AMOUREUSEMENT
C'est, à proprement parler, ce dernier aspect qui renferme celui de TÉTEBijiTi de mon être ; mais tous trois me sont indispensables pour aimea, comprendre et pratiquer la VIE.
Petit monde et grand monde; union du petit monde et du grand monde, voilà la vos.
Les uns cherchent la vie particulièrement hors d^eux, et ils méprisent le petit monde, leur corps, la matière; ils se plongent dans les travaux de Yesprit : ce sont les chrétiens et les spiritualistes.
Les autres ne veulent la voir qu'en euœ : ce sont les païens et les matérialistes.
Les premiers portent la dévotion jusqu'au suicide par abstinence, et jusqu'à Vhomicide par pénitence. Les seconds la font aller jusqu'à Vhomicide par violence, et Jusqu'au suicide par incontinence. L'un s'abtme dans le non-moi qui est son DIEU ; l'autre voudrait l'engloutir en lui.
Et moi je veux trouver la vie aussi bien en moi qu'en
Ce qui n'est pas moi, parce que j'OMS moi & ce qui tCesi pas moi, parce que je m' aime comme je tjJUB : je suis
SAIST-SIMONIEN.
Quand je te parierai de ma vie telle que je la sens, telle que je la veux, telle que je I'aime hors de moi; ne me fais donc pas des objections qui ne pourraient être appliquées qu'à ma vie telle que je la sens en moi, et réciproquement ; c'est-à-dire : ne me combats pas en malérialiste, lorsque je me place volontairement sur le terrain spirihtaiisle; ni en spirilualisto , quand je veux être momentanément maXmalisle. Observe si je manie bien et alternativement les deux mouvements de la pompe; alors tu diras : vraiment Saikt-Simon est là!
3e le CONÇOIS par ta pensée et par le toucher, absent et présent, hors de moi et en moi, spirituellement et matériellement, dans le temps et dans l'espace; et je dis avec autant d'assurance : tu vis en moi que lu vis hors de moi. Et quand je dis simplement tu vis, c'est de l'une ET de l'autre vie que j'entends parler, car ce sont deux aspects différents, mais inséparables de ton être.
Je te le répète, quand je parle de l'un de ces aspects, fais-y bien attention, ne me réponds pas comme si je parlais de l'autre, ou comme si je n'en tenais pas compte et l'oubliais; sans cela nous ne nous entendrions pas; tu m'accuserais d'être exclusif, quand je ne paraîtrais l'être que parce que je veux te faire sentir ce que tu exclus ; ou bien notre désaccord serait le même qui aurait lieu si, lorsque je te prie d'être attentif, d'écouter, d'être passif, tu regardais les lïwuchcs voler, tu bavardais, tu agissais. Nous n'irions pas loin ainsi, nous ne serions
pas un » nous ne vivrions pas d*une vib HAUfoiooim.
N^oublie pas non plus que celui qui ne sent pas ces deux aspects de la vie ne sent pas la vie.
i«f te coivçpis, dis-je, par la pensée et par le toucher; tu lis en moi et hors de moi, spirituellement et matériellement; mais n'oublie pas que je n'entends pas dire par là que TOirrs ta vib soit en moi, ou que toute ta vib soit hors de moi; ce sont les deux aspects sous lesquels je te co?(çois, je t'AiME, sous lesquels, par conséquent, j^ dis que tu es.
Or je veux que tu vives toujours, car je Caime ; je veux que tu progresses toujours, car je t'aime; je veux donc que ta vie en moi (ou spirituelle) et ta vie Aon d^ moi (ou matérielle) soient éternellement continues et progressives, comme je les vois se continuer et progiv^^er, à l'instant même, en moi et hors de moi.
Je songe à toi et ensuite f agis sur toi^ ou bien tu agis MUr moi et ensuite je songe à toi (priori, posteriori); et lorsque) lun père te parle, cher fils, lorsqu'il se révèle à t^àt no sens-tu pas que tu étais déjà meilleur en lui, s\tk\\^ sa pensée, c'est-à-dire hors de toi, que tu ne l'étais i*n tQit dans ta chair? et n'est-ce pas en mettant ces deux «^*«|HH^U de ton être en harmonie, que tu grandis en
Knfant, ne me vois-tu pas pleurer lorsque tu vas i>Wur<>r» et n'es-tu pas un miroir fidèle du sourire de i\}ï\ inNh) î Ne te précipites-tu pas dans ses bras lors- K\\\\\ l'ouvre les siens et ne dis-tu pas alors :
* Ah! mon père, il faut bien que ;e sois autant en ^ ivwvt quVn moi-même^ car ma vie n'est complète
» qu'en ce moment où. je vous embrasse, qu'en ce mo- » ment où volrf bouche a lié sur mon front les deux 1 moitiés de moi-même : notre baiser est le mystérieux » emblème de ma vie , c'est aussi celui de la vâlre. »
Oui, Charles, tu vis en moi comme je vis en ioi, car tu es wio« fils et je suis ton père , et le Père et le Fils, UNIS d'amour, ne font qu'tm, quoiqu'ils soient distincts Cun pour raatre. Tu vis en moi', mais tu n'y vis pas seul, car je suis l'enfant de mes pères, le père de mes enfants; je suis un être étemel, je suis un monde, je suis flomme-DiED.
