CORRESPONDANCE SYMPATHIQUE DES QRGANES
P. 85.— Une grande quantité de dissections comparées ont fait voir que leurs maladies (des viscères du bas-ventre) correspondent fréquemment avec les altérations des facultés morales. Par une autre comparaison de cet état organique avec les crises au moyen desquelles la nature ou l’art a quelquefois guéri la folie, on s’est assuré que son siége ou sa cause étaient en effet alors dans les viscères abdominaux, et de là résulte une importante conclusion ; savoir : que puisqu'ils influent directement par leurs désordres sur ceux de la pensée, ils y contribuent donc également, et leur concours est nécessaire, dans l’état naturel, à sa formation régulière; conclusion qui se confirme encore, et même acquiert une nouvelle étendue, par l’histoire des sexes, où l’on voit, à des époques déterminées, le développement de certains organes produire un changement subit et général dans les idées et dans les penchants des individus.
P. 102, — Il est notoire que dans certaines dispositions des organes internes, et notamment des viscères du bas-ventre, on est plus ou moins capable de sentir ou de penser. Les maladies qui sy forment changent, troublent et quelquefois intervertissent entièrement l’ordre habituel des sentiments et des idées... Ce qu'il y a peut-
être de plus remarquable, c’est que souvent alors, l’esprit peut acquérir plus d’élévation, d'énergie, d'éclat, et l’âme se nourrir d’affections plus touchantes et mieux dirigées... Les organes de la génération, par exemple, sont très-souvent le siége de la véritable folie. Leur sensibilité vive est susceptible des plus grands désordres. L’étendue de leur influence sur tout le système fait que ces désordres deviennent presque tous généraux et sont principalement ressentis par le centre cérébral. La folie se guérit alors par tout moyen capable de remettre dans son état naturel ou de ramener à l’ordre primitif la sensibilité de ces organes.
P. 192. — Les impressions, en arrivant au cerveau, le font entrer en activité, comme les aliments, en tombant dans l'estomac, l’excitent à la sécrétion plus abondante du suc gastrique et aux mouvements qui favorisent leur dissolution. La fonction propre de l’un est de percevoir chaque impression particulière, d'y attacher des signes, de combiner les différentes impressions, de les comparer entre elles, d’en tirer des jugements et des déterminations, comme la fonction de l’autre est d'agir sur les substances nutritives, dont la présence le stimule, de les dissoudre, d’en assimiler les sucs à notre nature.......... Le cerveau digère en quelque sorte ses impressions ; il fait organiquement la secrétion de la pensée. |
P. 135. — Nous remarquons clairement trois sortes d'opérations de la sensibilité, que la différence de leurs
effets nous force de ne pas confondre. La première se rapporte aux organes des sens ; la deuxième aux parties internes, notamment aux viscères des cavilés de la poitrine et du bas-ventre (et nous rangeons avec ces derniers les organes de la génération) ; la troisième, à l’organe cérébral lui-même, abstraction faite des impressions qui lui sont transmises par ses extrémités sentantes, soit internes, soit externes.
P. 152. — Des rapports intimes et multipliés unissent le goût à l'odorat....... Il ÿ a même entre le nez et le canal intestinal certaines sympathies singulières... mais il est un autre système d’organes avec lequel l’odorat paraît avoir des rapports encore plus étendus, je veux parler des organes de la génération... Les odeurs agissent fortement par elles-mêmes sur tout le système nerveux ; elles le disposent à toutes les sensations de plaisir ; elles lui communiquent ce léger degré de trouble qui semble en être inséparable, et tout cela parce qu'elles exercent une action spéciale sur les organes où prennent leur source les plaisirs les plus vifs accordés à la nature sensible. Dans l'enfance, l'influence de l’odorat est presque nulle ; dans la vieillesse, elle est faible; son époque véritable est celle de la jeunesse, celle de l'amour.
P. 163. — Dans le tableau successif de l’état des organes, tout semble pouvoir se réduire à la détermina-
tion du système nerveux et du tissu cellulaire.
P, 164. — Dans cette suite d'opérations qui font
vivre et développent le végétal et l'animal, l'existence et le bien-être de l’un sont liés à l’existence et au bien-être de l’autre. Le végétal paraît pomper de l'atmosphère certains principes étrangers ou surabondants, très-nuisibles à la vie des animaux ; il lui rend au contraire en grande quantité l'espèce de gaz qui peut être regardé comme l'aliment propre de la flamme vitale ; et les gaz produits par la respiration des animaux, les émanations qui s'exlialent sans cesse de leurs corps, les produits de leur décomposition, sont précisément ce qu'il y a de plus capable de donner à la végétation toute son énergie et toute son activité.
