‹ Science de la moraleChapitre 56 sur 147 · BU BONHEUR ET LES FINS VOULUES POUR ELLES-MÊMES · texte numérisé non relu

BU BONHEUR ET LES FINS VOULUES POUR ELLES-MÊMES

Véducaiion des devoirs ; et il faut y joindre celle qui nie l'existence des actes indifférents. En effet, si le devoir est étranger de sa nature à la considération des fins, il ne saurait être plus ou moins lui-même; un acte donné y est ou non conforme; entre le devoir accompli ou non, quels que soient les cas, il n'y a rien qui permette une mesure. D'un autre côté, les actes dits indifférents ne sont ainsi nommés que par rapport au devoir, cardes rinstant que nous nous y portons, il est constant que nous les dirigeons à des fins petites ou grandes, d'agrément ou d^utilité. Mais au fond, si nous cherchions bien nous trouverions toujours quelque devoir engagé dans la détermination et dans le choix. Si donc nous entendons le devoir à la manière de Kant, il faudra en poursuivre l'application aux derniers détails^ et ce sera un précepte de ne rien faire qui n'en résulte, de ne rien admettre comme indifférent à ce devoir pur. C'est ce qui est impraticable. Au contraire, quand nous acceptons la considération des fins comme légitime, nous pouvons demeurer dans les limites du devoir tel que nous l'entendons, en le laissant se déterminer spontanément par les fins, et nous appelons alors indifférents les actes qui à cause de la minimité de ces dernières et de l'absence de plus importantes, sont étrangers au devoir, c'est-à-dire, selon nous n'intéressent aucun grand devoir. C'est bien ainsi que parle la conscience morale, tout système à part. Elle nous enseigne aussi que tous les devoirs ne sont pas égaux, parce que les fins dont ils sont inséparables ne sont pas égales, et que la nature des passions liées à nos actes, d'une part, de l'autre, les suites qu'ils ont, quand nous les prévoyons, sont éminemment propres à aggraver ou à atténuer nos manquements au devoir; d'où il suit que le devoir lui-même ne s'impose pas toujours avec la même force. La solution de cette question, envisagée ici dans l'abstrait, devient encore plus impérieuse et plus nette quand on a égard aux conditions empiriques des sociétés où le devoir pur est à peine applicable (V. passim dans la suite et particulièrement chap. lu et suivants et xciv).

La considération des fins ne pouvant être exclue du devoir, il est arrivé naturellement que les moralistes les ont envisagées dans les classes qu'elles composent, ont fait leur choix parmi celles-ci pour composer des systèmes d'éthique. Ils ne se sont pas trompés en pensant que les fins sensibles ou rationnelles, personnelles ou impersonnelles sont vraiment des mobiles moraux, mais bien en ne cherchant pas une loi générale qui les gouverne ; et ils ne se sont pas entendus sur la préférence à donner aux unes ou aux autres en tant que rectrices, parce qu'elles sont toutes bonnes, telles que ordinairement il les ont définies, mais qu^il n'en est aucune qui porte règlement pour les autres ni pour elle-même.

La loi de Kant a cet incomparable mérite de n'impliquer point de fin déterminée à atteindre, mais de s'appliquer à l'une quelconque en la réglant, et en même temps cependant de poser, sous ce nom de loi, la plus radicale fin qu'il y ait pour toute personne, savoir la personne même à respecter par la personne : d'où le droit et le devoir ; ensuite de donner, dans le principe de la généralisation des maximes, un critère d'application qui est, on peut le dire, la forme même de la raison pratique. C'est par là qu'il a fondé la science. Il n'y a d'ailleurs nulle difficulté à comprendre que la loi morale n'exige l'abandon ni l'oubli, dans l'acte de devoir, d'aucune fin qui paraisse désirable pour elle-même. La loi demande seulement que la fin ainsi poursuivie souffre l'application de la loi, ou ne soit point contraire au devoir. Cette correction des formules de Kant ne fait que rendre à la nature son dû et supprimer un paradoxe, et laisse à la morale toute son élévation et sa force.

Je vais parcourir rapidement les principes secondaires de la morale, c'est-à-dire les fins qui réunies sous certaines classes servent à édifier des systèmes et conservent, tout système à part, une valeur considérable, non plus à titre de loi mais à titre de grands mobiles d'action compatibles avec la loi et capables d'en assurer l'empire, si on les entend bien, si on les dépouille

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