Tu VIS en moi, car tu es mon espoir; mais tu n'es pas mon souvenir. Je t"ai vu naître, tu es mon fils; mais à BoDRiGUEs, à Saint-Simon, je dois la vie.
Je suis ce Saint-Simon, mort, vivant et naissant,passé, PRÉSENT et futur; ce Saint-Simon éternellement progressif, manifesté dans le temps par le nom d'ENFAN- TIN, dans /"espace par les formes d'ENFANTiN; c'est ^jar moi et en moi que Saint-Simon s'avance vers DIEU; c'est par mon fils et en mon fils que j'y marcherai, que j'y porterai Saint-Simon, lorsque, par la mort, je me serai plus AUOUREDSEMENT UNI à lut, en mon fils.
C'est par moi que Saint-Simon marche vers DIEU , car je suis, en vérité, ce que DIEU a voulu que fût éternellement Sajnt-Simon, le Pcrede tous les hommes; mais c'est en moi que Saint-Simon s'avance vers DIEU, car ce Saint-Simon développé (moi"), renferme tous les développements déjà accomplis du Père de tous les hommes, et Saint-Simos lui-m&me n'est qu'un des termes du développement du Saint-Simon éternel.
Or je suis , dana le temps , résumé et germe de ce Saint-Simon j^teanel , manifesté en moi et par moi.
G est par tôt, peut-être, que je m'avancerai vers DIEU, cher fils , entraînant avec moi et par toi mon père , car tu continuerais notre œuvre ; tu serais alors ce que DIEU me promet d'être toujours, le premier engendreur des hommes ; mais c'est en toi que ma vie présente se sentirait grandir, car je distinguerai toujours ce que j'étais par moi, de ce que je serai par toi ; et cette différence, tu ne pourras pas rétablir comme mot, durant ta vie, parce que tu ne seras pas mot, tu seras toujours toi, tu seras nous tous ; mais tu ne seras , je le répète , ni Rodai- GUES, ni Saint-Simon, ni saint Paul, ni Jj^sus, ni Moïse; tu seras, toi vivant, Charles Duveyrier, jusqu'à ce que la mort te réunisse à tes pires {comme le croyaient les Juifs) et te donne l'entrée dans une vie nouvelle (del des Chrétiens) où tu seras avec tes enfants.
Oui, Charles, les Juifs et les Chrétiens ont eu raison, les uns en brûlant de se réunir au passé qu'ils vénéraient , les autres en désirant se plonger dans l'at^entr qu'ils adoraient : la mort me donnera cette double joie ; je suis Saint-Simonien !
Le Juif désirait si ardemment la vie passée, dans ses cf oyances sur la mort , précisément parce que le culte était particulièrement matériel, précisément parce que la foi d'Israël était prophétique.
L'individu se souvenait, tandis que le peuple espérait.
De même, le Chrétien désirait ardemment la vie future
dans ses croyances sur la mort, parce que le culte
avait un caractère spirituel, parce que la foi de l'Eglise universelle était traditionnelle.
L'homme espérait, tandis que l'Église racontait.
Il n'y a plus aujourd'hui qu'une seule et même promesse, une seule et même tradition, pour chacun et pour tous; mais cette promesse et cette tradition, c'est celle du PEOGaÈs, et il se présente sous un double aspect : nous voulons nous unir au passé pour fe'lever, h Vavenir pour nous élever ; la mort est le moment de cette double UNios: Juifs el Chrétiens, bénissez Saim-SimojN ! Israël, tu ne rentreras pas dans le sein de Ion père, mais tu seras avec lui, car il est en toi; chrétien, les portes du ciel sont aux limites du purgatoire, et le purgatoire c'est la
VIE ÉTBRNELLEMEST PROGRESSIVE. MaRIE, Va auX limbes
8A1NT-SIM0NIBNNES , c'est notre terre ; viens, ma mère, tu y trouveras ton fils, grandissant en Saint-Simos. H avait consenti le sacrifice de la cluiir {circoncision) ■,i\ inventa celui de l'esprit [baptême) ; il appelle celui de I'amour (mariage); Saist-Simo\ le lui a fait désirer. Marie, approche-loi de ton fils : il n'est plus seulement le fils de Jéhovah ou le fils de l'homme ; il ne te dira plus : Femme, qu'y a-t-il de commun entre vous et moi?
