec moi, en tête à tête et cœur à cœur, les idées les plus générales, les sentiments les plus intimes ; j'espérais, dis-je, que votre contact avec Carette modifierait votre jugement sur moi , mieux que ne le feraient des explications sur une phase de ma vie qui s'est déroulée loin de vous, dont vous n'avez pas été témoin , et qui vous a été transmise , je le répète, uniquement par des amis dévoyés, déroutés, irrités, reniant ce qu'ils avaient adoré, cherchant à briser leur idole.
Je vous ai donc menti, et j'ai deux exemplaires au lieu d'un, et je relis votre ouvrage, en passant pardessus ce qui m'est personnel, tenant encore à ne vous en pas parler, si ce n'est sur un seul point que voici
Vous attribuez mes vieilles erreurs (que je professe toujours et plus que jamais) à ce que je n'étais pas physiologiste. Je crois que vous avez raison, en ce sens que ni Bichat, ni Lamark, ni Cabanis, ni Gall, n'ont pu faire ce qu'a fait Saint-Simon, et que Prunelle n'a pas même compris pourquoi Saint-Simon hébergeait, nourrissait, entretenait à grands frais chez lui, un physiolo-
« Les facultés de l'homme se divisent en :
» 1** Facultés individuelles de conservation et de reproduction, ou facultés animales;
» 2* Facultés intellectuelles;
» â*" Facultés sociables ou humaines^ servant à constituer, à perpétuer les sociétés et T humanité. »
« Le cerveau a, comme on le voit^ un pôle humain et UN pôle animal ou individuel. »
Si je ne me trompe, vous avez voulu dire que le cerveau était Torgane non-seulement des facultés intellectuelles, mais des facultés que vous nommez animales; et qu'il est aussi l'organe des facultés sociables.
Vous affirmez ces principes physiologiques, non pas parce que l'anatomie du cerveau, au point de vue des facultés, vous les fournit, mais parce que vous savez, par votre étude générale de l'homme vivant, et vivant en société , que sa vie se manifeste moralement , intellectuellement et physiquement; et alors vous supposez que le cerveau est l'organe en qui se résument les sentiments , les raisonnements et les actes de cet individu sociable et progressif.
Mais comment se fait-il qu'après avoir signalé trois ordres distincts de facultés : animales, intellectuelles et sociables, vous ajoutiez : le cerveau a, comme on le voit y DEUX pôles, UN pôle humain et un pôle animal? il devrait évidemment en avoir trois, car votre pôle intellectuel manque ; ou bien s'il n'en a que deux, c'est qu'un des trois ordres de facultés représente le phénomène électrique^ qui s'opère par effluve d'un pôle à l'autre; c'est-à-dire que ce troisième ordre est l'exprès-
vitale, des deux centres, des deux pôles psychique et physique de l'esprit et de la chair.
Évidemment, si cette évolution s'opérait en vous, rien de votre science ne serait perdu, mais elle serait transformée : toutes vos observations se classeraient différemment. Et pourtant cette radicale révolution serait due à une conception en quelque sorte étrangère à Tanatomie et même à la physiologie actuelles ; elle serait due à une conception que ces deux sciences, il est vrai, peuvent justifier ou démentir, mais qui tient à un ordre plus général, plus élevé, car il est universel.
Cette conception n'est pas autre chose, cher Docteur, que la doctrine politique, morale, religieuse, industrielle, métaphysique, historique de Saint-Simon, du moins telle que je l'ai comprise et enseignée .
Je reviens à votre cerveau :
Je ne demande pas mieux que d'y voir trois pôles, puisqu'ils correspondraient aux trois ordres de facultés que vous me signalez . Si donc vous me montrez , au milieu, par devant et par derrière, trois masses répondant à : facultés animales, facultés intellectuelles et facultés sociales, j'en serai enchanté. Mais je vous vois toujours parler de trois choses : animal, intellectuel et social, et vous ne me montrez que deux pôles, deux masses, deux parties d'un organe ; je ne comprends plus.
Prétendez-vous que la partie médiane, par exemple» où vous placez l'idéalité, la religiosité, la sociabilité, forme un ensemble comme le cervelet, ou même comme la partie antérieure du cerveau, où vous placez les
faiseur, créateur; vous ne sentez pas ce que c'est que manier un monde et le tailler à l'image de Dieu.
Grand Dieu I quels animaux , quels castors , quelles taupes que ces Talabot, Jullien, Didion, Stephenson, Brassey, Locke, Parent, qui n'ont pas fait un livre, pas écrit une ligne de métaphysique , de philosophie, d'histoire , de physiologie , de littérature , et qui ont percé, troué, broyé des montagnes, comblé des vallées, franchi des fleuves et réuni toutes les capitales de l'Europe dans la banlieue les unes des autres!
Avouez, cher Docteur, que vous comptez plus sur votre livre pour l'avancement du monde, que sur les prodigieux travaux de ces manœuvres de Dieu, pétrissant un globe. Soyez sûr qu'ils ont le cervelet développé, ces géants, et que cela ne les a pas empêchés de comprendre la volonté de Dieu, parce que leur front, vaste aussi, mesure le temps et pèse l'espace.'
Jean Reynaud, P. Leroux et Carnot, ces trois idolâtres de l'esprit et de la liberté, trouvaient, je me le rappelle, que Michel Chevalier avait un style de maçon et que ses métaphores puaient le mortier et la vapeur. Je reconnais qu'on y sent cette odeur; mais aussi voilà pourquoi Michel a écrit, en 1831, le système méditerranéen y où il a tracé le plan de ce gigantesque travail de maçon, auquel personne autre que nous ne songeait à cette époque, qui a coûté des milliards et qui est presque fini maintenant.
11 est vrai, ces trois fanatiques de l'esprit et de la liberté, ces trois hommes de savoir, sont, comme on dit, arrivés au pouvoir; mais, ministre, conseiller d'Etat,
Vous ne voyez pas que vous vous escrimez comme eux à déprimer et écraser la bête, l'animal ; que cet animal regimbera , donnera des ruades à votre esprit et le désarçonnera brutalement, si cet esprit ne le traite pas comme un frère, comme un conjoint, comme sa femme. Vous ne comprenez pas que vous êtes encore adorateur mystique d'un Dieu pur esprit, malgré la venue de Saint-Simon ; que même en tolérant l'animal , mais le mettant sous la verge de l'intelligence, au lieu de les associer l'un à l'autre par le saint lien de l'égalité, vous maintenez la guerre, vous, homme pacifique; vous maintenez l'esclavage, vous, homme de la liberté I
S 2. Je reviens donc encore à votre cerveau.
Je le répète, vous me faites voir, dans ce que vous nommez le clavier cérébral, trois octaves et seulement deux pôles, que j'aime à appeler deux piles et qui semblent avoir cette signification dans votre pensée , car vous dites : « Une idée pourrait bien n'être qu'une combinaison de chimie transcendante entre deux éléments très-subtils. » Si vous disiez la même chose d'un SENTIMENT ct aussi d'uu faitf je serais parfaitement d'accord avec vous ; seulement , j'ajouterais que , poigr le SENTIMENT, il pourrait bien n'être que le résultat d'une combinaison harmonique ou discordante de l'élément idée avec l'élément fail^ chose^ forme; d'une combinaison psychique et physique, spirituelle et matérielle des deux piles antérieure et postérieure du cerveau.
Je serais désireux que vous me prouvassiez que je me trompe ou que je vois juste en émettant cette dernière
moij de l'orgueil et de rhumilité, de l'intérêt et du devoir, de la liberté et de l'autorité.
Je crois donc (et pardonnez-moi encore mon ignorance spéciale) que votre science spéciale a besoin d'examiner plus profondément qu'elle ne l'a fait jusqu'à nos jours, si notre conception générale de la vie n'est pas parfaitement conforme à ce que le scalpel et le raisonnement trouvent réellement dans le cerveau humain.
Remarquez que je ne démens rien de ce que vous y trouvez ; seulement je vous présente une hypothèse , une conception qui , selon moi , permet de constituer une véritable science avec les observations illogiques , incomplètes, contradictoires, aventurées, divagantes de la physiologie actuelle , c'est-à-dire des mille opinions diverses de tous les physiologistes, qui ne s'entendent ni enire eux, ni avec vous.
Franchement, votre physiologie est-elle la physiologie de tout le monde ? Est-elle seulement adoptée et enseignée par l'Académie des Sciences ou par l'École de Médecine? Croyez-vous fermement qu'elle soit arrivée, comme disait A. Comte, à l'état positif? Je ne pense pas que ce soit votre opinion. Or à quoi cela tient il? Uniquement à ce que ron ne sait pas ce que Von doit chercher et trouver dans r homme , avec les merveilleux instruments rationnels et matériels que nous possédons aujourd'hui pour l'observer et l'expérimenter.
