‹ Science de l'hommeChapitre 13 sur 84 · V-fK 4^r* p*-irjj:tii:5.» ■»?: tictt crîvazice n'est pas le · texte numérisé non relu

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Voos M cor.:':n«i*rz p^is ces deox existences unies, mais déânies. et v o'is ne I-es confondez pas non plus avec l'être infini q-J I^ comprend Tune et Tautre.

De même, %oaâ dl^dnzuez dans toute existence im- |>ar(aite, Tignorance de Ijl science, la faiblesse de la force, le mal du bî^en, et vous croyez au progrès de l'ignorant par et vers le savant, du faible par et vers le fort, du mauvais par et vers le bon.

Mais ce dont vous ne paraissez pas avoir suffisamrment conscience, c'e^t que, eussiez-vous en vous toute la science et la force humaines, votre loi morale, religieuse, serait toujours d'aimer votre prochain conmie vous-même ; et que si vous étiez extrêmement savant et très-peu fort, votre devoir moral et votre intérêt moral seraient d'aimer la force en autrui, à Tégal de votre propre science ; enfin que si, par abstraction, vous vous supposiez esprit pur. Dieu vous dirait encore d'aimer la chair, sa Sainte Chair, à Tégal de vous-même, fussîezvous le Saint-Esprit.

Le dualisme entre Yesprit et la chair n*est pas du tout du même ordre que celui entre le bien et le mal.

On Ta cru si longtemps que vous le croyez encore. Mais comme cette croyance n'a de sens que si Ton admet le diable et Tenfer avec son éternité, et que vous n*avez pas cette croyance ; comme vous croyez, au contraire, au progrès indéfini du fini vers l'infini, de l'imparfait vers le parfait, vous ne pouvez concevoir ce progrès du mal relatif vers le bien absolu, que comme le fruit de la communion amoureuse, par égalité, du moi et du non -moi, de l'esprit et de la chair, des deux formes génératrices, mâle et femelle, de toute vie.

Or, de même que je vous ai dit : vous n'aimez pas le cervelet, je vous dis, en général : vous n'aimez pas la forme physique de l'être, vous Tasservissez à la forme intellectuelle.

Et alors, par exagération, je m'efforce de vous la présenter dans les termes les plus répugnants pour les préjugés actuels. Ainsi, jadis les premiers chrétiens se plaisaient à dire aux maîtres d'esclaves, qu'ils voulaient convertir, cette parole répugnante pour ces maîtres d'hommes : tous les hommes sont frères I

Eh bien, oui, cher Docteur, l'organe de la génération et ses appendices excréteurs sont les frères du cerveau et de ses appendices excréteurs ; de même, l'œsophage n'est pas plus noble que Tanus ; les poumons que la vessie ; les aliments ingurgités que ceux qui sont normalement expulsés ; les cheveux que les poils ; Minerve que Vénus ; Apollon qu'Hercule ; le père Félix, faiseur de discours spirituels, que tel ou tel faiseur de chemins de fer.

Je ne vous présente^ pas plus toutes les émissions

matérielles comme bonnes, que vous ne me donnerez comme agréables telles et telles émissions intellectuelles de cerveaux dévoyés, incontinents , indigestes , épuisés. Distinguons la santé de la maladie. Mais je prétends que si vous examinez avec moi, impartialement, ce merveilleux phénomène de nutrition qui s'opère dans Thomme, simplement par la respiration^ rien de ce que je vous ai dit sur les déjections diverses, que le sang modifié produira et répandra sur tous les points de l'être (jusques et y compris la transpiration, ou Turine, ou la jaunisse, ou la diarrhée, causées par les qualités de Tair aspiré) , rien de tout cela, dis-je, ne vous paraîtra honteux ou ridicule, mais, au contraire, sublime et divin.

Il importe donc au plus haut point que le physiologiste n'englobe pas dans la réprobation vulgaire qui frappe les matières fécales, la morve, la sueur et le crachat, toutes les déjections analogues opérées par la nutrition dans le corps entier, et que, de conséquence en conséquence, il ne repousse pas comme sale et dégoûtant, comme honteux, le sperme même qui lui a donné l'être.

Heureusement la théorie des animalcules spermatiques a fait des progrès. Je dis heureusement, parce que plus on s'habituera à voir partout des animalcules, et moins le préjugé contre les facultés animales fera de ravages dans les esprits. L'homme tout entier paraîtra lui-même animal, mais animal très-perfectionné, trèssupérieur aux autres espèces, non - seulement par l'esprit, mais par les sens, et surtout par l'harmonie

trèsHsupérieure de cet esprit supérieur avec tes sens supérieurs.

