‹ Science des religions. L'lslamisme, d'après le Coran; l'enseignement doctrinal et la practiqueChapitre 64 sur 129 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

En quatrième lieu, il faut confesser : 1° qu'il y a des prophètes envoyés de Dieu sur la terre (4).

2° Qu'Adam ( sur qui soit la paix ) , lequel Dieu créa de terre, est le premier des prophètes et le père de tous les hommes. Que Dieu ayant dit aux anges de se prosterner devant Adam, tous le firent, excepté

(1) Je saisis l'occasion de dire encore un mot du système qu'a suivi Mahomet en prêchant l'islamisme. Il annonçait « qu'il n'y avait jamais eu et qu'il ne pouvait y avoir qu'une seule véritable religion; que, quoique les lois particulières ou les cérémonies soient seulement à temps et sujettes au changement, conformément à la direction de la Providence, cependant la substance de la religion étant une vérité éternelle, elle ne pouvait être changée, mais demeurait toujours la même ; et il enseignait que toutes les fois que cette religion avait été négligée ou corrompue dans l'essentiel, Dieu avait bien voulu donner de nouveaux avertissements au genre humain par divers prophètes, entre lesquels Moïse et Jésus ont été les plus distingués jusqu'à la venue de Mahomet, qui était comme le sceau des prophètes, et qu'on n'en devait attendre aucun autre après lui. » (Sale, Obs. hist. et crii. sur le Mahométisme .)

D'après son système, tous les prophètes et Jésus-Christ lui-même ont professé l'islamisme, bien que leurs lois et leurs institutions n'aient pas été les mêmes.

Éblis (1), qui, ne s'étant point prosterné devant lui, fut maudit de Dieu et chassé du Paradis ; mais Dieu lui accorda la faveur de vivre jusqu'au jour de la résurrection. Qu'Éblis eut beaucoup d'enfants ; que lui et ses enfants s'introduisent dans l'intérieur des fils d'Adam, et s'efforcent de les séduire d'une manière quelconque ; mais qu'ils ne peuvent, par force, rendre personne ni infidèle, ni désobéissant à Dieu. Qu'ils tentent très-fortement les hommes : que chaque croyant doit les regarder comme des ennemis, et doit résister à leurs suggestions.

3° Que le dernier des prophètes est Mahomet (2), sur qui soit la paix. Qu'entre Adam et Mahomet, un grand nombre de prophètes ont paru sur la terre (3). Que

(1) C'est-à-dire Satan. Le commentateur turc fait observer qu'Éblis n'a pas été précisément maudit pour avoir refusé de se prosterner devant Adam, mais parce que ce refus était une désobéissance formelle envers la divinité.

(2) On a débité sur Mahomet tant de fables ridicules, qu'il n'est pas étonnant que quelques-unes ne soient pas encore tombées dans l'oubli; ainsi bien des gens sont persuadés que Mahomet était attaqué d'épilepsie et qu'il avait dressé une colombe à s'approcher de son oreille pendant ses accès, afin que l'on crût qu'elle lui annonçait les révélations de Dieu.

(3) On tient de Mahomet que leur nombre se monte à cent vingt-quatre mille. Les musulmans rangent dans cette classe tous les patriarches de l'ancienne loi ; ils donnent même à quelques-uns d'entre eux des titres particuliers. Ainsi ils nomment Adam le pur en Dieu; Seth, l'envoyé de Dieu; Enoch, V enlevé par Dieu; Noé, le sauvé par Dieu; Abraham, l'ami de Dieu; Ismaël, le sacrifié en Dieu (les musulmans appliquent à Ismaël ce que Moïse dit du sacrifice d'isaac) ; Joseph, le sincère en Dieu; Job, le patient en Dieu; Moïse, la parole de Dieu; David, le vicaire de Dieu; Salomon, Vaflîdé en Dieu; Élie, le mandataire de Jésus; Jésus-Christ, l'esprit de Dieu; enfin Mahomet, le prince des prophètes: ils lui donnent aussi plusieurs autres titres.

Dieu en connaît le nombre. Que Mahomet, sur qui soit la paix, est le plus excellent de tous, et que son peuple est le meilleur de tous les peuples. Qu'il est notre prophète ; que chacun des prophètes venus avant lui a été envoyé à un peuple différent, les uns avec des livres, les autres sans livres ; mais que Mahomet a été envoyé à tous les hommes et aux génies mêmes (1) ; que sa loi subsistera jusqu'à la fin du monde ; que ses miracles sont en grand nombre ; que, de son doigt béni, il a fait couler les eaux, il a divisé la lune en deux parties ; que les animaux, les arbres et les pierres lui parlaient et lui disaient : « Tu es un prophète véridique. »