Supposez que l'on soit convaincu qu'en donnant une éducation trop raisonneuse , logique , mnémonique , en négligeant la gymnastique, l'exercice, la nourriture, le bain d'air, d'eau , de lumière , de sons . de
ciproque entre elles ; que Ton est aussi barbare en prétendant soumettre Tindustrie à la science, que la science à rindustrie , en ne respectant pas autant la partie postérieure du cerveau que la partie antérieure, en ne traitant pas, avec une égale considération , Thomme et la femme.
A ce sujet, je serais bien heureux de savoir ce que vous pensez des cerveaux comparés de l'homme et de la femme?
La question vaut la peine que nous nous y arrêtions.
§ 3. Je me tromperais fort (ce qui est d ailleurs trèspossible), si vous ne trouviez pas, en cherchant un peu, dans ces deux masses comparées, des différences analogues à la différence des deux sexes. Je vous demande, par exemple , s'il n'est pas vrai, s'il n'est pas constaté en fait, que les deux parties, antérieure et postérieure du cerveau, ne sont pas, chez le mâle et chez la femelle, dans les mêmes proportions relatives de développement, sous le rapport des masses, des formes, des fonctions?
Je crois que la partie antérieure prédomine relativement chez l'homme, et la partie postérieure chez la femme. Si cela est , vous devez naturellement en conclure, vous : que la femme est plus animal que l'homme, conclusion désobligeante pour le beau sexe ; tandis que moi j'en conclurais, au contraire : que l'homme est un animal , quand il ^ se croit plus compétent que la femme sur une foule de choses qui tiennent à cette différence relative entre les deux grandes parties du cerveau; j'en conclurais : que, dans beaucoup de cir«
brave homme a le front bas , il me fait peur ; je ne me rassure que s'il a, au contraire, le front d'Apollon ; mais c'est fort rare,
La génitrice , je ne crains pas chez elle le front un peu bas, pourvu qu'il soit égal , arrondi , sans bosses galliques et sans creux voisins des bosses. J'ai peur des fronts à la Rachel , qui me rappellent Lamennais ou Hugo. Il me semble que sous cette draperie grecque bat un cœur d'académicien. Si vous me répondez que cette femme disait Corneille merveilleusement , je veux bien y consentir, mais Racine , je le nie ; et de plus , je lui ai entendu chanter la Marseillaise, et j'ai reculé épouvanté devant ce monstre.
Dieu me garde de mépriser les grands fronts d'homme; le mien est assez large pour que je ne fasse pas cette bêtise ; toutefois je ne les aime pas, quand ils sont disproportionnés par rapport à la partie postérieure de la tête, quoique je puisse alors les estimer et avoir pour eux une grande considération.
Dans ce dernier cas, je crois que vous trouverez toujours h tête aplatie sur les côtés médians, et relevée en toit pointu au sommet, ou complètement aplatie aussi ; comme si la nature voulait indiquer par là, qu'il existe alors très-peu ou pas de relations d'échange, de communion, entre les deux pôles ou les deux piles antérieure et postérieure.
Le phénomène semblable se produit, et vous le signalez , lorsque le cervelet est , disproportionnément développé. Eh bien, qu'est-ce donc que cette partie médiane qui s'affaisse et se vide , ou du moins qui ne
ganisme entier, ne constitue pas lui-même un couple. J'en suis convaincu; mais je soumets ma conviction à votre science. Pour moi, voici le couple gouvernant, reliant les deux faces abstraites de la vie, les deux piles intellectuelle et matérielle. Il est composé lui-même de deux piles électriques qui résument l'une et l'autre le jeu des deux autres couples, et il combine les résultats isolés de chacune d'elles. C'est là, selon moi, que s'effectuent les opérations de chimie transcendante où s'engendrent ridée et l'acte, sentis, voulus, et qui vont s'exprimi^r en verbe^ en formules, ou se réaliser en fait, en farme.
Vous signalez parfaitement, cher Docteur, les prolongements nerveux de l'appareil cérébral vers tous les points de l'organisme; m lis je ne vous vois pas attacher d'importance ou seulement prêter votre attention aux liens qui rattachent entre elles, d'une part, les parties du ceiTeau ; de l'autre, les pai'ties du cervelet, et qui relient le cerveau lui-même au cervelet. Or c'est, selon moi, ce que la physiologie et l'anatomie ont le plus intérêt à examiner et à mettre en lumière dans l'organe cérébral , toujours par cette raison : que la science générale actuelle doit avoir pour base et pour but l'uNiON des deux membres de tout couple, et que les couples dont il s'agit ici sont tout à fait de premier ordre.
Pardonnez-moi, je vous le demande encore, de ne pas attribuer aux choses dont je vous parle, leur nom scientifique que j'ignore; je voudrais que ma lettre pût être comprise par tous les ignorants comme moi, qui sont infiniment plus nombreux que les savants tels qui
constructeur, créateur ; c'est le bonheur des faunes, des sylvains, des tritons, des centaures, des cyclopes, de rhomme des champs, des bois, de la mer, des caravanes, de l'atelier, des mines, comme c'est la joie du coureur, du danseur, du sauteur, du lutteur, de tous ceux qui aiment le mouvement, la force, Tagilité , et qui se tueraient à produire l'œuvre de leur corps , le fruit de leurs fatigues , l'enfant de leurs sueurs , de leur sang , de leurs larmes même.
Nos savants purs n'ont sans doute jamais accouché une femme ; ils n'ont pas vu dans des yeux de mère la larme dont elle salue la venue au monde de son enfant. Ils croient qu'on accouchera un jour sans douleur, et ils nous montrent dans l'avenir une industrie chloroformisée ! Quel paradis, grand Dieu ! quel royaume d'e^prilSf d'anges, de sylphes! quel mysticisme et quelle mystification !
Rechercher la peine, la douleur, la mortification et les larmes, à la mode du père Félbc, c'est bien insensé; mais ce n'est pas plus fou que d'espérer que l'on n'aura plus à braver la peine, la fatigue, la douleur, la maladie, la mort, pour enfanter le Jupiter de Benvenuto, pour sauver son frère des flots ou de l'incendie, pour féconder la terre de Dieu, pour s'emparer des richesses enfouies dans ses entrailles, pour s'élever au-dessus des nuées et maîtriser la foudre.
A ce point de vue, cher Docteur, enseignez-nous donc de quelles vertus sont doués le grossier cervelet d'Hercule et le délicat cervelet de Vénus génitrice, pour supporter la douleur physique, comme ils le font J'af-
IL — § 1. Les attaches nerveuses qui relient les lobes du cervelet entre eux et les lobes du cerveau entre eux, et qui relient aussi le cerveau avec le cervelet, et tous deux à la moelle épinière, ne sont-elles pas elles-mêmes une pile à double courant, qui reçoit et transmet, qui prend et qui donne, du' dehors au dedans, du dedans au dehors ? Ne croyez-vous pas que cette pile élabore ce qui va au cerveau et au cervelet et ce qui en sort, et qu'elle reçoit aussi de la moelle épinière et du corps entier ce qu'ils apportent à l'appareil cérébral, en remettant elle-même à la moelle épinière et au corps entier tout ce que l'appareil cérébral leur envoie? Ne serait-ce pas, en quelque sorte, une administration transcendante des postes, faisant elle-même la correspondance, sur brouillons de l'intérieur et de l'extérieur, selon les besoins exprimés par le moi et par le non-moi, avec indication des moyens d'y satisfaire, avec ordre aux agents théoriques et pratiques, avec procédés de raisonnement et d'exécution ?
En vous parlant ainsi, cher Docteur, mon intention est, je l'avoue, d'ébrécher un peu l'auréole dont la physiologie en général et vous en particulier couronnez autocratiquement le cerveau. Je ne veux pas recommencer la fable des Membres et F Estomac y mais je tiens à vous dire qu'il faut que l'on soit encore furieusement mystique pour avoir tout rapporté à ce que l'on a appelé le siège de Y intelligence ^ et pour avoir concentré en lui presque tout l'organisme humain.
Votre maître et ami Gall me semble avoir terriblement fait dévier, sous ce rapport, la physiologie de la
route où la plaçaient Cabanis et Bichat. Pour mon compte particulier, qui n'est sans doute pas grand' chose à vos yeux- en pareille matière, je me prends souvent à protester, au nom des tissus généraux, au nom des circulations générales, contre le despotisme envahissant du laboratoire cérébral. 11 m'est arrivé souvent d'admirer de beaux corps de femmes dont la tête n'était pas si belle que le bras, la jambe, la taille, la gorge, les épaules; eh bien, je vous assure que sur ces beaux corps je lisais plus clairement que Gall sur le crâne, que Lavater sur la face, les qualités morales, intellectuelles et physiques de ces femmes; et je lisais bien plus clairement encore cette triple vie, quand j'apprenais dans quel état se trouvaient le cœur, les poumons, l'estomac, le foie, les muqueuses, etc.