Supposez qu'on vous pose ce problème : Des aliments solides, liquides et gazeux étant donnés à Tétre organisé homme, pour entretenir et renouveler sa vie, comment cette magnifique opération de nutrition s*opère-telle de manière : 1"* à extraire de ces aliments tout ce qui est utile à la vie ; 2^ à assimiler au corps cet extrait ; 3° à expulser non-seulement ce que ces aliments renferment d'inutile, mais tout ce que remplace, dans le corps, la portion assimilable et assimilée ?

Je ne sais vraiment pas comment une partie de cette opération pourrait vous paraître noble et l'autre ignoble, ni pourquoi celle-ci serait inférieure à celle-là, et je dis, en outre, que ce phénomène de nutrition matérielle est tout aussi élevé, merveilleux, divin, que le phénomène le plus distingué de nutrition rationnelle.

Supposez, en effet, que je nourrisse mon esprit de mathématiques : co/nbien d'affreuses additions, soustractions, multiplications, divisions, je serai obligé d'avaler, de digérer, de rendre sur mon papier, avant de m'étre assimilé l'arithmétique I Veuillez me dire si, pour un vrai mathématicien, ces déjections de mon esprit ne seraient pas fort déplaisantes à examiner ; il pourrait être enchanté que je me fusse nourri d'arithmétique et que mon esprit en ait profité; mais quant à mes travaux, il dirait : « Franchement ils sont bons à mettre au cabinet. M Ce sera bien pis encore si les mathématiques sont contraires à mon esprit. Hélas 1 celui-ci ne se les assimilant pas, les digérera fort mal et les rejettera sous

matérielles comme bomies, que yous ne me comme agréables telles et telles émissions intc de cerveaux dévoyés, incontinents , indigestes Distinguons la santé de la maladie. Hais je que si vous examinez avec moi, impartialemeT veilieux phénomène de nutrition qd s* Fhonmie, simplement par la respiratianf rit je vous ai dit sur les déjections diverseSi modifié produira et répandra sur tous Tétre (jusques et y compris la traïupirat: ou la jaunisse, ou la diarrhée, causées de Tair aspiré), rien de tout cela, dfs raitra honteux ou ridicule, mais, aa ce et divin.

Il importe donc au plus haut ppin* giste n*englobe pas dans la r^rot frappe les matières fécales, la morve chat, toutes les déjections analognc' trition dans le corps entier, et qii conséquence, il ne repousse pas c tant, comme honteux, le sperme Têtre.

Heureusement la théorie de ques a fait des progrès. Je dis plus on s^habituera à voir pn moins le préjugé contre les ravages dans les esprits. L'lui-méme animal, mais anî supérieur aux autres es' Pesprit, mais par les sr

qu'elles constituent toutes deux le phénomène vital ; enfin qu'elles sont, l'une par rapport k l'autre, ce que le mâle est h la femelle, c'est-iVclire qu'elles sont les deux agents générateurs du renouvellement de l'Être.

Je le répète, toute votre science est entachée de ce terrible privilège que vous attribuez h. l'esprit, et de ta préférence que vous avez pour cette face de la vie ; de sorte que les fonctions matérielles les plus repoussantes, les plus dégoûtantes, ■ lorsque vous les supposez employées h digérer des syllogismes, vous paraissent respectables, tandis que vous les méprisez quand elles digèrent le pain du bon Dieu.

C'est là ce qui me désole en vous, cher Docteur; à la vérité, j'éprouve le même déplaisir, quant à l'humanité tout entière, au six" siècle, car elle est malheureusement, aujourd'hui, semblable à vous, c'est-à-dire bien différente de ce qu'elle sera, grâce à Saint-Simon , au W' siècle, etpcr omnia sœcula sœculorum.

Non-seulement il est providentiel, nécessaire et utile qu'il y ait parmi les humains des hommes et des femmes aimant spécialement le corps, la matière , la chair, riodustrie, d'une façon privilégiée, absolue même; comme i! y en a qui préfèrent d'une façon absolue l'esprit, le calcul, le raisonnement, l'intelligence, la science ; mais encore il est évident que l'être humain, considéré par rapport à la nature, et en général les corps organisés comparés aux corps bruts, répondent à ce dualisme providentiel. Par conséquent, si l'homme est signalé comme 'préférant l'esprit au corps, c'est à la condition que l'on reconnaîtra que la nature dite inorganisée

une fonne plus désagréable encore, pla plus nauséabonde ; ce sera une véritabi telkctnelle.

