RUE RACINE
Droits de traduction et de rf production réservés pour tous les pays, y compris la Suède et la Norvège.
Published, Paris, 8 avril 1908.
approved march 3, 1905, By Ernest Flammarion, Paris.
Publié à Paris, le huit avril mil neuf cent huit. Privilège du droit d'auteur aux États-Unis, réservé en vertu de la loi
sanctionnée le 3 mars 1905, par Ernest Flammarion, éditeur à Paris.
PHILOSOPHIE DU XX° SIÈCLE
lNTI\ODUCTtON ET DÉDICACE
Au Docteur Philippe Poivrier.
Encore un volume de biologie générale, mon cher ami ; rassurez-vous ; ce sera le dernier. Le moment est venu pour moi de rentrer au laboratoire et de reprendre pied dans la réalité en m'appliquant à des études de détail.
A force de se complaire aux généralisations, on finit par se détacher de tout ce qui intéresse les \ hommes ; le démon de la philosophie vous entraîne ; l on croit d*abord qu'on est suivi de près, et l'on 1 s'aperçoit un jour qu'on est seul, dans des régions où la raison, dépourvue de tout appui, risque de ^sombrer.
Gomment ne pas se sentir pris de vertige, quand on emploie, dans sa généralité prodigieuse, le langage de l'équilibre ? 11 comprend tout ; il raconte tout! Mais il ne laisse debout rien de ce qu'on croyait, de ce qu'on aimait ! il sape l'édifice des
! Les corps n'existent plus par eux-mêmes !
soient vivants pu qu'ils soient bruis, ce no |ue des parties d'un ensemble, d'un équi-
eslesphilosophies.toutoslcs langues Iiumaiit hors d'usage, car toutes sont basées sur limum d'entité. A quoi l)on désormais batailitre les vieilles doctrines? Elles s'évanouis- .ns résistance, et, nous qui les combattions, sprouvons un grand trouble de ce qu'elles : évanouies trop coinjilètement, plus complë- , que nous ne l'avions prévu ou souhaité, ïictoire nous effraie.
ïvais su employer, <lès le début, ces merveilformules, je n'aurais sûrement pas publié e volumes. On peut accepter ou refuser de 'irdu langage de l'équilibre; mais qu'avons' liïaire à ceux qui, par insuflisance (Téduca^ athématique ou par attachement aux tradîerbales de l'humanité, ne peuvent pas ou ne t pas entendre le langage nouveau? Leurs itions et les nôtres ne ]ieuveut plus se tralans un même idiome. L'i>t on ce sens que ince n'a rien à voir avec la I''oi, r ceux qui l'acceptent, un toutiairc, et qui lissent toute la portée, les problèmes channon seulement de tfolntion mais d'énoncé ; cien nés théories ne n'*pondent plus aux ques- \ae se pose la curiosité nouvelle.
IMKODrCTION &
En particulier, la loi d'assijnilaiion fonctionnelle^ pour laquelle j'ai tant bataillé, et que Ton a si vivement Gombaltue^ parce que j'y étais arrivé péniblement au moyen du langage chimique, devient, dans le langage de Téquilibre, d'une évidence indiscutable ; c'est la définition même de la Vie !
Je l'avoue, d'ailleurs, quand j'ai commencé à faire de la Ëioiogie générale, je ne m'attendais pas à en faire pendant si longtemps. Je cherchais des formules capables d'apaiser ma curiosité philosophique, que Darwin, CJaude Bernard surtout, avaient éveillée sans la satisfaire. Avec V assimilation fonctionnelle, je crus avoir trouvé tout ce qu'il me fallait, et lorsque je publiai la Théorie nouvelle de la Vie^ je pa^iniaginai naïvement que je n'aurais plus jamais à écrire'-. Malgré l'insuffisance du langage chimique que je parlais alors, je trouvais tant d'évidence aux vérités qui s'imposaient à f^ mon esprit, que je m'attendais, en toute sincérité, V à le? voir adopter d'emblée par tout le monde pen- ' sant. J'étais bien jeune, comme vous voyez! Et [ quand je vis l'accueil peu flatteur fait à mon livre par la plupart de mes maîtres et par presque tous les critiques, un découragement invincible eût
(1) V. en particulier Dastre, La Vie et la Mort. Flammarion,
(2) Je ne parle pas du petit livre Le Déterminisme biologique qui n'était qu*un chapitre oublié du premier. .
ccédé sans doute à ma juvénile assurance, si je ivais reçu de quelques inconnus des marques n équivoques d'approbation.
Vous Tiites un de ces approbateurs inconnus, ïn cher ami ; vous publiâtes dans la charmante :vue de Georges Moreau un compte rendu détaillé
mon ouvrage. Votre analyse était si limpide c, me voyant entièrement compris de vous, je
désespérai pas de me. faire comprendre des très; je m'efforçai donc d'être plus clair dans s ouvrages nouveaux, et c'est ainsi que vous ez une part sérieuse de responsabilité dans la ip abondante production à laquelle je mets un 'me aujourd'hui. On ne sait pas jusqu'où l'on ra entraîné, quand on se met à répondre aux itiques, quand, sous prétexte qu'on est soi-même nvaincu, on caresse l'espoir chimérique de nvaincre tout le monde.
A peine avais-jo envoyé un nouveau volume à Tipression que de nouvelles objections m'arriient; avant qu'un livre fût paru, j'en préparais jà un autre qui m'empêchait de m'intéresser au rt du premier. De fil en aiguille, j'ai mérité le proche très légitime de prolixité ; ce n'est pas le iil. J'ai répété les mêmes choses sous des formes Térenles, souvent pour être plus sûr d'être mpris, quelquefois aussi peut-être, parce que je
me rappelais pas les avoir déjà dites. Il n'y ait plus de raisons pour que cela Unît. Je m'y