‹ Science de l'homme (volume 2)Chapitre 6 sur 67 · BEAUX-ARTS · texte numérisé non relu

BEAUX-ARTS

Science. — Industrie.

Vous êtes pour Vinégalité des attributs de l'être, Brothier pour leur égalité ^ moi pour leur communion par inégalité et par égalité. Bien des gens prétendent que les longues discussions sur la trinité chrétienne n'ont servi à rien, sinon à amuser des bavards et à faire pousser des hérésies. Elles ont servi incontestablement à constituer en Occident le catholicisme et en Orient l'islamisme. Dieu veuille que notre discussion sur la trinité serve à l'union de l'Occident et de l'Orient, du catholi-

cisme et de Tislamisme, du spiritualisme et du matérialisme ; en un mot, à la paix universelle I

Vous voulez bien mettre les sentiments, l'amour, audessus de la science, du raisonnement ; mais, par compensation, vous subordonnez l'industrie à la science, la vie matérielle à la vie intellectuelle, et même vous stigmatisez la première du nom de vie animale, tandis que la seconde fait partie de ce que vous nonmiez la vie humaine.

Brothier est un peu plus près que vous de la vie morale, théorique et pratique, de l'avenir, en ce sens qu'il ne méprise pas l'aspect matériel de la vie et qu'il le met au même niveau que l'aspect rationnel. Malheureusement, il place à ce même niveau le sentiment, qui, seul pourtant, donne moralité et vie à la science et à l'industrie.

Les conséquences religieuses, morales et pratiques de vos deux hérésies sont évidentes : vous êtes forcé, vous, de revenir logiquement, en religion, au diable tentateur dans et par la chair, combattu par un Dieu, esprit pur, incorporel ; dans la morale, à la mortification de la chair ; et en politique, au servage des castes agricoles, industrielles et commerciales et au despotisme de la classe savante.

Brothier arrive tout bonnement à une république d'artistes, de savants et d'industriels, sans liens vivants, sans gouvernement d'hommes, sans autorité et sans obéissance, sans respect filial envers le supérieur^ sans paternelle direction envers Yinférieur.

Quand je vous vois dire, page 386 : « L'esclavage

Il est certain, de plus, que, discutant entre nous sur des parties plus ou moins spéciales de physiologie, de " morale ou de politique, nous ne pouvons nous entendre qu'en devenant Tun ou l'autre infidèle à nos principes , à nos axiomes, à notre dogme. Nous sommes comme un orthodoxe de Nicée et un arien , l'un préparant le catholicisme, l'autre le mahométisme.

Partout chez vous je vois la lutte, dans l'homme, dans l'humanité, entre l'intellectuel que vous appelez homme et le matériel que vous nommez animal; tandis que moi, au contraire, je cherche à unir, à concilier, à pacifier, à faire fraterniser ces deux principes, ces deux axiomes de vie, au moyen d'un troisième principe de vie qui est un égal , un conmiun amour des deux autres. Votre troisième principe a bien deux fils aussi , mais un aîné et un cadet, un privilégié et un disgracié, un bon sujet essentiellement honune, et un mauvais sujet essentiellement animal. Vous êtes sans cesse disposé à caresser l'un et à fustiger l'autre ; partout et toujours vous êtes ce que vous êtes pour le cerveau, à l'égard du cervelet, ce qu'était jadis un noble pour son fils, à l'égard de sa fille.

Je reconnais, hélas ! que vous êtes parfaitement logique ; c'est une raison de plus pour que j'attaque le taureau par les cornes. C'est ce que je vais faire.

§ 2, Vos deux cornes sont les deux cornes de Dieu, les deux cornes de tout ce qui est : c'est le dualisme esprit et chair. Les deux termes de ce dualisme sont-ils ennemis ou amis? Toute la question est là entre nous;

— Sicile est là entre toutes les religions, entre toutes les philosophies ; elle est là même entre toutes les doctrines physiologiques et médicales , entre toutes les théories d'éducation publique ou privée.

Grâce à Saint - Simon , vous avez pourtant un peu compris que les facultés physiques, matérielles, corporelles, charnelles même , quoiqu'elles fussent, selon vous, essentiellement animales, avaient du bon. Vous êtes à cet égard infiniment supérieur au révérend père Félix, mais vous avez comme lui une peur terrible que ces facultés animales usent de leur puissance pour rabaisser l'homme plutôt que pour l'élever.

Eh bien , si vous vouliez vous donner la peine d'examiner.combien l'homme peut se dégrader, s'avilir, être méprisable par ses facultés rationnelles, par sa puissance de logique, de calcul, de raisonnement ; si vous songiez seulement au mal qu'ont produit, et que font même sous vos yeux quantité d'hommes éminemment spirituels et intellectuels, qui ne créent rien de matériel, qui ne font rien d'utile de leur corps, qui seulement vont et viennent, boivent et mangent, s'habillent et se déshabillent, mais qui corrompent la femme , la fille, la sœur de leur prochain , qui dépensent à ce joli jeu toutes les combinaisons de l'esprit le plus délié, toutes les ruses diplomatiques, tous les calculs machiavéliques, toutes les roueries d'un génie diabolique , satanique, je crois que vous seriez bien près de mépriser autant l'esprit que la chair, mais que cela ne vous empêcherait pas de les aimer et respecter également

quand Dieu les anime.

Pour cela, évidemment, il ne faut pas confondre sous un même mot : esprit^ Tamour et la raison , la morale et la science , ou bien saint Paul avec le très-érudit compère Mathieu , ni même Saint-Simon avec Arago , ou avec ses propres élèves, Poisson et Comte, ni même enfin ce que je vous écris avec un livre de science.

Dieu merci, je n*ai pas cette dernière crainte ; je sais bien que vous n'appellerez pas Tœuvre que je fais ici, de la science; mais peut-être que n'y voyant pas de la science, vous y verrez moins que rien , c'est-àdire le produit d'appétits animaux très-développés et fort dangereux pour la moralité et la dignité humaines.

Vous m'avez déjà jugé ainsi dans une partie de ma vie, où j'ai mis tout mon cœur, où j'ai terriblement souffert et fait souffrir; où nous étions tous à l'état d'âmes plongées dans uiie bnllante foumaÎBe , au feu de laquelle bouillonnaient tous les amours que Dieu a répandus sur le monde ; où il ne s'agissait pas plus pour moi de calculs personnels que de fortune personnelle; où mon esprit et mon corps se consumaient, sans que j'y songeasse et que je le sentisse , parce Dieu était en moi, comme je l'y sens toujours, m' ordonnant de mettre mon esprit et mon corps au service du divin amour qui- est ma vie.

J'aime, j'adore l'esprit de mon Dieu, lorsqu'il se manifeste dans l'homme par le besoin A' éclairer son prochain comme lui-même. J'aime, j'idolâtre la chair de mon Dieu, quand elle se manifeste dans l'homme par le besoin d'en faire jouir son prochain comme luimême. Or à ces deux amours je ne conçois de li-

je ne veux de fausseté raffinée ; j'aime la beauté comme la loyauté. Je ne prêche pas plus le libertinage de la chair que le dévergondage de j'esprit ; je prêche le saint travail du corps et le saint travail de l'esprit, ayant tous deux pour but moral l'amélioration physique et intellectuelle du pauvre et de l'ignorant. Je n'excite pas plus à la débauche des sens qu'à celle de l'esprit, pas plus à pratiquer qu'à étudier de Sade, Laclos et toutes les sales œuvres des sales esprits de notre spirituel et sale dixhuitième siècle ; mais je suis plein de tendresse pour ces belles et déplorables victimes des débauchés, souillées, déshonorées, qui sont tombées dans la boue, parce que vous n'avez pas enseigné à leurs bourreaux ou à elles, à rendre un culte religieux aux puissances divines qui étaient en elles et que vous nommez facultés animales. Dieu est là , cher Docteur ; Dieu est dans cette chair magnifique, dans cette grâce céleste, dans ce sourire, cette voix, ce regard enchanteurs, dans cette chevelure splendide I Et pourtant vos élèves apprennent de vous que tout cela c'est de la bête qui mène à la bête, tandis que, en vérité, c'est l'ange qui devait les conduire à Dieu. — Le pauvre ange meurt à l'hôpital I — Alors vous mettez un scalpel à la main de vos élèves, sans commencer par les sanctifier, en les faisant agenouiller devant ce triste symbole de la chair de Dieu ; et vous leur dites : coupez, taillez cette chair ; c'est la bête, c'est l'animal ; l'esprit est parti. Respectez un peu le cerveau, parce que c'était le siège de cet esprit de Dieu, retourné à Dieu ; mais tout ce corps, tous ces organes de la nutrition, de la respiration, de la génération; fi

donci Etudiez-les, vous verrez qu'ils ne servent qu'à satisfaire les appétits physiques, les facultés animales; vivants ou morts, ils n'en valent pas mieux, c'est de la vile matière!

Et vos carabins, sortant de l'amphithéâtre, foulent aux pieds cette vile matière; ils l'avilissent encore à qui mieux mieux, en eux et hors d'eux ; ils enseignent à tous, eux qui font profession de connaître l'homme, comment on doit traiter la matière de l'homme et de la femme, leurs appétits physiques, leurs facultés corporelles, leurs puissances charnelles.

