L AGENT RAISONNABLE ET LES ANIMAUX
et de prévoyance pour se mettre en état de parer à des dangers et d'arriver à des découvertes futures et profitables. Mais l'agent raisonnable va plus loin et attend davantage de lui-même. Comme il a le sentiment du beau, il a aussi la curiosité, le désir et l'ardeur de savoir; et comme il éprouve des émotions qui n'ont pas affaire à ses intérêts, comme il porte son énergie à réaliser des fins relatives à ces émotions toutes seules, de même il l'applique à connaître, sans aucun autre but que de connaître. La raison humaine atteint seulement ainsi, poursuit du moins son idéal le plus élevé dans la sphère de l'entendement. La réalisation de l'ordre complet qu'elle conçoit pour achever de déployer ses puissances est à ce prix. Mais cet ordre accompli de la nature raisonnable, puisqu'il dépend de la connaissance appliquée au monde extérieur, donnerait l'ordre même de ce monde au moment où le but serait atteint. Il n'importe plus alors que la nature des choses ainsi révélée fût ou non conforme à nos biens particuliers. La foi n'est pas interdite, mais ici la science doit primer la foi. A ce degré le plus élevé du désintéressement, la vérité a sa grandeur souveraine, impose le respect, quels qu'en puissent être les termes et les conséquences ; l'aimer est une vertn, la poursuivre un devoir, la sentir dans l'immensité de son inconnu, un état sublime qui mettrait le sceau à la moralité de la personne encore abstraite que nous considérons. (V. chap. XII, XLvii, et lxvi.)