II. — TEMOIGNAGES HISTORIQUES
Voltaire est mort le 30 mai 1778. Son autopsie fut faite j le jour suivant.
Le Rapport de Vouverture et de V embaumement du corps de M, de Voltaire, fait ie i^^ juin 177 8^ en Vhôtel j de M, le marquis de Villette^ a été imprimé dans le der- j nier volume des Œuvres de Voltaire, avec Thistoire du cœur de Voltaire par J. Janin ; préface par Didier, chez Pion, Paris, 1861. 11 a été reproduit dans la thèse de ( fidXiéi: Étude médico-littéraire sur Fbif aire, Paris, 1883; le tout m'a été signalé par M. Hahn, bibliothécaire de la Faculté, et transmis par M. Brouardel, doyen de la ^ Faculté de médecine, qui l'avait fait rechercher sur ma |
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demande. L'original manuscrit existe d'ailleurs dans Tétude de M. Prudhomme, notaire à Paris, qui a bien voulu me le communiquer. Ce procès-verbal est fort court. Il fait mention des désordres pathologiques de la vessie et autres organes, correspondants àPétat maladif de Voltaire dans ses derniers jours.
L'ouverture du crâne est mentionnée dans les premières lignes : ce qui correspond avec Fétat actuel du squelette. Quant à l'embaumement, malgré le titre, il n'en est pas parlé dans le procès-verbal, et il n'a pas eu lieu ; du moins par des agents susceptibles d'une conservation durable, ainsi que je l'ai reconnu dans mes analyses. C'est ce que l'on pouvait déjà induire du récit du transfert du corps, rapporté dans les Mémoires de Bachaumont, année 1778.
On sait que le clergé s'opposa à ce que la sépulture de Voltaire eût lieu. à Paris. Elle se fît à Scellières, près de Romilly-sur-Seine, aux environs de Troyes. Les détails nous en ont été conservés dans les œuvres de Grosley, tome II, p. 450 (1813). Ils ont été reproduits en partie dans le Magasin encyclopédique^ en 1814, tome I, p. 229 et suivantes. On lit notamment dans Grosley une lettre de Tabbé Mignot, neveu de Voltaire et abbé commandataire de Scellières. Il y raconte comment le transfert du corps fut autorisé au point de vue civil par le ministre Amelot, ainsi que par ce même curé de Saint-Sulpice, qui refusait de l'enterrer à Paris. J'ai lu moi-même, chez le notaire, la dernière autorisation manuscrite. On voit que la sépulture, quoique refusée en principe, put avoir lieu, par une certaine tolérance et dans des conditions demi-secrètes. Les choses se passaient souvent ainsi à la fin du xviii® siècle. Le corps de Voltaire, revêtu d'une robe de chambre
et la tête couverte d'un bonnet de nuit, fut assis dans un carrosse et transporté, dans la nuit du 31 mai au i*'' juin, de Paris à Scellières. Ce carrosse était suivi par un deuxième^ occupé par M. Dampierre de Hornoy, conseiller au Parlement de Paris, son petît-neyeu, et par deux autres parents du défunt : M. Marchant, maître d*bôtel du roi, et M. de la Houlière, brigadier des armées. Le transport eut lieu dans un profond secret, sans arrêt, et la voiture fermée arriva à l'abbaye le l'r juin, à midi.
Le corps fut mis en bière dans un cercueil de bois, par un fossoyeur de Romilly. Présenté à l'église à trois heures de l'après-midi, il y fut gardé toute la nuit par un religieux et par le fermier et le meunier de l'abbaye.
A onze heures du matin, le 2 juin, eut lieu un service solennel, auquel assistèrent divers curés, entre autres M. Bouillerot, curé de Romilly-sur-Seine.
Le corps fut inhumé, c'est-à-dire reçu en dépôt près la porte du chœur, dans le caveau de l'église du monastère; en attendant, disait-on, qu'on pût le transportera Ferney.
Cependant, le 3 juin, il arriva une lettre de Tévêque de Troyes pour interdire la sépulture de Voltaire ; mais il était trop tard Tout se borna à une réponse du prieur de Tabbaye de Scellières.