Charles, Je suis désireux de m'unir au passé, de m' unir à Xavenir, et ma vie est un effort continuel d" AMOUR vers ce double but. J'ai voulu être aimé de monpère, et j'ai grandi ; j'aime mes enfants, et je grandis encore.
Je veux m'uMR à eux, mais I'ukion pour moi n'est pas la confusion, c'est I'amoub, et I'amour qui distingue en UNISSANT. Je veux m'uNiH à mon père, c'est-à-dire
le chérir plus ardemment chaque jour ; mais je veux distinguer mon père de moi ; je veux qu'il ait sa vie propre, et moi ma vie propre^ et que cependant nos vies ne soient qu'uNE seule et même vie, se déroulant dans le sein de DIEU ; sans cela je le condanmerais et je me condamnerais à Y anéantissement; or je veux vivre ; ou bien encore, sans cela, je rélèverais ou je m'élèverais à Vétat divin; or je suis homme-DlEV, mais je ne suis pas DIEU.
Je te le dis avec amour, cher fils, la promesse que tu me fais ne sourit pas à mon cœur. Tu veux que, prêt à quitter la vie, te donnant mon dernier baiser (toi que je suppose, pour un instant, le digne successeur de mon amour, de ma vie), tu veux, dis-je, me consoler du départ, en me montrant que mon œuvre ne sera pas interrompue ; que toi, toi que j'embrasse à l'instant, tu vas, portant glorieusement le sceptre qui s'échappe de ma main défaillante, conduire l'humanité, mieux encore que je ne la dirigeais, vers son brillant avenir. Je t'entends bientôt t' écrier, au moment où se fermera ma paupière : t Mes enfants, je suis votre père I > je te conçois, tu nais à la vie, tu n'en vois que Taurore, tu n'as pas de passé, ou plutôt le soleil brille au milieu de sa course sur ta tête brûlante ; tu célèbres l'heure de midi ; pour toi plus d'étoile matinale, pas de rosée du soir; et dans ton enthousiasme, tu t'écries : Je suis, je vis,
j'aime, je brûle Non, tu ne vis pas, tu es en
délire; nouveau Josué, voudrais-tu faire oublier à la terre qu'elle tourne sans cesse I Va, conduis le troupeau que je t'abandonne ; aime-le, il m'est aussi cher
que moi-même ; mais laisse-moi croire que je serai tottjours avec toi, avec toi que j'aime , avec toi que j*ai toujours distingué de moi-même , avec toi qui seras tou* jours mon fils. J*ai trop joui de ma paternité pour vouloir en briser la chaîne ; laisse-moi marcher avec toi, te suivre 9 voir les progrès de ton amour , en profiter, m' élever par eux vers DIEU que Tun et Tautre nous adorons. Ce DIEU en qui et par qui nous sommes UNIS d'amouh^ mais en qui et par qui nous sommes aussi distincts Vun de Vautre^ m'a donné à parcourir une carrière qui n'est pas la tienne ; mon amour n'est pas le tien et ne sera jamais le tien, quand bien même un seul esprit et une même chair Jes dnieaient. Sous cette forme nouvelle que notre union aurait revêtue, je serais encore, et tu serais encore, plus aimants Vun et l'autre que nous ne le sommes aujourd'hui ; maisje te chérirais, tu m^ aimerais toujours; nous n'aurions plus qu'un même amour, qu*une même pensée, qu'wne même chair, comme nous n'aurions qu'un même DIEU; mais nous nous sentirions UNIS et non pas confondus.
Cher fils, nous n'aimons pas encore, car tu n'as pas reçu de la main de ton père lange qui doit compléter ton existence ; ton père lui-même, qui te parle, cherche ta mère; il ne l'a point trouvée; et nous osons parler d'amour! et nous osons rêver l'umoN des êtres! et tu veux qu'à ta voix la vierge de lavenir s'écrie : C'est lui !.. Elle ne le dira pas ! Que lui promets-tu après ta mort? Elle t'aime, et tu lui dis clairement, malgré l'entourage dont tu obscurcis ta parole, qu'elle en aimera un autre, tandis que c'est toi, toujours toi, mais toi toiyours meil-
leur, qu*elle veut iiiHBR : car, si elle t'adore « une partie de son bonheur consiste à te voir heureux des souvenirs du bonheur qu'hier elle te donnait; et ces souvenirs, le nouvel époux» ton successeur, les aura-t-il comme toi? Lorsque ce nouveau Charles la conduira une seconde fois à Tautel, ce sera lui et tot, lui présent et toi pcissé; vous serez detÂX qui ferez battre son cœur de souvenirs et d'espérances^ car elle t'aura aimé, et tout ce qu'elle aura aimé, elle l'aimera encore, elle l'aimera toujours. Le premier jour où elle te donna sa foi, elle sentait cet AMOUR ETERNEL en te disant : Je t'aime.
