‹ Science de l'hommeChapitre 57 sur 84 · DEB · texte numérisé non relu

DEB

TRAVAUX PHYSIOLOGIQUES DE YICQ-D AZTR.

Toute critique se compose d'approbation et d'improbation, car il n'existe pas d'ouvrage sans défauts, et on ne prendrait pas la peine de critiquer celui qui ne mériterait d'être loué sous aucun rapport. On peut, dans une critique, faire alterner le blâme et la louange; on peut aussi en former deux séries distinctes. Le premier mode donne plus de grâce et de mouvement aux idées ; le second précise davantage les opinions et me parait, par cette raison, préférable pour Texamen des ouvrages scientifiques. Je l'ai adopté, je l'ai suivi dans le compte que j'ai commencé à rendre du discours de Vicq-d'Azyr. Je suivrai la même marche dans cette seconde partie de mon travail, qui traitera encore de ce discours.

Dans la première partie, je me suis uniquement occupé d'exposer les idées justes de Vicq-d'Azyr, de les dé* velopper, de les compléter ; dans cette seconde partie,

je vais parler d'une erreur capitale commise par ce père de la science positive de l'homme; je la développerai dans ce sens que je ferai voir les conséquences importantes et fâcheuses qui en sont résultées, et j'indiquerai les moyens de corriger cette erreur,

L'auteur que l'École a adopté pour guide devient responsable des travaux postérieurs à l'émission de ses idées. C'est à lui qu'on doit attribuer les erreurs qui se sont accréditées, de même que les vérités qui ont été développées. Les unes et les autres ont été des conséquences déduites des principes qu'il a fondés; en un mot, en analysant son livre avec soin, on y trouvera les germes des unes et des autres.

Vicq-d'Azyr a dit : c^est Vaiiraciion qui règle la formation des nombreuses variétés des cristaux ^ et il n*a point parlé de Tinfluence qu'elle exerçait sur la formation des corps organisés. De son silence à cet égard, l'École a conclu que l'attraction ne réglait pas la formation des corps organisés, qu'elle n'était pas la cause des phénomènes vitaux ; et, aujourd'hui, les professeurs d'anatomie comparée (quelle que soit la partie de la science qu'ils traitent) débutent à peu près de cette manière : w La physique se compose :

» 1° Des connaissances acquises sur l'attraction réciproque des masses (l'astronomie) ;

» 2° Des observations faites sur la composition et la décomposition des corps bruts (la chimie) ;

» 3** Des découvertes sur la manière dont fonctionnent les corps organisés pendant toute leur durée vitale (la physiologie).

1 C'est l'atlraclion qui règle lea mouvements des s et qui préside à la formation des corps bruts, mais ce n'est point elle qui n^git lès phénomènes vitaux ; elle n'est point la cause de leur formation; les forces vitales luttent contre cette grande force de la nature, et la vie cesse dès le moment que l'attraction leur devient supérieure ; alors les corps organisés se décomposent, et leurs éléments entrent dans la composition de nouveaux corps. "

Cela est évidemment absurde, car si les choses étaient ainsi, la nature serait en anarchie, l'univers serait un chaos. Concevoir les phénomènes comme n'étant pas tous des effets d'une cause générale et unique, en classer une partie, la partie la plus intéressante, comme ayant une cause distincte de la cause générale, indépendante d'elle et même en opposition avec elle, c'est manquer entièrement de philosophie.

Voyons ce qui a engagé Vicq-d'Azyr h concevoir et h produire cette erreur, et les physiologistes à l'adopter et k la développer. Je me bornerai, dans la présente livraison, à dégrossir la question.