Vous n*aimez pas ces métaphores pris ment dans la nutrition matérielle el dans ' tellectneile, mais je les reproduis sans dm vous lassant, parce que je crois que la h peine.

Tant que Tesprit ne vous d^oâtera ] la chair, dans plusieurs de ses fondioi vous ne serez pas en disposition snflhaim pour concourir au progrès physique, mat^ de rhonuDe et de la société. D y aura cette face de Fêtre des traits qui vous bl que n étant repoussé par aucun des t lace, vous aurez pour celle-ci une préfé

Ou^'aorais-je gagné si je vous faisaif^ matière composant le cerveau et la tète Tous ajouteriez qu*elle est noble, pi^ si^e de Tintelligence, et même, se' ralité. Vous savez pourtant fort bii organisée ne diflere pas, d*aillc re^te du corps, et que la tète ren' muqueuses, aussi peu ragoûtant tantes. Vous savez aussi qu*a' parei] n^est dispensée d*d>éir la nutrition : prendre et rendt à reocMmaitre que ces deu> nêœ&saires, indispensables, ' rune par rappjrt à Taulri'

amour; le paganisme l'avait senti et l'a démontré par des chefs-d'œuvre de l'arL

Hier j'entendais un des nôtres, prononçant un discours devant une assemblée de savants, le Cercle de la presse scientifique i il parlait de l'utilisation tie l'air comprimé, el il célébrait la gloire de l'esprit, son triomphe sur la matière, et il s'écriait : « Après avoir été tant de siècles dans sa servitude, il est parvenu, à son tour, à en faire son esclave!!! .

Alors, grands applaudissements de messieurs les savants. Il y avait bien là aussi des industriels et peut-être même des artistes ; maïs le troupeau humain tout entier marche toujours sous la houlette du grand pasteur du pur esprit, de sorte que chacun était enchanté d'avoir un esclave, d'avoir son esclave.

Dans mon coin, je me disais tout bas : C'est cependant pénible d'être certain de me faire siffler, si je me levais et disais : < Messieurs, notre ami, qui est un de mes élèves, s'est trompé ; sa langue a fourché ; il vous a dit qu'après avoir été asservi à ia matière, l'esprit en avait fait son esclave^ il a voulu dire et aurait dû dire : son associée, sa compagne, son amie, sa femme, sa génératrice, avec laquelle je lui souhaite, ainsi qu'à vous, de faire de bons, de beaux et sages enfants. Amen ! >

Je me suis tu, mais j'enrageais, et avec vous je me

Il m'aurait été facile, il y a vingt siècles, de parler aux adorateurs de Vénus, de l'Amour, de Priape, aux prêtres et desservants des bacchanales, d'une foule d'idées avec lesquelles j'ai fait rougir, il y a quelques années

kSme. Les phyâ(rfoi tétir tête, n^aurahint ptt e mes idéc.4 sur la saintelé Dt trop CéTès et Bacchofl' et r tes dryades et hamadrfaâes, i. Tous, dans leurs sacrifices re- [ te ndeur de leurs hosties; toàs , bien mieux encore, un senti- , fils du Dieu abstrait, pnr 6^t, , autre abstraction, créée de .^^JI^^^flA 9» TCQs appelez la matière, vous ne "» «t de sentiment, et de IKen, xpit •ï et lorsque tous croyez rencontrer s votre scalpel, voos la traite»

B ignoble et vile, afin de plaire àa k^iatopëre.

It jk^ «m dis qu^il n'y a pas plus de mati^ W^0 (JFMprît abstrait ; que tout ce qui est vit fttt matériellement; qae ^ Dieu vous perr comme si la matière était, il vous dé- ^ijL^^iM* 4K*rar dans cette abstraction et vous or- ' I que ce n'est qu'une abstraction de votra » qn^en récité toute molécule vit de la vitt

^«ib. iNt» ntelécule est un esprit et un eorpt aaméai

^0t wMrmh wt douée de cette puissance de nutritioii ^«MHlMi^ 1^ communier avec le non-moi, en Im pre- ^Bà W^ l*!^ cl^ 80i> ^tre et en lui donnant Une partie ^ 4àllt( M tMt œ qu'elle prend porte en soi la vie; ,^4Mk ^iWi ^ ^"^ ^ qu'elle donne ; et noD<Beul«Deat

il lui est aussi nécessaire, aussi vital de donner que de recevoir, mais ce qu'elle prend au monde esL ce que le inonde rejette, et ce qu'elle donne au monde est ce qu'elle rejette elle-même hors d'elle.