Avouez qu'éduqués ainsi ce seront de fameux esprits I

Toute la génération actuelle en est là, tant l'anathcme lancé jadis contre la matière est répété par tous les enseignements de la science. Comment voulez-vous que l'industrie devienne le culte du Dieu vivant ? Comment voulez-vous qu'un Phidias fasse vivre Dieu dans le marbre? Comment voulez-vous qu'un poëte puisse animer la nature, la forêt, la mer, la montagne, la cité, la patrie, comme le faisaient un païen et même un fétichiste ?

Eh quoi, notre Dieu serait le Pan universel, et nous ne saurions ni le voir ni le toucher ! Nous ne pourrions que raisonner et discuter avec son esprit ; et lorsque nous heurterions notre corps contre son corps, nous nous bornerions à dire : animal 1 Rousseau s'écrie : t Puissances du riel^ qui m'avez donné une âme pour la douleur, donnezm'en une pour la félicité ! » Moi, en priant pour vous, je dis : « Dieu qui lui avez donné un^ âme pour votre esprit, donnez-lui-en une pour votre chair I »

Vous voulez, dites- vous (p. 524), « remplacer tout ce qui peut tenir en nous de la brute, Tivresse, la gloutonnerie, la gourmandise, par des jouissances intellectuelles et morales. » Hélas ! ce n'est pas la brute qui s* enivre et sMndigère, elle n'est pas même gourmande ; tous ces appétits déréglés, quoi que vous en disiez, sont humains et non animaux, et ils tiennent bien plus à ce que l'homme est souvent un esprit bête, qu'à ce qu'il est un corps animal. Mais d'ailleurs, remplacer de la nourriture par des jouissances intellectuelles et morales, c'est peu restaurant ; aussi ajoutez-vous : t Arrivons à des banquets, à des communions simples et frugales, mais relevées par l'exquise propreté des convives, par le bon goût et l'arrangement élégant de leurs vêtements et du service des tables^ par des parfums^ par les discours les plus philosophiques en leur poésie. » Est-ce que vous croyez réellement que ce sont les hommes de l'esprit, les savants, les cerveaux qui entendent la vie comme cela ? Sauf les discours philosophiques, fort peu poétiques, tout ce que vous citez là n'est pas et ne sera jamais de leur domaine. L'exquise propreté, le bon goût et l'arrangement élégant des vêlements, le service des tables, les parfums, grand Dieu ! Mais vous n'avez donc jamais connu ce colossal esprit. Ampère ? Qui donc est doué des facultés que lïuppose un pareil banquet ? l'amant délicat de la chair, et spécialement cet animal qui s'appelle la femme. Inclinez votre esprit devant cette chair charmante.

Tous vos banquets, toutes vos communions seraient de sales boustifailles charnelles ou d'ignobles orgies in-

saletés. Le corps répond : — Tu en as menti, ou tu me tueras; mais tu mourras. — Alors le duel commence, la vie se retire et la mort vient.

Ce que nous avons en nous d'animal, pour parler votre langue, est, par nature, infiniment plus sobre, propre, chaste, pondéré, modéré, régulier, que dans l'animal. Nous sonmies, en un mot, mieux organisés que lui matériellement. D'un autre côté, nous possédons un esprit qui, lorsqu'il aime et connaît notre corps, multiplie sa puissance d'une façon incomparable, par rapport à ce que l'esprit de l'animal ajoute à sa force. Mais si notre esprit n'ain^e pas notre corps à l'égal de lui-même ; s'il n'étudie pas sympathiquement ses besoins, en vue de l'aider fraternellement à les satisfaire; s'il ne cherche pas dans ce frère les moyens de multiplier sa puissance et ses propres jouissances; s'il le méconnaît^ au lieu d'avoir pour lui de la reconnaissance; s'il ne puise en lui ni foi, ni espérance, ni charité; enfin si ces deux frères dénaturés se méprisent, se craignent, se font la guerre, alors ils se détruisent l'un l'autre par les désordres auxquels ils se provoquent réciproquement.

g 3. L'œuvre la plus haute du moraliste, de l'homme de cœur, et mieux encore de l'homme de Dieu, est de faire naître et de développer l'amour de l'homme pour le milieu en qui il vit et qui vit aussi en lui ; car, unis l'un à l'autre, ils forment l'universalité de ce qui est. Dieu luimême.

L'inspiration morale de toute science est également l'amour des deux termes du dualisme radical qui lui sert

types de Tesprit, abstraits de la chair, et des types de la chair, abstraits de Tesprit. De même, il faut absolument admettre, par hypothèse, le vide et le plein, la molécule et les corps, le point et Tespace, le moment et le temps, si Ton veut raisonner et expérimenter. Le dieu de savants purs et le dieu d'industriels purs pourraient n'être que des divinités abstraites ; mais le savant et Tindustriel ne sont jamais purement et uniquement savants ou industriels, ils sont, avant tout, des humains, des aimants; il leur faut encore, et par-dessus tout, un autre dieu, dont ces deux divinités abstraites ne sont que des manifestations incomplètes ; il leur faut un dieu qui soit l'amour, la vie de ces deux manifestations, qui les contienne en lui, qui les relie, et qui soit ainsi le lien vivant, moral, social, de ces savants et de ces industriels eux-mêmes ; c'est lui qui les empêche de se mépriser et de se battre, car ils y seraient portés par la prédominance de leurs facultés propres, de leur nature spéciale, de leurs appétits spirituels ou de leurs appétits charnels. Il faut donc aussi, entre ces savants et ces industriels, des êtres aimant également la science et l'industrie, l'idée et le fait, la conception intellectuelle et la création matérielle ; en un mot, ils doivent être inspirés, gouvernés par des êtres religieux et moraux par excellence, c'est-à-dire par les amants du pur esprit et de la sainte chair, parce que ceux-là sont pleins d'amour de Dieu, qui est essentiellement la vie de tout ce qui est, de tout esprit et de toute chair, de l'éternité et de l'immensité.

Je replace sans cesse devant vos yeux, à satiété, au

risque de vous lasser, ces trois principes primordiaux, ces trois axiomes de la vie universelle ; Tun contenant, unissant, reliant les deux autres, tous trois expression de la VIE universelle, infinie, manifestée et définie par le moi et le non-moi, par le fini et Vindéfini, par la chair et Tesprit. Je vous en accable, parce que vous nous avez lus et relus, et que néanmoins vous êtes resté sous Tempire du dogme qui subalternîse la chair à l'esprit, rindustrie à la science, et qui confond Tesprit avec Tamour, la science avec la morale, la raison avec la vertu, et dont le dieu, par conséquent^ est toujours celui du passé, en dehors et au-dessus de la terre, de la matière, des corps, de la nature; tandis que vous vous figurez être panthéiste! Vous vous trompez, vous êtes catholique, assez mauvais catholique, il est vrai, souvent hétérodoxe, mais vous ne le savez pas; et cent fois je vous vois donner des armes à l'ennemi que vous voulez combattre, frappant à bras raccourci sur les amis avec qui, seuls, vous pourriez triompher.

V. — S 1. Après ce long exposé métaphysico-théologique, je ne crois pas nécessaire d'en faire application à vos doctrines politiques ; il me suffit de vous engager à les soumettre vous-même au triple critérium de l'union des deux principes générateurs, mâle et femelle. Vous les trouverez dans la politique, comme partout ailleurs, car ils sont l'expression de la vie de tout ce qui est^ de dieu.

Mais maintenant je puis reprendre et terminer avec plus d'assurance, et j'ose dire d'autorité, ce travail spécial sur la science de l'homme.

Je vous ai dit que Saint-Simon avait commencé par la science de rhomme^ et quMl nous avait légué en mourant la science du développement de F humanité. Il avait commencé également par la gravitation universelle, en s'adressant au bureau des longitudes et à TAcadémie des sciences, et il nous a légué, aussi en mourant, V industrie, le système industriel, le catéchisme des industriels. Nous avons cultivé ce double héritage par nos travaux historiques et économiques ; en même temps, nous avons répandu sur le monde son dernier soupir, le nouveau christianisme, nommé par le monde lui-même saint-

SIMONISHE.

Aujourd'hui j'éprouve une joie indicible à redescendre des hauteurs de la synthèse où Saint-Simon nous avait placés dès notre naissance, et à revenir par l'analyse au point d'où il était parti , c'est-à-dire à la science de l'homme, petit monde, et aux lois du grand monde qui l'environne et avec qui il communie.

Je crois que nous avons développé, perfectionné, clarifié, par nos études historiques et économiques, les idées de Saint-Simon sur l'avenir social et industriel de l'humanité ; je crois qu'il nous a été donné de pouvoir préciser beaucoup d'aperçus du génie de notre maître sur l'avenir, en les justifiant par les enseignements du passé ; j'ai foi que nos prophéties sociales et surtout industrielles sont entrées dans la vie humaine, non-seulement comme théorie, mais déjà même comme pratique. Saint-Shnon n'a pas éprouvé cette satisfaction, de son vivant; mais il la pressentait lorsqu'il disait, sur son lit de mort : Continuez mes travaux, et j'en jouirai I

Je vous ai dit que Saint-Simon avait conmiencé par la science de Vhomme^ et qu'il nous avait légué en mourant la science du développement de l'humanité. Il avait commencé également par la gravitation universelle, en s'adressant au bureau des longitudes et à l'Académie des sciences, et il nous a légué, aussi en mourant, Yindustrie, le système industriel, le catéchisme des industriels. Nous avons cultivé ce double héritage par nos travaux historiques et économiques ; en même temps, nous avons répandu sur le monde son dernier soupir, le nouveau christianisme, nommé par le monde lui-même saint-

SIMONISHE.