Je le sais, tu crois, parce qu'elle ne touchera qu'une seule main, parce qu'elle ne verra près d'elle, à l'autel, qu'un seul homme, parce qu'elle n'entendra dans cet heureux instant qu'une seule voix, qu'elle dira : Charles n'est plus là, Jules seul existe!
Et moi, je te dis encore que tu ne connais pas la vie, que tu ne connais pas I'amour* Charles et Jules, manifestations d'un même être, ont vécu séparés, sous deux formes distinctes ; Charles et Jules s'aimaient, s'unissaient chaque jour de plus en plus ; ils seront unis un jour sous une seule forme ; Jules deviendra Charles et Jules; Charles et Jules ne feront qu'un; mais ce nouveau Jules sera aussi un nouveau Charles, car V ancien Jules et Y ancien Charles se trouveront en lui; il sera V ancien Jules développé par la vie, mais il sera aussi V ancien Charles régénéré par la mort ; et l'un et l'autre auront conscience de leur progrès, car tous deux vivront encore puisqu' ils vivaient, etle nouveau Jules n'est que leur union ; il ne les a pas plus confondus qu'il ne
les a anéantis ; tous trois vivent et vivront éternellement.
Je me fatigue, Charles, i te faire de la métaphysique sur moi, loi, nous, sur avenir, passé et I'Rése>t. Je devrais m'arrêter, car tu dois m' avoir compris, et je voudrais te faire mieux sentib ; il faut cependant que je continue.
Me diras-tu comment V homme et la femme s'attirent? suivant quelle lot ils 3' attirent? Quelle est la cause et la fin de cette attraction ?
Toute ATTRACTION cst le symbole de Vunité DIVI^E, «diVe SENTIE par l'homme, parce qu'elle est infinie; incompréhensible pour rhomme, parce qu'elle est infinie ; vers laquelle l'homme s'avance progressivement par les forces de son être, par les tendances de tous les êtres vers elle, c'est-à-dire par Tamour dont il est embrasé pour tout, par l'amour qu'il attend de tout, parce que cette wnit^ iKFiNiB est TOUT.
L'homme et la femme s'attirent pour concevoir et réaliser l'uNiON de deux êtres en un seul être. Le fils, c'est Vépoux et Vépouse RÉGÉNÉBis ; le fils, c'est le couple un et double développé. Voilà pourquoi Vhomme et la femme sont I'individo social ; c'est pour cela aussi que Vkumanilé est un seul être un et multiple, semblable à lui-même dans chacune de ses manifestations; et c'est pour cela enfin que DIEU est aindrogyne, et que l'homme peut se sentir progresser dans le temps et par l'espace vers I'amour éternel et lmtsi.
Ce que je te dis, cher fils, pour I'union de Vhomme et de la femme, je te le dis pour tout ce qui m'ATTiRB, pour tout ce que J'aiue; je te le dis pour ce monde que
■fi -Migence étudie^ pour ce
■! fistruit. Union d' amour,
- r/>rf , telle est la vie de
: mènes qui lui révèlent cons-
iftout l'unité divine, vers la-
.1 condition de s'unir d'amour,
•■ :c tout ce (jui est. Chaque pas
.. :-ible COMMUNION est un produit
if genre et de matière ; dans sa
< ÊTRES, les idées et les formes ;
'idfistriel. Et ce produit, dont le
p.^nfermé dans les deux agents du
•' eux et par eux, s'avance à son
d!ors d'une manière manifeste pour
.^ nirfait) vers la fin et la cause de tout
. . -rr. vers Tamour tnfim , vers la vib
.; r.'tint de naUre et tu seras aprh la mort.
. .[ai^-tu? que seras-tu? oh seras-tu?
.1 me répondras que tu étais et que tu
> ù tu voudrais avoir été, et ce que et où
un jour. DIEU, diras-tu, ne nous donne
,. .y*s affections pour le passé et pour l'arr-
> V PKiîSENT ; il nous révèle ainsi notre origine
u . telle est la condition de notre progrès cons-
:..... Tout cela est vrai; mais n'oublie pas qu'il veut
. ,,^,:'îijuions le germe du fruit, la terre du grain
-, onno, le père du fils, l'époux de l'épouse,
u -Aitient, le produit du producteur. Tu te rap-
;..o furent les premiers cavaliers espagnols pour
les Américains, des Centaures ; prends garde de faire comme les Américains.