Encore une fois, je ne prétends pas dire qu'il n'y ait rien en l'homme qui puisse lui déplaire, lui être personnellement désagréable, repoussant, mais je veux absolument finir par vous convaincre de ces deux grandes vérités; savoir : 1° qu'il y a des choses aussi dégoûtantes dans l'ordre spirituel que dans l'ordre matériel, et des choses aussi admirables dans chacun de ces deux ordres; que par conséquent, k ce double titre, ils peuvent se considérer comme frères et doivent se traiter réciproquement avec amour, avec charité, pour les grandeurs et les faiblesses de l'un et de l'autre; 2° que la vie d'un être quelconque n'étant pas seulement l'existence de son moi, ni l'existence de son non-moi, mais l'union, la communion, la nutrition réciproque de ces existences l'une par l'autre, la science de la vie doit èlre dominée par ce sentiment de commmiion, et qu'à ce point de vue elle a ie religieux devoir de relever aux yeux du moi et aux yeux du non-moi ce que l'un ou l'autre pourrait regarder comme son imperfection propre, mais ce qui serait pourtant un lien de communion avec son conjoint.

Cette dernière vérité est la suprême vérité d'amour, sur laquelle loule science doit être fondée, sous peine d'immoralité pour ses maîtres et pour ses élèves. Si cette base religieuse fait défaut à la science de la vie, à la physiologie, une des deux faces de l'être sera immoralement subalternisée à l'autre ; la science sera matérialiste ou spi-

ritualiste; elle soumettra rhomme à la nature ou la nature à rhomme, mais elle ne les associera pas; elle mettra rhomme en servitude de la femme, ou maintiendra la femme en servitude de Thomme ; elle ne les mariera pas en réciprocité de liberté, en égalité d'autorité. Si elle se divise en science des êtres dits organisés, et science des corps bruts, elle sera portée, ou bien à soumettre le soleil, les étoiles, les mondes, à la puissance d'un ciron, d'un cryptogame, ou bien à courber le front de l'homme devant la puissance de l'atome.

Ni l'une ni l'autre de ces dispositions abstraites ne saurait constituer la science de la vie ; l'une et l'autre tracent des routes qui doivent être toutes deux parcourues, mais à la condition de les faire converger l'une et l'autre vers une même direction, en remblayant réciproquement l'une avec les déblais de l'autre, en rectifiant l'un par l'autre, Aristole et Platon, Cuvier et Geoffroy- Saint-Hilaire, au moyen du sentiment de la vie universelle.

Que la physique soumette la puissance végétative à la puissance de cristallisation, d'agrégation minérale, à l'attraction moléculaire, c'est bien; pourvu que la physiologie complète et rectifie cette abstraction ^ en montrant que la terre n'est pas aussi brutale que le physicien le suppose; pourvu qu'elle fasse respecter la puissance végétative, et surtout qu'elle fasse sentir et dîscorner les éléments de la vie animale qui résident dans la nature. Mais aussi, quand je vois un physiologiste s'enorgueillir de ce que l'homme raisonne, de ce qu'il est une puissance de cristallisation et de concrétion

d'idées, eL se sentir humilié de ce qui ressemble en lui à l'animal, au végétal, au minéral, je me révolte au nom de la terre, au nom des végétaux et des animaux, au nomsurloutde l'immense population humaine qui a de nobles instincts et peu de logique, de généreuses attractions et peu de calcul, une puissante industrie et peu de science, un riche cervelet et un pauvre cerveau; et alors J'aime, comme le chrétien, mais dans un autre but, à dire au physiologiste : itemento homo quia pulvis es ! et j'ajoute : In hoc puloere vivîl Deus. Et au physiologiste qui classe la femme au-dessous de l'homme, sous prétexte qu'elle est plus instiitdivc que raisonnable, je dis : Souviens-toi que tu as été femme dans te ventre de ta mère; que tu peux l'être dans le ventre de ta propre femme, puisqu'elle peut te donner, t' enfanter une fille ; que tu le seras encore dans le sang de cette fille chérie; en un mot, que Dieu créa l'être mâle et femelle, afin qu'il perpétuât amoureusement SA vie éternelle et universelle.

VIII. — S 1. Je ne puis pas finir, cher Docteur, ce travail sur la science de la vie, sans le résumer, pour ainsi dire, en examinant les idées attachées aux derniers mots que je viens de prononcer : vie éternelle et univer-

Par ces mots, j'embrasse encore, en les distinguant, les deux formes, spirituelle et matérielle de la vie, selon le temps et selon Vespace.