Je ne dis pas que le crâne et la face n'aident point à cette lecture ; mais, je le répète, je proteste contre cet envahissement despotique, absolu du cerveau, encouragé par beaucoup de physiologistes de nos jours.
Voilà pourquoi je voudrais que dans la boîte cérébrale on fît plus attention à ce qui relie le cerveau au reste de l'organisme, qu'à cette pâte grise ou blanche qui est, à proprement parler, le cerveau, mais qui ne serait qu'une bouillie, un magma, si elle ne communiquait pas avec le corps par un appareil plus intéressant, par conséquent, que cette bouillie elle-même.
Vous m'avez décrit, et M. Flourens signale un fameux point, siège de vie, dont vous faites d'ailleurs assez bon marché, et qui n'a guère pour vous qu'une valeur anatomiquc et non physiologique : je crois que vous avez
parfaitement raison. Toutefois, la place dans laquelle M. Flourens et vous-même circonscrivez ce point, me parait assez intéressante. Elle s'accorde, ce me semble, avec ce que je viens de vous dire sur l'importance suprême du LIEN de la tête et du corps.
Remarquez qu'ici, conmie en toute science, j'applique ma foi saint-simonienne ; en effet, de quoi s'agit-il ? De l'étude de Yliomme. Eh bien, si je le divise en deux, la tête et le corps, ce qu'il m'importe de savoir avant tout, pour connaître le corps et pour connaître la tête, c'est comment, par qui, par quoi ils sont unis, et ne forment qu'une seule vie, un seul être : l'homme.
Je ne crois pas que vous sachiez quelle est la modification produite dans le cerveau d'un philosophe, ayant la bosse du philosophisme très-développée , par une vive douleur au plexus solaire ; ce qu'il y a de certain, c'est que j'en ai éprouvé souvent dans mon beau temps de philosophisme, et qu'alors j'avais peu envie de philosopher. Je crois pourtant que ma bosse philosophique ne changeait pas, et je n'avais d'ailleurs aucun mal de tête.
Vous me direz sans doute que cette douleur passait par le cerveau ; je ne le conteste pas, au contraire ; c'est pour cela qu'il m'importe, par-dessus toutes choses, de savoir comment et par quoi elle y passait, ne fût-ce que pour l'empêcher d'y arriver, c'est-à-dire pour me guérir et envoyer au cerveau une bonne plutôt qu'une mauvaise nouvelle.
Vous me direz peut-être encore que je me place ici au point de vue médical et non physiologique: vous
mêmes et hors de nous, entre l'intelligence et le corps, entre la science et l'industrie, entre Thonmie et la femme, entre le spirituel et le temporel, entre la liberté et l'autorité, entre le cerveau et le cervelet La santé de l'avenir, c'est leur union par égalité, le respect de l'un pour Tautre, par amour de la volonté de Dieu; c'est le jeu harmonique des deux courants de la pile humaine, alimentés par l'électricité vitale, présence réelle de Dieu mâle et femelle, de Dieu générateur de tout ce qui est, maître de la vie et de la mort dans le fmi, roi du progrès dans l'indéfini, seul possesseur de* la vie éternelle et universelle.
Donc, pour faire cesser cette lutte impie, commençons nous-mêmes par exprimer et inspirer ce respect égal des deux faces de la vie ; et pour établir la paix sur les champs de bataille du passé, cherchons, découvrons les liens qui unissent naturellement et divinement les deux frères ennemis, les deux sexes rivaux, les deux natures hostiles, qui, par leur amour, doivent enfanter l'humanité nouvelle.
Les hommes, pour atteindre leur santé normale, doivent opérer en eux le même progrès que les peuples qui voudront réaliser la politique de paix promise par Dieu à'^l'avenir ; ceux-ci doivent aimer les autres peuples à l'égal d'eux-mêmes, et respecter autant ceux de la chair que ceux de l'esprit, ceux de l'orient que ceux de l'occident ; et ils doivent aussi chercher, montrer à tous, proclamer bien haut quels sont les liens vivants, ayant puissance de relier entre eux ces organes de l'être-' humanité.
tue rétre actif ou Têtre passif, le païen ou le chrétien, l'empereur ou le pape, le roi des rois ou le serviteur des serviteurs de Dieu ?
Par réaction contre l'absolutisme de ce gros ganglion cérébral, je conçois qu'il y ait des gens prétendant reconnaître le caractère et les facultés d'un homme à
son écriture ou à la forme de sa main, de ses doigts, ou, comme dans Tristram Shandy^ à la manière de saluer, de s'asseoir, de tirer son mouchoir de sa poche ; et franchement je ne crois pas vaines toutes les curieuses idées de Fourier sur les analogies des goûts pour les fruits, les légumes, les odeurs, avec les passions et les facultés humaines.
Encore quelques mots sur la comparaison des appareils cérébraux du mâle et de la femelle, de l'homme et de la femme.
Remarquez que depuis le commencement de ce siècle on ne s'est pas borné à faire des travaux sur cet organe, le cerveau, on a également étudié la plupart des autres appareils spéciaux de l'organisme. Tel a pris le cœur, tel autre le poumon, tel autre le foie, la rate, l'estomac, les intestins ; de sorte qu'il a bien fallu, quand on est arrivé aux organes de la génération, reconnaître qu'il y avait des organes si différents, selon le sexe, qu'il en résultait une anatomie, une physiologie et une médecine appropriées à l'homme, et une anatomie, une physiologie et une médecine tout à fait spéciales à la femme.
J'affirme, à priori^ avant toute vérification, qif il en est ainsi pour tous les détails comme pour l'ensemble de ces deux êtres dont la communion perpétue la vie
humaine; j'afiTirme qu'il suffira de bien raisonner et de bien observer pour faire, dans cette voie d'anatomie et de physiologie comparées, des découvertes importantes pour l'éducation et pour l'hygiène, morales, intellectuelles et physiques, non-seulement du couple homme et femme, mais de l'homme ou de la femme isolés, abstraits l'un de l'autre. Par conséquent ces découvertes seront spécialement importantes pour l'enfance et pour la vieillesse, pour ceux et celles qui ne peuvent pas encore ou ne peuvent plus engendrer, mais qui, tout en étant neutres sur ce point, n'en sont pas moins mâle ou femelle.
§ 2. Puisque j'ai parlé des organes de la génération, mâle et femelle, je vous demanderai, cher Docteur, de vouloir bien nous y arrêter quelque peu.
Que le paganisme m'éclaire et que le christianisme me prête son voile ! Je me mets sous la protection des grands maîtres de la force et de la beauté, et sous le patronage des héros de l'intelligence et du savoir.
Je ne veux pourtant pas vous marquer au front des deux signes adorés dans les Indes, mais je ne veux pas non plus poser sur le mien une croix ; parlons donc en toute indépendance des deux symboles de la vie, dans leur réalité et en toute vérité.
Gomme c'est beau, sublime, divin, cette opération de chimie transcendante que Faust cherchait à exécuter dans un creuset, et d'où sort un être vivant, pouvant adorer Dieu et accomplir sia volonté d'amour sur la terre! Combien il serait merveilleux que cette œuvre
magnifique, qui seule, ou du moins par-dessus toutes, identifie les êtres finis avec le générateur infini et éternel, fût accomplie spécialement par des organes secondaires, infimes, méprisables, honteux, tandis que l'organe respectable, suprême, divin, serait celui destiné à engendrer des fruits tels que ceux-ci : deux et deux font quatre/, la somme des angles d'un triangle est égale à deux droits, ou même les corps s'attirent en raison inverse du carré des distances, etc.
Et cependant, pour ces organes qui donnent spécialement la vie, je dirais encore ce que j'ai dit du cerveau : gardons-nous de résumer, de concentrer, d'absorber en eux tout l'organisme humain, mais cherchons surtout le lien qui les unit à l'organisme entier, puisque nous pouvons, par là seulement, nous rendre compte de l'état général de l'homme et de la femme créant un ÊTRE, comme nous devons chercher à connaître l'état de l'homme ou de la femme élaborant une idée ou produisant un acte.
Ici même, le phénomène, objet de notre étude physiologique et anatomique, a un caractère qui place cette étude au-dessus de toutes les autres de ce genre. Ce caractère grandiose tient non-seulement à ce que le résultat, le produit de la fonction des organes, est un être humain, mais à ce que c'est l'homme et la femme qui sont les deux piles de cette œuvre chimique, et qu'il faut absolument étudier chacune des deux piles séparément et le jeu qui s'effectue entre elles.
Ici donc il n'y a pas moyen d'errer, comme lorsqu'il s'agit de la création des idées et des actes, c'esl'-à-dire
rationnelles et les facultés corporelles que vous nommez si charitablement animales.