Aujourd'hui j'éprouve une joie indicible à redescendre des hauteurs de la synthèse où Saint-Simon nous avait placés dès notre naissance, et à revenir par l'analyse au point d'où il était parti , c'est-à-dire à la science de l'homme, petit monde, et aux lois du grand monde qui l'environne et avec qui il communie.

Je crois que nous avons développé, perfectionné, clarifié, par nos études historiques et économiques, les idées de Saint-Simon sur l'avenir social et industriel de l'humanité ; je crois qu'il nous a été donné de pouvoir préciser beaucoup d'aperçus du génie de notre maître sur l'avenir, en les justifiant par les enseignements du passé ; j'ai foi que nos prophéties sociales et surtout industrielles sont entrées dans la vie humaine, non-seulement comme théorie, mais déjà même comme pratique. Saint-Simon n'a pas éprouvé cette satisfaction, de son vivant; mais il la pressentait lorsqu'il disait, sur son lit de mort : Continuez mes travaux, et j'en jouirai !

Je vous ai dit que Saint-Simon avait commencé par la science de Vhommey et qu'il nous avait légué en mourant la science du développement de V humanité. Il avait commencé également par la gravitation universelle^ en s'adressant au bureau des longitudes et à l'Académie des sciences, et il nous a légué, aussi en mourant, T inclustrie^ le système industriel^ le catéchisme des industriels. Nous avons cultivé ce double héritage par nos travaux historiques et économiques ; en même temps, nous avons répandu sur le monde son dernier soupir, le nouveau christianisme^ nommé par le monde lui-même saint-

SIMONISHE.

Aujourd'hui j'éprouve une joie indicible à redescendre des hauteurs de la synthèse où Saint-Simon nous avait placés dès notre naissance, et à revenir par l'analyse au point d'où il était parti , c'est-à-dire à la science de l'homme, petit monde, et aux lois du grand monde qui l'environne et avec qui il conununie.

Je crois que nous avons développé, perfectionné, clarifié, par nos études historiques et économiques, les idées de Saint-Simon sur l'avenir social et industriel de l'humanité ; je crois qu'il nous a été donné de pouvoir préciser beaucoup d'aperçus du génie de notre maître sur l'avenir, en les justifiant par les enseignements du passé ; j'ai foi que nos prophéties sociales et surtout indusrtrielles sont entrées dans la vie humaine, non-seulement comme théorie, mais déjà même comme pratique. Saint-Simon n'a pas éprouvé cette satisfaction, de son vivant; mais il la pressentait lorsqu'il disait, sur son lit de mort : Continuez mes travaux, et j'en jouirai I

Je vous ai dit que Saint-Simon avait commencé par la science de V hommes et qu'il nous avait légué en mourant la science du développement de t humanité. Il avait commencé également par la gravitation universelle^ en s'adressant au bureau des longitudes et à l'Académie des sciences, et il nous a légué, aussi en mourant, V industrie^ le système industriel, le catéchisme des industriels. Nous avons cultivé ce double héritage par nos travaux historiques et économiques ; en même temps, nous avons répandu sur le monde son dernier soupir, le nouveau christianisme y nommé par le monde lui-même saint-

SIMONISKE.

Aujourd'hui j'éprouve une joie indicible à redescendre des hauteurs de la synthèse où Saint-Simon nous avait placés dès notre naissance, et à revenir par l'analyse au point d'où il était parti , c'est-à-dire à la science de l'homme, petit monde, et aux lois du grand monde qui l'environne et avec qui il conununie.

Je crois que nous avons développé, perfectionné, clarifié, par nos études historiques et économiques, les idées de Saint-Simon sur l'avenir social et industriel de l'humanité ; je crois qu'il nous a été donné de pouvoir préciser beaucoup d'aperçus du génie de notre maître sur l'avenir, en les justifiant par les enseignements du passé ; j'ai foi que nos prophéties sociales et surtout industrielles sont entrées dans la vie humaine, non-seulement comme théorie, mais déjà même comme pratique. Saint-Simon n'a pas éprouvé cette satisfaction, de son vivant; mais il la pressentait lorsqu'il disait, sur son lit de mort : Continuez mes travaux, et j'en jouirai I

complètement battu par Rodrigues, chaque fois qi m'avisais de discuter une question économique ave 4- 11 me fallut quelque temps pour reconnaître la ci ^ de ces perpétuelles défaites. Un jour, je m'aperçus que je raisonnais sans cesse comme si la société avait et aurait éternellement à sa tête des hommes étrangers au développement moral, intellectuel et physique de l'humanité ; tandis que Rodrigues raisonnait, au contraire, comme si l'humanité n'avait pas encore eu, mais devait avoir et aurait certainement à sa tête les hommes les plus compétents et les plus habiles dans ces trois directions pacifiques de l'activité humaine. Alors je commençai à comprendre les efforts de l'humanité à travers tout le passé, pour atteindre et réaliser cet avenir ; alors je reconnus à quelle étape nous nous trouvions nous-mêmes, au dix-neuvième siècle, dans la chrétienté, en France ; alors je plantai sur cette grande route, parcourue jusqu'ici par l'espèce humaine, les principaux jalons de sa marche progressive .vers cet avenir de paix entre les deux rivaux qui s'étaient disputé la direction de cette procession admirable ; alors je compris qu'à l'origine, comme pour l'enfance de l'homme, le développement physique avait exercé une influence prédominante ; qu'ensuite le besoin â^ insiruciion avait particulièrement absorbé les esprits, comme pour la jeunesse; et qu'enfin l'âge de l'éducation morale arrivant, comme pour la virilité, le corps et l'intelligence cesseraient d'être en lutte et s'associeraient en frères, sous l'inspiration génératrice des aimants de leur union, des êtres moraux par excellence.

où vous êtes, relativement à moi, aussi fort, aussi érudit que je l'étais moi-même à l'égard de Rodrigues, en économie politique I

Croyez-moi, vous continuez encore la guerre du christianisme contre le paganisme, de l'esprit contre la chair, du cerveau contre le cervelet, et de la masse cérébrale entière contre le corps entier. Laissez faire cette triste guerre à ceux dont c'est le triste métier. Mieux vaudrait, sans contredit, que vous prissiez la cause inverse, et qu'au nom des intérêts matériels, corporels, industriels, despotiquement molestés par dix-huit siècles d'abstinence, de mortification, de servitude, vous protestassiez contre la royauté et l'aristocratie de l'esprit, en faveur de ce peuple, de ces masses dont les chefs ne cultivent pas l'esprit et mortifient la chair par un travail excessif et abrutissant, par la misère et même par l'aumône.

Mais mieux vaudrait mille fois que vous vous portassiez bravement sur le terrain de l'avenir, sur le champ de conciliation, de paix entre les deux principes, au sein du royaume d'amour réciproque de la chair païenne et de l'esprit chrétien, régénérés par Saint-Simon, éduqués par lui à s'aimer, à se rendre justice. Oui, rendez à la chair pacifique ce qui lui appartient ; il n'est pas question de César ; et rendez aussi à l'esprit pacifique ce qui lui est dû légitimement ; il n'est plus question d'un ciel batailleur, luttant contre la terre, mais des génésiaques amours du ciel et de la terre, du spirituel et du temporel.

Dans l'homme, où est le pape, ouest César? — Qu'ils s'embrassent loyalement et de tout cœur, et vous verrez

tout ce que je demande, et vraiment je ne saurais croire que vous pussiez me trouver trop exigeant.

§ 2. Je viens de dire les facultés le mieux équilibrées, et je crois m'être servi d'une idée et même d'une expression admises par la science ; mais il me semble que cette idée, qui est selon moi capitale, qui devrait dominer toute la science , n'y joue encore qu'un rôle vague, comme une sorte de sentiment non justifié par les observations et expérimentations.

Je vous demande de fonder, au contraire, la science de la vie sur cette conception statique de l'équilibre des forces, des facultés, des organes, des fonctions, des circulations, des tissus, enfin de toutes les puissances de l'organisme entier.

S'il en était ainsi, je défierais que l'on n'arrivât pas forcément h la théorie des couples, dont les membres seraient affectés de signes ou de sexes différents, mais combinés en ce sens qu'ils seraient exprimés par la résultante de leur concours vers un but commun , la vie ou la mort; la vie, s'ils convergent; la mort, s'ils divergent ; la vie, s'ils procèdent par addition Tun de l'autre; la mort, s'ils opèrent par soustraction.

L'enfance est l'état spécial d'addition et de marche ascendante vers la vie, qui est l'état normal d'équilibre, nommé virilité; et la vieillesse est l'état spécial de soustraction et de marche vers la mort.

Dans la première période, les forces sont confondues, comme les sexes dans le germe; elles se séparent et forment un angle qui s'ouvre de plus en plus, à mesure

d'intérieur et d'extérieur, de vie propre et de vie de relation, de volume et de masse; et quand nous les conjuguerons eux-mêmes deux à deux, quand nous étudierons, par exemple , la vie commune du cœur et des poumons, de l'estomac et du foie , de la vessie et des reins, du système musculaire et du système vasculaire , nous devrons encore les considérer comme se donnant réciproquement leur vie et engendrant ensemble leur vie commune.