P. 475. — Durant l'enfance, la tendance générale des humeurs les porte vers la tête. À mesure que l’enfant approche de l'adolescence, cette première direction s’affaiblit, et la poitrine devient de plus en plus le terme principal des congestions. Les relations des organes de lu génération et de ceux de la poitrine ne s'expliquent pas par l’anatomie; mais tous les faits de pratique les attestent. Les maladies des glandes des aïines et celles des poumons, l'état des testicules et celui de la trachée ou du larynæ, les affections de l’utérus et des mamelles, par la manière dont on les voit se produire mutuellement ou se balancer, ne permettent pas de méconnaître ces relations singulières. Ainsi l’on sera moins étonné de voir que les efforts particuliers dé la nature aient lieu à la fois dans ces deux espèces d'organes, dont la situation respective exige pourtant la division mécanique des forces ou des moyens qu’elle met alors en usage. Enfin
l'expérience nous apprend qu'une plus grande chaleur pousse le sang avec plus d’abondance et de force vers le poumon ; que la résorplion de la semence porte dans le sang les causes indirectes d’une chaleum nouvelle ; que les congestions sanguines du poumon ou les irritations locales qu'une circulation tumultueuse et gênée y produit quelquefois, excitent directement les organes de la génération, donnent un penchant plus vif pour les plaisirs vénériens.
P. 472. — Nous ne pouvons partager les affections d’un être quelconque qu'autant que nous lui supposons la faculté de sentir comme nous... Pour supposer qu'il sent, il faut nécessairement lui prêter un moi. Quand les poëtes veulent nous intéresser plus vivement aux fleuves, aux plantes, aux forêts, ils les douent d'instinct et de vie ; quand ils veulent peupler une solitude d'objets qui parlent de plus près à nos cœurs, ils animent les fleuves, les montagnes et les grottes de leurs rochers.
Da môment que nous supposons dans un être des sensations, des penchants, un moi, pour peu que cet être excite notre attention, il ne peut plus nous rester indifférent...
Les sensations que l’œil reçoit des êtres vivants ont un autre caractère que ceux que lui présentent les êtres inanimés.… L'aspect du mouvement volontaire nous avertit qu’ils renferment un moi pareil à celui qui sert de lien à toute notre eæistence. Dès ce moment il s'établit d'autres relations entre eux et nous, et peut être, indépendamment des affections et des idées que leurs actes
extérieurs ou les mouvements de leur physionomie manifestent, les rayons lumineux émanés de leurs corps, surtout ceux que lancent leurs regards, ont-ils certains caractères physiques, différents de ceux qui viennent des corps privés de la vie et du sentiment.
P. 510 et511. — Dans cette chaîne non interrompue d’impressions, de déterminations, de fonctions, de mouvements quelconques, tant internes qu’externes, tous les organes agissent et réagissent les uns sur les autres ; ils se communiquent leurs affections; ils s’excitent ou se répriment ; ils se secondent ou se balancent et se contiennent mutuellement. Liés par des rapports de structure ou de situation et de continuité, en tant que parties du même tout, ils le sont bien plus par le but commun qu'ils doivent atteindre, par l'influence que chacun d’eux doit exercer sur tous les actes qui concourent à la conservation générale de l'individu. Ainsi la nutrition peut être considérée comme /a fonction la plus indispensable relativement à cet objet. Mais pour que la nutrilion s'opère, il faut que l’estomac et les intestins reçoivent l'influence nerveuse nécessaire à leur action; que le foie, le pancréas et les follicules glanduleuses Y versent les sucs dissolvants, Il faut donc, d’une part, que l'organe nerveux soit convenablement excité par les impressions sympathiques qui déterminent cette influence ; de l’autre, que la circulation des liqueurs générales et la sécrétion des sucs particuliers s’exécutent avec régularité dans leurs organes respectifs,
P. 513, — Les muscles qui reçoivent proportionnellement beaucoup de nerfs, sont très-obscurément sensibles, et les testicules, qui n’en reçoivent que peu, le sont excessivement. Ce n’est donc pas toujours par l’anatomie qu’on peut reconnaitre et déterminer le degré de sensibilité relative des organes, c’est uniquement par l'observation.
L'observation prouve que les organes de la génération exercent l'influence la plus étendue et sur l'état et sur les affections et sur les fonctions particulières du cerveau, des muscles, de l'estomac, et même de tout le syslème cutané.