Vous sentez que je ne tiens pas absolument à ce que la, physiologie dise que la génération d'une idée est le résultat de Taccouplement amoureux d'une idée mâle et d'une idée femelle, et que le fruit est lui-même une idée mâle ou une idée femelle; n'abusons pas de la métaphore, mais usons-en quand elle conduit à la vérité par la voie si admirable et si féconde de l'analogie.
D'ailleurs, soyez sûr que les poètes n'ont pas inventé pour rien la rime masculine et la rime féminine, et que toutes les langues ont eu des motifs pour admettre au moins deux sexes, deux genres.
§ 3. Je reviens à l'étude des deux organes de la génération dans les deux sexes.
Cette étude peut être faite isolément, abstraitement dans chacun des deux sexes; mais vous admettrez, je crois, qu'elle serait entreprise alors bien follement, bien aveuglément, si elle ne se fondait pas sur une conception (j'emploie ce mot à dessein) de fa fonction que ces deux organes doivent accomplir en commun.
Appliquez cette observation à tout ce que je vous ai déjà dit sur le cerveau et sur le cervelet, sur les facultés rationnelles et les facultés corporelles, alors vous comprendrez mieux l'importance que j'attache à l'étude de leurs liens, à l'étude des instruments et agents de leur communion génératrice du raisonnement et de l'acte.
Je crois cette même observation applicable à tous
tion, de fonction qui échappent à cette loi ; mais là encore il existe des différences de développement et de dépérissement, dont il n'est pas possible de se rendre compte, si Ton n'a pas une conception nette :
1° De la fonction normale et commune des deux membres du dualisme élémentaire, constitutif de chaque tissu, organe, circulation;
2* Du genre spécial et abstrait de chacun de ces deux membres, avant qu'ils puissent s'accoupler, tandis qu'ils le peuvent , et enfin lorsqu'ils ne le peuvent plus.
Ces trois formes de la vie , dans la durée^ existent simultanément et constamment. Tout individu porte en lui son germe de vie et son germe de mort, à tout instant et dans tout point de son être ; néanmoins ces deux germes font spécialement et réciproquement saillie aux deux époques extrêmes de l'enfance et de la vieillesse; au contraire, ils s'unissent et se fondent dans l'âge intermédiaire, dans l'âge mûr.
Eh bien, ici encore, je crois que la physiologie èl l'anatomie n'ont pas compris et ont abandonné Bichat, prononçant ces deux grands mots : la vie et la mort. Je crois que, de même que ces deux sciences ont négligé l'étude comparée de l'organisme mâle et de l'organisme femelle , elles n'ont su tirer qa'un parti médiocre de l'étude comparée de Venfance et de la vieillesse^ comme moyen de connaître la virilité , à ce double point de vue de la vie croissante et de la vie décroissante, unies et fonctionnant ensemble , recevant et donnant simultanément l'être, mais finissant par tout
donner, comme elles avaient commencé par tout recevoir, se revêtant de la mort comme elles s'étaient revêtues de la vie, et participant ainsi de l'éternité.
L'enfance qui ne sait pas encore, et la vieillesse qui ne peut plus, ressemblent furieusement, cher ami, à un cervelet sans cerveau et à un cerveau sans cervelet ; il en serait à peu près de même d'une femme dans une île déserte ou d'un homme dans une île déserte : l'une mourrait de faim et l'autre d'ennui. Ce sont des abstractions qui, au point de vue scientifique, servent à justifier, par l'étude de ces situations isolées, les conceptions sur l'être normal sachant et pouvant , parce qu'il veut, mâle et femelle puisqu'il engendre , ayant cerveau et cervelet unis, puisqu'il pense et agit y puisqu'il sait et peut.
A ces deux termes de la vie dans le temps, la jeunesse et la vieillesse, correspond parfaitement, selon moi, dans la vie réelle, dans la vie de l'espace, le dualisme femelle et mâle. Si la femme est un enfant, l'homme est un vieux, un barbu, un barbon que l'enfant étourdit , mais qui ennuie fort l'enfant ; qui parle du cerveau, tandis que l'enfant crie du cervelet,
§ 4. Récapitulons quelques-uns des principes d'étude que je viens d'exposer, et que je voudrais voir adoptés par les physiologistes et les anatomistes.
1* Étude de l'homme et de la femme unis, c'est-àdire , études du couple générateur , base de la famille, de la société, de la perpétuation de l'espèce ; études de cet organe double, dont l'amour des deux parties,
source de la vie humaine, unit le moi au non-moi, une individualité à une autre individualité distincte de la première, et qui, par cette union, engendre;
2° Études comparées de l'homme et de la femme , isolés, séparés, abstraits l'un de l'autre; mais transport, dans ces deux études abstraites, de la conception générale de leur destinée commune d'union, de couple générateur; de manière à trouver, dans chacune des individualités abstraites , leur faculté d'accouplement générateur , aussi bien que leurs facultés personnelles, individuelles, nécessaires au renouvellement de leur propre vie, à la création de leurs sentiments, de leurs raisonnements j de leur corps; facultés qui doivent, comme toute puissance génératrice, se manifester sous deux sexes différents, se fécondant réciproquement par l'amour de l'un pour l'autre;
â** Études de tous les tissus, de tous les organes, de toutes les circulations, dans l'homme et dans la femme, sous cette double inspiration de leur destinée commune d'accouplement, et de la puissance génératrice de leur propre individualité ;
ft'* Études comparées de V enfance et de la vieillesse^ dans l'homme et dans la femme, d'après la conception générale de l'état dit viril de l'un et de l'autre ; de manière à comprendre et formuler les conditions de vie ou de mort, ^ accroissemeni et de diminution de la vie , justifiant et confirmant ainsi les données précédentes
sur la PROPAGATION DE LA VIE ;
5** Études comparées de l'homme et de la femme , dans leurs rapports respectifs avec le monde extérieur,
tous ces maîtres d'hommes, à la face de ce destin, maître des dieux et des hommes ; voici Jésus qui dit : « 11 n'y a qu'un seul Dieu, je suis le fils de Dieu, et vous êtes tous mes frères; nous vaincrons le monde, la terre, notre despote, le prince du monde. »
Et depuis lors, la terre change de forme ; les maîtres n'ont plus prise sur les esclaves ; le fatalisme fuit devant la providence; l'homme se sent maître de luimême ; sa conscience se forme et s'élève, l'amour de la liberté naît et se propage; plus de Dieu fait de bois et de pierre, d'arbres ou de légumes ; plus d'idolâtrie de la force et du nombre , mais adoration du droit, consécration et respect de la personnalité.
Il n'était pas physiologiste, le charpentier de Nazareth, et certes, personne ne peut .dire quelles molécules de son non-moi, mises en contact avec son moi, lui ont donné la sensation de cette nouvelle forme de la vie qu'il venait annoncer au monde.
Pourquoi cette révélation n'aurait-elle pas été en lui, n'aurait-elle pas été lui-même ? Pourquoi ne serait-ce pas cette sainte et divine molécule humaine qui devait, par son contact avec le monde passifs lui communiquer l'étincelle électrique, le bouleverser de fond en comble, triompher de la force et du nombre, et préparer SON règne de paix et d'amour sur cette terre livrée à la guerre et à la haine?
Oui, mon cher Docteur, ainsi que le disait Newton, les choses se passent comme si l'homme, le moi était actif et passif, successivement et shnultanément, dans ses communions attractives ou répulsives avec le non-
points de vue abstraits, qui donne une égale et légitinoe satisfaction à la liberté et h Tautorité, à la spontanéité du moi et à son obéissance au non-moi.
Voici donc encore une question sur laquelle j'ose appeler l'attention des physiologistes. Je leur demande si leur science nous donne une explication de l'organisme d'un homme faisant éprouver ses propres impressions au monde qui l'entoure, aussi satisfaisante que celle qui s'appliquerait à l'homme soumis aux impressions du monde extérieur et les reflétant comme un miroir, dans ses sentiments, dans sa pensée et dans ses actes ?
Je vous assure encore que, sous ce rapport, les physiologistes trouveront, s'ils la cherchent, une grande différence entre l'homme et la femme; j'affirme, avant leur travail dans cette direction, qu'ils trouveront l'homme, en général, plus actif à l'égard du non-moi, sous le rapport rationnel que sous le rapport charnel; et la femme, en général, plus active sous le rapport physique que sous le rapport psychique; l'homme voulant imposer au monde ses idées^ ses raisonnements, ses calculs^ la femme lui imposant ses goitts, ses formes^ ses modes.
a Les hommes foDt les lois, les femmes font les mœurs, »
Je ne sais qui a dit cela, mais c'est une vérité qui court les rues et qui est conforme à la proposition précédente .