Le principe de solidarité des éléments de chaque organe et de chaque système, et le principe de leur équilibre, empêchent de s'abstraire dans des observations isolées, sans contrôle, sans preuve. Chaque observation, au contraire, a besoin d'une observation corrélative, conjointe, qui la confirme ou la renverse ; toutes sont semblables à l'étude des organes de la génération dans l'homme , étude qui n'a de sens et de réalité que si Ton étudie simultanément les organes de la génération dans Y homme et dans la femme, et si on les rapproche par la conception de leur destination COMMUNE. De même, il est impossible d'étudier la partie antérieure du cerveau sans étudier la partie postérieure, afin de rapprocher ces deux études, d'après une conception nette de ce que leur amoureuse communion engendre. Alors, parce rapprochement, l'observateur lui-même crée sa propre science, c'est-à-dire acquiert la connaissance raisonnée de l'objet de son observation^ dont il n'aurait , pour ainsi dire , sans cette comparaison, que la sensation. De même encore, toute étude de l'oeil qui consisterait à rediercher comment l'œil voit.

également un grand nombre de faits qui se rattacheraient utilement à ce système, et qui néanmoins ne peuvent recevoir d'explication et de sens scientifique, qu'à la suite du travail que je réclame. Ainsi, on a remarqué généralement que les excès intellectuels et les chagrins qu'on a appelés moraux ( que je croirais plus justement nommés immoraux, parce qu'ils consistent dans des déceptions intellectuelles ou matérielles d'un moi excessif, des déceptions d'ambition , d'avarice , de haine, de vengeance, enfin dans d'immorales passions), on a remarqué, dis-je, que les chagrins et les excès cérébraux frappaient les organes de la nutrition et le foie, et que, d'un autre côté, les excès de l'organe de la génération frappaient la moelle épinière, et par elle l'appareil cérébral, et spécialement le cervelet, considéré comme excitateur et régulateur du mouvement.

Je crois ces observations généralement justes : il est vrai qu'elles confirment assez nettement mes idées sur la nécessité d'équilibrer les fonctions. Si vous donnez un développement excessif à Tun des membres du couple, vous atrophiez, vous tuez son conjoint. Or voici un savant pur esprit, qui se sent le cerveau très - bien portant, mais qui ne digère plus, qui prend la jaunisse, qui devient hypocondriaque, qui ne cesse de se droguer, et qui ne quitte plus la chaise percée. Et dans cet autre lit, voici un satyre qui a trop abusé, qui n'abuserait peut-être que trop encore, si la moelle épinière n'était pas prise et si le cerveau n'était pas déménagé. Quelles sont donc, grand Dieu ! ces correspondances de mort, si ce ne sont pas aussi celles qui transmettent la

de tracer de Tétat morbide et de Tétat vital de Tètre entier; je crois que cela vous sera difficile, et néanmoins je crois qu'il faut le tenter, même pour les organes moins généralisateurs et générateurs que ces deux organes suprêmes et extrêmes de la vie humaine.

Si r ablation des testicules et des ovaires a une influence positive sur la voix et sur la barbe (observation déjà fort importante), il est également positif que les lésions des poumons en exercent une sur le cœur et plus généralement sur la circulation du sang , par conséquent sur Torganisme entier. De même, une lésion du foie troublera les fonctions digestives, et plus généralement, par toutes les voies de la nutrition, Torganisme entier. De même encore, pour les reins et la vessie. Généralement ces influences réciproques se manifesteront dans tous les couples d'organes liés plus directement et plus particulièrement entre eux. Je crois que ces liens directs et presque immédiats sont généralement bien reconnus et constatés par la science ; mais je suis convaincu qu'elle est loin d'en avoir tiré les conséquences hygiéniques et thérapeutiques qui en ressortiraient, si elle avait dirigé ses observations d'après les principes de solidarité et d'équilibre entre les deux membres du couple, pour l'accomplissement de leur mission de GjâN^AiTiON commune de la vie.

Je crois, par exemple, que la science rend un compte assez exact du rôle générateur du cœur et des poumons, par rapport à certaines qualités chimiques, physiques et même organiques du sang. Mais je la crois bien moins avancée, quant au rôle générateur du foie et de l'appa-

et dont les deux extrémités sont la bouche, le nez et les oreilles, d*une part, et Tanus et le canal de Turètre» de Tautre.

§ â. Mon cher Docteur, nous parlons physiologie, nous en parlons religieusement, nous pouvons donc aborder saintement la digestion, la transpiration, les sécrétions et excrétions, et nous occuper avec un égal respect des deux extrémités du tube élémentaire, sur lequel et autour duquel rhomme tout entier a été divinement organisé.

La définition la plus générale de Thomme, en physiologie, me paraîtrait devoir être celle-ci : Thomnae est un appareil d'absorption^ d'AssmiLATiON et d'eûocrétion du monde extérieur.

Or, entre ces trois termes, il y en a un, Tassimila- TiON, qui sert de lien aux deux autres, lesquels s'accouplent par ressemblance et dissemblance, et aussi par égalité d'importance organique, vitale. Sous l'influence des dogmes qui subaltemisent la chair, le corps, les appétits physiques, nous voyons la science elle-même, et après elle le monde entier, faire presque des signes de croix, pour chasser le démon, lorsqu'il s'agit de manger, de boire , de respirer, c'est-à-dire de communier avec les solides, les liquides et les gaz de Dieu, appropriés à la vie humaine. Qu'est-ce donc quand il s'agit de l'évacuation des solides, des liquides, des gaz, transformés par le travail de ce merveilleux atelier diyin qui s'appelle l'homme ? On fuit, on se cache, on se voile, comme si l'on était en face du diable en personne.

Eh bien, je soutiens qu'il faut que la science soit aveuglée par son idolâtrie pour le cerveau, pour ne pas concevoir que l'estomac, tout en transmettant directement ses sensations d'indigestion au cerveau, les transmet aussi directement, par toutes les circulations avec lesquelles il est en rapport immédiat, à tous les autres organes et à tous les points de Torganisme.

J'en dirais autant des intestins, pour tout homme qui ingurgite du séné ou de l'eau de Pulna. Ce n'est pas le sens du goût, dont le siège est la bouche, qui apprend au cerveau qu'il y aura évacuation ; ce sont les intestins qui le lui apprennent, en l'apprenant au corps entier, par toutes les circulations avec lesquelles ils sont en rapport immédiat, et qui se ramifient dans le corps entier et jusque dans les os.

De même que je ne veux pas croire que la molécule de mercure qui ira carier des os, passe nécessairement d'abord par le cerveau qui la renverrait se fixer sur tel ou tel os pour qui elle a une affinité morbide ; de même, je ne veux pas faire te cerveau dispensateur unique et direct de toute sensation interne ou externe, volontaire ou involontaire, active ou passive, éprouvée par un quelconque des organes, et surtout par ceux qui sont plus spécialement consacrés à la nutrition.

La spécificité des médicaments, par rapport à tels ou tels organes, de même que la spécificité de tels ou tels éléments solides, liquides ou gazeux, par rapport à la nutrition, est également un indice de cette initiative propre et directe, d'appétence ou de répulsion des or-

ganes, manifestée par l'organe lui-même, avant toute

L« c^est la même chose; il y a des faire-part ;.\^)ittMr «ec de naissance à répandre partout, et je le de& demandes peuvent bien aller s'enregistrer au el celui-ci peut bien y répondre; mais elles directement partout, et on y répond de par- »a. chacun il est vrai selon la langue spéciale dont il «s( doué.

Ainsi encore, j*ai la fièvre et je prends du sulfate de iiuinine ; mon pouls se calme , mes transpirations cessent, mes dents ne claquent plus, je n'ai plus le frisson, je guéris ; on ne sait pas pourquoi. On constate bien une influence morbide de la quinine sur les fonctions digeslives; on croit, si je ne me trompe, que ce médicament a une affinité particulière pour la rate ; en un mot, on ne sait à peu près rien sur la manière dont il agit; seulement on constate sa qualité curative spécifique. Eh bien, je suis convaincu qu'on n'arrivera à connaître son mode d'action, dès qu'il est entré dans l'appareil chimique appelé estomac, qu'en étudiant les modifications qu'il produit sur les circulations de toute nature qui viennent concourir au jeu, à la vie de cet appareil, qui y puisent les éléments contenus dans la quinine et décomposés^ ASSIMILAS et recomposés dans l'estomac, et qui les distribuent à l'organisme entier, ou spécialement aux organes pour lesquels ces éléments de la quinine, ainsi triturés et combinés, ont une affinité curative.

Toute l'œuvre pharmaceutique n'est pas terminée chez le pharmacien; l'estomac la continue; elle se continue encore lorsqu'il a livré le médicament, transformé par lui, aux agents de circulation, qui le manipulent encore

eux-mêmes et qui le transportent dans d'autres laboratoires organiques où il est manipulé encore une fois.

Dans toute cette opération, je ne vois pas, je ne veux, je ne dois pas voir le cerveau, où du moins je le mets au rang, au niveau de tous les organes. Sans doute la cessation de la fièvre a fait disparaître le délire, mais simplement comme elle a permis au malade d'uriner. Et cependant je veux et je dois voir le système nerveux, dans lequel le cerveau joue un très-grand rôle. Mais estce que je ne le vois pas là, dans le corps même , tout près de l'estomac? Là, il existe, en effet, un appareil nerveux qui nécessairement doit jouer le rôle capital dans les faits de digestion et de nutrition dont je m'occupe. Il ne s'agit pas ici de mathématiques, de syllogismes ; il s'agit bel et bien de chimie animale, et je n'ai pas même besoin pour elle du cervelet, ou du moins je n'y arrive que par conséquences extrêmes; mais j'ai absolument et souverainement besoin du grand sympathique et de son merveilleux plexus solaire.