Oui, je le sens, on peut désirer, par un effort d'exaltation morale, avoir étésumi Paul, et, de plus, être encore un jour SAINT Paul; de même, dans un moment d'extase, tu pourrais me dire : Mon père, vou$ êtes moi-même; et à Jules : Cher fils, tu es moi. Mais avec une pareille langue ultra-poétique, Thumanité ne marcherait pas. C'est peut-être la seule qu'elle parlera un jour, le jour où elle aura accompli sa destination; mais, certainement, jusque-là cette langue ne lui suffirait pas. Remarque bien que ce ne peut être que dans un moment d'oubli complet de moi-même (oubli ,qui, s'il durait, serait une impiété) que je voudrais avoir été saint Paul ; car je voudrais aussi 1' avoir aimiî, lavoir vm, l'avoir écouté, et, pour cela, il n'aurait pas fallu avoir été lui; de même, je ne voudrais pas être la femme que j'aimerais, quoique je désirasse m' unir à elle (Tun seul amour; de même encore je ne veux pas être toi, cher enfant.
Ce que je veux croire, c'est que je suis le descendant direct de saint Paul, c'est-à-dire que j'étais en lui en GERME, comme il est aujourd'hui Riâsuid en moi; que je suis son GERME développé (un chrétien aurait dit seulement son verbe, et un juif sa chair) , et que je renfernie en moi le germe d'un nouveau saint Paul ; que saibit Paul enfin vit en moi, comme je vivrai dans le nouveau SAINT Paul.
Maintenant je sais que tu feras Tobjection suivante : tu diras que ma vie future ressemble beaucoup à la gloire des époques critiques. Cela est vrai, et je m'en
vante. Elle y ressemble, car elle la contient ; elle y ressemble, car la gloire est une des faces de ma vie ; elle y ressemble, mais ma vie n'est pas seulement la gloire.
Tu ajouteras encore que cependant je ne parais vouloir VIVRE que dans la mémoire des hommes. Oui, sans doute, j*y veux vivre ; mais qu'est-ce que vivre dans la mémoire des hommes, si ce n'est vivre spiritueUemerU en quelqu'un ; si ce n'est ce qui correspond à cette face de l'amour fini, être aimé, moitié de la vie de tout être ? Cet aspect n'aurait sans doute aucune valeur moralisante, s'il était seul; il serait même démoralisant, puisqu'il ne serait qa^ excentrique, et même, vivre dans la mémoire des autres n'est qu'un aspect de la vie spirituelle, car je veux penser à eux, comme je veux qu'ils pensent à moi ; et c'est pourquoi je dis que je vivrai dans la mé^ moire des hommes, mais que j'aurai conscience de cette existence; alors ma vie future spirituelle sera complète»
Mais pourquoi m'accuser de ne rêver qu'une vie fur ture purement spirituelle ^ une vie qui consisterait à penser aux autres et à occuper Yesprit des autres (ceci au moins est un aspect indispensable de la vie), lorsque je veux évidemment agir sur les autres et sentir leur action sur moi ; lorsque je veux, en d'autres termes, que mes sentiments, que 1' amour qui m'anime, qui fait, qui est ma vie, lorsque je veux, dis-je, que cet amour serve toujours de lien à une intelligence, à des actes qui m'appartiendront réellement dans l'avenir, quoiqu'ils soient manifestés par un être qui comprendra plus que mon intelligence et mes actes, plus que mon esprit et
ma chair? En effet, il sera plus savant et plus puissant que moi , puisqu'il sera le aisuid de ma science et de mes forces, et le germe d'une science et d'une force plus AIMANTES et plus AIMABLES que les miennes et les siennes propres, puisqu'il sera fils plm parfait que son père, père moins parfait que son fils.
Je serai en lui comme un être qui, passant d'une société barbare dans une société plus civilisée, se perfectionne par les progrès de son nouveau milieu, et se compare sans cesse à ce qu'il ^tait dans sa société primitive.
Assez, assez de métaphysique, Charles; grâce à DIEU, grâce à I'amour que j'ai pour toi, pour tes frères, pour tes fils, pour tout ce qui vit autour de moi, grâce à ce besoin que j'éprouve de me sentir vivre hors de moi comme en moi, je peux m' adresser à toi, et cependant me caresser, me glorifier, me sanctifier en toi; je peux m'aimer en t'aimant, non parce que toi et moi ne formons qu'un être indivisible (DIEU seul pourrait parler ainsi parce qu'il est infini), mais parce que, alternativement, je te SENS en mx)i et je me sens en toi, et que c'est là vraiment ma vib.