Maintenant je dois vous dire pourquoi j'attache une si grande importance à cette question de Vactivilé et de la passivité; c'est qu'en général tout ce que disent la physiologie et l'anatomie sur le contact de
on le prend pour un chameau , et on le considère comme l'écho du vent !
Eh bien 9 cher Docteur, supposez que dans la pensée de David, en composant son Désert, il y ait eu ce sentiment inspirateur : Et nioi aussi je suis peintre, et je vais peindre pour ces bourgeois le désert de Suez, comme Pereire a donné aux Parisiens le joujou du chemin de fer de Saint-Gennain, afin qu'ils prissent goût aux chemins de fer. Je vais leur donner le désert, le Nil, rOrient, ses aimées, son soleil, sa grandeur, sa splendeur et aussi son immobilité, ses pyramides; je veux faire comme le général Bonaparte montrant à ses soldats, sur le sommet de ces pyramides, quarante siècles qui les contemplaient. Nous sommes en Algérie avec des musulmans; il est bon que je fasse entendre aux Français le muezzin sur son minaret ; d'ailleurs, nos relations amicales avec l'Orient ne font que commencer,, nous en verrons bien d'autres, et prochainement ; marions donc harmoniquement nos bons bourgeois, nos bons chrétiens avec cet Orient déjà visité par leurs poètes, par leurs peintres. Et puis enfin, il faut bien que l'Europe traverse le désert de Suez, et, pour cela, qu'elle fasse le fameux canal ; donnons-lui le ton, le signal, la marche de cette grande caravane de la civilisation.
Dans toutes ces idées, auxquelles j'en ajouterais bien d'autres qui sont aussi dans le ccéui* de David, ne fûtce que celle de remuer toutes les fibres du cœur de son Père aimé, je conçois que David ait fait un chefd'œuvre; mais qu'il ait imité le cri-cri, le chameau, le vent, allons donc, c'est trop bête 1
sensations qu'il reçoit du nionde extérieur; cherchons les organes et les instruments qui sont en lui, auxquels Dieu confie directement sa volonté, et par lesquels ce fils de Dieu s'en inspire, se Tassimile et la transmet volontairement, personnellement, librement au monde.
Vous êtes croyant au Dieu universel, cher Docteur, montrez-nous-le donc aussi bien dans le moi que dans le non-moi, aussi bien dans Thomme qu'en dehors de l'homme; ne défendez pas au prophète, au poète, à l'artiste, à l'homme de cœur, de croire que Dieu lui parle directement, afin que lui-même, héraut privilégié de Dieu, proclame SA volonté suprême au monde, qui l'ignore. Ne lui défendez pas cette croyanck comme contraire à la science, il se moquerait de votre science, et il aurait raison.
Je demande donc à votre science de considérer abstraitement l'homme co???rw(» sii\ avait tout en lui; comme si il ne recevait rien du dehors et, au contraire, lui donnait tout ; comme si il possédait en lui la source de vie, le sentiment, le raisonnement et l'acte ; et alors, qu'elle nous dise comment il communique au monde, qui ne les connaît pas, qui ne les a pas en lui, ses sentiments, ses raisonnements, ses actes; c'est-à-dire comment, lui aussi, donne au non-moi sa propre vie, pénétrant jusqu'au cœur de ce non-moi qui l'élabore et la manifeste à son tour par des sentiments, des raisonnements et des actes.
Je me trompe fort, cher Docteur, si votre science actuelle n'a pas complètement négligé ce point de vue du microcosme antique, qui est aussi celui du libre arbitre
pas d'avoir dit aux hommes qu'ils sont frères , il faut en outre leur indiquer comment et dans quel but ces frères doivent s'organiser en société. » J'ai foi que Dieu m'éclaire particulièrement et avant tous moi-même, lorsque j'ose vous dire : c la physiologie ne sera une science que lorsqu'elle aura posé pour base et pour but de ses études l'ANDaoGYNiiTé^ l'union génératrice des deux sexes, chacun des deux étant lui-même androgyne dans tous ses organes, dans tous ses tissus, dans toutes ses circulations, dans toutes ses molécules; parce que l'androgynéité est la loi suprême et universelle de vie de tous les êtres. »
La molécule humaine est double, mâle et femelle, Adam et Eve; en elle je veux sentir, comprendre, toucher non-seulement l'humanité tout entière, de tous les lieux et de tous les temps, mais l'univers, mais l'immensité, les étoiles, le soleil, la terre et les mers, les animaux, les végétaux, les minéraux. Voilà pourquoi la Genèse est le plus grand livre de physiologie qui ait encore été donné au monde.
Est-ce d'une côte d'Adam qu'est née Èveî Est-ce parce qu'elle a mange une pomme qu'elle a engendré? Est-ce un serpent qui l'a tentée? Que me font aujourd'hui ces mythes ? Dans Adam et Eve, le physiologi3te divin a posé Thypothèse du couple générateur du genre humain. Or c'est une des deux grandes hypothèses que la science est obligée de poser conmie abstractions indémontrables, mais indispensables : ou bien l'humanité est née d'un seul couple, était en germe dans un seul couple ; ou bien l'humanité a toujours été une multitude
c'est une croyance inévitable et salutaire que rhomme doit avoir, aussi bien qu'il doit croire à Tinfluence active, initiatrice, modificatrice, génératrice de son milieu sur lui-même, je vous demande plus que jamais de rechercher le lieu, l'instrument, l'organe d'où part cette volonté libre, personnelle du moi, comment et où elle s'élabore en tV/ee, par qui et par quoi elle se traduit en acte.
Or je crois qu'ici les liens du cerveau et du cervelet, ceux de la masse cérébrale avec la moelle épinière et avec le corps entier, prennent une valeur, une importance bien plus grande encore que celle que je leur attribuais, quand je me bornais à combattre l'oubli dont j'accusais la physiologie de la sensation, la physiologie du non-moi actif et du moi passif, d'être coupable à l'égard de ces liens éminemment vitaux.
Saint Paul, sur la route de Damas, songeait peutêtre à remettre son cheval aux mains de son esclave, à se jeter dans les bras d'une courtisane , à vivre de sa vie païenne : — il est foudroyé. — 11 se relève le chrétien que vous savez.
Vous ne croyez pas aux visions et aux miracles, comme l'histoire les rapporte; vous êtes physiologiste, que croyez-vous ?
Moi , je crois que Dieu, qui était en lui, car il est tout ce qui est, n'avait pas besoin d'être sur une nuée et de tirer un pétard pour foudroyer ce grand païen , et le ressusciter apôtre des gentils. Je suis persuadé même qu'il ne lui a pas dit à l'oreille, qu'il ne lui a pas montré écrit dans le ciel, qu'il ne lui a fait goûter, ni sen-
— sole courant centrifuge qui nous intéresse exclusivement.
Je crois que la physiologie actuelle est occupée , au contraire, presque exclusivement, du courant centripète, de sorte que l'homme, pour elle, est plutôt une intelligence obéissant à des organes, qu'un organisme soumis à une intelligence, et que certainement Thorame n'est pas à ses yeux une intelligence et des organes unis pour formuler et réaliser 1' amour qui les fait vivre.
Oui, mon cher panthéiste, l'homme est Dieu, non dans l'ordre infini, absolu, mais dans l'ordre indéfini de l'esprit et dans l'ordre fini de la chair. Dans ces deux mondes abstraits, l'homme est la volonté de Dieu, son verbe et sa réalité; il aime, il pense, il agit de lui-même, en liberté, quoiqu'il soit en même temps soumis à cette autre manifestation abstraite de Dieu, qui aime, pense et agit hors de lui; car ces deux manifestations de Dieu sont elles-mêmes associées, unies par un double lien de réciproque indépendance et de réciproque obéissance, toutes deux vivant de la vie infinie, immense, universelle.
Que la science cherche donc à connaître dans Thorame ses trois vies, à savoir ; sa vie propre et active, comme si elle était absolument indépendante du non-moi : sa vie impersonnelle et passive, comme' si elle était absolument dépendante du non-moi; et enfin sa vie de relation, sa vie religieuse, sa vie d'union, de mariage entre le moi et le non-moi, échange perpétuel d'activité et de passivité, de liberté et d'obéissance, de jouissance et de sacrifice, d'intérêt et de devoir, d'égoïsme et d'abnégation, de soif d'être aimé et d'aimer.
présente comme fondement de la science physiologique.
Dans cette conception, la génération devient l'objet suprême de l'étude du physiologiste : gënératiOxN de l'être d'abord, c'est-à-dire, phénomène de la vie donnée et reçue (père et mère unis et enfant). Ensuite, et comme double conséquence de la génération de l'être, génération rationnelle et génération corporelle (instruction et nutrition).