VI. — § 1. Tous ces longs préparatifs et ces fatigants exemples n'ont pas d'autre but, mon cher Docteur, que d'appeler spécialement votre attention sur le système nerveux du .corps, du tronc, de cette pile centrale, composée elle-même des deux piles du grand sympathique et de la moelle épinière, lesquelles piles se décomposent également, l'une et l'autre, en deux piles de signes différents, mais conjuguées. Mon but, dis-je, est de réclamer devant vous en faveur de ce système central, bien pluà vivement

encore que je ne Tai fait en faveur des organes de la génération, contre l'insolence despotique de Torgane cérébral.

Ahl vous cherchez la bosse de la personnalité et celle de la vénération. Est-ce qu'elles ne vous apparaissent pas, hautes comme des montagnes, dans la moelle épinière ? Voyez l'épine dorsale du vaniteux, extérieurement elle est concave ; voyez celle de l'homme humble et respectueux, elle est convexe : et ces épaules et ces reins d'Hercule ou de Vénus, ne vous montrent-ils pas mieux la force ou la grâce, la vigueur ou la souplesse, que toutes vos bosses cérébrales ne vous indiquent ces puissantes facultés physiques ? Songez donc que j'ai devant mes yeux, sous ma main, toute la charpente osseuse, tout le système musculaire, toutes les circulations liquides, tous les tissus, tandis que vous n'avez qu'une petite miniature dans laquelle vous vous efforcez de découvrir ou plutôt d'imaginer tout ce qui, ailleurs, est visible et palpable. Ce port digne, noble, majestueux, cette démarche confiante et sûre, cette main qui serre loyalement la main d'un frère, cette poitrine ouverte où le cœur et les poumons se gonflent à l'aise, ne vous disent-ils pas le grade de l'individu dans la hiérarchie des êtres, bien plus clairement que ne vous le signalent les bosses du cerveau ? Eh bien, si tout cela vous parle, c'est qu'en effet ce sont là les vrais organes de la relation du moi avec le non-moi; ce sont les organes religieux, moraux, sociaux; ce sont eux qui établissent l'union de la vie individuelle avec la vie du milieu qui nous entoure, avec la nature entière ; leurs appétits me révèlent ce que j'aime ;

Tout CQci est difficile à entendre de sang-froid ou sans rire par un physiologiste, même par un physiologiste qui connaît et admet, comme vous, beaucoup d'idées capitales de Saint-Simon ; mais nous n'avons pas craint de faire rire de notre histoire, des historiens comme MM. Gfuizot et Thiers; de notre philosophie, des philosophes conune MM. Cousin et Jouffroy; de notre théologie, des théologiens comme le père Félix et tant d'autres ; de notre économie politique , des écononûstes tels que MM. Dunoyer, L. Faucher et C*; j'oserai donc continuer à vous faire rire.

Écoutez le dicton populaire : mauvaise tête, bon cœur; et cet autre, plus significatif encore : bon estomac, bon cœur. Certes le premier ne fait pas penser que, selon la croyance vulgaire, les bons sentiments partent du cerveau; tandis que le second dicton populaire les attribuerait positivement à l'estomac. Cela ne me parait pas dénué de bon sens. L'un et l'autre dicton me semblent légitimes, surtout le second. J'interprète ainsi le premier: quand on a une forte tête , on a de mauvais sentiments, parce que le calcul l'emporte sur toutes choses et tue r affection; réciproquement, ce qu'on appelle une mauvaise tête, c'est l'individu qui oublie tout calcul pour obéir au SENTiBiENT. Quant au second dicton, il est plus net et n'a pas besoin de commentaire : Qui digère bien, c'est-à-dire qui se nourrit bien, aime bien. C'est net et précis. Je suis de cet avis ; riez donc.

Tant que vous n'aurez pas relevé, glorifié, sanctifié la nourriture de l'homme , et spécialement sa nourriture matérielle, je vous défie de faire adopter votre pan-

Mais non, vous ne croyez pas à la vie universelle, si vous ne savez pas que les sécrétions, excrétions, déjections de la terre et du ciel sont des grains, des fruits, des fleurs, Pair que nous respirons, Todeur qui nous embaume, le son qui fait vibrer notre être, la pluie qui nous abreuve, le regard de la nature vers nous-mêmes, ce regard puissant et charmant qui nous fascine d*amour pour elle, et qui nous rend beau connne elle, qui engendre et nourrit les Raphaël.

Docteur, supposez-vous donc nature vous-même et regardez, observez l'homme. Que veut-elle manger de nous, la nature, par quoi la nourrissez-vous, quels sont nos fruits, nos fleurs, nos parfums qui la charment? Ne Tabreuvons-nous pas de nos sueurs, de nos larmes, de tout ce que l'homme considère comme ses immondices, et n'est-elle pas friande même de notre cadavre qui vous fait horreur?

Ne soyons donc pas si petites maîtresses, nous, enfants du Dieu universel, nous,- frères de notre non-moi qui nous nourrit et que nous nourrissons. Est-ce que le saint lait de nos mères, est-ce que le sperme sacré de nos pères ne sont pas aussi du fumier? Adorez, adorez, fier Sicambre : votre Dieu est dans cette hostie. Ecce GORPDS DoMiNi I Oui, la terre chante : 0 salutaris hostia! quand elle germe, végète et se couvre de verdure, sous l'influence fécondante du fumier dont la nourrissent tous les êtres organisés, depuis l'homme jusqu'à la plante.

JRevenez donc avec respect dans l'étude de l'homme, vers tout ce qu'une pudeur bête l'empêche pour ainsi dire de nonmier ; vers toutes ces fonctions qui lui sem-

tube comme recevant et élaborant spécialement la nourriture intellectuelle, et la partie inférieure comme élaborant et rendant spécialement la nourriture physique, j'ai ajouté que je considérais, toujours abstraitement, le tronc, lien des deux extrémités, pile centrale, comme établissant l'équilibre et Tharmonie entre les fonctions spéciales et abstraites des deux extrémités, et j'ai dit qu'à ce titre il est le siège abstrait du sentiment , lien harmonique de l'idée et du fait, de l'esprit et de la chair.

Remarquez que dans les trois cas je me place dans le domaine de l'abstraction, professant qu'en vérité et en réalité la triple fonction, morale, intellectuelle et physique, s'accomplit partout, dans et par chaque molécule, laquelle est une représentation et une expression infinitésimale de l'être.

L'élévation, la suprématie que j'attribue par ces principes au phénomène de la nutrition, prise dans son acception la plus large et comprenant la nutrition morale, intellectuelle et physique, vous a choqué certainement, et choquerait bien d'autres que vous, je dirais presque le monde entier ; mais il me semble que vous devez en être un peu moins bouleversé maintenant. Dieu veuille que vous finissiez par en être foudroyé, mais illuminé, comme l'a été saint Paul ! Votre Pan s'en réjouirait et Saint-Simon aussi.

Être bon, c'est recevoir, s'assihilbr et donner, ou prendre, s'assimiler et rendre; quoi? tout ce qui est humain. Il n'est donc pais excessif que dans le corps humain je cherche le siège de la bonté, le siège du phénomène d'union de l'être avec l'être, là où se mani-

j'exprime la morale par ces mots : àimeh son prochain comme soi-même; et la métaphysique par ces mots : raison f sentiment, sensation; et la théologie par : Dieu, pire et mère; et la logique par : méthode, syntlièse, analyse; etc., tous les mots en ciPiTALES servant de lien aux deux mots en italiques.

Oui la modération est le trésor de sagesse et de bonté ; c'est elle qui pèse ce que Ton se doit avec ce que Ton doit aux autres. Ayons donc, s'il se peut, des organes modérés, tempérés, équilibrés; ils seront bons, sages et puissants pour eux et pour les autres, et l'organisme entier sera également bon pour lui et pour les autres.

Que les organes cérébraux soient équilibrés, vous ne demandez pas mieux , j'en suis convaincu ; que les organes de la partie inférieure du corps soient équilibrés, cela vous convient aussi ; mais qui établira et maintiendra l'équilibre entre ces deux appareils extrêmes, si ce n'est le corps qui les réunit et qui , si ses propres organes ne sont pas équilibrés eux-mêmes, portera le désordre entre les deux extrémités et dans le sein de chacune d'elles ?