P. 516. — Ces organes (de la génération), sans lesquels le système musculaire ne peut acquérir ni conserver sa vigueur, réagissent sur toutes les parties de l'épigastre, comme nous avons dit que ces parties, et notamment l'estomac, agissent sur eux.
P. 156. — D’après la distinction entre les impressions reçues par les sens externes, celles qui sont propres aux organes intérieurs, et celles dont la cause agit directement dans le sein de l'organe sensitif, on pourrait se demander avec quelque raison si la division actuelle des sens est complète, et s’il n’y en a pas véritablement plus de cinq. Assurément les impressions qui se rapportent aux organes de la génération, par exemple, diffèrent autant de celles du goût, et celles qui tiennent aux opérations de l'estomac diffèrent autant de celles de l’ouie, que celles qui sont propres à l’ouÿe el au goût diffèrent
de celles de la vue et de l’odorat. Rien n’est plus certain. Les déterminations produites par l’action directe de différentes causes sur les centres nerveux eux-mêmes, ont aussi des caractères bien particuliers ; et les idées ou les penchants qui résultent de ces différents ordres d’impressions, se ressentent nécessairement de leur origine. Cependant, comme +! paraît impossible encore de les circonscrire avec assez de précision, c’est-à-dire de ramener chaque produit à son instrument, chaque résultat à ses données, une analyse sévère rejette comme prématurées les nouvelles divisions qui viennent s'offrir d'elles-mêmes, et le sens du toucher étant un sens général qui répond à tout, peut-être seront-elles toujours regardées comme inutiles. On voit au reste bien clairement ici quelle est la seule signification raisonnable qui puisse être attachée au mot sens interne, dont quelques philosophes se sont servis avec assez de précaution. Pour la déterminer avec plus d’exactitude, il faudrait y rapporter toutes les opérations qui n’appartiennent pas aux organes des sens proprement dits, et dès lors, ce mot ne serait plus, je pense, un sujet de débats et de nouvelles incertitudes.
P. 460. — Des sympathies particulières lient les organes de chaque sens avec divers autres organes dont ils partagent les affections et dont l’état influe sur le caractère des sensations qui leur sont propres. Plusieurs maladies du système nerveuæ, quelques-unes même qui portent uniquement sur l’estomac et sur le diaphragme, sont capables de dénaturer les fonctions de l’ouie, jus-
qu'au point d’altérer tous les sons, d'en faire entendre qui n’ont aucune réalité, ou de produire une surdilé complète. Les viscères abdominaux influent aussi trèspuissamment sur les opérations de la vue. Un grand nombre de maladies des yeux dépendent de matières nuisibles, introduites ou accumulées dans le canal alimentaire ; quelques affections hypocondriaques et différents désordres de la matrice et des ovaires, paralysent le nerf optique, et causent une cécité passagère.
Nous avons fait remarquer ailleurs que l’odorat et les organes de la génération ont entre eux des rapports sympathiques particuliers ; mais entre le canal intestinal et l'odorat les rapports ne sont ni moins étroits ni moins étendus, et si divers états maladifs des organes de la digestion peuvent dénaturer les impressions des odeurs, plusieurs maladies du bas-ventre abolissent entièrement la facullé de les recevoir. Quant au goût, personne n’ignore que sa manière de sentir est entièrement subordonnée à la conscience du bien-être ou du malaise général, surtout au sentiment qui résulte de l’état de l'estomac et des autres parties directement employées à la digestion.
P, 461. — La marche de la circulation et les habitudes du système sanguin impriment aux sensalions différents caractères dont on chercherait en vain la cause dans la disposition particulière des sens auxquels elles appartiennent...
La bonne analyse ne peut isoler les opérations d'aucun sens en particulier de celles de-tous les autres... ils agissent quelquefois nécessairement, et presque tou-
jours occasionnellement, de concert... Leurs fonctions restent constamment soumises à l’influence des différents organes ou vwiscères, et sont déterminées ou dirigées par l’action plus directe et plus puissante encore des systèmes généraux, et notamment du centre cérébral.
P. 48h et 485. — Les pâles couleurs qui dépendent ou de l’inertie ou de l’action irrégulière des ovaires, inspirent souvent aux jeunes filles les plus invincibles appétits pour des aliments dégoütants, pour des odeurs fétides..…. certaines substances vénéneuses, en tombant dans l’estomac, portent de préférence leur action sur tel ou tel organe des sens en particulier, sans affecter sensiblement le cerveau. La jusquiame, par exemple, trouble immédiatement la vue ; le napel et l'extrait de chanvre peuvent dénaturer entièrement les sensations de la vue et du fact.