‹ Science de l'hommeChapitre 11 sur 84 · BEAUX-ARTS · texte numérisé non relu

BEAUX-ARTS

Science. — Industrie.

Vous êtes pour Yinégalité des attributs de l'être, Brothier pour leur égalité, moi pour leur communion par inégalité et par égalité. Bien des gens prétendent que les longues discussions sur la trinité chrétienne n'ont servi à rien, sinon à amuser des bavards et à faire pousser des hérésies. Elles ont servi incontestablement à constituer en Occident le catholicisme et en Orient l'is^ lamisme. Dieu veuille que notre discussion sur la trinité serve à l'union de l'Occident et de l'Orient, du catholr-

cisme et de Tislamisme, du spiritualisme et du matérialisme ; en un mot, à la paix universelle I

Vous voulez bien mettre les sentiments, l'amour, audessus de la science, du raisonnement ; mais, par compensation, vous subordonnez l'industrtte à la science, la vie matérielle à la vie intellectuelle, et même vous stigmatisez la première du nom de vie animale, tandis que la seconde fait partie de ce que vous nommez la vie humaine.

Brothier est un peu plus près que vous de la vie morale, théorique et pratique, de l'avenir, en ce sens qu*il ne méprise pas l'aspect matériel de la vie et qu'il le met au même niveau que l'aspect rationnel. Malheureusement, il place à ce même niveau le sentiment, qui, seul pourtant, donne moralité et vie à la science et à l'industrie.

Les conséquences religieuses, morales et pratiques de vos deux hérésies sont évidentes : vous êtes forcé, vous, de revenir logiquement, en religion, au diable tentateur dans et par la chair, combattu par un Dieu, esprit pur, incorporel ; dans la morale, à la mortification de la chair ; et en politique, au servage des castes agricoles, industrielles et commerciales et au despotisme de la classe savante.

Brothier arrive tout bonnement à une république d'artistes, de savants et d'industriels, sans liens vivants, sans gouvernement d'hommes, sans autorité et sans obéissance, sans respect filial envers le supérieur^ sans paternelle direction envers ^inférieur.

Quand je vous vois dire, page 386 : « L'esclavage

ne disparaîtra que par un rachat auquel la science devra présider par d'incessantes prédications d' amour, etc. , » cette confusion de la science et de Tamour me fait mal au cœur , parce que faire de la science et même renseigner, est tout autre chose que de prêcher l'amour. Certes, je n'entends pas dire que celui qui a faculté de prêcher Tamour soit nécessairenaent un ignorant, une brute ; je ne prétends pas non plus qu'on puisse être savant sans avoir d'amour, ne fut-ce que celui de la science, lequel, par parenthèse, peut être uni à un parfait égoïsme ; mais, encore une fois, savoir et aimer sont deux et non pas wn*

Ainsi, d'une part, subalternité du corps, de la chair, de l'industrie, à l'égard de l'esprit, du calcul, de la science ; de l'autre, confusion de l'esprit, du calcul, de la science, avec l'amour : telle est votre doctrine, tel est votre dogme ; et tout votre ouvrage en est le développement, l'exposition, le commentaire.

Votre théologie, votre philosophie, votre morale, votre politique, sont empreintes d'un triple cachet dont deux faces se mêlent, se confondent et écrasent la troisième ; de sorte qu'en réalité vous n'en montrez et on n'en voit qu'une seule qui absorbe et domine tout : la science ! Quoique votre doctrine soit trinaire, quoique vous la formuliez comme moi : Amélioration du sort MORAL, intellectuel et physique de l'individu , de la famille, delà commune, de la société, de l'humanité, il est évident que, de votre doctrine, résultent un homme et une humanité tout différents de ceux que je cherche à réahser de mon côté.

Il est certain, de plus, que , discutant entre nous sur des parties plus ou moins spéciales de physiologie, de morale ou de politique, nous ne pouvons nous entendre qu'en devenant Tun ou l'autre infidèle à nos principes , à nos axiomes, à notre dogme. Nous sommes comme un orthodoxe de Nicée et un arien , l'un préparant le catholicisme , l'autre le mahométisme.

Partout chez vous je vois la lutte, dans l'homme, dans l'humanité, entre l'intellectuel que vous appelez homme et le matériel que vous nommez animal ; tandis que moi, aU contraire, je cherche à unir, à conciUer, à pacifier, à faire fraterniser ces deux principes, ces deux axiomes de vie, au moyen d'un troisième principe de vie qui est un égal , un conmiun amour des deux autres. Votre troisième principe a bien deux fils aussi , mais un aîné et un cadet, un privilégié et un disgracié, un bon sujet essentiellement homme, et un mauvais sujet essentiellement animal. Vous êtes sans cesse disposé à caresser l'un et à fustiger l'autre ; partout et toujours vous êtes ce que vous êtes pour le cerveau, à l'égard du cervelet, ce qu'était jadis un noble pour son fils, à l'égard de sa fille.

