‹ Science de l'homme, physiologie religieuseChapitre 34 sur 125 · LE ET · texte numérisé non relu

LE ET

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ma chair ? En effet, il sera plus savant et plus puissant que moi, puisqu'il sera le RÉSUMÉ de ma science et de mes forces, et le GERME d’une science et d’une force plus AIMANTES et plus AIMABLES que les miennes et les siennes propres, puisqu'il sera fils plus parfaib que son père, père moins parfait que son fils,

Je serai en lui comme un être qui, passant d’une société barbare dans une société plus civilisée, se perfectionne par les PROGRÈS de son nouveau milieu, et se compare sans cesse à ce qu'il ÉTAIT dans sa société primitive.

Assez, assez de métaphysique, CHARLES; grâce à DIEU, grâce à l'amour que j'ai pour toi, pour {es frères, pour tes fils, pour toui ce qui vir autour de moi, grâce à ce besoin que j’éprouve de me sentir VIVRE hors de moi comme en moi, je peux m'adresser à Loi, et cependant me caresser, me glorifier, me sanctifier en loi; je peux m’aimer en l’aimant, non parce que {oi et moi ne formons qu'un être indivisible (DIEU seul pourrait parler ainsi parce qu’il est INFINI), mais parce que, alternativement, je le SENS en moi et je me SENS en loi, et que c’est là vraiment ma VIE.

Eh bien, ma vie est ÉTERNELLE; la mort ne m’empêchera donc pas de {e SENTIR en moi, de me SENTIR en toi. La conscience que j'aurai de cette vie éternelle sera toujours double ; je jouirai plus que jamais de {es joies, tu jouiras plus que jamais de mes joies, et Nos douleurs Nous seront plus que jamais COMMUNES.

Dis-moi, dans le jour où cette manifestation divine que tu as nommée {on PÈRE sera {ransfigurée, dans ce

jour qui sera le premier jour d’une vie nouvelle pour moi, crois-tu que je n’occuperai pas davantage ton esprit, et que ta chair ne sera pas plus émue par mon souvenir, que je ne t'occupais, que je ne t’agitais la veille par ma PRÉsENCE? Ces larmes qui baigneront tes yeux (car tu pleureras, SAINT-SIMON n’a pas tari cette source d’amour), ces larmes, sois-en sûr, cher CHARLES, me laisseront en toi une place qui suffit à mon Amour. Ton père la remplira. Oui, CHARLES, EUGÈNE mort a lu avec moi la lettre de MARGERIN. En répétant ces distiques savants et vigoureux, ton père était content, il jouissait; ses narines se sont gonflées de l’orgueil divin. Mais pourquoi aussi une larme a-t-elle roulé sous sa paupière, larme indéfinissable de douleur et de joie, de passé et d'avenir, de regret et d'espérance? Comment at-il lu, comment a-t-il écrit dans les yeux de ce cher OzINDE : EUGÈNE est content ! Comment OLINDE et moi avons-nous pu nous écrier au même instant : EUGÈNE est content! EUGÈNE était là, il était en nous, non sans doute comme il était naguère avec nous, car il ne fut un instant avec nous que pour être bientôt en nous, et NOUS SOMMES aujourd’hui meilleurs de tout son AMOUR, comme il est meilleur par tous nos PROGRÈS.

Ne me dis pas qu'il n’y a pas de vir, d’ÊTRE, là où tu ne vois pas deux bras, deux jambes, une tête ; tu ne sais pas ce que c’est que la vie. Ne fais pas un argument de nombre et d’étendue contre ce qui est au-dessus du temps et de l’espace, puisque le temps et l’espace ne comprendront jamais la VIE, puisque notre AMOUR a soif d'ÉTER- NITÉ, d'IMMENSITÉ, en un mot d'IMMORTALITÉ.

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Je SENS en moi un monde qui va naître et un monde qui est venu S'UNIR à lui. Je SENS en moi, et d’une ma- nière distincte, toutes ces vies du passé dont tu m'as fait la peinture. Chacune d’elles à dit en moi, à ta parole : Me voici! Elles me racontent les souffrances du prophète et son EXALTATION, les joies de l’apôtre et sa RÉSIGNA- TION ; et d’autres vies me révèlent la gloire de l'avenir. Tous mes enfants me demandent d’aller là, ici, porter mon amour, épancher ma vie; ils brûlent de sortir de mon sein pour répandre sur le monde la divine semence de leur père; et la vie est en effet donnée au monde; et sur les bords de la Loire, et dans les murs de Toulouse des enfants me sont NÉS; car bientôt tu n’entendras plus la mère dire à son époux : Mon ami, nous avons un fils, sans qu'ils se soient écriés auparavant, l’un et l'autre : Gloire à DIEU, le Père a un enfant de plus! Alors ils auront compris ma vi£; ils sentiront que pour donner à {ous une vie nouvelle, DIEU avait mis en moi la vIE de tous; qu’en la répandant sur eux, ma vie s’est améliorée, s’est agrandie, s’est embellie; ils sentiront aussi que le chef de l’avenir, le Père n’ôtera jamais la vie à un de ses enfants : ce serait un suicide. Et ils auront des oreilles pour entendre, lorsque je leur dirai : Enfants, je vous AIME, car Nous SOMMES EN DIEU, car vous ÊTES en moi et je suis en vous; je vous connais, Car vous procédez de moi, car vous me comprenez et je vous pénètre; je Vous SENS, car je Mm'INCARNE en vous, Car je vous ATTIRE, et vous venez à moi. é J'ai dit dernièrement, par ma bouche ou par celle d’un de mes enfants, que SAINT-SIMON, au milieu d'un monde