Vous connaissez ma lettre à Duveyrier sur la vie éter-

ritualiAte; elle soumettra Thomme à la m à rhommc, mais elle ne les associera l'homme en servitude de la femme, oi femme en servitude de Thomme ; elle n en réciprocité de lit)erté, en égalité d*a di\iso en science des êtres dits organiste corps bruts, elle sera portée, ou bien : loiU les étoiles, les mondes, à la pir d*un cryptogame, ou bien à courber devant la puissance de ratome.

Ni Tune ni Tautre de ces dis saurait constituer la science de tracent des routes qui doivent T ruos« mais à la condition de h Tautrovers une même dfrecii quement Tune avec les dél:»' Tun par Tautre, Aristote c Saint-Hilaire. au moven < ' selle,

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sans en faire une exposition directe de ma foi dans la vie universelle, les principes sur lesquels elle repose. Je m'en suis plutôt servi pour criliquer la science actuelle que pour fonder la science nouvelle ; plutôt pour détruire des préjugés acceptés que pour les remplacer par l'édification de vérités encore ignorées. Laissez-moi donc terminer par la répétition, sous une autre forme, de ces principes, qui serviront ainsi d'introduction à. l'œuvre dogmatique par laquelle je me propose de clore ma vie intellectuelle.

§ 2. ta vie universelle se manifeste dans chaque être et dans le milieu qui l'environne.

Lb. vie de chaque être consiste dans l'union de ces deux existences ; elle n'est ni dans le moi, ni dans le non-moi : elle est leur communion.

La physiologie a donc pour but principal de faire connaître cette union ; elle n'examine qu'abstraitement, d'une part, l'existence du moi isolé du non-moi ; de l'autre, l'existence du non-moi isolé du moi.

Ces deux études spéciales et abstraites ont pour principal résultat de rechercher et mettre en lumière les moyens de communion des deux membres de ce couple, c'est-à-dire les organes générateurs de la vie dans chacun de ces deux membres.

Chacun d'eux doit Être considéré, par rapport à son conjoint, alternativement comme mâle ou comme femelle, c'est-à-dire comme fécondant ou fécondé, comme actifou passif, comme cause ou effet. Chacun d'eux doit être également considéré alternativement comme étant spéciale-

ment esprit ou matière, formule ou forme, petit monde ou grand monde, représentation psychique ou plastique, spirituelle ou corporelle Tun de Tautre.

De même que la vie éternelle du moi est une abstraction spéciale qui s'exprime, en fonction du temps^ par le lien de ce qu'a été et de ce que sera le moi, dans sa communion spirituelle avec le non-moi; de même, sa vie universelle est l'expression abstraite, en fonction de Vespace^ de la transformation constante du moi, produite par sa communion matérielle avec le nonmoi.

Cette transforrîiation du moi, corrélative de celle qui s'opère simultanément dans le non-moi, est perpétuelle : à chaque moment de l'éternité, l'être et son milieu se transforment, par influence mutuelle, par fusion réciproque de l'un en l'autre.

Cette transformation est une création et une destruction perpétuelles de l'un et de l'autre et de l'un par l'autre, double expression de leur vie commune, qui est la vie universelle ; c'est donc le progrès de tous deux vers Dieu.

Je marche vers Dieu en me nourrissant de vous tous qui n'êtes pas moi ; de même, vous marchez vers Dieu en vous nourrissant de moi qui ne suis pas vous ; car nous sommes en Dieu et notre vie commune est Dieu.

Chacun des phénomènes d'attraction, d'affinité, d'électricilé qui nous lient, moi à vous, vous à moi, se manifeste sous trois formes : X absorption^ 1' assimilation et M excrétion. La seconde de ces formes est celle qui exprime et qui représente essentiellement ma vie et la

vôtre unies; !a première et la troisième no sont que l'origine ou la fin de la seconde ; elles ne sont, par conséquent, que des formes abstraites de voire fitre et du mien, c'est-à-dire des expressions el représentations spéciales, dans l'ordre limité, de la vie sans limites; dans l'ordre fini, de l'infini ; dans l'ordre des êtres, de l'être universel.

Ce qui est l'absorption, l'origine, la naissance de l'un, est en même temps l'excrétion, la fm, la mort de l'autre.

Donc, tous, nous naissons et nous mourons k chaque moment de l'éternité et dans chaque point de l'immensité, le moi par le non-moi, le non-moi par le moi ; car ni l'un ni l'autre n'est et ne possède la vie éternelle et universelle,- mais le moi ne meurt que pour revivifier le non-moi, el il revit en lui; de même, le non-moi meurt et revit dans le moi, et cet échange perpétuel de vie trace dans l'espace le signe matériel de la vie dniver-

SBLLB.