Je reconnais, hélas ! que vous êtes parfaitement logique ; c'est une raison de plus pour que j'attaque le taureau par les cornés. C'est ce que je vais faire.

§ 2. Vos deux cornes sont les deux cornes de Dieu, les deux cornes de tout ce qui est : c'est le dualisme esprit et chair. Les deux termes de ce dualisme sont-ils ennemis ou amis ? Toute la question est là entre nous ;

elle est là entre toutes les religions, entre toutes le» philosopliies ; elle est là môme entre toutes les doctrines physiologiques et médicales , entre toutes les théories d'éducation publique ou privée.

Grâce à Saint-Simon, vous avez pourtant un peu compris que les facultés physiques, matérielles, corporelles , charnelles même , quoiqu'elles fussent , selon vous, essentiellement animales, avaient du bon. Vous êtes à cet égard infiniment supérieur au révérend père Félix, mais vous avez comme lui une peur terrible que ces facultés animales usent de leur puissance pour rabaisser l'homme plutôt que pour l'élever.

Eh bien , si vous vouliez vous donner la peine d'examiner combien l'homme peut se dégrader, s'avilir, être méprisable par ses facultés rationnelles, par sa puissance de logique, de calcul, de raisonnement; si vous songiez seulement au mal qu'ont produit, et que font même sous vos yeux quantité d'hommes éminemment spirituels et intellectuels, qui ne créent rien de ma^ lériel, qui ne font rieu d'utile de leur corps, qui seulement vont et viennent, boivent et mangent, s'habillent et se déshabillent, mais qui corrompent la femme , la fille, la sœur de leur prochain , qui dépensent à ce joli jeu toutes les combinaisons de l'esprit le plus délié, toutes les ruses diplomatiques, tous les calculs machia- . véliques, toutes les roueries d'un génie diabolique , salanique, je crois que voua seriez bien pr6s de mépriser autant l'esprit que la chair, mais que cela ne vous empêcherait pas de les aimer et respecter également

quand Dieu les anime.

Pour cela, évidemment, il ne faut pas confondre sous un même mot : esprit, l'amour et la raison , la morale et la science , ou bien saint Paul avec le très-érudit compère Mathieu , ni même Saint-Simon avec Aragq , ou avec ses propres élèves, Poisson et Comte, ni même enfin ce que je vous écris avec un livre de science.

Dieu merci, je n'ai pas cette dernière crainte ; je sais bien que vous n'appellerez pas l'œuvre que je fais ici, de la science ; mais peut- être que n'y voyant pas de la science, vous y verrez moins que rien, c'est-àdire le produit d'appétits animaux très-développés et fort dangereux pour la moralité et la dignité humaines.

Vous m'avez déjà jugé ainsi dans une partie de ma vie, où j'ai mis tout mon cœur, où j'ai terriblement souffert et fait souffrir; où nous étions tous à l'état d'âmes plongées dans une brillante fournaise , au (m de laquelle bouillonnaient tous les amours que Dieu a répandus sur le monde ; où il ne s'agissait pas plif^ pour moi de calculs personnels que de fortune personnelle ; où mon esprit et mon corps se consumaient, sans que j'y songeasse et que je le sentisse , parce Dieu était en moi, comme je l'y sens toujours, m' ordonnant de mettre mon esprit et mon corps au service du divin amour qui est ma vie.

J'aime, j'adore l'esprit de mon Dieu, lorsqu'il se manifeste dans l'homme par le besoin d'ec/atrer son prochain comme lui-même. J'aime, j'idolâtre la chair de mon Dieu, quand elle se manifeste dans l'homme par le besoin d'en faire jouir son prochain comme luimême. Or à ces deux amours je ne conçois de U-

mites que celles de la puissance de vie qui est dans l'homme, car ces deux saints amours ne peuvent égarer : ils sont la charité même.

Je n'aime pas la chair pour la chair, l'esprit pour l'esprit, pas plus que l'art pour l'art. J'estime, je respecte, j'honore ces amours abstraits, mais dans certaines limites, car ils peuvent égarer, car ils épuisent ou ils rendent fou; car n'ayant pas de prochain vivant, ils vivent dans l'égoïsme.

