‹ Science de la moraleChapitre 51 sur 147 · DU PARTAGE DES DEVOIRS ET DE LA RESPONSABILITE IO · texte numérisé non relu

DU PARTAGE DES DEVOIRS ET DE LA RESPONSABILITE IO

l'obligation morale devienne matérielle, alors la dignité est irrévocablement perdue ; Thomme est un agent contraint et non plus libre ; la société développe des actes forcés, non spontanés et moraux ; le précepte qui veut que nul ne soit simple moyen pour la fin d'autrui est violé par les procédés mêmes qui prétendent l'appliquer et chaque personne réduite à l'état de simple moyen pour les fins de tous, qui comprennent les siennes. Ainsi la justice et la raison répugnent à cette méthode. Le communisme, en tant que loi de contrainte, est incompatible avec la loi morale.

La troisième hypothèse fait une part au facultatif et au particulier, une part au commun et au contraint dans les devoirs dont l'accomplissement est nécessaire à l'obtention de chaque fin individuelle. En tant qu'il y a communauté et contrainte, nous rentrons dans le système que je viens déjuger, et la liberté, le précepte du respect sont violés. En tant que l'agent reste libre de ses travaux, au contraire, et maître de ses jouissances, nous passons à la seconde hypothèse, dont il reste à se rendre compte.

En supposant qu'une sphère propre est réservée à chacun pour la poursuite et la jouissance de sa principale fin individuelle, je suis amené à supposer aussi que la société part d'un certain état initial où d'égales sphères de ce genre sont à la disposition de chacun. Je ne me demande pas maintenant s'il est possible de les instituer de manière à satisfaire à cette nécessité de justice, en ayant égard aux relations de famille et à la multiplication des hommes et sans manquer à la prévision de l'avenir. Les problèmes complexes viendront plus tard. Il suffit, pour celui qui m'occupe, que je puisse et que je doive rationnellement admettre les sphères données en fondement, d'une façon quelconque, à la société des êtres raisonnables. Et, quoi qu'il en soit, on ne contestera pas qu'au moment où se présente un de ces cas d'assistance dont je traite, plusieurs des personnes qui la réclameraient et dont j'examine le droit n'aient été par le fait en possession d'une sphère

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suffisante, où elles se sont développées comme elles l'ont voulu. Je pourrais, à la rigueur, me borner à considérer des personnes ainsi loties : je les prends pour exem* pies de ce qu'il faut qu'elles soient toutes en principe.

La sphère propre dont je parle est ce qu'on doit appeler la propriété : un certain assemblage de choses d'avoir propre de chacun, autour de lui, et qui renferment pour lui des moyens suffisants d'atteindre ses biens particuliers essentiels sans dépendre d'autrui.

Mais, sitôt que la propriété est posée, chacun se trouve chargé de la partie de la tâche sociale qui concerne son développement propre. C'est librement qu'il doit y pourvoir ; c'est donc sous sa responsabilité personnelle : jamais idées ne furent mieux liées. Le partage des travaux et des biens ne serait pas sérieux, s'il n'était fait que sous la réserve d'un recours à autrui de la part de celui qui néglige ses travaux ou dissipe ses biens. L'associé peut avoir des droits sur ses associés, à d'autres égards et par l'effet de toutes sortes de conventions réelles ou tacites : il n'a ici que des devoirs. Non seulement il ne serait pas juste d'intervenir dans la situation que la propriété a créée, de mettre purement et simplement un homme en présence d'un homme, et de lui donner droit au concours de ce dernier, mais môme à l'instant où ce concours devient nécessaire, souvent c'est le droit de ce dernier et c'est le droit de tous qui est violé par le fait du manquement de l'autre à son propre devoir. Ainsi la justice peut se trouver formellement contraire à l'assistance, dans l'hypothèse d'une société rationnelle.

Quand la justice cesse de parler, et même quand elle a droit de se plaindre, le sentiment subsiste et se plie de sa nature à tous les cas particuliers dont la matière casuistique est grande. Mais alors le devoir de bonté est limité, comme nous le savons, par la justice : justice envers soi, ou devoir de conservation de chacun ; justice proprement dite, ou envers autrui, à cause de la série des obligations de chacun (V. les deux chapitres précédents).

DU DEVOIR d'assistance CONSIDÉRÉ SOCIALEMENT IO9

Je reviendrai, pour conclure, au problème de Topposition des devoirs et à Texamen d'un moyen proposé pour tout concilier.

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