La vie de l'être limité, c'est-à-dire ayant un non-moi, en la considérant comme bornée dans le temps par ce qu'on nomme la naissance et la mort (hypothèse impie, , réprouvée par Dieu, qui est la vie étebnelle dont participe tout être), est une absorption du non-moi par le moi qui constitue la croissance ; mais elle est aussi l'absorption du moi par le non-moi qui constitue la décroissance. Ces deux mouvements inverses sont simultanés, et leur puissance respective ne saurait se faire un parfait équilibre qu'en Dieu même. De là. ces germes qui ne peuvent naître, ces enfants morts au berceau, n'ayant

pu absorber le non-moi ; de là encore le malade, le vieillard, ne pouvant plus lui résister et absorbés entièrement par lui ; mais de là aussi la virilité, la vie normale de rétre limité, expression symbolique la moins imparfaite de la vie divine, équilibre apparent, mais instable, des deux puissances de la vie universelle.

La virilité ! état de la vie où la nutrition réciproque du moi et du non- moi, l'un par l'autre, s'élève à la majestueuse et divine puissance de la reproduction de l'être, de la génération, de la création.

C'est donc en elle surtout que nous devons chercher et trouver la traduction, le signe matériel de la vie universelle. Ce signe divin, c'est en effet la reproduction de l'être.

Alors cette communion du moi et du non-moi, qui m'était d'abord apparue sous la forme brutale d'absorption du moi et du non-moi , l'un par l'autre, cette communion barbare se transfigure ; elle semblait une lutte , une guerre, elle devient l'amour même : l'amour des deux formes de l'univers, l'une pour l'autre; leur attraction aimante, génératrice, donnant pour direction à tous les êtres un même pôle , répandant sur tous une même lumière et unç même chaleur, les électrisant en leur donnant la volonté et la puissance de renouveler en tous lieux le miracle de la création universelle.

Non ! ce ne serait pas un vain et puéril changement de mots, si les sciences physiques nommaient amour universel ce qu'elles appellent gravitation universelle; alors elles verraient partout la génération , et elles se-

raient bien forcées de voir aussi partout les deiis sexes, agents générateurs de cet amour universel.

La reproduction, la génération matérielle de l'ûtre , ai-je dit, est le signe, le symbole de la vie universelle. De même, le type, le mythe de la vie éternelle est la perpétuation, la généralion spirituelle de l'être. Au point de vue de la vie iîternelle, la vie individuelle se prolonge et progresse dans la durée du levips; au point de vue de la vie cisiversblle , la vie individuelle s'élargit et progresse dans l'étendue de Yespace. Dans le premier cas, ce que l'homme cherche et di^sire, re qrfil croit, c'est surtout la perpétuité de son individualité à travers les sihtes ,- dans le second cas, c'est l'extension de sa personnalité au milieu des mondps. Pour jouir de la vie éternelle, son esprit fait communier en lui ses traditions et ses espérances; pour jouir de la vie UNITEB8ELLB, Hon coTps fait communier en lui toutes ses puissances avec les puissances de la nature.

Chacune des molécules de ce corps est elle-même un être qui se transforme, croît ou diminue, au contact du milieu qui l'environne : chacune d'elles naît et meurt , comme l'homme lui-même, c'est-à-dire pour revivre en se transformant dans sa communion avec la nature. Aucune d'elles ne disparaît absolument ; aucune d'elles, en réalité, ne meurt. De même, chacune d'elles existait avant de revêtir telle ou telle forme, avant de faire partie de tel ou tel être, avant de naître. Toutes éprouvent des affinités ou des répulsions spéciales, à l'égard de telles ou telles substances nécessaires ou contraires k leur propre vie ; toutes sont des pierres de touche avec

lesquelles Thomme découvre ou éprouve le qui renouvellent son existence; toutes sont d merveilleux instinct qui agit comme une élec tive ou négative.

L*homme communie donc avec la nature toutes ces molécules qui la représentent en I sent ainsi représenté lui-même dans la natu les points de ce grand monde, liés symps avec les mvriades indéfinies de molécules son propre petit monde. L'univers est en I est dans Tmiivers; toutes les modification:" sont cause ou effet de modifications corresp son non-moi.