Copernic constate que le soleil est placé au centre du système ; Kepler proclame les lois qui règlent le mouvement des planètes ; Newton démontre que les trois lois de Kepler dérivent d'une seule loi, d'après laquelle les astres agissent les uns sur les autres, en raison directe de leurs masses et inverse du carré de leurs distances; il ne présente l'attraction que comme une hypothèse qui donne les moyens de calculer les mouvements des corps célestes avec une grande exactitude. Bien des années s'é-

coulent avant que l'attraction soit regardée comme un fait, et ce fait, pendant longtemps, n'est considéré que sous te rapport aslronumique. Une expérience de Caveudish dénwntrB enfin que l'attraction a lieu en pliy- Btque terrestre comme en physique céleste, en faisant voir que les corps gravitant dans notre atmospliÊre sont d«îvii*s de la pcrpeiidiculaire d'une manière sensible, quiuid leur dir^tion tes fait passer près des grandes moQtogDCs; de ce moment, l'attraction fixe l'attention d'un beftQCOup plus grand nombre de savants. On n'cai parle plus qu'en la désignant par le nom de gravitation universelle. Les chimistes se hâtent, sans trop savoir pourqtuù, de déclarer que les affinités chimiques sont d« «AMs dft U gniûtatioD (1). Les astronomes d'abord, tM fiUmitles Msuite, tout fiers d'être enrôlés sous la bMmi^ dNnw loi g^érale de la nature, se croient des honUM* univenels; Us s'iroagiocnt que l'astronomie sert do bftW k tout l'édifice scientifique, que c'est ensuite In ^laùe. que b phikoophie n'arrive qu'en troisième ligne : ils s^ÎBOtipBeiit qu'ils sont en état de donner des wpUo&Uons satisfaisantes des phénomènes de toutes catégoriM, et ib entrepremient avec confiance de traiter \CK questions de physiologie. Les premiers s'efforcent d'inlcrpn^ler les détails de U vie. au moyen des connais- Hneeâ acquises en h^ilnudique; les chimistes donnent à

(X) li, Bmlbonct est ]e fraaia ààmiste qui ^t dit pourquoi il Ki^nlatl les pbénoBitees ie V»Biaili comme des effets de la graTi- Iktlun. 1) bU le pmwn qui ùl Giil oavmnge ad kor, poor eiplit\\u:r cet fin^uotuines d'après cell« eonceptioiL. La Statique chimique lliu jMiTnlt, ili' tnui I-^ ouvrages scienlîGqow moAenes, celai qni Mï le plui (l'honneur i la France.

une partie de leurs travaux le titre de chimie végétale, chimie animale, et ils s'imaginent faire de la physiologie en analysant les débris des corps organisés. Ils perdent de vue que les corps organisés, à Tinstant où la vie cesse, deviennent des corps bruts, et que, des expériences faites sur eux en cet état, on ne peut rien conclure de physiologique; les physiologistes sont frappés d'une espèce de stupeur par les prétentions des astronomes, des chimistes et des mathématiciens. Leurs chefs écoutent avec une sorte de respect ce que disent ceux-ci sur les phénomènes de la vie, sur les causes de dérangement de la santé et sur les moyens de rétablir l'équilibre dans les fonctions ; mais ils ne tardent pas à s'apercevoir de rincapacité de ces savants pour traiter les questions physiologiques. Alors, pour se débarrasser de la suprématie qu'ils leur avaient laissé exercer, ils déclarent que les phénomènes physiologiques ne sont pas des effets de l'attraction, et que la force vitale, tant que le phénomène de la vie dure, lutte contre les forces de la gravitation et les domine.

Ce n'était pas avec les choses, mais avec les homme?, qu'il fallait entrer en opposition. 11 ne fallait pas nier la généralité de la loi de la gravitation, il fallait prouver que les connaissances des physiciens, des chimistes et des mathématiciens, leurs chefs, n'étaient point générales; qu'elles étaient, au contraire, très-bornées ; qu'elles n'avaient point le caractère philosophique, et qu'elles ne pouvaient point, pour cette raison, être applicables à l'ordre des phénomènes le plus diamétralement opposés aux phénomènes astronomiques, puisque ceux-ci sont les

plus simples^ tandis que les phénomènes physiologiques sont les plus compliqués de tous.