4° Qu'une nuit il fut transporté de la Mecque à Jérusalem, la ville bénie ; que de là il monta aux cieux; qu'il vit le paradis et l'enfer ; qu'il s'entretint avec le Très-Haut et qu'il le contempla (hormis ce grand prophète, personne au monde n'a vu Dieu et personne ne le verra jamais ; toutefois, en l'autre vie, les croyants le verront dans le Paradis, et contempleront son essence qui n'a aucun des accidents de la matière) ; qu'ensuite il descendit des cieux et revint à la Mecque avant l'aurore ; que ses autres miracles sont en grand nombre ;

(1) Sous cette dénomination, les Orientaux comprennent les bons et les mauvais anges, et même les géants qui ont fait la guerre aux hommes dans les premiers temps; mais ils donnent ce nom, avec une signification plus restreinte, aux esprits qui tiennent une espèce de milieu entre les bons et les mauvais anges. C'est de ces derniers qu'il est ici question ; il y en a de fidèles et d'infidèles.

Le commentateur turc a soin de faire observer que Salomon commandait aux génies, mais qu'il ne s'en suit pas qu'il fût prophète à leur égard.

que le plus grand de tous est le Coran (1) ; qu'aucune créature du monde ne peut faire un chapitre semblable à un des plus courts de ce livre divin. Il est en effet dans l'ordre que le Coran étant la parole de Dieu, les créatures ne puissent rien faire de pareil.

(1) « Tel, pour savoir lire un peu d'arabe, sourit en feuilletant l'Alcoran, qui, s'il eût entendu Mahomet l'annoncer en personne dans cette langue éloquente et cadencée, avec cette voix sonore et persuasive, qui séduisait l'oreille avant le cœur, et sans cesse animant ses sentences de l'accent de l'enthousiasme, se fût prosterné contre terre, en criant : « Grand prophète envoyé de Dieu, menez- « nous à la gloire, au martyre ; nous voulons vaincre ou mourir pour « vous. » (J.-J. Rousseau, Essai sur l'origine des langues.)

Quoique Mahomet appartînt à la tribu la plus distinguée parmi les Arabes, il ne savait ni lire ni écrire (*), ce qui n'est pas étonnant; puisqu'à l'époque où il commença à prêcher l'islamisme, il n'y avait à la Mecque qu'un seul homme qui sût écrire. Toutefois, le Coran est un modèle de style, tant pour la pureté que pour la majesté de l'expression. Il est en prose poétique et rimée, et non pas en vers, comme l'a dit Savary. Dans ce livre, Mahomet défie ses adversaires d'écrire aussi bien que lui, et il donne sa victoire littéraire en preuve de sa mission. -

Les musulmans ne manquent pas de citer bien des miracles de leur prophète ; toutefois, il déclare hautement dans le Coran qu'il est seulement chargé de rétablir le culte du vrai Dieu, et non point de faire des prodiges. Malgré cette déclaration, on lui en demanda plusieurs fois en preuve de sa mission, et à ce prix ses adversaires lui offraient d'embrasser l'islamisme. « Ils refusent de croire, disentils, lit-on dans le Coran, jusqu'à ce que des merveilles semblables à celles qu'ont opérées les prophètes aient attesté une mission divine ; et s'ils voyaient des miracles, ils les attribueraient aux effets de la magie. Les cieux et la terre ne leur en offrent-ils pas sans nombre? Endurcis comme ils le sont, quand le Coran ferait mouvoir les montagnes, quand il partagerait la terre en deux et ferait parler les morts, ils ne le croiraient pas. » (Trad. de Savary. — V. l'ouvrage de Pastoret, intitulé : Zoroastre, Conf. et Mah., p. 254.)

(*) Coran, xxix, 47.

5° Mahomet (sur qui soit la paix) a épousé plusieurs femmes, savoir : Khadija, Aïscha (1) et d'autres (que Dieu soit content d'elles). Il a eu plusieurs fils, Casem, Abd'allah et Ibrahim (que Dieu soit satisfait d'eux), et plusieurs filles, Fatime, Rokié, Zénab et Ommu-Kelsoum (que Dieu soit content d'elles). Il a eu tous ces enfants de Khadijé, hormis Ibrahim, qu'il eut d'une esclave nommée Marie ; ils moururent avant lui, excepté Fatimé qu'il maria à Ali. Hassan et Houssain provinrent de ce mariage. Fatimé est la plus excellente des filles du Prophète, et elle est celle qu'il chérissait le plus (2).

(1) L'épouse bien-aimée de Mahomet. Elle n'avait que neuf ans lorsque le Prophète se maria avec elle. Elle fut veuve à l'âge de vingt ans, et survécut à son époux quarante-huit ans qu'elle passa dans la continence.

