NOTA BEN3C
ans la partie critique de notre
Science clu bien vivre , nous
lavons cherché à cacher sous la
légèreté de la forme l'aridité du
sujet que nous nous étions pro-
, posé de traiter : « Si , nous étions—
% nous dit, le mets le plus vulgaire,
'aliment le moins recherché peut, sous
'habile main de nos maîtres en gaie
science, dissimuler l’humilité de son
origine et, grâce à l’art, offrir au palais une
saveur encore ignorée, il nous sera permis, à
propos de la science culinaire, de donner cours
à des pensées utiles et de les exposer au grand
jour de la publicité, en faisant quelques emprunts
aux épisodes du jour, en demandant à la variété
de la narration quelques-uns de ses moyens. »
Il se peut cependant que, trop confiants dans
l’indulgence publique , nous ayons mal suivi
la route littéraire que nous nous étions tracée;
mais ce dont nous sommes assurés, c’est que
nous nous sommes constamment maintenus
dans celle de la vérité.
La critique, en usant d’un droit que nous ne lui dénions pas, pourra reprocher à notre œuvre un ambitieux essor, une prétention mal appuyée, une témérité que trahit sa faiblesse : nous nous livrons, pieds et poings liés, à la critique ; nous nous mettons à sa discrétion ! Mais ce dont nous demeurons intimement convaincus, c’est que la morale publique ne nous fera point un crime de l’avoir fait intervenir dans nos descriptions, et ne nous dira point avec Horace : « Sed nunc non erat his locus ! >;
Et, à ce sujet, nous aurions à nous reprocher noire discrétion , si nous ne tenions en réserve, et toujours à propos de cuisine, mais non de l’art culinaire, quelques enseignements nouveaux, quelques considérations morales, beaucoup plus importantes que celles que nous avons présentées, et que nous nous proposons de publier un jour, pourvu que Dieu nous prête vie.
Après cette explication, nous en devons une autre. La seconde partie de notre ouvrage prend le titre de Partie pratique , et si nous n’avions à offrir comme garantie des documents qui la composent que les noms des auteurs qui figurent sur le titre de la Science du bien vivre, nous pourrions être exposés non-seulement au désaveu des praticiens, mais encore au blâme de ceux de nos lecteurs qui ont voué un culte à l’art auquel nous élevons un modeste monument, et qui n’accueillent ses préceptes que lorsqu’ils émanent d’une source à laquelle il est permis de puiser.
Nous nous empressons d’instruire nos lecteurs que, pour ce qui regarde les préparations de la cuisine et de l’office, nous avons eu recours à un praticien renommé, et dont les prescriptions forment autorité. M. Vincent, successeur de M. Bricard, n’est pas seulement distingué comme un des meilleurs pâtissiers de la capitale, ses connaissances dans l’art culinaire sont aussi étendues que variées, et c’est grâce à son utile collaboration, que nous pouvons offrir à la maîtresse de maison une collection de recettes, parmi lesquelles elle aura la faculté de choisir celles qui peuvent être adoptées pour son service journalier, et celles qui, aux époques de ses réceptions, lui paraîtront devoir flatter le plus le goût de ses convives.
M. Vincent a saisi notre idée ; il a compris la portée de notre livre ; il a envisagé celui-ci comme un guide nécessaire à la maîtresse de maison qui , placée dans une position de modeste fortune, recherche tous les avantages du bien vivre, mais en subordonne les préceptes à la loi impérieuse de l’ordre et de l’économie. Cette juste appréciation l’a engagé à négliger dans ses recettes toutes les prescriptions de luxe, et c’est au point de vue de l’utile et de l’agréable que , concurremment avec lui, nous, avons rédigé nos documents culinaires , qui , nous devons en convenir, forment la partie la, plus intéressante de notre publication.