PRÉFACE. VII
ambition ne pouvait se contenter du rôle de missionnaire chrétien ; il voulut malheureusement devenir le fondateur d'une religion nouvelle. Après quinze années de méditations , il entreprend la conversion de son pays à ses idées. Sa prédication est couronnée du succès, et en quelques siècles la moitié du monde connaît la loi de Mahomet.
La religion musulmane est, après le bouddhisme et la religion chrétienne, qui est la seule vraie, une des religions le plus répandues (1). La moitié de l'Asie et de l'Afrique et une partie de l'Europe suivent la loi de Mahomet. Que dis-je? Un moment l'Europe entière fut sur le point de voir ses temples changés en mosquées, et il y a moins de quatre siècles que les musulmans occupaient encore des provinces d'un royaume limitrophe de la France. Cependant, on s'est formé de cette religion les idées les plus fausses. Durant plusieurs siècles, on a donné aux musulmans le nom de païens^ et le
(1) La religion musulmane s'étend depuis le cap Vert, à l'ouest, jusqu'aux côtes de la Nouvelle-Guinée, à l'est; depuis Mozambique, au sud, jusqu'à la Lithuanie, au nord. (11 y a en Lilhuanie, sous le gouvernement russe, des Tartares mahométans établis depuis le XVe siècle.) On dit qu'il y a des musulmans parmi les nègres marrons ou insurgés indépendants de la colonie de Surinam.
Vlir PRÉFACE.
Tasse lui-même les a désignés sous ce nom dans son admirable poème (1).
Toutefois, (' jamais peuple, » ainsi que l'observe fort bien un écrivain célèbre, « ne fut plus éloigné de ce que nous appelons improprement le paganisme et ne fut plus attaché, sans aucun mélange, à l'unité de Dieu. ^)
On a été plus loin: on a nommé les divinités qu'on a prétendu qu'ils adoraient : Vénus, Astarté, la Lune, Uranie, etc. On a même divinisé pour eux Safa etMerva, collines de la Mecque.
On est tombé dans des erreurs aussi étranges pour tout ce qui concerne leurs autres dogmes et les pratiques de leur culte (2).
Aujourd'hui, si l'on ne nomme plus les musul-
(1) Cela tient à ce qu'en Italie, où on connaît si bien les langues classiques et l'antiquité grecque et latine, on ignorait ce qui concerne les religions modernes, parce qu'il était formellement défendu de lire des livres hérétiques. Ainsi, on n'y connaissait pas la religion musulmane, et encore moins les différentes divisions du protestantisme. Pour publier le Coran, Maracci fut obligé de le réfuter et de le déchiqueter dans son travail.
(2) Reland, dans son ouvrage intitulé : De religione mohammedicâ, s'est attaché à réfuter les fausses inculpations que l'on a accumulées contre l'islamisme et contre Mahomet. Mais j'avoue que Reland est trop indulgent et qu'il prend la défense de bien des choses que je crois difficile de pouvoir justifier. On pourrait peutêtre même lui reprocher un peu de partiaUté pour les musulmans.