Mais je déteste et je condamne impitoyablement l'homme qui emploie son esprit à tromper son prochain pour l'asservir ; qui emploie sa force à dépouiller son prochain pour s'enrichir. Dans cet esprit capteur, dans cette chair spoliatrice, je vois également de monstrueux violateurs de la vie divine et humaine ; ils me font également horreur. L'un est Cartouche , l'autre Mandrin ; l'un est Machiavel, l'autre Robespierre; le serpent et la hyène , l'empoisonneur et l'assassin.

Ah ! vous croyez que vous avez seul des anathèmes contre le libertinage et l'ivrognerie et la gloutonnerie et la cupidité et l'avarice; vous croyez que parce que j'aime la chair, j'excite à toutes ces ordures ! Mais que ne su/sje donc pas en droit de vous dire, à vous qui ne signalez et n'anathématisez aucun des vices honteux qui tiennent au développement monstrueux des appétits et des facultés de Vesprii, à vous qui ne sentez pas que ces mêmes facultés qui calculent, combinent, raisonnent, peuvent s'exercer aussi bien à voler le pain du prochain qu'à lui donner celui qu'elles ont pétri elles-mêmes ?

Non, je ne veux pas plus de grossièreté brutale que

je ne veux de fausseté raffinée ; j'aime la beauté comme la loyauté. Je ne prêche pas plus le libertinage de la chair que le dévergondage de Tesprit ; je prêche le saint travail du corps et le saint travail de l'esprit, ayant tous deux pour but moral Tamélioration physique et intellectuelle du pauvre et de l'ignorant. Je n'excite pas plus à la débauche des sens qu'à celle de l'esprit, pas plus à pratiquer qu'à étudier de Sade, Laclos et toutes les sales œuvres des sales esprits de notre spirituel et sale dixhuitième siècle ; mais je suis plein de tendresse pour ces belles et déplorables victimes des débauchés, souillées, déshonorées, qui sont tombées- dans la boue, parce que vous n'avez pas enseigné à leurs bourreaux ou à elles, à rendre un culte religieux aux, puissances divines qui étaient en elles et que vous nommez facultés animales. Dieu est là , cher Docteur ; Dieu est dans cette chair magnijfique, dans cette grâce céleste, dans ce sourire, cette voix, ce regard enchanteurs, dans cette chevelure splendide ! Et pourtant vos élèves apprennent de vous que tout cela c'est de la bête qui mène à la bête, tandis que, en vérité, c'est l'ange qui devait les conduire à Dieu. — Le pauvre ange meurt à l'hôpital ! — Alors vous mettez un scalpel à la main de vos élèves, sans commencer par les sanctifier, en les faisant agenouiller devant ce triste symbole de la chair de Dieu ; et vous leur dites : coupez, taillez cette chair ; c'est la bête, c'est l'animal ; l'esprit est parti. Respectez un peu le cerveau, parce que c'était le siège de cet esprit de Dieu, retourné à Dieu ; mais tout ce corps, tous ces organes de la nutrition, de la respiration, de la génération; fi

donc ! Etudicz-lcs, vous verrez qu'iîa ne servenl qu'i. satisfaire les appétits physiques, les facultés animales; vivants ou morts, ils n'en valent pas mieux, c'est de la vile matière!

El vos carabins, sortant de Tamphilhi^âtre, foulent aux pieds cette vile matière; ils l'avilissent encore à qui mieux mieux, en eux et hors d'eux ; ils enseignent h tous, eus qui font profession de connaître l'homme, comment on doit traiter la matit>re de l'homme et de la femme, leurs appétits physiques, leurs facultés corporelles, leurs puissances charnelles.

Avouez qu'éduqués ainsi ce seront de fameux esprits I

Toute la génération actuelle en est là, tant l'anathème lancé jadis contre la matière est répété par tous les enseignements de la science. Comment voulez-vous que l'industrie de^nnc le culte du Dieu vivant ? Comment voulez-vous qu'un Phidias fasse vivre Dieu dans le marbre? Commcnl voulez-vous qu'un poêle puisse animer la nature, la forêt, la mer, la montagne, la cité, la patrie, comme le faisaient un païen et même un fétichiste ?

Eh quoi, notre Dieu serait le Pan universel, et nous ne saurions ni le voir ni le toucher ! Nous ne poumons que . rjusonner et discuter avec son esprit ; et lorsque nous heurterions notre coi-ps contre son corps, nous nous bornerions à dire : animal ! Rousseau s'écrie : t Puissances du ciel, qui m'avez donné une âme pour la douleur, donnezm'en une pour la félicité 1 > Moi, en priant pour vous, je dis : « Dieu qui lui avez donné um âme pour votre esprit, donnez-lui-en une pour votre chair 1 .