Mon cher Docteur, toutes les maladies qui frappent les générations humaines dans leur source , depuis quelques siècles , et qui ont rendu l'humanité si laide et si dégoûtante aujourd'hui ; celles qui deviennent de plus en plus nombreuses et qui sont les conséquences directes ou héréditaires des médicaments antisyphilitiques; les maladies de la moelle épinière, l'hystérie et toutes les hontes de l'onanisme, toutes les turpitudes des sexes isolés ou égarés; toutes ces plaies ont été répandues à profusion par Dieu sur le monde, pour le rappeler à la dignité, à la noblesse, à la sainteté de l'œuvre génératrice.
Que voulez-vous que devienne une race qui est enseignée par ses savants eux-mêmes à considérer les organes de la génération comme des espèces d'instruments serviles, appendices mécaniques, jouets esclaves de ce maître suprême de l'intelligence, le cerveau ? Les poètes de cette race dégénérée composent, comme Barthélémy, un poëme, La Syphilis, pour Giraudeau Saint -Gervais; ou chantent, conmie Méry, Les Vierges de Lesbos! Et les hôpitaux se remplissent, et notre jeunesse est étiolée, et la virilité se transforme à vue d'œil en caducité ; les
cheveux tombent, les dents tombent, les os se carient, les chairs se putréfient, et votre impérial cerveau se sèche d'insanie.
Puissant Phidias, générateur de la beauté, et toi, divin Raphaël, père de toute pureté, enseignez-nous à donner saintement la vie, en réalisant cette adorable communion de l'esprit et des sens, par qui Dieu crée tout ce qui est! Montrez-nous les fils d'Adam et les filles d'Eve rachetés de leur brutalité et de leur ignorance originelles. Donnez-nous le vrai fruit de Tarbre de la science ; apprenez-nous à en savourer religieusement la douceur, et à rejeter son écorce amère, empoisonnée, mortelle.
Eh ! que me parlez-vous d'appétits physiques et de facultés animales! C'est vous qui nous plongez dans la grossièreté, dans la bestialité, en ravalant, comme vous le faites, l'amour qui donne la vie,' en le rabaissant au niveau d'une fonction mécanique, brutale, morte, cadavérique.
Si encore, après nous avoir montré dans le cervelet cet appétit de la chair de l'homme pour la chair de la femme, vous pouviez nous indiquer dans le cerveau l'appétit de Vespiit delà femme pour V esprit de l'homme, vous auriez, en partie, combattu l'influence délétère de votre enseignement brutal ; mais il nous faudrait encore voir le lien qui unit ces deux attractions charnelle et spirituelle, de la femme pour l'homme et de l'homme pour la femme ; car nous sentons que l'union des deux esprits, aussi bien que l'union des deux corps, sont des conditions de mort, si ces esprits et ces corps ne
sont pas eux-mêmes unis par T amour qui seul contient et donne la vie.
Et ne me dites pas que pour engendrer il n'est pas nécessaire que l'homme et la femme s'aiment; j'affirme que s'ils ne s'aiment pas, leur enfant est blessé cruellement, qu'il naît marqué d'un signe funeste, car il n'a pas de père, car sa mère rêve peut-être l'infanticide, car elle ne peut le sauver qu'en le jetant elle-même dans la grande matrice du monde, qui le refond, qui seule peut le ressusciter et faire d'un orphelin de la famille un enfant de la cité, de la patrie, de l'humanité. Mais placé devant sa mère, à laquelle il rappelle les traits d'un père non aimé, peut-être détesté; placé devant son père, qui voit en lui le déplaisant portrait de sa mère, ce pauvre enfant reçoit une étincelle de dégoût, de haine, de mort, au lieu de cette étincelle électrique d'amour du père pour la mère, première condition de vie morale, de vie sociale, de vie religieuse.
Beaucoup en réchappent sans doute, beaucoup se sauvent, parce que, heureusement, la famille n'est pas tout dans l'humanité; mais elle en est l'élément originaire; nous sommes tous enfants d'un père et d'une mère ; nous portons en nous une part de leurs sentiments, de leur esprit et de leur chair, qui, s'ils étaient antipathiques en eux, le sont en nous, et en nous se livrent la même guerre qu'ils se faisaient en eux ; nous héritons de cette triste maladie morale qui les minait, et nous ne pouvons en guérir que par un surcroît de paternelle et maternelle prévoyance sociale, et par notre affection filiale pour l'humanité.
vers lequel on se sent entraîné, qui est partout et nulle part, sauf en soi. Cet amour est celui qui mMntéresse le plus, dans la physiologie de l'homme ou de la femme, telle que je la comprends, parce que cette science doit être, selon moi, éminemment subjective et pour ainsi dire indépendante de Tobjet. Dites, si vous voulez, que je suis sous l'influence de la théorie des idées innées^ je ne m'en défends pas ; cette théorie avait du bon ; on ne l'a que trop repoussée et oubliée en faveur de la sensation.
Dans cet état, on est amoureux des onze mille vierges, mais d'aucune en particulier ; toutefois on en a une dans le cœur^ qu'on ne voit, qu'on n'entend pas, que l'on sent, qui vous inspire et vous anime, pour laquelle déjà on se fait brave, beau, sage, laborieux, digne d'être qimé.
Appelez cela de l'idéalité , de l'imagination, je ne demande pas mieux; seulement je soutiens que c'est de là que vont découler tous les raisonnements et tous les actes de l'amoureux, quoiqu'il n'y ait dans celte CONCEPTION idéale, intuitive, imaginaire, hypothétique, rien qui soit spécialement un raisonnement ou un acte , rien surtout qui soit provoqué par une sensation produite extérieurement.
Certes, quand notre amoureux croira avoir rencontré dans le monde la réalisation vivante du type conçu par lui isolément, volontairement, activement, il pourra devenir alors passif à son tour , et ne plus éprouver de sentiments, ni raisonner, ni agir, sinon sous l'impulsion et au contact de sa belle. Dès qu'il sera dans
votre enfant malade : votre cœur se gonfle de joie, vos artères battent, votre peau se colore, le bonheur circule dans tout votre être, et vous songez si peu à votre cerveau, que vous vous écriez : je n'ai plus la tête à moi !
Encore une fois, je ne prends pas toutes ces formules pour argent comptant; toujours est-il que si vous cherchez les causes principales des maladies de Testomac ou des intestins dans la gloutonnerie et les indigestions, vous chercherez généralement les causes des maladies du cœur et même des poumons, dans des passions ardentes, dans des émotions vives, dans des indigestions d'amour ou de haine.
Quant aux maladies du cerveau, j'admets parfaitement que vous trouviez leur cause habituelle dans la gloutonnerie intellectuelle, très-indigeste également
Tous ces arguments n'ont pas d'autre but que de combattre l'absolutisme du cerveau. En vous ramenant au cœur, aux poumons, à l'estomac, aux intestins , mon désir est même de fixer particulièrement votre attention (en regard de cette tête altière qui prétend tout gouverner du haut de son petit trône) sur ce peuple, sur cette masse d'organes importants, renfermés dans une cité bien plus vaste que le palais cérébral, cité qui a elle-même une administration spéciale plus importante que celle du cerveau, parce qu'elle est centrale, parce qu'elle sert de lien aux deux extrémités, supérieure et inférieure de l'individu, aux deux pôles de l'être.
J'ai toujours été frappé de cette vue des embryogé-
et de ranatomie comparées des deux extrémités du tronc, et, si j'osais le dire, de la vie de branches et de la vie de racines de Thomme, on aurait posé la science sur sa véritable base, on saurait ce que c'est que la sève de l'homme et son rôle. Que savez-vous, par exemple, du sperme ? Quelles sont ses origines ; sous quelle forme ses éléments circulent-ils dans le corps ; comment se préparent-ils à leur rôle générateur ; comment arrivent-ils à être l'expression sommaire, le résumé de l'homme fécondant la femme, donnant la vie à im être créé à son image? Savez-vous quel rôle remplit votre bosse de l'amour physique, par rapport aux testicules, vous qui savez pourtant (par hasard) le rôle des testicules par rapport à la voix et à la barbe ?
Certes, je n'en sais pas plus et j'en sais même bien moins que vous sur toutes ces choses j mais je suis convaincu que je vous indique la route qui mène à ce savoir, parce que, quoi qu'en dise l'ignorance^ la science ne trouve, sauf exceptions rares, que ce qu'elle cherche et là où elle doit le chercher.
Eh bien, pour découvrir les mystères d'union des deux extrémités de la pile, il faut conmiencer par se rendre compte de la pile elle-même, des éléments qui la composent, de ce qu'elle dit ou demande à ses pôles, de ce qu'elle en reçoit, et de ce qu'elle leur envoie. C'est la tige dont il faut se faire une conception nette, si l'on veut connaître la feuille et la racine, la vie externe et la vie interne.
Je me sers d'une métaphore de physiologie végétale, parce que notre doctrine de la triple vie m'a fait conce-
voir, pour la culture des arbres, une théorie que je crois très-féconde, et que voici en quelques mots (1).