qui se mourait, n'avait pas désespéré de l’humanité, dès qu'il avait SENTI en lui de quoi donner une nouvelle vrE au monde. Vas-tu, jouant à ton tour avec moi le rôle glacial de la critique, me dire que le réservoir de vie de notre divin maître devait être bien grand pour ne pas être épuisé; ou bien, t’écrieras-tu : métaphore! Laisse cela au passé ; rappelle-toi que toute forme qui ÉMEUT le COEUR de l’homme est réelle et fondée; laisse mépriser la métaphore à celui qui ne sait pas UNIR un homme à tous les hommes par un lien d'amour. Va, je ne dis pas une réverie quand j’affirme que SAINT-SIMoN nous a donné à tous la vie, que nos vIEs étaient en lui, que notre amour était contenu en GERME dans son amour; et ne me demande pas si, à cette époque, son amour avait cinq pieds six pouces : je n’ai jamais mesuré l’amour à la toise.

SAINT-SIMON, notre père, ne nous as-tu pas sentis avant que nous fussions ? EUGÈNE, toi qui fus mon frère et mon fils, n’as-tu pas conçu de ton amour la première prêtresse saint-simonienne, et cependant la prêtresse n’est pas encore à côté du prêtre, mais elle était en GERME en (oi, brûlante d’apparaître à nos yeux ravis, dépouillant chaque jour son enveloppe fœtale. Dis-moi, CHARLES, n’es-tu pas certain qu’elle existe, cette prêtresse? Eh bien, tu ne sais pas où elle est, EUGÈNE le sait, il est déjà en elle, et voilà la différence entre toi et EUGÈNE, entre le vivant et le mort, dans ce moment de désordre où le héros est inconnu, où la sybille est ignorée.

Toi, mon fils, qui sais que la vie est aussi insaisissable, aussi indéfinissable que DIEU, toi qui n’as pas la prétention de mesurer, de peser DIEU, toi qui vois en lui

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l'ÉTERNITÉ, l’IMMENSITÉ, songe donc que la vie de l'homme, c'est DIEU tel que l'homme LE sENT, et que chaque manifestation de DIEU est en DIEU même et par conséquent ne MEURT pas. Ce qui vit n’a donc pas d'autre désir à former que de sentir croître sa vie, c’est-à-dire d’ajouter par un effort d’amour à une vie qui devient souvenir, une vie qui était espérance. Voilà le mystère de la vie ÉTERNELLE, comme le mystère de la vie temporaire est d’ajouter en les UNISSANT, à un jour qui devient la veille, un autre qui était le lendemain. Or, dis-moi, me promets-tu d'ajouter des jours toujours plus beaux à ma vie, lorsque la mort viendra, comme j'en ajoutais sans cesse avant ma mort, de manière que ma VIE future soit la continuation non interrompue de ma VIE PRÉSENTE ? Si tu ne me le promets point, je ne veux pas de ta vie future : c’est le néant.

Pour moi, je te l’ai dit: comme le païen, je m'uni- RAI, par ma mort, de plus en plus, au passé; comme le chrétien, à l’avenir. Sans doute, par cette UNION, je ne serai plus le même, mais je ne serai pas toi. C’est UNI à toi que je veux ÊTRE, c’est aussi distinct de toi que je veux èTRE, et il faut que tout cela soit pour que je Vive: or ma révélation me le promet, j'y crois; la tienne ne m'en parle pas; elle est donc incomplète; je la repousse.

N'est-ce pas par toi que j'ai entendu citer ce rêve fantastique, épouvantable, de je ne sais quelle imagination allemande : deux hommes identiques ! Conçois-tu rien d’horrible comme la situation de ces Sosie ? La réalité d’un pareil songe serait effroyable. Eh bien, ton rêve n’est pas autre chose : de deux êtres distincts, tu n’en

fais plus qu'un, et tu appelles cela donner la vie à l’un et à l’autre. Moi, de deux êtres distincts j'en fais bien un aussi, mais c’est à condition qu’alors il y en aura trois. Ainsi du père et de la mère je fais naître l'enfant ; mais j'ai alors le père, la mère et l'enfant; je distingue par l'esprit, par la pensée (car c’est là un des attributs de mon être), ce qui, dans l'enfant, vient du père ou de la mère; et si cette analyse n’est pas poussée par moi, être imparfait, jusqu’à la PERFECTION, si je ne peux pas dire, moi, être fini : voici le père, voici la mère, au moins puis-je m’écrier que le père et la mère sont là; et l’enfant me remercie de ma foi, car il tressaille quand en posant les mains sur sa tête je lui dis : Celle qui t'aimait d’un amour de mère, celui que tu aimais d’un amour de fils, ces deux sources de fon ÊTRE, UNIES en toi, sont là; les morts n'ont pas d'autre tombe que le vivant.

