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SUR LA PHYSIOLOGIE

PAR

P. ENFANTIN

Mon cukr Guépix.

J'ai reçu, pendant une petite course à la campagne, votre bonne lettre du 6 juin et les brochures qu'elle m'annonçait. Je vous en remercie, mais je vous dois une confession. Vous m'aviez demandé à Nantes si j'avais reçu et lu votre dernier ouvrage (*); je vous ai répondu : non. Ce n'était pas la vérité : je Tavais reçu et lu, très-bien lu, de mes propres yeux lu, ce qui s'appelle lu ; mais je n'avais nulle envie, la première fois que je vous voyais chez vous , d'entamer une discussion avec vous, sur la manière dont vous m'aviez dépeint, exposé et jugé publiquement, alors que vous-même ne m'aviez vu personnellement qu'à travers les lunettes

(*) Philosophie du XIX* siècle.

troubles ou troublées de plusieurs de nos amis, et surtout de ceux qui ne se vantent plus d'être mes amis , après s'être honorés de se nommer mes fils.

Il me semblait que je devais faire plus ample et personnelle connaissance avec vous, et que cela valait mieux que toute discussion. J'espérais aussi que votre contact avec Carotte , avec un homme qui a' appartient pas aux temps héroïques de la rue Monsigny ou de Ménilmontant , mais qui a vécu longtemps avec moi sous la tente, qui m'y a vu sans voiles, qui a remué avec moi , en tête à tête et cœur à cœur, les idées les plus générales, les sentiments les plus intimes ; j'espérais, dis-je, que votre contact avec Carotte modifierait votre jugement sur moi , mieux que ne le feraient des explications sur une phase de ma vie qui s'est déroulée loin de vous, dont vous n'avez pas été témoin , et qui vous a été transmise , je le répète, uniquement par des amis dévoyés, déroutés, irrités, reniant ce qu'ils avaient adoré, cherchant à briser leur idole.

Je vous ai donc menti, et j'ai deux exemplaires au lieu d'un, et je relis votre ouvrage, en passant pardessus ce qui m'est personnel, tenant encore à ne vous en pas parler, si ce n'est sur un seul point que voici

Vous attribuez mes vieilles erreurs (que je professe toujours et plus que jamais) à ce que je n'étais pas physiologiste. Je crois que vous avez raison, en ce sens que ni Bichat, ni Lamark, ni Cabanis, ni Gall, n'ont pu faire ce qu'a fait Saint-Simon, et que Prunelle n'a pas même compris pourquoi Saint-Simon hébergeait, nourrissait, entretenait à grands frais chez lui, un physiolo-

giste, lui, Prunelle; un mathématicien, Poisson; un métaphysicien, Clouet; et plus tard, un littérateur-historien, Aug. Thierry.

C'est la vérité : ni Saint-Simon, ni moi, ni Rodrigues, ni Bazard, n'étions physiologistes ; et nous ne devions, ce me semble, ni nous en étonner, ni nous en effrayer, surtout ayant à côté de nous Bûchez, Simon, Jallat, Dugied, Rigaud ; car, en vérité, la physiologie ne deviendra une science que lorsqu'une nouvelle doctrine générale de la vie lui donnera à elle-même une base, des axiomes, un but.

Mon cher ami, la physiologie de M. tel ou tel, de Gall, Flourens ou autres, la vôtre môme, n'est pas plus une science que la politique de MM. Thiers, Guizot, Lamartine, n'est une science ; ce sont des opinions fondées sur une multitude de petites observations trompeuses.

D'un autre côté, voilà pourquoi Saint-Simon a pu écrire sur la science de F homme ^ et pourquoi nous avons pu faire après lui la science du développement de thumanilé. Il savait la destinée de Vhomme et nous a enseigné celle de X humanité.

Je le confesse très-naïvement, je ne suis pas physiologiste; permettez-moi donc d'étudier avec vous votre physiologie.

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