Vous voulez, dîtes- vous (p. 524), « remplacer tout ce qui peut tenir en nous de la brute, l'ivressg, la gloutonnerie, la gourmandise, par des jouissances intellectuelles et morales. » Hélas ! ce n'est pas la brute qui s'enivre et s' indigère, elle n'est pas même gourmande ; tous ces appétits déréglés, quoi que vous en disiez, sont humains et non animaux, et ils tiennent bien plus à ce que l'homme est souvent un esprit bête, qu'à ce qu'il est un corps animal. Mais d'ailleurs, remplacer de la nourriture par des jouissances intellectuelles et morales, c'est peu restaurant ; aussi ajoutez-vous : « Arrivons à des banquets, à des communions simples et frugales, mais relevées par l'exquise propreté des convives, par le bon goût et l'arrangement élégant de leurs vêlements et du service des tables^ par des parfums^ par les discours les plus philosophiques en leur poésie. » Est-ce que vous croyez réellement que ce sont les hommes de l'esprit, les savants, les cerveaux qui entendent la vie comttië cela ? Sauf les discours philosophiques, fort peu poétiques, tout ce que vous citez là n'est pas et ne sera jamais de leur domaine. L'exquise propreté", le bon goût et l'arrangement élégant des vêlements, le service des tables, les parfums, grand Dieu ! Mais vous n'avez donc jamais connu ce colossal esprit. Ampère ? Qui donc est doué des facultés que suppose un pareil banquet ? l'amant délicat de la chair, et spécialement cet animal qui s'appelle la femme. Inclinez votre esprit devant cette chair charmante.

Tous vos banquets, toutes vos communions seraient de sales boustifailles charnelles ou d'ignobles orgies in-

tellectuelles , puantes de calculs intéressés ^ d'orgueilleuses et enivrantes prétentions d'esprit ou d'un libertinage cérébral quintessencié, si la femme ne présidait pas à leur forme; si elle ne leur imposait pas sa grâce, sa propreté, son bon goût, son élégance; si elle ne réglait pas le service des tables, ne répandait pas les parfums, la lumière, la chaleur, comme les veut sa chair délicate, exquise; si elle ne forçait pas nos sens grossiers à la tempérance qui est innée en elle, parce qu'elle cultive son corps comme nous cultivons notre esprit; enfin, si elle ne défendait pas nos propres sens contre les excitations ou la négligence de notre esprit, qui pousse ou abandonne notre corps à l'ivresse et à la gloutonnerie.

Oui, mon cher ami, nous ne cultivons pas notre corps à l'égal de notre esprit, et peut-être la femme nç cultivet-elle pas son esprit à l'égal de son corps; je croîs qu'il en sera toujours ainsi, et que c'est une des mille lois divines, prouvant la nécessité et la bonté de la communion d'égalité des deux sexes, se complétant l'un par l'autre, par leurs propres mérites, par leurs vertus spéciales, par le mariage de leur vie mâle et femelle.

Mais, je le répète, ce n'est pas la brute, c'est l'homme qui s'enivre et s'indigère : l'instinct n'est pas si bête qu'on le croit ; il le devient , si l'esprit l'égaré. Faisons donc notre possible pour que l'esprit l'étudié et respecte son domaine. C'est lui qui y porte le trouble, la révolte, la guerre, au lieu de l'aider à se développer selon sa sainte et harmonique nature; c'est l'esprit, ce n'est pas le corps qui dit : Je boirai trois bouteilles de Champagne, une bouteille d'eau-de-vie, et je ferai mille autres ignobles

saletés. Le corps répond : — Tu en as menti, ou tu me tueras; mais tu mourras. — Alors le duçl commence, la vie se retire et la mort vient.

Ce que nous avons en nous d'animal, pour parler votre langue, est, par nature, infiniment plus sobre, propre, chaste, pondéré, modéré, régulier, que dans l'animal. Nous sommes, en un mot, mieux organisés que lui matériellement. D'un autre côté, nous possédons un esprit qui, lorsqu'il aime et connaît notre corps, multiplie sa puissance d'une façon incomparable, par rapport à ce que l'esprit de l'animal ajoute à sa force. Mais si notre esprit n'aime pas notre corps à l'égal de lui-même ; s'il n'étudie pas sympathiquement ses besoins, en vue de l'aider fraternellement à les satisfaire; s'il ne cherche pas dans ce frère les moyens de multiplier sa puissance et ses propres jouissances; s'il le méconnaît ^ au lieu d'avoir pour lui de la reconnaissance; s'il ne puise en lui ni foi, ni espérance, ni charité; enfin si ces deux frères dénaturés se méprisent, se craignent, se font la guerre, alors ils se détruisent l'un l'autre par les désordres auxquels ils se provoquent réciproquement.

