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LE RESPECT ET LES SENTIMENTS ESTHETIQUES

à notre nature. Je veux parler de ceux qu^on appelle esthétiques. Ils n'appartiennent pas spécialement à Tordre moral, mais ils soutiennent avec cet ordre une relation si étroite, que je dois les toucher ici brièvement. Nous les retrouverons encore ailleurs et non moins importants pour notre sujet.

J'ai dit que la nature réduite aux existences inorganiques et végétales ne renfermait rien qui nous parût exiger le respect, si ce n'est par rapport à nos propres fins et en tant que supposée favorable à leur développement. Mais au nombre de celles-ci nous devons compter, non seulement les objets de notre utilité proprement dite, mais encore ceux de notre admiration, de notre satisfaction désintéressée, de nos sentiments du beau et du sublime. Ces dififérents termes sont relatifs à de certains états ou propriétés des choses, qui méritent à nos yeux d'être pris pour buts, qui sont en conséquence des biens d'un certain genre, ayant ce caractère, quoique plaisants et désirables, de ne point concerner nos intérêts, et que souvent nous trouvons tout réalisés quand nous contemplons la nature. Or le sentiment du respect est toujours, en une certaine mesure, impliqué dans le sentiment esthétique. Ce dernier est approuvé par la raison qui le reconnaît éminemment conforme à l'essence et à la vie intérieure de Tagent moral, harmonique avec ses notions d'ordre et ses vertus ; il vient donc à l'appui du devoir tel qu'il a été déduit.

En fait, il est remarquable que le sens du beau, lorsqu'il est vraiment développé chez l'homme, lui inspire le respect de la nature, partout où des motifs supérieurs ne le pressent point de s'attaquer à elle. 11 cesse de lui parler, au contraire, aussitôt qu'il y a menace ou danger évidents pour lui dans l'état des éléments ou des choses naturelles. Ainsi le sentiment et le devoir existent ensemble et finissent ensemble.

Le respect dont il est question ici diffère beaucoup de celui dont nous constaterons l'existence dans une autre sphère de la moralité, la sphère de la justice.

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Aussi voyons-nous qu'il ne saurait s'appliquer simplement et sans réserve à Tordre dabien dont nous parlons, puisque Tutilité (celle de l'agent, la seule à laquelle nous puissions avoir égard jusqu'à présent^ en partie le favorise, en partie le contrarie et le restreint ; et qu'il ne s'adresse aux formes du beau et du sublime dans la nature qu'autant que le sentiment qu'elles éveillent reste pur et inaltéré, c'est-à-dire désintéressé. Bien plus, la sphère du beau se modifie et s'étend par l'œuvre de l'homme, et cela précisément en raison du travail qu'il accomplit pour ses fins propres en se départant de son respect pour la nature qu'il s'assujettit. Le beau devient à son tour comme le bien u» mobile pour modifier l'ordre extérieur et le rendre^ quand il le faut, plus conforme à l'ordre qui est en nous. La loi de respect et la loi de travail continuent à se balancer.

Le sentiment du beau trouve ainsi sa plus haute satisfaction naturelle dans un certain accord de ce que l'agent raisonnable, artiste maintenant, respecte autour de lui de l'originalité de la nature et de ce qu'il modifie ou transforme en y mettant son empreinte. Mais pour le sentiment du sublime, ce ne saurait être un résultat d'œuvre d'homme, dans le règne de la nature ; c'est plutôt le respect même et le respect seul, en présence de ce qui passe notre entendement et nos forces.

J'ai parlé du beau par anticipation. (V. chap. xl et suivants.) Je nommerai maintenant le vrai, qui lui est tout conforme dans l'ordre des choses désintéressées. La recherche de la vérité obéit certes à un mobile d'intérêt, dans le travail que réclame la raison. Explorer les phénomènes de la nature, en dévoiler autant que possible l'enchaînement et les rapports, en connaître la portée sur ce qui nous concerne, ce sont là de grandes conditions pour éviter des maux et pour obtenir des biens. Etudier par expérience et par spéculation les lois naturelles, et jusqu'aux lois de l'esprit, indépendamment des applications qu'elles peuvent avoir, c'est encore un moyen, en tout cas, un effort de précaution

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