Je le répète : supposez les poumons, ou le cœur , ou l'estomac, le foie, les intestins, la vessie, ou une des grandes circulations , ou un des tissus qui se rapportent plus spécialement à eux; supposez, dis-je, un ou plusieurs de ces éléments organiques troublés, inéquilibrés, malades ; il est évident que la génération intellectuelle et la génération chamelle en sont immédiatement troublés aussi, quel qu'ait été précédemment leur propre équilibre. J'admets que la réciproque est vraie. Si la maladie com-

le grand sympathique, la moelle épinière, le grand tube central et ses annexes, les circulation^ et les tissus internes et externes du tronc ; vous devez , par-dessus tout, m'autoriser à considérer coimne initiateurs du trouble dont ce fait sentimental aura été la cause, les organes qui auront été touchés les premiers, et qui, par là, auront prouvé leur affinité spéciale pour le sentiment qui a troublé tout l'équilibre, par excès ou défaut d'électricité positive ou négative. •

Quand vous employez un médicament quelconque , dans le but de guérir ces maladies , vous faites votre possible pour qu'il agisse spécialement sur la partie de l'organisme spécialement troublée. Vous n'attaquez pas uniquement le cerveau, afin que celui-ci soit le médecin des autres, à moins qu'il ne vous paraisse spécialement malade, c'est-à-dire que les facultés rationnelles ou les facultés régulatrices du mouvement vous semblent altérées; et même lorsque cette altération vous paraît être une conséquence , une réaction seconde de la maladie d'un autre organe, vous traitez celui-ci, certain de guérir par contre-coup le cerveau, si vous détruisez la cause de son mal là où elle est.

Or, je le répète, les sentiments troublent ou équilibrent , avant tout, la fonction générale d'assimilation, de communion de l'individu avec son non-moi, la fonction sympathique d'absorption et d'excrétion. A ce titre, je soutiens qu'ils affectent encore plus efficacement la peau que le cerveau, ne fût-ce que pour remettre par exagération cet insolent cerveau à sa place. Dieu merci, cette place est déjà bien belle, puisque c'est celle que

donc obligé de vous donner encore, sur ce point, de nouveaux motifs d'hilarité.

Quand je vois et que je suis regardé, j'éprouve deux sensations, Tune active et Tautre passive; mais j'en éprouve encore une troisième qui est le fruit de la communion des deux autres; réciproquement, ceux qui voient qaeje les regarde éprouvent aussi une triple sensation. Des deux côtés, cette sensation est morale, intellectuelle et physique; elle fait éprouver des sentiments, elle force à combiner des idées, elle commande des actes.

Si je vois que le milieu qui me regarde, m'aime, me comprend ,• veut agir comme moi, le regard de mon non-moi, qui me le dit, me transfigure : je suis tout autre que je ne serais à la suite d'un regard hostile. Réciproquement pour ceux que je regarde et qui me voient.

Je crois donc qu'au moyen du regard, il y a une émanation, une émission, une excrétion de l'être, qui est absorbée par celui qui voit qu'il est ainsi regardé, et que si ce dernier regarde à son tour, il renvoie son émission propre, son excrétion personnelle, après digestion de celle que lui a envoyée le premier. Si cette excrétion est : bravo ! vivat ! hurrah ! il y a exaltation de vie des deux côtés.

Je pousse cette idée extraordinairement loin : je l'applique même au regard qui se porte sur un être qui ne voit pas, qui n'a pas d'yeux , qui est inanimé, mais qui me renvoie pourtant une partie de son être, non pas puisque je le regarde, mais puisque je le vois.

Les ruines de Thèbes et les pyramides, prétend-on,

— ITiH) —

et m£ino connue le toucher, mais nun encore comme le goût, (|ui est éniinommenl passif, mais non comme le sens de la inotilité, qui est spécialement actif, ni comme le sens génératif, actif chez Thomme, passif chez la femme?

Ce n*est pas tout : j'ai osé dire qu*il y avait un sens digestiff commun à tous les appareils, organes, tissus, circulations, un sens de communion par excellence du moi et du non-moi, prenant, élaborant et rendant. Ce sens est répandu partout et n*a de siège nulle part; mais son signe le plus frappant, le plus apparent, est le phénomène de la nutrition, et, par conséquent, son appareil matériel principal est le tube alimentaire.

Remarquez que, d'après ce qui est admis de Tuniversap lité du sens du toucher, ou plutôt du sens d'être touché il ne serait pas possible de faire objection au sens du digérer, sous prétexte de son universalité et de la présence partout d'agents d'absorption, d'assimilation et d'excrétion. De même qu'il y a partout des ramifications nerveuses qui transmettent la sensation d'être touché^ j'affirme que partout le phénomène de la digestion s'opère dans le renouvellement de tous les solides et liquides constituant Têtre ; que tous prennent, s^assimilent et rendent ; qu'ils sont tous, en réalité, des appareils digestifs; que leurs moindres molécules infinitésimales sont elles-mêmes des appareils semblables; qu'enfin le fait de la digestion est le plus général, le plus universel et en même temps le plus compréhensif et le plus compréhensible que l'on puisse constater dans le corps humain.

anatomie nouvelles, tandis que j'ai cette audacieuse prétention.

Voici donc le motif de ma persistance :

Vous êtes panthéiste et votre croyance n*est pas le panthéisme confus de Spinosa : vous avez foi dans votre propre existence, aussi bien que dans celle du milieu qui vous environne, et vous sentez ces deux vies, la vôtre et la sienne, unies en Dieu, qui vit en tous deux de sa vie universelle.

Vous ne confondez pas ces deux existences unies, mais définies, et vous ne les confondez pas non plus avec l'être infini qui les comprend l'une et l'autre.

De même, vous distinguez dans toute existence imparfaite, l'ignorance de la science, la faiblesse de la force, le mal du bien, et vous croyez au progrès de l'ignorant par et vers le savant, du faible par et vers le fort, du mauvais par et vers le bon.

Mais ce dont vous ne paraissez pas avoir suffisamment conscience, c'est que, eussiez-vous en vous toute la science et la force humaines, votre loi morale, religieuse, serait toujours d'aimer votre prochain comme vous-même ; et que si vous étiez extrêmement savant et très-peu fort, votre devoir moral et votre intérêt moral seraient d'aimer la force en autrui, à l'égal de voti'e propre science ; enfin que si, par abstraction, vous vous supposiez esprit pur. Dieu vous dirait encore d'aimer la chair, sa Sainte Chair, à l'égal de vous-même, fussiezvous le Saint-Esprit.

Le dualisme entre V esprit et la. chair n*est pas du tout du même ordre que celui entre le bien et le mal.

matérielles comme bomies, que vous ne me donnerez comme agréables telles et telles émissions intellectuelles de cerveaux dévoyés, incontinents , indigestes , épuisés. Distinguons la santé de la maladie. Mais je prétends que si vous examinez avec moi, impartialement, ce merveilleux phénomène de nutrition qui s'opère dans l'homme, simplement par la respiration^ rien de ce que je vous ai dit sur les déjections diverses, que le sang modifié produira et répandra sur tous les points de l'être (jusques et y compris la transpiration, ou Turine, ou la jaunisse, ou la diarrhée, causées par les qualités de l'air aspiré) , rien de tout cela, dis-je, ne vous paraîtra honteux ou- ridicule, mais, au contraire, sublime et divin.

Il importe donc au plus haut point que le physiologiste n'englobe pas dans la réprobation vulgaire qui frappe les matières fécales, la morve, la sueur et le crachat, toutes les déjections analogues opérées par la nutrition dans le corps entier, et que, de conséquence en conséquence, il ne repousse pas comme sale et dégoûtant, comme honteux, le sperme même qui lui a donné l'être.

Heureusement la théorie des animalcules spermatiques a fait des progrès. Je dis heureusement, parce que plus on s'habituera à voir partout des animalcules, et moins le préjugé contre les facultés animales fera de ravages dans les esprits. L'homme tout entier paraîtra lui-même animal, mais animal très-perfectionné, trèssupérieur aux autres espèces, non - seulement par l'esprit, mais par les sens, et surtout par l'harmonie

une forme plus désagréable encore, plus repoussante, plus nauséabonde ; ce sera une véritable diarrhée intellectuelle.

Vous n'aimez pas ces métaphores prises alternativement dans la nutrition matérielle et dans la nutrition intellectuelle, mais je les reproduis sans me lasser et en vous lassant, parce que je crois que la chose en vaut la peine.

Tant que l'esprit ne vous dégoûtera pas autant que la chair, dans plusieurs de ses fonctions principales, vous ne serez pas en disposition suffisamment religieuse pour concourir au progrès physique, matériel, industriel de rhomme et de la société. Il y aura toujours dans cette face de l'être des traits qui vous blesseront, tandis que n'étant repoussé par aucun des traits de* l'autre face, vous aurez pour celle-ci une préférence inique.

Qu'aurais-je gagné si je vous faisais convenir que laj matière composant le cerveau et la tête entière est noble? Vous ajouteriez qu'elle est noble, parce qu'elle est le siège de l'intelligence, et même, selon vous, de la moralité. Vous savez pourtant fort bien que cette matière organisée ne diffère pas, d'ailleurs, de la matière du reste du corps, et que la tête renferme des glandes, des muqueuses, aussi peu ragoûtantes que les plus dégoûtantes. Vous savez aussi qu'aucune partie de cet appareil n'est dispensée d'obéir à la double exigence de la nutrition : prendre et rendre. Mais vous n'aimez pas à reconnaître que ces deux exigences sont é(jalement nécessaires, indispensables, bonnes ; qu'elles ne sont pas, l'une par rapport à Tautre, ce que le bien est au mal ;

préfère le corps à Pesprit. Et comme la physiologie est la science des êtres organisés et des êtres dits inorgornisés, et qu'elle est placée au point de vue de leur union qui constitue la vie universelle, la physiologie doit considérer avec un égal amour l'homme et son milieu ; elle ne doit donc pas établir entre eux une préférence impie, et elle doit traiter avec le même respect les appétits spéciaux de l'un et de l'autre.