En général, et sauf exceptions confirmant la règle, tout arbre ayant pris possession de la terre où il est planté, n'a plus besoin ou redoute même la culture au pied, et demande, pour sa vie de racines, à être isolé de toute condition de variations de chaleur, de lumière, d'humidité ; tandis qu'au contraire, sa vie de branches exige la succession du vent et du calme, du soleil et de l'ombre, de la chaleur et du froid, de la sécheresse et de l'humidité. Il faut à la branche la mobilité du jour et de la nuit, de l'été et de l'hiver ; et, à la racine, il faut la constance des caves.
Si cette théorie est vraie, comme j'en suis convaincu, je vous laisse à penser ce qui en résulterait d'économie dans la culture du mûrier, de l'olivier, du noyer, des arbres fruitiers et de la vigne.
Je crois de même que la culture de l'homme gagnerait énormément, si Ton savait la vie qui convient à chacun de ses deux pôles, rationnel et charnel.
Et, je le répète, pour en arriver là, commençons par étudier les organes centraux et le plexus qui les relie entre eux. Quand nous aurons fait cet examen, voyons comment ce tronc se relie lui-même à la tête et aux organes de la génération, et comment, par conséquent, il les relie eux-mêmes entre eux, par cette pile vivante qui est leur commune origine.
Le tube digestif et l'épine dorsale jouent un tel rôle
(1) Voir note D. Mémoire à r^cadémie des Sciences (page 187).
dans la constitution du tronc humain, ils sont le siège de tant de jouissances et de tant de maladies, ils symbolisent si bien, Tun, Taxe des chairs vivantes, Tautre, Taxe du squelette, qu'il est vraiment incroyable de voir subordonner rétude du tronc qui les renferme à celle de leur développement ou prolongement supérieur, la tête.
Dieu me garde de prétendre vous exposer une théorie du tronc humain, de laquelle se déduiraient une théorie spéciale de la tête et une théorie spéciale des organes de la génération. Je connais trop bien ma faiblesse et mon ignorance spéciales, pour ne pas me renfermer exclusivement dans les généralités. Les savants prétendent que ce rôle n'est pas difficile, ils ont peut-être raison ; encore faut-il que quelqu'un le remplisse, et c'est sans doute parce qu'il leur paraît trop facile, qu'ils le négligent, au grand détriment de la science.
Je voudrais simplement obtenir pour résultat de mon incursion audacieuse dans votre domaine, que vous voulussiez bien examiner si, en effet, il n'y aurait pas avantage :
i"* A considérer l'homme, abstraitement, comme éminemment actif à l'égard de son milieu ;
^ A. le concevoir comme une liberté, une volonté, une personnalité, manifestant la liberté, la volonté, la personnalité divine, dans toutes les parties et dans l'unité (le sa propre individualité ;
S"" A décomposer sa triple personnalité, comme celle de Dieu même, en manifestation rationnelle et en manifestation corporelle^ unies, reliées par une manifestation
MOaALE, SENTIMENTALE, PASSIONNELLE, RELIGI£USE| d'at-
façon^'plus ou moins claire, aux phénomènes dont ce savant s'occupe ; mais, pour Dieu ! commençons par ce qui est évident, par ce qui ne saurait être contesté, par ce qui est direct, positif, palpable.
Or ce qui est direct, positif, palpable, c'est qu'on ne fait pas des enfants avec l'organe cérébral ; c'est qu'on ne balaie pas les écuries d'Augias avec le cervelet.
Au contraire, je me garderais de dire qu'on fait une division, un calcul quelconque, un raisonnement de quelque ordre qu'il soit, avec l'organe de la génération. Rendons à chaque organe ce qui lui appartient, sauf à rechercher les liens, les rapports qui existent entre eux.
Je le répète encore , quoique je dise qu'on ne fait pas de raisonnement avec l'organe générateur, j'admets parfaitement que la situation dans laquelle se trouve cet organe influe sur l'organe spécialement consacré au raisonnement ; j'admets également la réciproque ; et, en général, j'admets qu'il existe entre tous les organes des relations qui les rendent tous solidaires les uns des autres ; mais je ne veux pas faire de confusion, et je résiste tout autant à prendre un cœur pour un poumon, qu'à prendre le cerveau pour un organe de génération ou pour un appareil de puissance conslructive ou destructive.
Vous avez certainement entendu dire par des ignorants, mais aussi par des savants, et des meilleurs, que la femme sentait, pensait, agissait par l'organe qui contient et nourrit son enfant ; que là était le centre où aboutissaient et d'où partaient ses affections ou ses répugnances, ses raisonnements ou son activité. J'admets
Grâce à Dieu, ces deux procédés mènent à la mort par les routes les plus effroyables ; et, d'un autre côté, r usage normal de ces deux organes rend la vie aussi belle et aussi bonne que peut la désirer l'homme.
A ce double titre, que je crois scientifiquement vrai et parfaitement légitime, je confesse que, parmi tous les organes, je fais un cas exceptionnel de ces deux grandes sources de belle vie et de vilaine mort.
Qu'est-ce que la rate, le foie, la vessie, le cœur luimême, à côté de ces deux organes? à peine si nous savons leur appétence, et ce qu'ils nous commandent pour y satisfaire. Deux autres organes, peut-être, pourraient entrer en comparaison avec ces deux appareils princiers. Ce seraient les poumons et l'estomac ; aussi verrons-nous s'ils ne correspondent pas, dans le tronc, dans la pile, au dualisme psychique et physique des deux pôles de cette pile, c'est-à-dire si la respiration et la digestion ne sont pas des conjoints spéciaux, d'une part, de la génération de l'esprit; de l'autre, de la génération de la chair.
Je n'exagère point en donnant cette importance exceptionnelle aux deux extrémités de l'être, et en attribuant spécialement à l'une et à l'autre des fonctions analogues, égales en énergie vitale, mais dissemblables ; c'est-à-dire les fonctions de la génération spirituelle et de la génération corporelle. Etje suis également dans le vrai, en cherchant dans chacun de ces pôles la fonction et l'appareil correspondant à la destination plus spéciale de Tautre, certain que je suis qu'il existe entre eux un lien qui nécessite et opère cette correspondance, puisque ces deux pôles appartiennent à une seule et même pile.
Ces exemples de spécialités abstraites, absolues, que j'exagère encore à dessein, pour mettre en saillie ma pensée, vous auront fait comprendre, je l'espère, que dans un individu charnel, supposé actif et indépendant des sensations produites par le non-moi, on peut et on doit admettre que si ses propres volontés charnelles vont subir une élaboration dans le cerveau, elles ont commencé par se manifester dans l'organe spécialement propre à les éprouver et à les réaliser. J'en dirais autant de l'estomac qui appète la nourriture, et des poumons qui appètent l'air, sans avoir besoin que le cerveau leur dise : Tu as faim ou tu veux respirer. C'est encore pis pour la vessie qui veut se vider, pour le sang qui veut circuler, pour les muqueuses qui veulent s'humecter, pom* les glandes qui veulent sécréter.
Certes, toutes les parties de l'être expriment leurs désirs, leur souffrance et leur joie ; le cerveau les entend et les aide, par réaction sur le tout, à ce que chacune d'elles accomplisse sa fonction, parce qu'il combine, généralise et régularise le mouvement, comme un vrai savant docteur qu'il est. Mais être un savant docteur n'est pas tout ; il est bon de savoir , mais il faut pouvoir , et par-dessus tout vouloir; car l'humanité se compose de savants, mais aussi d'industriels, et par-dessus tout de gouvernants, expressions de la volonté sociale.
Je nie que la volonté vitale soit spécialement dans le cerveau ; j'affirme qu'elle est partout, dans chaque molécule de l'être, dans chaque organe ; et que si nous devions lui attribuer plus spécialement un siège , par abstraction, il serait ce grand appareil électrique qui
qu^UD jeu de mots sur le haut et le bcks , sur supérieur et inférieur; passons donc et arrivons au tronc, au corps, à la pile centrale, siège spécial, selon moi, par abstraction, des facultés ou plutôt des relations morales, sentimentales, sociales, humaines.
Les nombreux organes distincts qui sont comme les peuples de cette contrée immense ; les innombrables circulations de liquides et de nerfs qui la parcourent; les montagnes osseuses et musculaires qui en dessinent le relief; les tissus variés qui la décorent, comme une végétation riche et splendide : tout cela constitue un monde dont toutes les parties sont solidaires les unes des autres, dont tous les habitants sont renfermés dans une frontière commune, où le patriotisme règne au suprême degré, dans lequel chaque province est l'alliée dévouée des provinces voisines, souffre et jouit avec elles : c'est le vrai royaume de l'unité et de la multiplicité, de l'autorité et de la liberté, du devoir et du droit.