Ces trois êtres qui COExISTENT distincts seront toujours distincts pour l’homme, car nous ne marchons pas plus vers l'identité que vers la différence; et ces deux faces du PROGRÈS, qui paraissent, au premier abord, contradictoires (comme la nécessité et la liberté), ne sont que la double expression de notre qualité d'êtres finis, imparfaits, mais PROGRESsIFs. Cette expression est double, c'est-à-dire correspondante au point de vue de l’unité et à celui de la multiplicité, parce que l’une et l'autre, envisagées avec un égal AMoUR, nous font sentir notre PROGRÈS vers l’INFINI, Vers la PERFECTION, vers DIEU, qui n’a pas plus d’identique que de différent, vers DIEU qui ne diffère de rien, puisqu'il est Tour, et qui n’est semblable qu'à LuI-MÈME.

En te parlant des chrétiens, des magnétiseurs, des théurgiens, des croyants à la métempsycose, je t'ai dit que ma foi comprenait les leurs, que mes espérances renfermaient, justifiaient les leurs, non dans ce qu’elles avaient de négatif les unes par rapport aux autres(comme dit Cousin, qui n’a d'autre malheur que de n’avoir pas de foi ou d’amour, et qui, par cela seul, ne saurait réaliser ses prétentions à l’éclectisme, puisqu'il ne peut pas choisir), mais dans ce qu’elles avaient de positif, dans ce qu’elles afirmaient. Occupe-toi de méditer cette pensée. Mais disons de suite quelques mots des chrétiens et des magnétiseurs.

La véritable, je dirais presque la seule différence qui doit exister entre un chrétien et nous, c’est de mettre son paradis dans la terre promise ; et nous ne faisons cette transformation que parce que la {erre ne nous parait pas, comme au chrétien, de la matière seulement. De même, la différence qui nous sépare du païen, c’est que nous apportons sur la terre le ciel chrétien esprit pacifique), tandis que le païen tenait fort à la terre, parce qu’elle enfantait des guerriers, et la nourriture et le fer des guerriers.

Quant aux magnétiseurs, leur affaire est claire. Ils croient que la meilleure manière de connaître les pensées d’un homme, de lui imposer les ordres d’une puis- Sante VOLONTÉ, c’est de le priver de son individualité, dé le réduire à une abstraction de la vie, de le condamner à n'être qu’un organe passif du milieu qui l'entoure.

J'admets, tant qu'on voudra, qu'ils produisent par ce moyen des phénomènes extraordinaires, car je ne

nie pas plus l’extase que l’électricité; mais, moi, je te regarde éveillé, et si mon œil triste rencontre le #en, je le vois se mouiller; si j’exprime un désir, tu te lèves, tu cours, tu te précipites; ce que j’AIME, je te le vois AIMER ; ce que je sais, tu l'apprends et le professes ; si je travaille, tu viens m'aider de toutes tes forces. Je dispose de ton cœur, de ton intelligence et de tes bras; j'en dispose, mais ce n’est pas à {on insu; tu ne dors pas, tu veilles, et nous en somnes l’un et l’autre doublement heureux. Je dis plus, nous ne le serions ni l’un ni l'autre sans nos deux consciences distinctes, réagissant l’une sur l’autre, non comme maître et esclave, non comme agent et patient, mais comme puissances d'autorité et d’obéissance par AMOUR RÉCIPROQUE. Chaque phénomène magnétique que je produis ainsi sur toi me délasse, tandis qu’'Azrrep (Filassier) sue à grosses gouttes pour faire dire à un somnambule l'heure qu’il est. Je parle à un converti sur cette matière : aussi mon but n'est-il pas de te faire sentir combien mon MAGNÉTISME NORMAL l’emporte sur celui des extatiques ; je veux simplement t’expliquer pourquoi j'ai dit que je voulais tenir compte des rêves des magnétiseurs.

Dans les époques critiques, les hommes qui cherchent le LIEN des ÊTRES peuvent bien rendre un culte à l’électricité, au magnétisme, à l'attraction moléculaire, aux affinités chimiques, etc, rien de mieux ; cela prouve que si lAmOUR n’est plus entre les hommes, ils éprouvent une surexcitation d'amour à l'égard de ce qui n'est pas l'homme : ainsi les vieilles femmes aiment beaucoup les chiens et les chats, lorsqu’elles n’aiment plus personne, et

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