Le corps de Voltaire resta là jusqu'en 1791. A cette époque, Tabbaye de Scellières et ses terres furent mises entente, conformément à la loi. Cependant, le 8 mai, l'Assemblée nationale rendît un décret pour ordonner le transfert du corps de Voltaire, de Fabbaye de Scellières dans l'église paroissiale de Romilly, jusqu'à ce qu'il eût été statué sur une pétition renvoyée au Comité de constitution.
Cette première exhumation eut lieu le 10 mai, eh présence du même curé et de son clergé, des officiers municipaux, du juge de paix du canton, de deux chirurgiens de Romilly et de témoins pris en dehors de la municipalité. Elle est décrite en détail par un procès- Terbal de la municipalité de Romilly, qui a été imprimé dans une brochure de M. Babeau, publiée à Troyes en 1874. Nous possédons en outre à cet égard (Œuvres de Grosley) une lettre de M. Bouillerot, curé de Romîllysur-Seine, qui fut témoin et officia chaque fois, lors de la première inhumation à Scellières, de Texhumation précédente, de la déposition du corps dans Téglise de Rômilly, et de sa translation ultérieure à Paris, en juillet de la même année.
D'après le procès-verbal officiel, les témoins « ont trouvé le cercueil presque entier, l'ont fait tirer de terre, ont fait détacher les planches de dessus et des côtés. Les chirurgiens ont visité le corps, ont déclaré qu'il était entier, à cela près de parties des pieds dont il n'est paru aucun vestige (1) ; que le cercueil était pourri, noir et collé au corps, les chairs desséchées et cependant conservées à peu près dans leur grosseur naturelle. Lesdits ofûciers municipaux ont fait mettre ledit corps avec la planche de dessous son cercueil, à laquelle il est comme collé, dans un cercophage [sic) qu'ils ont fait apporter ; on a laissé ledit cercophage ouvert environ une heure, aux yeux du peuple et couvert de sabres croisés. M. le commandant a fait défiler la garde autour du corps, y a préposé quatre
(1) M. Babeau observe que cette rédaction semble avoir eu pour but de dissimuler l'enlèvemeat de quelques os du pied par des admirateurs, tels que le calcanéum et le premier os du métatarse.
sentinelles, etc. Cela fait, le corps a été conduit processionnellement, couvert d'un drap mortuaire, de branches et de fleurs, accompagné de' chants lugubres, de ladite église en celle de Romilly. Après la cérémonie, les officiers municipaux ont fait fermer le cercophage, ont apposé sur celui un sceau, ont laissé ledit cercophage déposé dansTéglise et préposé une garde à sa conservation... »
M. Bouillerot dit de même que, lors de TexhumatioD, on trouva un cadavre décharné, desséché en entier, dont toutes les parties étaient jointes, etc.
On voit que ces détails sont confonnesà l'état présent dans lequel nous avons trouvé les ossements déposés sur la planche à laquelle ils adhéraient en 1791. Mais le reste du premier cercueil étant pourri, a été remplacé à cette époque par un autre, qui est évidemment celui dont la partie supérieure est en forme de toit et qui est renfermé maintenant dans une troisième caisse. Ces circonstances particulières sont en parfaite harmonie avec Tétat actuel des restes et du cercueil. Quant à la disparition complète des chairs desséchées, qui subsistaient encore en 1791, c'est TefiFet naturel du temps et des phénomènes d^oxydation lente, attribuables à Tair circulant à travers les jointures d'un cercueil de bois, pendant un siècle.
Le désordre que Ton observe aujourd'hui dans ces restes est la conséquence presque inévitable des transports qui ont eut lieu successivement et à plusieurs reprises d'un cercueil dans un autre. Si j'insiste sur ces divers incidents et sur les procès-verbaux et actes authentiques qui ont marqué chacun d'eux, c'est afin d'écarter divers bruits qui ont couru dès la fin du xvm® siècle, soit sur la substitution prétendue des os-
sements d'un jardinier à ceux de Voltaire, soit sur la destruction de son corps au moyen de la chaux vive. Les documents que j'ai relatés, dus à des témoins autlientiques, tels que les lettres de Mignot et de Bouillerot, et le procès-verbal de la municipalité, ne laissent stucune place à de semblables inventions.