Eh bien, ma vie est j^ternelle ; la mort ne m'empêchera donc pas de te sentir en moi, de me sentir en toi. La conscience que j'aurai de cette vie étemelle sera toujours double ; je jouirai plus que jamais de tes joies, tu jouiras plus que jamais de mes joies, et nos douleurs NOUS seront plus que jamais communes.
Dis-moi , dans le jour où cette manifestation divine que tu as nommée ton père sera transfigurée , dans ce
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\0Vr ^»^** tll VtVBB ; tD«* ^ ,
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Je SENS en moi un monde qui va naître ^t un monde qui est venu s'uNia à lui. Je sens en mot, et d*une manière distincte^ toutes ces vies du passé dont tu; m'as fait la peinture^ Chacune d'elles a dit en moi^ à ta parole : Me voici! Elles me racontent les souffrances du prophète et son EXALTATION» les joies de Tapôtre et.sa.HésiGNAxiON ; et d'autres vies me révèlent la gloire de Vavenir. Tous mes enfants me demandent d'aller là» ici, porter mon amour, épancher ma vie; ils brûlent de sortir de mon sein pour répandre sur le monde la divine semence de leur père ; et la vie est en effet donnée au monde; et sur les bords de la Loire» et dans les murs de Toulouse des enfants me sont nés; car bientôt tu n'entendras plus la mère dire à son époux : Mon ami, nous avons un fils, sans qu'ils se soient écriés auparavant, i'un et Vautre : Gloire à DIEU, le Père a un enfant de plus ! Alors ils auront compris ma VIE ; ils sentiront que pour donner à tous une vie nouvelle, DIEU avait mis en moi la vie de tous; qu'en la répandant sur eux, ma vie s'est améliorée, s'est agrandie, s'est embellie; ils sentiront aussi que le chef de Tavenir, le Père n'ôtera jamais la vie à un de ses enfants : ce serait un suicide. Et ils auront des oreilles pour entendre, lorsque je leur dirai : Enfants, je vous aime, car NOUS SOMMES EN DIEU, Car vous ÊTES en moi elfe suis en wa5; je vous connais^ car vous procédez de moi, car vous me comprenez et je vous pénètre; je vous sens, car je m' INCARNE en vous^ cdsjevom ATTiAEy et vous \enez
à moi.
fai dit dernièrement, par mn bouche ou par celle d't/n de mes enfants^ que Saint-Simon, au milieu d'un monde
- -: :• de rhiimanité, dès
. . i : niicr une nouvelle vie
•: tour avec moi le rôle
•.-. !e réservoir de vie de
- . :;rand pour no pas être
r- .T*t*taphore ! Laisse cela
* -'/?c qui ÉMKiT le coeur
. . : laisse mépriser la méta-
J^ .MR un homme à tous les
.*. Va, je ne dis pas une ré-
* . > :-SiMON nous a donn^ à tous
• lui^ cjue notre amour était
imour; et ne me demande
- :t .imour avait cinq pieds six
^:ré Tamour à la toise.
• . "0 nous as-tu pas sentis avant :,\'s , toi qui fus mon frère et mon ►. .;:: .imour la première prêtresse ^ i.'..i:U la prêtresse n'est i)as cn- •>. ••:^:? elle était en c;kbmë en toi^ ;> yeux ravis, dépouillant clia- • *i.v:a!e. Dis-moi, Charles, n'es-tu . -.;, cotte prétresse? Eh bien, tu ne : .!.;t'NK le sait, il est déjcà en elle, et .♦ î or Kir.KMi, entre le rivant et :io*: do désordre oii le héros est in- >, ',;iKMve.
^..- v|u; la vie est aussi insaisissabh^ l'X 1>IF.I\ toi qui n'as pas la préten- „• .c'N»' PIKT, toi qui \ois en lui
r^TERNiTjé, TiMMENsiTJÎ, songe donc que la vib de Vhom-' me, c^est DIEU tel que t homme LE sent, et que chaque manifestation de DIEU est en DIEU même et par conséquent ne MEURT pas. Ce qui vit n'a donc pas d'autre désir à former que de sentir croître sa vie, c'est-à-dire d'ajouter par un efTort d'amour à une vie qui devient souvenir^ une vie qui était espérance. Voilà le mystère de la vie éternelle, comme le mystère de la vie temporaire est d'ajouter en les unissant, à un jour qui devient la veille^ un autre qui était le lendemain. Or, dis-moi, me promets-tu d'ajouter des jours toujours plus beaux à ma vie, lorsque la mort viendra , comme j'en ajoutais sans cesse avant ma mort^ de manière que ma vie future soit la continuation non interrompue de ma vie présente ? Si tu ne me le promets point, je ne veux pas de ta vie future : c'est le néant.