Quelle est la cause de la nostalgie, si sèment de celte communion intime et pi avec le non-moi, brisement d'autant \ que le non-moi auquel le moi a marié borné aux confins d'un contact éprr»' points et dans tous les instants de I contraire, ces amants passionnés de> est trop petite pour eux ; ils voik' cieux et communier avec tous les t qui ont inventé : ubi bene, ibi pat.

bien partout.... en arrivant; puis après une nouvelle patrie.

Patrie! quel nom, si les fej Mais pourquoi les hommes ne d .

O terre ! tu m'as donné ta ne te donnerai que mon cada et je te domie sans cesse t(

sang ; tu es ma mère ! tu seras glorifiée, embellie, parée par ton enfant; tu seras bénie dans le fruit de tes entrailles, parce que je te rendrai meilleure encore pour tous, que tu ne Tas été pour moi. Et je vivrai dans la forme que je f aurai donnée ; je serai le lait de tes mamelles fécondes, la douceur de ta caresse pour tes enfants ; tous me sentiront en toi, ils m'aimeront en toi , et l'humanité entière voudra faire son pèlerinage sacré vers toi, comme le musulman à la Mecque, comme le chrétien à la Terre -Sainte, non plus pour y saluer un tombeau, mais pour y voir, y toucher la face de beauté de notre Dieu vivant, ma Mère I

Vous savez bien qu'un vrai sculpteur ne prend pas un marbre, sans vouloir et sans croire y mettre sa vie; vous savez bien qu'un vrai cultivateur sent que sa vie tombe goutte à goutte dans les sillons, et qu'à sa mort, si Ton trouve un cadavre et bientôt de la poussière, on trouvera aussi une belle et bonne terre, enrichie et em- Bellie de toute cette vie qu'il lui a donnée. Vous savez bien que le Christ vit corporellement en nous tous , qui ne voulons plus d'esclavage et qui sommes amants de la liberté.

Vous aurez beau faire, cher Docteur, quand vous m'aurez lu, j'aurai pénétré dans toutes les molécules de votre être, dussé-je y faire l'ofTice de l'opium ; toutes en seront modifiées. Ma vie sera entrée en vous, au moyen de ces petites taches noires que je dépose sur ce papier, à la sueur de mon front, et en y mettant toute l'électricité qu'il m'est possible d'extraire de ma vie et d'adresser à la vôtre, afin qu'elles communient et fassent

de vooB et de md d'an&es hommes; c'eeNirdiN que nom soyons d'accord, ce qui n'est poSt màg je Fesp^ de tout mon cœur.

Rodrigues confessait que, quant à loi pMBr ment, selon sa nature qiéciale, il croyait fiamtHH néanmoins n'attachait pas une importance n|l£j perpétuation de son individualité; mais qifl^é' une scnf ardente de la diffusion de son êUëét manité et dans la nature entière, coniwlaut même à r^iandre toute sa vie en elle rt pow e* vant son bonheur, sa gloire, la source de^ îsi de sa religiosité. "^

Bacard éprouvait le sentiment imMa^ façon aussi Intime, aussi religieasfr ; 81

que pour perpétuer sa personnalité dint.. la consacrer au progrès de rhumanilé tt

Je seoB que Dieu a mis en moi odtte d'amour pour LDI.

Je crois à la perpétuité de ma pers' les sièdes, dans le passé et dans Fav j'ai vécu et que je vivrai âemeHèÉifiiQ' puisque et comme j'y vis en ce mon que f ai été, suis et serai un oigabe sonmfié, iodividualké de SA tis^éi

Et f ai fd aussi que je sèioBe c chaque instant, par tous iMpdn perdre ma personnalité, en faug commumcm avec i*immeBBilé de.^ petit monde nourrit le grand comme il est nourri par lui,

— \57i — corps vivant de Dieu; j'ai foi que chaque molécule de mon être porte en elle la substance de ma vie et en pénètre runiversalitd des êtres, car elle est elle-même la substance de Dieu universel.

Mais distinguons! Que Reynaud, dégoûté de la terre {je ne sais pas pourquoi, car il est du nombre des privilégiés pour qui la terre travaille, et auxquels elle . donne un grain qu'ils n'ont pas semé), que Reynaud, dis-je, désire faire un voyage dans les étoiles, je ne l'y suivrai pas encore; je suis moins pressé que lui de quitter la terre, notre mère; elle est trop souffrante, et je veux la guérir et la faire belle. Mon Universalité ne va pas jusqu'à me faire aimer Sirius autant que la terre, ni SCS habitants autant que l'humanité, ni même ceux de la lune autant que Reynaud. Je confesse que mon ambition, pour le moment, serait presque satisfaite, si Dieu m'assurait que notre chère humanité m'accepte dans son sein, à son foyer terrestre, certain que je suis d'être accueilli en elle, avec elle, dans notre système solaire, et plus tard encore dans la constellation d'Hercule, vers laquelle je veux bien croire que nous marchons, mais où nous ne sommes pas encore arrivés. Je serais très-suffisamment satisfait, à l'instant même ou je lance ma foi, mon âme, ma vie sur ce papier, si j'étais garanti contre un naufrage dans le néant, c'està-dire si j'avais l'assurance que cette portion de motmême va devenir partie intégrante de voui, et se répandre par vous et par d'autres: chez nos amis pour les raviver et reconforter; chez nos ennemis, pour les désarmer et les pacifier, h l'égard de moi et des miens; chez les