§3. L'œuvre la plus haute du moraliste, de l'homme de cœur, et mieux encore de l'homme de Dieu, est de faire naître et de développer l'amour de l'homme pour le milieu en qui il vit et qui vit aussi en lui ; car, unis l'un à l'autre, ils forment l'universalité de ce qui est. Dieu luimême.

L'inspiration morale de toute science est également l'amour des deux termes du dualisme radical qui lui sert

types de Tesprit, abstraits de la chair, et des types de la chair, abstraits de l'esprit. De même, il faut absolument admettre, par hypothèse, le vide et le plein, la molécule et les corps, le point et Tespace, le moment et le temps, si l'on veut raisonner et expérimenter. Le dieu de savants purs et le dieu d'industriels purs pourraient n'être que des divinités abstraites ; mais le savant et l'industriel* ne sont jamais purement et uniquement savants ou industriels, ils sont, avant tout, des humains, des aimants; il leur faut encore, et par-dessus tout, un autre dieu, dont ces deux divinités abstraites ne sont que des manifestations incomplètes ; il leur faut un dieu qui soit l'amour, la vie de ces deux manifestations, qui les contienne en lui, qui les relie, et qui soit ainsi le lien vivant, moral, social, de ces savants et de ces industriels eux-mêmes ; c'est lui qui les empêche de se mépriser et de se battre, car ils y seraient portés par la prédominance de leurs facultés propres, de leur nature spéciale, de leurs appétits spirituels ou de leurs appétits charnels. Il faut donc aussi, entre ces savants et ces industriels, des êtres aimant également la science et l'industrie, l'idée et le fait, la conception intellectuelle et la création matérielle ; en un mot, ils doivent être inspirés, gouvernés par des êtres religieux et moraux par excellence, c'est-à-dire par les amants du pur esprit et de la sainte chair, parce que ceux-là sont pleins d'amour de Dieu, qui est essentiellement la vie de tout ce qui est, de tout esprit et de toute chair, de l'éternité et de l'immensité.

Je replace sans cesse devant vos yeux, à satiété, au

risque de vous lasser, ces trois principes primordiaux, ces trois axiomes de la vie universelle; Tun contenant, unissant, reliant les deux autres, tous trois expression de la VIE universelle, infinie, manifestée et définie par le moi et le non-moi, par le fini et V indéfini, par la chair et Tesprit. Je vous en accable, parce que vous nous avez lus et relus, et que néanmoins vous êtes resté sous Tempire du dogme qui subaltemise la chair à l'esprit, rindustrie à la science, et qui confond l'esprit avec Tamour, la science avec la morale, la raison avec la vertu, et dont le dieu, par conséquent^ est toujours celui du passé, en dehors et au-dessus de la terre, de la matière, des corps, de la nature ; tandis que vous vous figurez être panthéiste! Vous vous trompez, vous êtes catholique, assez mauvais catholique, il est vrai, souvent hétérodoxe, mais vous ne le savez pas ; et cent fois je vous vois donner des armes à Tennemi que vous voulez combattre, frappant à bras raccourci sur les amis avec qui, seuls, vous pourriez triompher.

V. — %i. Après ce long exposé métaphysico-théologique, je ne crois pas nécessaire d*en faire application à vos doctrines politiques ; il me suffît de vous engager à les soumettre vous-même au triple critérium de Funion des deux principes générateurs, mâle et femelle. Vous les trouverez dans la politique^ comme partout ailleurs, car ils sont l'expression de la vie de tout ce qui estj de dieu.

Mais maintenant je puis reprendre et terminer avec plus d'assurance, et j'ose dire d'autorité, ce travail spécial sur la science de l'homme.

Je vous aï dît que Saint-Simon avait commencé par la science de V homme, et qu'il nous avait légué en mourant la science du développement de Inhumanité. Il avait commencé également par la gravitation universelle, en s'adressant au bureau des longitudes et à l'Académie des sciences, et il nous a légué, aussi en mourant, YindM^ trie, le système industriel, le catéchisme des industriels. Nous avons cultivé ce double héritage par nos travaux historiques et économiques ; en même temps, nous avons répandu sur le monde son dernier soupir, le nouveau christianisme, nommé par le monde lui-même saint-

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