Ce double courant pénètre et traverse le corps de part en part; non-seulement il est l'expression normale de l'être, de l'électricité vitale qui l'anime, mais il transporte cette électricité d'un pôle à l'autre pôle de ce petit monde, et par ces deux pôles il se met en rapport avec le royaume des esprits et le royaume des corps, auxquels il donne la vie spirituelle et la vie corporelle , en aspirant et recevant la leur.
Ici, cher Docteur, je réclame à grands cris l'étude privilégiée et presque exclusive des circulations générales et des tissus généraux, par lesquels se répand , selon moi, dans tout le corps et d'une façon ^ciale vers les
part, et des organes de la génération, de l'autre , c'est parce que le dualisme esprit et chair, auquel , selon moi, les deux pôles répondent, est lui-même une double abstraction , puisqu'il n'y a pas d'être , pas plus que d'organe, pas plus que de monade quelconque, qui soit purement esprit, ou absolument chair. Mais quand je veux étudier l'être vivant, unissant en lui d'une façon indissoluble, indivisible, inséparable par le scalpel, la chair et l'esprit, ce que je dois chercher, ce sont les moyens d'union, d'association, d'amour, qui relient entre elles toutes les parties de cet être vivant et qui constituent leur existence commune.
J'oublie alors mes deux abstractions des deux pôles et je rétablis l'être entier ; ou du moins, si je les maintiens encore, comme abstractions de l'être , c'est pour attacher plus spécialement mon attention sur la constitution de la pile qui est leur lien et qui leur communique à toutes deux la vie.
En d'autres termes, la physiologie se décompose pour moi en trois branches :
1* Étude de la vie passionnelle, morale, sociale de rhonune, c'est-à-dire des relations actives et passives , attractives et répulsives de sa personnalité entière avec la personnalité entière du milieu qui l'entoure ;
2** et 3» (à titre de science abstraite^ ou science reposant sur une abstraction, sur une entité qui n'est pas, qui n'existe pas, mais qui aide à comprendre, autant que possible, l'incompréhensible existence) : étude de l'homme, soit comme appareil de vie rationnelle , soit comme appareil de vie matérielle ; dans le premier cas.
prenanl spécialement le cerveau pour objet d'études ; dans le second, les organes de la génération; et ne considérant le reste du corps humain que comme organes secondaires et complémentaires de la génération spiri'tuelle ou de la génération chamelle.
Les physiologistes ont abandonné la première branche que Bichat, Cabanis, Lamarck, Geoffroy St-Hilaire leur avaient présentée ; ils se sont perchés sur la seconde, avec tous les anatomistes, à la suite de Guvier ou de Gall ; enfin, ils ont abandonné la troisième à Giraudeau St-Gervais, à Boyveau-Laffecteur, & Civiale et à Ricord.
Quand donc, mon Dieul pourrons-nous lire un livre sur la génération, qui ne soit pas vendu sous le manteau, qui ne soit pas illustré de gravures obscènes, qui ne s'adresse pas aux badauds voulant procréer les sexes à volonté, ou aux malades honteux cherchant des remèdes secrets ?
Et le cerveau se prélasse et se pavane coram populo ! On ne le couvre pas d'une pudique feuille de vigne ; tout est noble et sacré dans cet organe, et Dieu sait pourtant combien on en abuse, quel est souvent son libertinage et quelles sont ses orgies I Dieu sait combien il est souvent égoïste, immoral, combien il s'exerce à ruser, à tromper, à capter, à voler, à violer le prochain ou la prochaine I
Comprenez-vous, par exemple, un organe plus honteux que le cerveau d'un nouveau Judas, reniant son maître, lui crachant à la face, couvrant cette belle tête d'un éteignoir et cachant sa vive lumière sous un boisseau, afin que ses propres élèves ne puissent voir et ad-
mirer son auteur, son père ; leur déclarant impudemment que Saint-Simon lui avait volé et gâté ses idées, lui qui n'avait pour toute doctrine que des idées de Saint-Simon, publiées au moment de sa propre naissance; lui qui, après avoir blasphémé contre toute religion, s*est fait Pape ; lui qui repoussait de sa science négative, qu*il appelait positive, le sentiment, l'amour, la femme, et qui a fini par bénir et consacrer des mariages dans sa petite église I Mais le malheureux est mort ; que Dieu réclaire !
Ah! mon cher ami, dites tant quMl vous plahra, que j'ai exagéré, que je me suis même grossièrement trompé dans tout ce que je vous ai exposé sur le rôle que, selon moi, les organes de la génération doivent jouer dans les études physiologiques; mais, j'en appelle à vous-même, pouvez-vous prononcer sans rougir, devant une femme , et surtout devant une jeune fille , cette grande parole chrétienne : Benedictus fructus ventris tuî? Je sais bien qu'on a traduit par entrailles, et qu'on a cm tout sauver, grâce à cette double figure de rhétorique. Mais que d'efforts je fais moi-même, dans cette lettre intime, que je ne montrerai peut-être qu'à des médecins, pour ne pas blesser vos pudiques oreilles, en vous parlant de la noblesse, de la grandeur, de la sainteté de l'acte générateur, et en osant placer les organes qui l'accomplissent au niveau de l'appareil générateur de l'idée !
Oui, je suis convaincu que la science trouvera des paroles si élevées, si religieuses, si pleines d'adoration pour le générateur suprême, en parlant des signes de
sa divine puissance dans l'homme, qu'elle imposera le respect et commandera le silence à tous ceux qui voudront voir là des signes de l'animalité et non les symboles vivants du père et de la mère de tout ce qui est,
de TilNDROGTNE UNIVERSEL,
Jamais vous ne ramènerez la pudeur, la décence, la grâce dans le monde, si vous traitez comme organes animaux, comme passions bestiales, les organes générateurs et le saint amour qui nous a donné à tous la vie. Jamais enfant, fille ou garçon, ne respectera en lui cette source de vie, s'il ne lui a pas été enseigné qu'il est le fruit des saints, des nobles organes de la maternité et de la paternité, et que ces divins organes ne sont pas des jouets d'égoîsme brutal, des agents de débauche, mais le sanctuaire de reproduction, de perpétuation de la vie humaine, EN DIEU, éternel générateur des mondes, universel créateur des êtres.
Oui, vous maintenez parmi les hommes la débauche, en les faisant rougir de leurs appétits légitimes vers l'union des sexes, en leur faisant honte des organes qui accomplissent cette sainte union. Vous perpétuez la débauche, comme vous perpétueriez l'ignorance, si vous n'aviez pas élevé très-haut l'acte et les organes générateurs de la science.
Et je vous le dis aussi, jamais vous n'affranchirez l'industrie de son égoïsme, de son avidité, si vous la placez au-dessous de la science, sous sa domination, celleci la traitant comme inférieure à. elle, comme le fruit d'appétits animaux et de facultés animales.
Et j'aflBrme encore qu'avec vos idées sur vos facultés
animales f vous ne délivrerez pas la femme de ses vices et de ses faiblesses^ causées par le rôle inférieur que les philosophes et les physiologistes, les hommes religieux et les hommes politiques, et en général tous les hommes, lui ont attribué jusqu'ici ; parce que ce rôle inférieur est la conséquence de l'opinion que la femme est plus animale et moins humaine que l'homme, en ce sens qu'on la suppose à tort plus charnelle et moins intellectuelle que l'homme. Or ceci même ne prouverait point son infériorité par rapport à l'homme, devant Dieu et aussi devant ses enfants, qui doivent l'aimer et la respecter, au moins à l'égal de leur père ; car ils sont non-seulement le fruit de son ventre générateur, mais aussi de son lait nourricier et de sa merveilleuse sollicitude éducatrice, hygiénique et même médicale ; le père n'a aucun de ces titres à faire valoir*
IV. — § !• Ceci me ramène, cher Docteur, aux idées capitales par lesquelles j'ai commencé cette lettre, mais que je n'ai pas voulu exposer dogmatiquement ni développer logiquement, avant d'avoir parcouru avec vous , principalement dans un but critique, le terrain sur lequel est placée aujourd'hui la science physiologique, et avant d'avoir découvert quelques aspects principaux de celui où elle doit entrer, sous l'inspiration de la foi saint-simonienne.
Si je ne suis pas physiologiste, vous ne vous êtes montré ni métaphysicien, ni moraliste, ni même homme d'État, par la manière dont vous avez compris, propagé et appliqué le dogme saint-simonien.
Ce dogme est trinaire, et vous adoptez aussi un dogme trinaire; nous sommes d'accord quand vous l'énoncez vous-même ainsi : beaux-arts, science, industrie ; ou bien : sentiment, connaissance, sensation; ou bien encore : vie, esprit, matière. Malheureusement, vous pensez et vous écrivez toutes vos trinités ainsi, verticalement :