Pour moi, je te l'ai dit: conmie le païen, je m'u.MftÂi, par ma mort, de plus en plus, au passé ; conmie le chrétien , à V avenir. Sans doute , par cette union, je ne serai plus le mêmcy mais je ne serai pasioi. C'est uni à toi que je veux être, c'est aussi distinct de toi que je veux être, et il faut que tout cela soit pour que je vive ; or ma révélation me le promet, j'y crois; la tienne ne m'en parle pas, elle est donc incomplète ; je la repousse.
N'est-ce pas par toi que j'ai entendu citer ce rêve fantastique, épouvantable, de je ne sais quelle imagination allemande : deux hommes identiques ! Conçois-tu rien d'horrible comme la situation ^ie ces Sosie ? La réalité d un pareil songe serait effroyable. Eh bien, ton rêve n'est pas autre chose : de deux êtres diUincts, tu n'en
fais plus qu't/n, et tu appelles cela donner la vie à Tun et à l'autre. Moi, de deux êtres distincts j'en fais bien un aussi, mais c'est à condition qu'alors il y en aura trois. Ainsi du père et de la mère je fais naître l'enfant ; mais j'ai alors le père, la mère et l'enfant ; je distingua par Y esprit^ par \a. pensée (car c'est là un des attributs de mon être), ce qui, dans l'enfant, vient du père ou de la mère; et si cette analyse n'est pas poussée par moi, être impar* fait^ jusqu'à la perfection, si je ne peux pas dire, moi, être fini ; voici le père, voici la mère, au moins puis-je m'écrier que le père et la mère sont là ; et l'enfant me remercie de ma foi, car il tressaille quand en posant les mains sur sa tête je lui dis : Celle qui t'aimait d'un amour de mère, celui que tu aimais d'un amour de fils, ces deux sources de ton être, unies en toi^ sont là; les morts n^ont pas d'autre tombe que le vivant.
Ces trois êtres qui coexistent distincts seront toujours distincts pour l'homme, car nous ne marchons pas plus vers Y identité que vers la différence; et ces deux faces du PROGRÈS, qui paraissent, au premier abord, contradictoires (comme la nécessité et la liberté), ne sont que la double expression de notre qualité d'êtres finis^ imparfaits, mais PROGRESSIFS. Cette expression est double, c'est-à-dire correspondante au point de vue de Yunité et à celui de la multiplicité, parce que Yune et Vautre, envisagées avec un égal amour, nous font sentir notre PROGRÈS vers I'infinj, vers la perfection, vers DIEU, qui n'a pas plus d'identique que de différent, vers DIEU qui ne diffère de rien, puisqu'il est tout, et qui n'est semblable qu'à lui-même.
En te parlant des chrétiens, des magnétiseurs, des théurgiens, des croyants à la métempsycose, je t'ai dit que ma foi comprenait les leurs, que mes espérances renfermaient, justifiaient les leurs, non dans ce qu'elles avaient de négatif les unes par rapport aux autres (comme dit Cousin, qui n'a d'autre malheur que de n'avoir pas de foi ou d'AMOUB, et qui, par cela seul, ne saurait réaliser ses prétentions à V éclectisme, puisqu'il ne peut pas choisir), mais dans ce qu'elles avaient de positif, dans ce qu'elles affirmaient. Occupe-toi de méditer cette pensée. Mais disons de suite quelques mots des chrétiens et des magnétiseurs.
La véritable, je dirais presque la seule différence qui doit exister entre un chrétien et nous, c'est de mettre son paradis dans la terre promise ; et nous ne faisons cette transformation que parce que la terre ne nous paraît pas, comme au chrétien, de h matière seulement. De même, la différence qui nous sépare du païen, c'est que nous apportons sur la terre le ciel chrétien (esprit pacifiquej, tandis que le païen tenait fort à la ierre, parce qu'elle enfantait des guerriers, et la nourriture et le fer des guerriers.
Quant aux magnétiseurs, leur affaire est claire. Ils croient que la meilleure manière de connaître les pensées d'un homme, de lui imposer les ordres d'une puissante VOLOISTJÉ, c'est de le priver de son individualité, de le réduire aune abstraction de la vie, de le condamnera n'être qu'un organe passif du milieu qui V entoure.