Mahomet avait pris un soin particulier de son éducation, et elle était devenue la plus polie et la plus savante de ses compatriotes. Elle s'était acquis une si grande réputation, qu'après la mort du Prophète, on l'honora du titre de Prophétesse. On avait recours à elle dans les difficultés sur la religion, sur les lois, etc., pour savoir quel avait été le sentiment de Mahomet, etc. Une grande partie des traditions sont tirées de ses réponses, etc.

Aïcha fut accusée d'adultère avec un jeune officier musulman; mais elle parvint à persuader au Prophète, qui en était éperdument amoureux, qu'elle n'était point coupable. Comme cette aventure avait fait du bruit, Mahomet publia quelques versets du Coran pour déclarer son innocence, etc. Voyez la surate 2ie.

On prétend que la haine qu'elle avait pour Ali provenait de ce qu'il avait découvert cette infidélité à Mahomet, son cousin et son beau-père. Il est certain qu'on la vit montée sur un chameau, à la tête de 30,000 hommes, livrer bataille à ce malheureux calife, que ses partisans exagérés ont été jusqu'à diviniser.

(2) Les docteurs musulmans assurent que quatre femmes seulement ont atteint le degré de perfection dont la faiblesse humaine est capable : Asia, femme de Pharaon ; Marie, mère de Jésus-Christ; Khadija et Fatimé, l'une épouse, l'autre fille de Mahomet.

6° Notre prophète a reçu la révélation à l'âge de quarante ans ; il est mort à l'âge de soixante-trois ans. Il était né à la Mecque; il s'enfuit ensuite à Médine, et c'est là qu'il mourut. Il faut confesser qu'après lui aucun prophète ne doit venir, et qu'il est le sceau des prophètes.

7° Il faut aussi reconnaître vraie l'excellence des saints (1), dont le rang est toutefois inférieur à celui des prophètes.

8° Il faut confesser qu'Aboubekr (que Dieu en soit satisfait) est le plus excellent des saints (2) : il est le beau-père de Mahomet, à qui il donna sa fille Aïscha (que Dieu soit content d'elle). Le Prophète étant mort, il fut calife en sa place, et son califat est légitime.

9° Qu'après Aboubekr, le plus excellent est Omar (que Dieu en soit content). Il fut calife après Aboubekr. Son califat est légitime. Il avait marié sa fille Hafsé au prophète de Dieu.

10° Qu'après Omar, le plus excellent est Osman (que Dieu soit content de lui). Il fut calife après Omar. Le Prophète lui avait donné en mariage deux de ses filles, l'une après l'autre (la première étant morte, il lui en avait donné une seconde) ; son califat est légitime.

(1) Parmi leurs saints, les musulmans comptent saint Jean-Baptiste, saint Georges, les Sept-Dormants, etc.

(2) Aboubekr, nommé le sincère et le prédestiné, fut le premier qui se fît musulman après la prédication de Mahomet. On ne sera peut-être pas fâché de savoir qu'il disait n'avoir jamais pris une seule dragme d'aucun musulman, et n'avoir tiré du trésor de l'Etat que ce qui était nécessaire pour l'entretien d'un chameau qui lui portait de l'eau, et d'un esclave abyssin qui le servait.

11° Qu'après Osman, le plus excellent est Ali. Il fut calife après Osman. Son califat est légitime (1).

12° Que les autres compagnons du Prophète (2) se sont comportés avec justice et vérité ; que celui qui n'aime pas tous les compagnons du Prophète est un schismatique et un méchant (3). Nous les aimons, nous, et nous espérons leur intercession.

(1) Le vrai califat, c'est-à-dire la réunion dans une même personne de l'autorité spirituelle et temporelle, par l'effet d'une élection libre, n'a duré, selon les musulmans, que trente ans, c'est-à-dire durant le gouvernement des quatre premiers califes.

Lorsque le vrai califat eut cessé, pour distinguer l'autorité ecclésiastique de la civile, on consacra le nom d'imam (*) ou de pontife, pour désigner la première, et celui d'émir, prince, et plus tard de sultan, empereur, pour désigner la seconde. (Voyez des détails curieux sur cette matière et sur les douze imams de la race d'Ali, dans d'Herbelot, Bib. or., au mot imam, et dans Mouradgea d'Ohsson, Tableau de l'empire ottoman, t. I, p. 250 et suiv., édit. in-8o.)

(2) On nomme compagnons de Maîwmet les musulmans de son temps qui se sont rendus illustres parleur doctrine, par leur valeur, par leurs dignités, etc.

(3) Ces mots sont dirigés contre les Persans, qui parlent mal des trois premiers califes, ainsi que d'Aïscha, épouse de Mahomet.

(*) Le mot d'imam a bien des acceptions différentes. Il signifie d'abord celui qui préside l'assemblée, qui fait la prière en commun; on le donne ensuite aux docteurs de la loi musulmane, et enfin au chef spirituel des musulmans.

Page 1