Soyez certain que je ne ravale pas l'homme , en le forçant à aimer et à respecter les faits de la gravitation universelle, à l'égal de son amour et de son respect pour les diverses lois par lesquelles l'esprit humain combine, calcule, formule ces faits. ^

Ne craignez pas que je le rabaisse, en lui disant qu'il doit adorer les attractions que les corps exercent sur son propre corps ; car, sans cette adoration plastique, vous ne verriez pas d'artistes amoureux, comme Pygmalion, de leur œuvre de métal ou de pierre.

Mais qu'est-ce donc pour vous que d'aimer la nature, si ce n'est pas admirer sa forme, ses contours, ses lignes, ses couleurs, sa lumière, ses parfums, la musique sublime de ses tempêtes et de sa harpe éolienne, et ses fruits et ses fleurs, et ses vins délicieux versés par sa corne d'abondance ? Or toutes ces choses sont des corps, de la matière, pour lesquels nos corps éprouvent une attraction invincible, indispensable à leur vie, et, j'ose le dire, indispensable surtout à notre élévation morale et religieuse.

Ah I certes, la chair de la brute n'aime pas ainsi la nature ; la chair de l'homme est seule capable d'un tel

nos pudiques bourgeois et vous-même. Les phyâologistes du temps, Esculape à leur tête, n'auraient pas été offusqués, comme vous, de mes idées sur la sainteté de la nutrition ; ils adoraient trop Cérès et Bacchus et avaient trop de respect pour les dryades et hamadryades, les faunes et les sylvains. Tous, dans leurs sacrifices religieux, connaissaient la valeur de leurs hosties; tous savaient y voir une idée, bien mieux encore, un sentiment ; tandis que vous, fils du Dieu abstrait, pur esprit, et de cette mère impure, autre abstraction, créée de rien,^ dit-on, et que vous appelez la matière, vous ne voulez voir d'esprit, et de sentiment, et de Dieu, que hors de la matière ; et lorsque vous croyez rencontrer celle-ci toute seule sous votre scalpel, vous la traitez comme une marâtre ignoble et vile, afin de plaire au grand esprit, votre père.

Et moi je vous dis qu'il n'y a pas plus de matière abstraite que d'esprit abstrait ; que tout ce qui est vit spirituellement et matériellement; que si Dieu vous permet de raisonner comme si la matière était, il vous défend de vous égarer dans cette abstraction et vous ordonne de croire que ce n'est qu'une abstraction de votre esprit, mais qu'en réalité toute molécule vit de la vie universelle.

Oui, toute molécule est un esprit et un corps animés; toute molécule est douée de cetteT puissance de nutrition qui consiste à communier avec le non-moi, en lui prenant une partie de son être et en lui donnant une partie du sien ; et tout ce qu'elle prend porte en soi la vie» aussi bien que tout ce qu*elle donne ; et non-seulement

ritualiste; elle soumettra Thoinme à la nature oula nature à rhomme, mais elle ne les associera pas; elle mettra r homme en servitude de la femme, ou maintiendra la femme en servitude de Thonmie ; elle ne les mariera pas en réciprocité de liberté, en égalité d'autorité. Si elle se divise en science des êtres dits organisés, et science des corps bruts, elle sera portée, ou bien à soumettre le soleil, les étoiles, les mondes, à la puissance d'un ciron, d'un cryptogame, ou bien à courber le front de l'homme devant la puissance de l'atome.

Ni l'une ni l'autre de ces dispositions abstraites ne saurait constituer la science de la vie ; Tune et l'autre tracent des routes qui doivent être toutes deux parcourues, mais à la condition de les faire converger l'une et l'autre vers une même directioiî, en remblayant réciproquement l'une avec les déblais de l'autre, en rectifiant l'un par l'autre, Aristote et Platon, Cuvier et Geoffroy- Saint-Hilaire, au moyen du sentiment de la vie univer* selle.

Que la physique soumette la puissance végétative à la puissance de cristallisation, d'agrégation minérale^ à l'attraction moléculaire, c'est bien; pourvu que la physiologie complète et rectifie cette abstraction^ en montrant que la terre n'est pas aussi brutale que le physicien le suppose; pourvu qu'elle fasse respecter la puissance végétative y et surtout qu'elle fasse sentir et discorner les éléments de la vie animale qui résident dans la nature. Mais aussi, quand je vois un physiologiste s'enorgueillir de ce que l'homme raisonne, de ce qu'il est une puissance de cristallisation et de concrétion

d'idées, et se sentir humilié de ce qui ressemble en lui à ranimai, au végétal, au minéral, je me révolte au nom de la terre, au nom des végétaux et des animaux, au nom surlout de Timmense population humaine qui a de nobles instincts et peu de logique, de généreuses attractions et peu de calcul, une puissante industrie et peu de science, un riche cervelet et un pauvre cerveau; et alors j'aime, conmie le chrétien, mais dans un a\itre but, à dire au physiologiste : Mémento homo quia pulvis es! et j'ajoute : In hoc pulvere vivit Deus. Et au physiologiste qui classe la femme au-dessous de l'homme, soùs prétexte qu'elle est plus instinctive que raisonnable, je dis : Souviens-toi que tu as été femme dans le ventre de ta mère ; que tu peux l'être dans le ventre de ta propre fenmie, puisqu'elle peut te donner, t' enfanter une fille ; que tu le seras encore dans le sang de cette fille chérie; en un mot, que Dieu créa Têtre mâle et femelle, afin qu'il perpétuât amoureusement SA vie éternelle et universelle.

VIII. — § 1. Je ne puis pas finir, cher Docteur, ce travail sur la science de la vie, sans le ré:sumer, pour ainsi dire, en examinant les idées attachées aux derniers mots que je viens de prononcer : vie éternelle et universelle.

Par ces mots, j'embrasse encore, en les distinguant, les deux formes, spirituelle et matérielle de la vie, selon le temps et selon V espace.

Vous connaissez ma lettre à Duveyrier sur la vie etea-

NELLE (1). A répoque où je Tai écrite, nous étions sous rinfluence du point de vue synthétique où Saint-Sinx)n nous avait placés, en nous enseignant la loi du développement de l'humanité à travers le temps. C'était donc la vie dans le tempSf la vie dans le passé et Vavenirj résumée dans le prissent, qui devait particulièrement nous préoccuper. Aujourd'hui, c'est la vie universelle, la vie dans Yespacef et pour ainsi dire indépendante du temps, qui s'est emparée de tout mon être et que j'ai hâte de formuler comme dernière expression de ma propre vie, comme testament correspondant au testament de Saint- Simon : le nouveau christianisme.

C'est même dans ce but que je m'adresse d'abord à vous, physiologiste j comme nous nous adressions spécialement, avant ma lettre à Duveyrier, aux savants qui avaient étudié l'homme dans le temps, c'estrà-dire aux historiens. Je veux maintenant considérer la vie de l'homme, quel que soit le temps, à quelque degré de civilisation qu'il appartienne, et uniquement pour exposer la communion qui s'opère entre son moi et son non-moi, et qui constitue sa vie dans l'espace, en quelque moment que ce soit.

En conséquence, j'éprouve le besoin de préparer l'émission de ma foi dans la vie immense, universelle, par l'examen de la foi des savants qui ont étudié spéciale-ment l'homme sous cet aspect, c'est-à-dire la foi des physiologistes et anatomistes.

J'ai répandu, dans ce travail que je vous adresse,

(1) Voir note G. Lettre à DuYeyrier sur la vie étemelle (page 195).

ment esprit ou matière, formule ou forme, petil monde ou grand monde, représentation psychique ou plastique, spirituelle ou corporelle l'un de l'autre.

De môme que la vie éternelle du moi est une abstraction spéciale qui s'exprime, en fonction du temps^ par le lien de ce qu'a été et de ce que sera le moi, dans sa communion spirituelle avec le non-moi; de même, sa vie universelle est l'expression abstraite, en fonction de Vespace, de la transformation constante du moi, produite par sa communion matérielle avec le nonmoi.

Cette transformation du moi, corrélative de celle qui s'opère simultanément dans le non-moi^ est perpétuelle : à chaque moment de Tétemité, l'être et son milieu se transforment, par influence mutuelle, par fusion réciproque de l'un en l'autre.

Cette transformation est une création et une destruction perpétuelles de l'un et de l'autre et de l'un par l'autre, double expression de leur vie commune, (jui est la vie universelle ; c'est donc le progrès de tous deux vers Dieu.

Je marche vers Dieu en me nourrissant de vous tous qui n'êtes pâs moi ; de même, vous marchez vers Dieu en vous nourrissant de moi qui ne suis pas vous ; car nous sommes en Dieu et notre vie commune est . Dieu.

Chacun des phénomènes d'attraction, d'affinité, d'électricité qui nous lient, moi à vous, vous à moi, se manifeste sous trois formes : Yabsorption^ 1' assimilation et Yexcrétion. La seconde de ces formes est celle qui exprime et qui représente essentiellement ma vie ei la

pu absorber le non-moi ; de là encore le ihalade, le vieillard, ne pouvant plus lui résister et absorbés entièrement par lui ; mais de là aussi la virilité, la vie normale de rétre limité, expression symbolique la moins imparfaite de la vie divine, équilibre apparent, mais instable, des deux puissances de la vie universelle.

La virilité ! état de la vie où la nutrition réciproque du moi et du non-moi, Tun par l'autre, s'élèvô à la majestueuse et divine puissance de la reproduction de rêtre^ de la génération, de la création.

