‹ Science des religions. L'lslamisme, d'après le Coran; l'enseignement doctrinal et la practiqueChapitre 63 sur 129 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

En troisième lieu, il faut confesser : 1° qu'il y a des livres de Dieu qui, par l'entremise de Gabriel, ont été envoyés du ciel aux prophètes qui sont sur la terre. Ces livres ne sont jamais envoyés qu'à des prophètes, et Gabriel ne vient visiter que les prophètes.

2° Que le Coran (1) a été envoyé au prophète Maho-

(1) Quoique nous ayons trois traductions françaises du Coran, cet ouvrage est peu connu. Il ne peut d'ailleurs être goûté qu'en arabe, et encore faudrait-il que les versets de ce livre fussent dans leur ordre naturel, et qu'on n'y trouvât pas des répétitions fatigantes ; car on sait que Mahomet n'a point annoncé le Coran tel que nous l'avons maintenant : sa rédaction ne date que de la treizième année de l'hégire, la deuxième de la mort du prophète. Ce fut Osman qui fit recueillir par Zéid, secrétaire de Mahomet, les fragments du Coran. Celui-ci rapprocha' les versets qui ont entre eux quelque analogie, observant surtout de placer ensemble ceux qui sont terminés par une même rime. Il eut encore soin de mettre d'abord les versets clairs et intelligibles, et de rejeter à la fin ceux qui présentaient un sens obscur ; aussi les premiers chapitres du Coran sont-ils bien plus faciles à entendre que les autres. La division en chapitres est postérieure. Les premiers sont très-longs (*) ; ceux

(*) Le premier de tous fait une exception, mais ce chapitre est une sorte d'introduction à tout l'ouvrage. Les musulmans l'ont toujours à la bouche. Il est chez eux ce qu'est le Pater chez les chrétiens. J'aurai plus loin occasion de le citer.

met (que Dieu lui soit propice et lui accorde le salut), fragment par fragment, dans l'espace de vingt-trois ans.

3° Que le Pentateuque (1) a été envoyé au prophète Moïse, sur qui soit la paix.

¥ L'Évangile (2) au prophète Jésus, sur qui soit la paix.

qui suivent le sont moins, et enfin les derniers sont très-courts. Chacun de ces chapitres porte en titre un des mots des premières lignes ou un des plus saillants du chapitre. Ainsi l'un se nomme Chapitre de la vache, l'autre de la fourmi, celui-ci de l'abeille, celui-là de la fumée, etc. Le Coran est à la fois le code religieux et civil des musulmans. Il contient des histoires du temps passé ; des lois morales, religieuses et civiles ; des prières et des louanges de la divinité ; enfin les arguments dont se servit Mahomet pour établir sa mission.

Les musulmans se sont beaucoup occupés de ce livre. Ils y ont compté 114 surates, dont 70 écrites à la Mecque et 44 à Médine ; 621 parties nommées ajza et 6,236 versets. 11 renferme 79,439 mots et 323,670 lettres. On y trouve le nom de trente prophètes, savoir : Adam, Seth, Noé, Abraham, Ismaël, Isaac, Jacob, Joseph et ses onze frères, Ésaù, Jonas, Loth, Saleh, Houd, Jethro, David, Salomon, Zoul-Kefel, Zoul-Noun, Élie, Locman, Élaziz, Saûl, Jéhu, Zacharie, Job, Moïse, Aaron, Jésus et Mahomet.

(1) Mouradgea d'Ohsson, sur l'autorité d'Ahmed- Efendi, cite (Tabl. de l'Emp. ott., t. I, p. 194) les passages du Pentateuque dont les musulmans étayent la mission de Mahomet. Je les ai mentionnés en tête de ce recueil.

(2) On trouve des traductions arabes, persanes et turques de ce que les musulmans appellent l'Évangile, résumé, paraît-il, des quatre Évangiles, dans les bibliothèques publiques de Constantinople, ainsi qu'on peut voir dans Toderini, Letteratura Turchesca. Les musulmans, fondés sur le Coran, lxi, 6, étayent aussi de ce livre la mission de leur prophète, en lui appliquant les passages où il est question du Paraclet, ainsi qu'on l'a vu plus haut, quoique, fondés encore sur le Coran, ils accusent les chrétiens d'avoir altéré l'Évangile, de même qu'ils accusent les juifs d'avoir falsifié et corrompu le Pentateuque et le Psautier.

5° Le Psautier à David, sur qui soit la paix. 6° Que les autres livres ont été envoyés à d'autres prophètes.

En Europe, on a imprimé plusieurs fois les Évangiles en turc. Dès 1666, Seaman les donna -à Oxford, et de nos jours la Société biblique de Russie et celle de Londres en ont publié deux différentes traductions. Le Nouveau-Testament turc de la Société biblique de Londres a été imprimé à Paris à l'Imprimerie royale, par les soins de feu le savant et modeste interprète du Roi, Kieffer. On ne saurait donner trop d'éloges à ces hommes dévorés du zèle de la maison de Dieu, qui veulent faire participer à la connaissance de l'Évangile toutes les nations de la terre. La propagation de ce saint livre pourra peut-être un jour réunir tous les hommes à une même croyance, ou du moins les rapprocher par les liens delà plus douce et de la plus pure morale qui ait jamais été enseignée.

Puisque j'ai cité Toderini, je ne puis m'empêcher de dire combien la traduction française qu'en a donnée l'abbé de Cournand est infidèle. Sans parler des mots orientaux qui y sont totalement altérés, et de plusieurs noms d'auteurs européens connus et célèbres, également défigurés, la traduction contient bien des contresens, qui en rendent souvent la lecture inintelligible. L'auteur a toujours traduit assai par assez, sans s'embarrasser du sens : c'es1 ainsi qu'on lit, entre autres exemples que je pourrais citer, t. Il, p. 94 : « La bibliothèque de la mosquée royale du sultan Bajazet II est assez postérieure au temps où ce prince a vécu, puisqu'elle fut établie plus de deux siècles et demi après la mort de cet empereur. » Il fallait traduire « est très-postérieure, etc. « Le traducteur a toujours rendu per par pour, comme on peut voir, entre autres, t. 1, p. 235 où on lit : <c Cette célèbre sonate... j'ai trouvé... qu'elle se conserve encore pour tradition. » Il faut : « par tradition, d

Voici quelques-unes des phrases inintelligibles qui défigurent cette traduction. T. II, p. 18 : « Une mosquée si somptueuse ne devait point manquer de son médressé. » Il fallait dire : « manquer d'avoir, » ou mieux : « Il était naturel qu'une mosquée si somptueuse eût un médressé. » Ibid., p. 177 : « Ces deux alcorans sont venus de mosquée. » II y a dans l'italien « de la Mecque. » Il serait facile de faire d'autres citations'. D'ailleurs, je ne sais pourquoi le traducteur français a très-souvent omis les notes de l'auteur italien.

7° Que tous les livres de Dieu se montent à cent quatre (1); qu'ils sont tous vrais ; que toutefois le sublime Coran, qui est descendu du ciel le dernier de tous, doit être suivi, jusqu'au jour du jugement, dans les lois qu'il a établies. Qu'il ne peut être ni abrogé ni changé. Quelques lois des anciens livres révélés ont été abrogées par le Coran, et actuellement il n'est plus permis de les suivre.

(1) Aux quatre livres révélés dont il est fait mention dans le texte, les docteurs musulmans en ajoutent encore cent. Selon la tradition musulmame, dix de ces livres ont été donnés à Adam, cinquante à Seth, trente à Enoch, et dix à Abraham.

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