Le cercueil qui contenait le corps de Voltaire demeura ainsi, d'abord dans la sacristie, puis sous une tente, dans le chœur de Téglise de Romilly, jusqu'au jour prochain de sa translation à Paris. En effet, l'Assemblée constituante décida, le 30 mai, que Voltaire serait inhumé au Panthéon.
La translation eut lieu les 10 et 12 juillet 1791. Le Moniteur du 13 décrit la procession triomphale faite à Voccasion de cette cérémonie. Le cercueil était posé sur un char, sous un catafalque dessiné par David et Cellerier. Sur l'une des faces se trouvait l'inscription suivante :
Au mânes de Voltaire.
L'Assemblée nationale a décrété le 30 mai 1791 qu'il avait mérité les honneurs dus aux grands hommes.
Sur un second côté :
Il défendit Galas, Sirven, de la Barre, Montbailly.
Sur le troisième côté ;
Poète, historien, philosophe, il agrandit Tesprit humain et lui apprit qu'il devait être libre.
Sur le quatrième côté :
Il combattit les athées et les fanatiques ; il inspira la tolérance, il réclama les droits de Thomme contre la servitude de la féodalité.
Ce catafalque et ses ornements semblent aroir serrî de modèle au sarcophage qui subsiste encore. Ce dernier est bien dans le style du temps et porte les mêmes inscriptions.
Le compte des dépenses faites à Foccasion de la cérémonie existe aux Archives nationales, où je l'ai lu : il monte à 36,000 franncs.
En 1794, la Convention fit transporter d'Ermenonville au Panthéon le cercueil de Rousseau. Il n'avait pas traversé les mêmes péripéties. Le transfert eut lieu le 20 vendémiaire an 111 (il octobre 1794). Le cercueil fut placé sous un sarcophage semblable à celui de Voltaire, et qui portait cette inscription :
Ici repose Thoaune de la nature et de la vérité.
^ L'aspect seul du cercueil de plomb de Rousseau suffirait à en établirrauthenticité; il présente l'inscription latine indiquée par ses contemporains et que j'ai rapportée plus haut.
Le cercueil, comme nous l'avons constaté^ n'avait jamais été rouvert. Seulement, dans les procès-verbaux successifs et*notamment dans celui du 29 décembre 1821, on signale trois gerçures à l'endroit de la soudure, attribuées aux accidents du transport. Mais l'explication me paraît en être toute différente et attribuable à la pression des gaz intérieurs^ comme il arrive souvent pour les cercueils de plomb, au bout de quelques jours.
Les cercueils de Voltaire et de Rousseau demeurèrent ainsi au Panthéon, sous leurs sarcophages de bois, pendant la durée de la Révolution et de TEmpire, sans que personne s'occupât des monuments définitifs. Le
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provisoire se prolonge ainsi bien souvent d'une façon indéfinie.
' Cependant la face du monde avait changé; la royauté avait été rétablie ; une réaction religieuse violente s'était produite, et les restes des deux grands philososophes ne tardèrent pas à en éprouver le contre-coup. Une protestation s*éleva contre leur maintien dans les caveaux du Panthéon, rendu au culte sous son nom primitif d'église de Sainte-Geneviève, et le gouvernement d'alors décida que les restes de Voltaire et de Rousseau seraient transportés en dehors des locaux consacrés et placés dans les deux caveaux d'une salle voûtée, qui se trouve à l'extrémité de la principale galerie souterraine, sous le grand porche.
L'opération a été exécutée le 29 décembre 1821, en présence de MM. Delvincourt, doyen de la Faculté de droit et adjoint au maire du XII* arrondissement ; Marrigues, commissaire de police ; Baltard, architecte de Téglise ; Boucault, inspecteur des travaux ; Jay^ inspecteur-adjoint ; Etienne, gardien du souterrain, sous les ordres de M. Hély d*Oissel, directeur des travaux publics. J'en ai lu le procès-verbal aux Archives nationales. 11 a été d'ailleurs publié dans V Intermédiaire, 1er avril 1864, n9 57. — On y rapporte que, le sarcophage de Voltaire ayant été renversé sur le côté, on en a retiré une caisse en chêne^ dont la description répond exactement à celle que nous avons retrouvée en 1897 et qui était réputée renfermer les restes de Voltaire.
