SI VIS PACEM, PARA PACEM
et elle continue à préparer la guerre, quoiqu’elle veuille
réellement la paix.
Tant qu'une nation se refusera, s’opposera à un acte utile à toutes les autres nations, par cela seul qu'elle le croira dangereux pour elle, c’est qu’elle obéira à une fausse et vieille politique, et qu’elle comprendra mal son
propre intérêt. Ainsi fait l'Angleterre pour Suez, parce
que l'Angleterre ne sent pas qu’elle n’ést qu'un organe d’un corps dont toutes les parties sont solidaires. Ainsi at-elle fait pour l'Amérique et pour les Indes, les forçant à s'affranchir violemment d’elle, au prix de massacres épouvantables. Ainsi aurions-nous fait nousmêmes, après la guerre de Crimée, si la sagesse de Votre Majesté n'avait pas compris que la force de la France consiste principalement aujourd’hui en ce qu'elle ne fait pas de conquêtes; tandis que le premier Empire, par chacune de ses conquêtes augmentait sa faiblesse, puisqu'il tomba dès que, de Lisbonne à Moscou; il fut
maître de tout le continent européen.
La force de l’Angleterre a grandi depuis qu’elle a perdu l'Amérique; elle grandira par la perte des Indes; et, grâce à Dieu et à la France, l'Angleterre ne fera pas la conquête de la Chine; et nous ne serons pas nousmêmes assez aveugles pour tenter, de complicité avec elle, cette barbare et ridicule parodie des conquérants
de l’antiquité. é
Les peuples ne sont plus des troupeaux vendus ou
volés, de berger à berger ; ce sont, je le répète, les di-
vers organes d'un être vivant, l'humanité. Il faut les associer les uns aux autres; aucun d'eux n’est d’une espèce différente de celle des autres; chacun d’eux a sa fonction propre, sa destination spéciale, dans la vie commune de ce grand être à qui Dieu a confié la culture de
la terre et a révélé le mouvement des astres.
Oui, certes, il faut que l’énergique puissance des organes qui sont le mieux et le plus tôt constitués, s'emploie, dans l'intérêt même de leur propre développement, à
vivifier les moins avancés.
N'est-ce pas là ce qui caractérise, depuis bien des siècles déjà, le mérite, la vertu, la puissance de ce merveilleux organe humain qui s'appelle la France, et qui, en vérité, est digne d’être nommé le cœur de l'humanité ? Portons donc la vie là où elle n’est pas aussi développée qu’en nous-mêmes, c'est le plus sûr moyen d'augmenter
et d'améliorer la nôtre.
Oh! le jour où la partie du monde qui est préparéé à cette vie de communion universelle, à cet organisme
pacifique, par dix-huit siècles de prédication de la frater-
nité humaine; le jour où l’Europe et l'Amérique, le jour où l’Europe seule, le jour même où la France et l’Angleterre, toutes deux seules, voudraient se coaliser pour cette sainte croisade contre l’antagonisme, la conquête, la guerre, de quelle grandeur nouvelle l'humanité ne serait-elle pas revêtue! Quelle noble et puissante vie l’animerait! Quelle gloire pour les chefs de ces nations
initiatrices de l'humanité !
Que les sceptiques et les aveugles plaisantent le rêve de l’abbé de Saint-Pierre ; mon Dieu! c’est le rêve de Jésus-Christ ; le jour de sa réalisation approche ; le calice a été rempli de sang humain, une dernière goutte énorme y est tombée depuis un demi-siècle et a fait déborder le vase ; qui donc ne s’écrie pas comme l'Eglise :