‹ Science de la moraleChapitre 106 sur 147 · PRINCIPE DB DÉVELOPPEMENT DU DROIT DE DEFENSE · texte numérisé non relu

PRINCIPE DB DÉVELOPPEMENT DU DROIT DE DEFENSE

gnante, il est clair que cette puissance plus qu'individuelle, et qui réalise assez bien Tabstraction de rhomme en général, tant bon que mauvais, pour être infiniment redoutable à chaque homme en particulier, cette puissance est un danger pour le juste en même temps que pour le criminel, parce que la justice de ceux qui en sont dépositaires, quels qu'ils soient, est suspecte. De là sort nécessairement la considération d'une espèce de défense et d'une espèce de droits autres que ceux qui concernent les relations individuelles. Outre les droits que la société permet à chacun de faire valoir contre chacun, il y a ceux que chacun est obligé pour sa sûreté de se réserver contre elle.

De même que le contrat social est une fiction si l'on veut, mais qui a son équivalent réel dans la nature des choses, de même l'idée familière aux publicistes, que chaque homme entrant dans la société abandonne une part de ses droits, ou mieux de ses pouvoirs naturels, afin de jouir plus sûrement d'une autre qu'il se réserve, et à laquelle il n'est point permis à la société de toucher, cette idée est fictive, si on la prend en un sens trop formel et applicable à tel ou tel moment de l'histoire. Elle n'est pas moins d'une vérité constante et profonde portant sur tous les hommes et à des temps quelconques. Mais pour en donner une expression plus exacte, il faut opposer l'état de paix à l'état de guerre, non l'état social à une période antérieure d'indépendance absolue des personnes ; car on substituera ainsi un point de vue rationnel irrécusable à un autre qui n'est ni admissible à la pensée pure ni recevable en histoire.

Disons donc que les hommes, dans l'état social de paix, nous sont représentés comme rendant toujours leurs volontés conformes à la raison, par conséquent autonomes et souverains, n'exerçant ni pression ni traction les uns sur les autres. Toute l'autorité réside dans la notion commune du juste ; cette notion s'applique avec intervention de passions dont aucune ne divise la conscience contre elle-même ni les consciences entre

elles. Mais dans Télat social de guerre, on s'accorde, faute de meilleure entente et de droiture générale, à pincer la raison ou son équivalent dans une autorité externe, et Ton s'oblige à tirer d'une telle autorité (loi OLi coutume, prince, magistrats ou peuple, il n'importe ici) la formule de son droit et de son devoir ; puis à subir, ne le voulût-on plus, des arrêts qu'on n'a pas rendus. Or, quand la question est ainsi posée, il est facile de voir que nulle personne ne peut admettre, en comparant le premier état, qui est l'idéal, avec le second qui est le fait, que son abdication en passant de l'un à l'autre doive ou puisse même être totale, ni que l'obligation qu'elle contracte s'étende à tout, ni que la fiction dn la sagesse incorporée dans une institution que les hommes font jouer, doive posséder la vertu de l'infaillibilité par hypothèse. Non seulement ce serait renoncer à la raison et à la conscience, ce qu'il n'est pas en noire pouvoir de faire, alors même que nous reconnaissons nous en éloigner, mais le mensonge en cela impliquerait un cercle vicieux, puisque nous remettrions loLiLe notre conduite et nos destinées à des moyens de décision infectés au fond du même vice de guerre contre lequel nous cherchons remède et garantie ; et nous abandonnerions notre droit personnel de défense à l'ùgard du pouvoir que nous instituerions, qui peut devenir notre plus dangereux ennemi, tandis que notre but est d'augmenter l'efficacité de ce droit: il y aurait contradiction.

L'expérience concorde avec la théorie. L'absorption totale du droit individuel dans les sociétés les plus éiiergiquement concentrées n'a jamais été atteinte. Longtemps avant qu'elle ait pu l'être, la révolte est venue détruire le travail des agents de despotisme. Toujours la partie effectivement réservée des droits et des pouvoirs naturels de l'homme a eu plus d'importance que la partie délaissée ou usurpée, même quand cette dernière a paru s'étendre aux points les plus inaliénables on donné lieu aux entreprises les plus excessives. Il n'est pas moins certain qu'une action quelconque a tou-

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