indifférents, pour les convertir à Testime et à l'amour pour nous, dont ils auraient ainsi une parcelle en eux ; chez tous les Français et Françaises que j'aime particulièrement et qui parlent le même verbe que moi ; enfin, par traduction, chez tous les peuples, dans l'humanité tout entière, bien entendu hiérarchiquement , c'est-à- . dire en commençant par nos plus prochains et pénétrant successivement jusqu'à nos plus éloignés.

L'inmiense majorité des hommes n'est pas astronome comme Reynaud. Que l'Observatoire tout entier adore les étoiles et tombe dans son puits, rien de plus juste et de plus humain ; mais l'humanité n'est pas encore un bureau des longitudes ; elle a, en général, bien d'autres choses à faire que de regarder les astres.

Toujours est-il qu'il faut tenir grand compte de cet amour pour les étoiles, puisqu'il nous prouve une fois de plus que l'honmie de cœur croit qu'il vit et vivra avec ce qu'il aime.

J'aime par-dessus tout l'humanité et la terre qu'elle habite. Hélas! je sais bien que je suis comme Reynaud, une exception, en ce moment où il y a des hommes qui n'aiment que leur pays, d'autres qui n'aiment que leur famille, beaucoup qui n'adorent qu'eux seuls, et un assez bon nombre qui n'aiment rien, pas même eux, ni un chien ! Raison de plus pour que je fasse tout mon pos* sible, afin de pénétrer dans l'âme de ces étroits amoureux et de l'élargir, en y entrant avec mon large bagage d'amour. Mais, encore une fois, il faut une mesure modérée. L'humanité et la terre, grand Dieu I le morceau est déjà assez rude à saisir pour les égoïstes qui ont le

i^leen; voilà pourquoi je désire et j*espère me faire absorber moi-même par ces malheureux dégoûtés de rbumanité et de la terre , et qui ré vent la mort sous la terre ou la vie dans les étoiles, ou simplement avec les habitants de la lune.

'% 3. Je vous ai annoncé que mon testament avait pour but principal d'exposer ma foi dans la vie universelle, et de confesser comment je sens matériellement ma vie se donnant sans cesse au monde et prenant sans cesse possession de lui, en lui-même. J*espère que Dieu me laissera le temps et la force nécessaires pour récrire ; car il ne me faut plus beaucoup de temps et de force, je Tai préparé avec vous et je vous en rends grâce.

Je l'ai préparé aussi avec un grand maître auquel je veux et je dois rendre hommage , avant de quitter la plume. Ainsi que j'avais élaboré ma foi dans la vie éternelle avec le plus grand docteur du spiritualisme chrétien, j'ai élaboré ma foi dans la vie universelle avec le plus grand physiologiste du matérialiste xviu* siècle. Saint Augustin et Cabanis (1) ont été mes maîtres.

Cabanis a vu tout ce que je viens de vous dire, seulement il n'a pas tout regardé. Si au lieu d'intituler son ouvrage : Rapports du physique et du moral de l'homme, il l'avait intitulé : Rapports de la matière et de V esprit dans l'homme, il aurait fait sciemment ce qu'il n'a fait ç{\ji instinctivement ; il aurait compris qu'il posait les

(1) Voir note A, Cabanis (page 161).

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vie éternelle et la vie universelle, car vous sentirez que vous vivez en moi, de moi et par moi qui suis Téternité du temps, l'universalité des corps, l'être des êtres. »

Je viens encore de relire Cabanis, mon cher Docteur, et j'ai foi que Saint-Simon et moi nous avons continué son œuvré, comme nous avons continué celles de Turgot et de Gondorcet ; et je suis certain que ces grands hommes en jouissent, en ce moment et en moi, ainsi que Saint-Simon nous l'a affirmé pour lui-même.

Communions donc ensemble, vous et moi, dans la vie universelle.

P. ENFANTIN

Note A.

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