‹ Science et conscienceChapitre 2 sur 61 · INTRODUCTION O · texte numérisé non relu

INTRODUCTION O

suis décidé brusquement en entreprenant celle dernière publication de deux volumes dont voici le second *.

D'ailleurs, ma curiosité scientifique est satisfaile en ce qui concerne les choses générales, surtout depuis que l'adoption du langage de l'équilibre m'a permis de donner une forme plus positive à la question de la conscience épiphénomène. Vous fûtes un des seuls, cher aml^ à accepter autrefois cette théorie de l'homme marionnette ; et j'avoue que, surtout avec un exposé en langage chimique, la pilule était difficile à avaler.

Le volume que je vous dédie aujourd'hui est surtout destiné à montrer que l'étude de la conscience épiphénomène est, si paradoxal que cela paraisse, abordable par le côté expérimental. Vous ne trouverez plus ici d'hypothèse ex abrupto comme

celle de la conscience atomique. La certitude de la conscience des liaisons à une certaine é(:helle, résulte, vous le verrez, de déductions ayant un point de départ très positif dans la loi de l'habitude. Pour moi, il n'y a plus là aucune obscurité; je n'y reviendrai donc plus jamais.

D'ailleurs, j'en ai assez dit sur les questions biologiques générales, pour que, si quelqu'un s'y intéresse, ce qui prouvera chez lui une mentalité analogue à la mienne, il puisse profiter de mes

(1) Le premier est De l'Homme à la Science, Paris, Flammarion, 1907.

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quinze années de réflexions et reprendre le débal là oïl je le laisse. Et puis, si j'ai eu quelques bonne» idées, je ne veux pas les enterrer sous le poid» croissant d'une pile indigeste de volumes compacts. Ceux qui ont envie de me lire ont déjà fort à faire !

Je retourne donc au laboratoire, et je renonce à écrire davantage sur la biologie générale ! Car^ contrairement à ce que pensent beaucoup de gens^ la biologie générale n'est pas une science expérimentale ; c'est une philosophie, une synthèse des résultats obtenus par les savants dans toute» les branches des sciences naturelles. Elle prétend aussi dicter une méthode* aux chercheurs, en coordonnant leurs résultats et leur montrant le but à atteindre.

Mais en dehors des avantages pratiques indéniables qu'en peut tirer la médecine, la biologie générale est surtout une religion; je veux dire par là qu'elle résout les problèmes les plus passionnants qui se posent à nous, cesx qui intéressent

(1) Dans un fort aimable acticle que m'a consacre M. Dauriac dans la Revue Latine j cet auteur dit que ce qui caractérise pardessus tout mes ouvrages, c'est ma méthode. J'ai fait un grand effort pour tâcher de savoir queUe est en effet ma méthode ; il mesemble qu'elle consiste uniquement en une foi ardente dans la mécanique universelle. Je crois que tous les faits, à côté de leur narration humaine, sont susceptibles d'une narration mathématique, et la définition de l'erreur est pour moi dans, l'impossibilité d'une traduction mécanique ; c'est pour cela qu& je ne suis pas finaliste.

IXTRODICTIOX /

notre nature même, et auxquels nous tenons pardessus tout, parce que leur solution ne nous sert à rien, du moins à rien de pratique. La religion biologique est à l'antipode du « pragmatisme » qui semble séduire de plus en plus les jeunes philosophes. Ceux qui, comme vous, mon cher ami, ont la vraie curiosité scientifique, s'intéressent aux problèmes pour les problèmes mêmes, et sans se préoccuper de ce que rapportera leur solution.

Vous aviez sans doute espéré, et j'avoue avoir également caressé cet espoir, que la solution des questions de biologie générale arriverait à nous dicter des règles sociologiques sur lesquelles tout le monde serait forcé de tomber d'accord.

De cela il faut faire notre deuil.

La biologie nous aura aidé à détruire quelques erreurs dangereuses, mais il restera toujours des conventions à la base de la législation humaine.

De ce côté-là donc, rien de pratique ! J'espère qu'il n'en est pas de même dans le domaine thérapeutique. Mes recherches purement verbales des dernières années m'ont amené à me poser quelques problèmes précis qui me paraissent aujourd'hui susceptibles d'une élégante solution expérimentale. En m'attachantà les résoudre, je servirai^ mieux que par des livres nouveaux, les idées qui me sont chères. Une philosophie qui ne présenterait qu'un intérêt religieux aurait peu de chances

de s'imposer; elle prendra une autorité de meilleur aloi, si j'ai le bonheur de montrer qu'un langage précis et des idées claires conduisent à des résultats nouveaux dans le domaine pathologique. *

Félix Le Dantec.

Paris, décembre 1907.

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