Les ph)'sioIogistes sont partagés depuis longtemps en deux opinions, relativement à la cause des phénomènes vitaux ; les uns les considèrent comme des effets de la circulation plus ou mdns active des fluides de tous les degr^ de ténuité moléculaire, tant dans les canaux nerveux que dans les linéaments fibrilles ; les autres disent que les phénomènes vitaux sont des effets de rirritabi- Hté» de la contractitHlité« de la sensibiUté. La première de ces deux opinions, qui n*est réellement pas en opposition avec la seconde, aie grand avantage de rallier les combinaisons et les (^)eervatioDS des physiologistes i celles des physiciens adonnés à Tétude des corps bruts; elle est cependant aujoundThui ia moins en vogue. En voici la raison : les principaux physiologistes, les meneurs^ n^ont vu d^autre moyen de se soustraire à la suprên)atie que les hydrauLiciens et les chimistes voulaient exercer sur eux, que celui d'attribuer les phénomènes vitaux à une caose autre que celle de la circulation du fluide nerveux. Avec plue de \iguear dans la pensée et d'aplomb due les idées scientifiques, avec plus de généralité daos les conceptioce. en on mot, avec plus de capacité philosophique^ ib aaraîent dit aux hydrauliciens : t Votre science est encore dans Fenfance ; jusqu^à présent tes tentatives quie \oas avez faites pour résoudre certains problèmes très-intéressants pour la navigation, et qui étaient bîea faciles, poîsqu'iLs ne concernaient que dos tlxvi^s en c^ca: de l:qx«i::e, ont été sans succès^ i>\;el*e c:cna;i:e vojjl^z-vous qiK noas ayons dans vos

opinions sur la marche des fluides gazeux et même impondérables qui se trouvent engagés dans les canaux élémentaires, dont la réunion plus ou moins considérable constitue les différents corps organisés ? »

Les Éléments de Physiologie dont Richerand a été le rédacteur et qui sont aujourd'hui le livre classique de cette importante branche de la science, pour T École de Paris, s'expliquent très-clairement et très-positivement dans le sens que je viens de critiquer. Voici la manière dont Fauteur débute :

c La physiologie est la science de la vie. On appelle du nom de vie une collection de phénomènes qui se succèdent pendant un temps limité dans les corps organisés. La combustion n'est aussi qu'un composé de phénomènes. L'oxygène se fixe dans le corps qui brûle, le calorique s'en dégage ; l'aflinité est la cause de ces phénomènes chimiques, comme l'attraction est celle des phénomènes astronomiques, •comme la sensibilité et la contractibilité dont les corps organisés et vivants jouissent , sont les causes premières de tous les phénomènes que ces corps présentent, phénomènes dont la réunion, l'ensemble et la succession constituent la vie. »

Page k9 de son ouvrage, il dit en parlant de la sensibilité et de la contractilité :

c Le principe de la sensibilité et de la contractilité se comporte à la manière d'un fluide qui naît d'une source quelconque, se consume, se répare, s'épuise, se distribue également ou se concentre sur certains organes. »

Il est évident que Richerand a manqué de logique.

car il a parlé de la cause seconde avant d'avoir parlé de la cause première.

II est évident que c'est exprès et par les raisons que j'ai données ci-dessus qu'il a suivi cette marche.

Il est évident que la physiologie n'est paô encore assise sur des idées claires, et que la science de l'homme, qui est fondée sur la physiologie, n'est encore qu'une science conjecturale.

Il est évident que les physiologistes prolongent l'existence du système conjectural, en niant que la gravitation soit la cause première des phénomènes de la vie. Cette négation de leur part met un obstacle insurmontable à l'organisation du système scientifique positif, puisque ce système ne peut avoir d'autre base qu'une seule et unique loi régissant l'univers sous tous les rapports, dans ses détails comme dans son ensemble.

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