C'est donc en elle surtout que nous devons chercher et trouver la traduction, le signe matériel de la vie universelle. Ce signe divin, c'est en effet la reproduction de l'être.

Alors cette communion du moi et du non-moi, qui m'était d'abord apparue sous la forme brutale d'absorption du moi et du non-moi , l'un par l'autre , cette communion barbare se transfigure ; elle semblait une lutte , une guerre, elle devient l'amour même : l'amour des deux formes de l'univers, l'une pour l'autre ; leur attraction aimante, génératrice, donnant pour direction à tous les êtres un même pôle , répand&nt sur tous une même lumière et une même chaleur, les électrisant en leur donnant la volonté et la puissance de renouveler en tous lieux le miracle de la création universelle.

Non I ce ne serait pas un vain et puéril changement de mots, si les sciences physiques nommaient amour universel ce qu'elles appellent gravitation universelle; alors elles verraient partout la génération , et elles se^

lesquelles Thomme découvre ou éprouve les matériaux qui renouvellent son existence; toutes sont douées de ce merveilleux instinct qui agit comme une électricité positive ou négative.

L'homme communie donc avec la nature entière par toutes ces molécules qui la représentent en lui : et il se sent ainsi représenté lui-même dans la nature par tous les points de ce grand monde, liés sympathiquement avec les myriades indéfinies de molécules constituant son propre petit monde. L'univers est en lui comme il est dans Tunivers; toutea les modifications de son moi sont cause ou effet de modifications correspondantes dans son non-moi.

Quelle est la cause de la nostalgie, si ce n'est le brisement de cette communion intime et profonde du moi avec le non-moi, brisement d'autant plus douloureux que le non-moi auquel le moi a marié sa vie est limité, borné aux confins d'un contact éprouvé sur tous les points et dans tous les instants de la vie? Voyez, au contraire, ces amants passionnés des voyages : la terre est trop petite pour eux ; ils voudraient traverser les cieux et communier avec tous les mondes. Ce sont eux qui ont inventé : ubi bene, ibi palria! et ils se trouvent bien partout. ... en arrivant ; puis ils s'enfuient, courant après une nouvelle patrie.

Patrie I quel nom, si les femmes l'avaient inventé I Mais pourquoi les honunes ne diraient-ils pas matrie ?

O terre I tu m'as donné ta vie, et ils disent que je ne te donnerai que mon cadavre ! Non , je te donnerai et je te donne sans cesse tout mon amour, tout mon

de vous et de moi d'autres hommes ; c'est-à-dire , afin que nous soyons d'accord, ce qui n'est pas, mais sera ; je l'espère de tout mon cœur.

Rodrigues confessait que, quant à lui personnellement, selon sa nature spéciale, il croyait fermement, et néanmoins n'attachait pas une importance suprême à la perpétuation de son individualité; mais qu'il éprouvait une soif ardente de la diffusion de soii être dans l'humanité et dans la nature entière, consentant, aspirant même à répandre toute sa vie en elle et pour elle, y trouvant son bonheur, sa gloire, la source de sa moralité, de sa religiosité.

Bazard éprouvait le sentiment inverse, et d'une façon aussi légitime, aussi religieuse ; car il avait foi que pour perpétuer sa personnalité dignement, il faut la consacrer au progrès de l'humanité et du monde.

Je sens que Dieu a mis en moi cette double source d'amour pour LUI.

Je crois à la perpétuité de ma personnalité à travers les siècles , dans le passé et dans l'avenir ; j'ai foi que j'ai vécu et que je vivrai éternellement en Dieu ^tbrnbl, puisque et comme j'y vis en ce moment même, sentant que j'ai été, suis et serai un organe spécial, défini, personnifié, individualisé de SA vie éternelle.

Et j'ai foi aussi que je sème et répands ma vie , à chaque instant, par tous les points de mon être , sans perdre ma personnalité, en l'augmentant même par ma communion avec l'immensité des êtres; j'ai foi que mon petit monde nourrit le grand monde qui l'environne , comme il est noiirri par lui, puisque nous sommes le

indifférents, pour les convertir à Testime et à Tamour pour nous, dont ils auraient ainsi une parcelle en eux ; chez tous les Français et Françaises que j'aime particu" liërement et qui parlent le même verbe que moi ; enfin, par traduction, chez tous les peuples, dans Thumanité tout entière, bien entendu hiérarchiquement, c'est-àdire en commençant par nos plus prochains et pénétrant successivement jusqu'à nos plus éloignés.

L'immense majorité des honmies n'est pas astronome comme Reynaud. Que l'Observatoire tout entier adore les étoiles et tombe dans son puits, rien de plus juste et de plus humain ; mais l'humanité n'est pas encore un bureau des longitudes ; elle a, en général, bien d'autres choses à faire que de regarder les astres.

Toujours est-il qu'il faut tenir grand compte de cet amour pour les .étoiles, puisqu'il nous prouve une fois de plus que l'homme de cœur croit qu'il vit et vivra avec ce qu'il aime.

J'aime par-dessus tout l'humanité et la terre qu'elle habite. Hélas! je sais bien que je suis comme Reynaud, une exception, en ce moment où il y a des hommes qui n'aiment que leur pays, d'autres qui n'aiment que leur famille, beaucoup qui n'adorent qu'eux seuls, et un assez bon nombre qui n'aiment rien, pas même eux, ni un chien I Raison de plus pour que je fasse tout mon possible, afin de pénétrer dans l'âme de ces étroits amoureux et de l'élargir, en y entrant avec mon large bagage d'amour. Mais, encore une fois, il faut une mesure modérée. L'humanité et la terre, grand Dieu I le morceau est déjà assez rude à saisir pour les égoïstes qui ont le

epleen; voilà pourquoi je désire et j'espère me faire absorber moi-même par ces malheureux dégoûtés de rhumanité et de la terre, et qui rêvent la mort sous la terre ou la vie dans les étoiles, ou simplement avec les habitants de la lune.

% 3. Je vous ai annoncé que mon testament avait pour but principal d'exposer ma foi dans la vie universelle, et de confesser comment je sens matériellement ma vie se donnant sans cesse au monde et prenant sans cesse possession de lui, en lui-même. J'espère que Dieu me laissera le temps et la force nécessaires pour récrire ; car il ne me faut plus beaucoup de temps et de force, je Tai préparé avec vous et je vous en rends grâce.

Je Tai préparé aussi avec un grand maître auquel je veux et je dois rendre hommage , avant de quitter la plume. Ainsi que j'avais élaboré ma foi dans la vie éternelle avec le plus grand docteur du spiritualisme chrétien, j'ai élaboré ma foi dans la vie universelle

avec le plus grand physiologiste du matérialiste xvin* siècle. Saint Augustin et Cabanis (1) ont été mes maîtres.

Cabanis a vu tout ce que je viens de vous dire, seulement il n'a pas tout regardé. Si au lieu d'intituler son ouvrage: Rapports du physique et du moral de l'homme, il l'avait intitulé : Rapports de la maXiére et de Y esprit dans l'homme, il aurait fait sciemment ce qu'il n'a fait i\\]! instinctivement ; il aurait compris qu'il posait les

(1) Voir note A, Cabanis (page 161 }•

bases du traité de paix que doivent conclure les matérialistes et les spiritualistes.

Cabapis, Turgot et Condorcet sont venus clore le xvin* siècle et ouvrir les portes du nôtre. Leur physiologie, leur économie politique et leur histoire sont bien des filles de Voltaire, mais elles le sont aussi de Rousseau; elles portent en elles le germe de fusion, de conciliation de Tun avec l'autre, et par conséquent de génération d'un monde nouveau dont Saint-Simon et nous sommes les premiers nés.

Nous avons osé toucher, mais respectueusement, à l'histoire de Condorcet, à Téconomie politique de Turgot, pour les délivrer de Tarrière-faix du laborieux enfantement qui les a données au monde. J'ose aujourd'hui accomplir respectueusement, religieusement la même délivrance, à l'égard de la physiologie de Cabanis, qui est la vôtre et qui est celle de tous les savants actuels. J'ose dire à Cabanis: c Mon maître, vous avez confondu les sentiments et la raison dans un seul nom : moral de l'homme, et vous avez eu le tort de mettre ce mot complexe en parallèle avec ce mot simple : physique de Thomme. Vous auriez dû mettre en parallèle le rationnel et le matériel de l'homme , l'idéologie et l'anatomie, et montrer leurs rapports, leurs liens, conditions vitales de l'une et de l'autre. C'est là ce qui constitue la physiologie, qui est la base scientifique de la morale, parce qu'elle fait connaître la loi de communion que Dieu impose à l'esprit et au corps, au moi et au non-moi, dans tout ce qui est^ en leur disant : aimez-vous l'un l'autre et vous aurez la

vie éleraelle et la vie universelle, car vous sentirez que vous vivez en moi, de moi et par moi qui suis l'éternité du temps, l'universalité des corps, l'être des êtres. »

Je viens encore de relire Cabanis, mon cher Docteur, et j'ai foi que Saint-Simon et moi nous avons continué son œuvre, comme nous avons continué celles de Turgot et de Condorcet ; et je suis certain que ces grands hommes en jouissent, en ce moment et en moi , ainsi que Saint-Simon nous l'a affirmé pour lui-même.

Communions donc ensemble, vous et moi, dans la vie universelle.

P. ENFANTIN

Note A.

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