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ces estimables quadrupèdes sont généralement adorés en
raison directe de la désunion qui se manifeste entre les hommes; l'humanité retourne en effet alors au fétichisme. Le magnétisme arrive toujours au moment où l'amour des hommes va paraître; il est l'expression des efforts que font les matérialistes AIMANTS pour redevenir hommes. Dès que la friction se change en imposition des mains, le monde est sauvé, l’ordre est né.
Or que disent nos magnétiseurs ?
Que le patient pense avec l'agent ; qu’il assiste, comme lui-même, aux opérations de son esprit, aux plus secrètes émotions de son cour; en un mot, que l’un et l’autre sont tellement UNIS DE VOLONTÉ, qu'il n’y a pas de métaphore pour le magnétiseur, lorsqu'il dit : Mon sujel est tout entier en moi ; il a complétement abandonné la place que son corps occupe; ce corps n’est plus rien pour lui; le patient vir entièrement hors de lui, etc., etc. L'erreur n’est que dans ces mots, complétement, entièrement, tout entier ; car il est vrai que l’on peut vivre principalement hors de soi comme principalement en soi. Nous connaissons des êtres à résignatlion poussée jusqu’à l'abnégation presque complète d'eux-mêmes, comme nous connaissons des égoïstes qui semblent presque être l’abstraction contraire réalisée. Mais, même dans les cas d’extase les plus maladifs, même dans la catalepsie, l'existence du moi et celle du non-moi ne sauraient jamais être conçues comme complétement isolées l'une de l'autre.
Les magnétiseurs constatent donc un fait, c’est que l'homme peut s’abstraire presque complétement dans l'un ou l’autre sens, et pousser cette abstraction si loin, qu'il
ne
croie, dans son exaltation purement individuelle, lavoir réalisée. Or, dire qu'il le croit, c’est dire qu’il le VEUT, qu'il l'AIME, car il aime ce qui est une condition de son ÊTRE; il faut donc lui donner une satisfaction sur ces deux points, pourvu que l’un ne soit pas satisfait aux dépens de l’autre, et que tous deux ne soient jamais pour lui que l’une ou l’autre des expressions imparfaites de son Amour, de sa vie; il faut que sa foi religieuse dans la vie lui promette une vie en lui et une vie hors de lui, comme conditions indispensables de sa VIE en DIEU. Mais rappelons sans cesse à celui qui préfère la première à la seconde, qu’il faut aimer celle-ci pour sentir plus vivement encore celle qui a un attrait particulier pour lui; faisons-lui sentir, par les joies de l’une et par celles de l’autre, le PROGRÈS NORMAL de son ÊTRE. Ainsi il aura une vie propre, toujours de plus en plus grande, une vie qui ne se confondra jamais avec une autre ; il aura également une vie participant à la vie de tous, de manière à ce qu'il puisse alternativement se reposer (passivité) dans l’une du mouvement (activité) de l'autre; réfléchir ( posteriori) dans l’une la contemplation (priori) de l’autre. L'une sera sa vie individuelle (petit monde), l'autre sera sa vie collective (grand monde); l’une lui révèlera ses intérêts (égoïsme), l'autre lui rappellera ses devoirs (abnégation); toutes deux UNIES constitueront ce que nous appelons LA VIE D'UN HOMME, car la vie d’un homme consiste toujours dans l’uxron de deux manifestations diverses, mais harmoniques, de LA VIE UNIVERSELLE.
J'ai dit que ces deux vies étaient des conditions indis-
pensables de notre vie en DIEU, et, sans doute, tu as saisi cette dernière parole, et tu t'es écrié: Ah! voici la vie que j'aime, que je désire, que je veux. PrèTRE ! tu as oublié qu’il existe des théologiens et des diacres. Poëre! tu crois donc que tu ne réfléchis pas, que tu n’agis pas. ÊrRE limité par le temps et l'espace, tu veux SENTIR l'É- TERNITÉ, l’IMMENSITÉ, en un mot l'IMMORTALITÉ, hors du temps et de l'espace, sans être soumis à cette double condition de ton ÊTRE fini. PRÈTRE, POËTE, HOMME, tu n'es pas DIEU; AIME le temps et l’espace, si tu veux l'IMMORTALITÉ:; AIME-toi dans les autres. AIME les autres en toi, si tu prétends AIMER DIEU, car la vie de l’homme, je le répète, ne sera jamais que l’uxroN de deux manifestations de la VIE UNIVERSELLE ; c’est seulement ainsi qu'on peut concevoir le PROGRÈS vers la VIE UNI- VERSELLE. Or, de même que l’homme n’est pas DIEU, mais PROGRESSE vers DIEU, de même aussi notre VIE n'est pas la VIE UNIVERSELLE ; elle est un progrès constant vers cette VIE DIVINE, qu'il nous est permis de DÉ- SIRER sans pouvoir la définir, et dont nous ne pouvons nous rapprocher qu’en AIMANT de plus en plus, &ans le temps et dans l’espace, spirituellement et matériellement, NOTRE PROCHAIN COMME NOUS-MÈMES, le grand monde comme le petit monde, la science comme l'industrie, notre devoir comme notre intérêt, l'obéissance comme l'autorilé, la théorie comme la pratique, la réflexion comme l'action. Dis donc avec moi que c’est par l'union de plus en plus AMOUREUSE de ces deux aspects de la vie (l'un et l’autre indispensables) ; que c’est par le PROGRÈS constant de la vIE en soi et hors de soi, que l’homme s’avance vers
la VIE UNIVERSELLE, et que sa vie en DIEU ne veut rien dire, s'il ne la formule immédiatement sous ces deux faces : la VIE EN NOTRE PROCHAIN ET EN NOUS-MÈMES.
Je t'ai dit comment je voulais vIVRE dans mon prochain, c'est-à-dire quelle sera ma vie future et quelle a été ma VIE passée, au point de vue spirituel ou collectif ; je t'ai dit aussi comment je désirais que m0n prochain VÉGÔT en moi, c'est-à-dire quelle a été ma vIE passée et quelle sera ma VIE future, au point de vue matériel ou individuel. Par la première, c’est dans mes pères et mes enfants que j'aimerai et que j'ai aimé; ce sont eux-mêmes qui m'ont développé et me développeront : je me fais passif (remarque que c’est un des aspects de ma vie PRÉSENTE que je t’indique là); dans la seconde, c’est moi, ce moi superbe, ce moi actif, ce petit monde qui attirait ses pères, qui poussera ses enfants vers DIEU. Je jouis donc, en ce moment, d'une VIE COMPLÈTE, active et passive, aussi complète du moins quil est donné à l'homme de la sentir. DIEU se manifeste à moi dans le PRÉSENT par les traces de passé et les germes d'avenir que le monde actuel renferme, que moi-même, petit monde, je renferme aussi; j'AIME les unes qui m'apprennent d'où je viens; j'AIME les autres qui m’annoncent où je vais; je les aime toutes deux, non d'un même AMOUR, mais d’un égal AMOUR; j'obéis aux unes, je commande aux autres; je me sens logiquement enchaîné par mon passé, virtuellement libre pour mon avenir : je jouis de la VIE SAINT-SIMONIENNE.