PROGRAMME DU PREMIER MÉMOIRE
ISTROBlICTIOlir.
Le meilleur édifice est celui dans lequel il entre le moins de mortier. La machine de l'exécution la plus parfaite est celle dans laquelle il se trouve le moins de soudure. Il en est de même des productions de l'esprit. L'ouvrage le plus estimable est celui dans lequel il se trouve le moins de phrases destinées à opérer des liaisons. La collection des aphorismes d'Hippocrate est de tous les livres le mieux fait; c'est aussi- celui qui a eu constamment le plus grand nombre d'admirateurs. Nous vous présenterons, Messieurs, nos idées dans leur état de nudité native. Il n'existera entre elles d'autre liaison que celle qui résultera de l'ordre dans lequel nous les rangerons.
PREMIÈRE PENSIÉE.
Il y a deux natures d'idées bien distinctes, si distinctes, qu'on peut toujours reconnaître si une idée a l'origine A ou l'origine B, quelque effort qui ait été fait pour masquer sa véritable origine et pour lui imprimer le caractère de la nature qui n'est pas la sienne.
On conçoit une chose à priori ou à posteriori.
Dans le premier cas, l'idée peut être employée utile-
ment pour lier lea faits observés; mais c'est sans succès qtfon tenterait de s'en servir pour les préciser ou pour en découvrir de nouveaux . »
L'effet diamétralement opposé arrive quand la conception s'est formée à posteriori. Elle s'appuie alors sur un fait bien précisé et lance notre esprit dans une direction très-favorable à la découverte d'autres faits nouveaux.
Oui, Messieurs, nos idées sont de deux natures distinctes, et cependant elles ont une origine commune : nos sensations. C'est que toutes nos sensations ne sont pas des effets de la même cause. L'action des corps extérieurs sur notre individu, et particulièrement sur nos sens, donne naissance aux unes, tandis que c'est l'action de notre force vitale (considérée comme force virtuelle) qui, par les effets qu'elle produit sur nos organes et sur nos sens, détermine la formation des autres. Les unes partent des extrémités de notre être pour se rendre à son centre; les autres émanent de notre point central et rayonnent de notre centre à notre circonférence. Les premières sont donc constitutivement à pos^eV/orî, tandis que les autres sont, par leur essence, à priori.
On sent aisément par la réflexion, comme on se démontre facilement par des expériences, que le caractère de généralité ou de particularité native d'une idée ne peut jamais être complètement effacé ; la particularisation des unes né pouvant pas égaler la particularité primitive des autres, et la généralisation des premières ne pouvant pas atteindre la généralité native des secondes, ce dont il résulte qu'une chose conçue à posteriori a besoin
d*étre repensée pour acquérir complètement le caractère à ""^priori, et vice versa.