J'admets, tant qu'on voudra, qu'ils produisent par ce moyen des phénomènes extraordinaires, car je le
nie pas plus Yextase que' V électricité ; mais, moi, je te regarde éveillé, et si mon œil triste rencontre le ften, je le vois se mouiller; si j^exprime im désir, tu te lèves, tu cours, tu te précipites; ce que j'aime, je te le vois aimée ; ce que je sais^ tu l'apprends et \e professes; si je travaille, tu viens m'aider de toutes tes forces. Je dispose de ton COEUR, de ton intelligence et de tes bras; yen dispose, mais ce n'est pas à ton insu; tu ne dors pas, tu veilles^ et nous en som nés Fun et Vautre doublement heureui. Je dis plus, nous ne le serions ni Fun ni f autre sans nos deux consciences distinctes^ réagissant Tune sur Tautre, non comme maître et esclave, non comme agerd el patient, mais comme puissances d'autorité ebd'obéûsance par amolr réciproque. Chaque phénomène magnétique que je produis ainsi sur toi me délasse, tandis qu' Alfred (Filassier) sue à grosses gouttes pour faire dire à un somnambule Theure qu'il est. Je parle à un converti sur cette matière : aussi mon but n'est-il pas de te faire sentir combien mon magnétisme normal l'emporte sur celui des extatiques ; je veux simplement t'expliquer pourquoi j'ai dit que je voulais tenir compte des rêves des magnétiseurs.
Dans les époques critiques, les hommes qui cherchent le LIEN des ÊTRES peuvent bien rendre un culte à l'^tectricite, au magnétisme, à Y attraction moléculaire, aux affinités chimiques, etc. . . , rien de mieux ; cela prouve que si I'amour n'est plus entre les hommes, ils éprouvent une surexcitation d'amour à l'égard de ce çwt nest pas Vhomme : ainsi les vieilles femmes aiment beaucoup les chiens et les chats, lorsqu'elles n'aiment plus personne, et
ces estimables quadrupèdes sont généralement adorés en raison directe de la désunion qui se manifeste entre les hommes; inhumanité retourne en effet alors au fétichisme. Le magnétisme arrive toujours au moment où Tamour des hommes va paraître; il est l'expression des efforts que font les matérialistes aimants pour redevenir hommes. Dès que la friction se change en imposition des mains, le monde est sauvé, l'ordre est né.
Or que disent nos magnétiseurs ?
Que le patient pense avec Y agent; qu'il assiste, comme lui-même, aux opérations de son esprit^ aux plus secrètes émotions de son coeur ; en un mot, que l'un et l'autre sont tellement dnis dk volontjS, qu'il n'y a pas de métaphore pour le magnétiseur, lorsqu'il dit : Mon sujet est tout entier en moi ; il a complètement abandonné la place que son corps occupe ; ce corps n'est plus rien pour lui; le patient vn entièrement hors de /ut, etc., etc. L'erreur n'est que dans ces mots, complètement^ entièrement, tout entier ;Càr il est vrai que l'on peut vivre prin^ cipalement hors' de soi comme principalement en soi. Nous connaissons des êtres h, résignation poussée jusqu'à V abnégation presque complète d'eux-mêmes, comme pous connaissons des égoïstes qui semblent presque être Y abstraction contraire réalisée. Mais, même dans les cas à^extase les plus maladifs, même dans la catalepsie, l'existence du mot et celle du non-moi ne sauraient jamais être conçues comme complètement isolées Fune de l'autre.
Les magnétiseurs constatent donc un fait, c'est que l'homme peut s* abstraire presque complètement dans l'un ou l'autre sens, et pousser cette abstraction si loin, qu'il
oroie, dans son exaltation purement individuelle, l'avoir réalisée. Or, dire qu'il le croi7, c'est dire qu'il le vbot, qu'il Taime, car il aime ce qui est une condition de son ÊTBE; il faut donc lui donner une satisfaction sur ces deux points, pounu que l'un ne soit pas satisfait aux dépens de l'autre, et que tous deux ne soient jamais pour lui que Tune ou l'autre des expressions imparfaites de son amocr, de sa vie ; il faut que sa foi religieuse dans la \ie lui promette une vie en lui et une vie hon de /ui, comme conditions indispensables de sa yis en DIEU. Mais rappelons sans cesse à celui qui préfère- la première à la seconde, qa\\ faut aimer celle-ci pour sentir plus vivement encore celle qui a un attrait particulier pour lui; faisons-lui sentir, par les joies de l'une et par celles de l'autre, le progrès normal de son être. Ainsi il aura une vie propre^ toujours de plus en plus grande» une vie qui ne se confondra jamais avec une autre ^ il aura également une vie participant à la vie de tous^ de manière à ce qu'il puisse alternativement se reposer {passivité) dans l'une du mouvement {activité) de l'autre; réfléchir {posteriori) dans l'une la contemplation {priori) de l'autre. L'une sera sa \ie individuelle (petit mondé)^ l'autre sera sa vie collective {grand monde); l'une lui révélera ses intérêts {égoïsme), l'autre lui rappellera ses devoirs {abnégation) ; toutes deux l-mes constitueront ce que nous appelons la ^te d'un hoiuie, car la \ie d'un homme consiste toujours dans Tixiox de deux manifestations diverses, mais harmoniques, de la