. Le sarcophage, étant de trop grande dimension pour être transporté à travers les galeries souterraines, fut démonté/ puis remonté dans remplacement désigné. Le. procès- verbal constate que la caisse qui renferma;it
les ossements de Voltaire fut replacée dans un caveau à gauche, àrendroit désigné plus haut, et le sarcophage rétabli au-dessus. ' '
On trouva également en 1821, sous le sarcophage de Rousseau une caisse en plomb, ayant à sa surface une inscription en lettres moulées, ainsi conçue, d'après le procès-verbal manuscrit :
Hic jacent ossaJohannU Jacobi Rousseau, 1778,
Le procès -verbal signale Tintégrité du cercueil de plomb, à l'exception des trois gerçures accidentelles indiquées plus haut. La caisse de plomb ne fut pas ouverte ; mais le sarcophage fut démonté, puis rétabU dans un caveau semblable à celui qui reçut les restes de Voltaire.
Les deux cercueils avaient été mis sous scellés : ces scellés, avec leurs bandes de toile, subsistaient encore en 1830. En 1897^ nous avons retrouvé les sceaux de cire fleurdelisés, les bandes de toile ayant disparu, sans doute par vétusté.
Tels sont les faits constatés par les procès-verbaux. Mais la Correspondance littéraire^ dans les numéros du 25 février 1862 et du 25 janvier 1884, signale d'autres circonstances, dontTauthenticité est moins bien établie. D'après ces récits, le cercueil de Voltaire aurait été ouvert avant la visite officielle, rapportée par le procèsverbal, et ses restes vus par diverses personnes, dont les noms ne sont pas cités.
Selon l'un des récits : « A peine ouvert, le cercueil montra Voltaire endormi ; le visage était très calme: Au contact de Tair, il s'affaissa et ne fut plus reconnaissable ». Des circonstances de ce genre ont été signalées à diverses reprises, lors de l'ouverture de cercueils
SLnciens. Mais, dans le cas présent, elles n'offrent guère de vraisemblance, le cercueil de Voltaire ayant déjà été ouvert en 1791, et le corps étant desséché à cette époque.
Un autre récit nous a été transmis par M. Servois, dans un article signé du même recueil (25 janvier 1864;.
Si nous somines bien informés, dit-il, une première opération précéda la cérémonie officielle du transfert. A six heures du matin, le commissaire de police Marigues, entouré de quelques personnes qull avait officieusement averties, vint se rendre compte de l'état du cercueil de Voltaire, lequel cercueil était en bois. 11 fallut lui en substituer un autre, et le squelette de Voltaire apparut aux yeux des témoins de cette scène qui se pas* sait à huis clos.
Aucun procès-verbal n'aurait été dressé de cette opération.
Ce récit n'est appuyé par le témoignage d'aucun témoin. M. Servois, aujourd'hui (1898) directeur des Archives nationales, en m'indiquant le nom de la personne de qui il l'avait tenu, il y a plus de trente ans, m'a dit qu'il ne saurait en garantir l'authenticité : c'est-à-dire quMl regarde comme possible quelque confusion dans les souvenirs du narrateur. Si le récit était confirmé, il indiquerait l'époque où a été établie la forte caisse qui renferme aujourd'hui les débris des deux bières antérieures de Voltaire. Cependant, à cet égard, sa vraisemblance donne lieu à diverses objections, celle-ci notamment : une caisse de ce genre, avec ses ferrements, ajustés de façon à recevoir les cercueils multiples qu'elle doit renfermer, n'existe pas dans le commerce. Elle a dû être fabriquée exprès, et sa fabrication a exigé l'intervention de deux corps de métiers, menuiserie et
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serrurerie. Il a fallu des mesures préalables et un certain temps, une journée au moins. De semblables opérations n'ont certainement pas pu être exécutées le matin même de l'ouverture du sarcophage, et avant six heures. Pour préparer la caisse à l'avance ^ il aurait fallu que le commissaire de police ou Tarchitecte vînt, la veille ou Tavant-veille, soulever une première fois le sarcophage et examiner le cercueil intérieur, avec le concours des ouvriers spéciaux. Or, il n'existe aucune trace, souvenir ou procès-verbal, de semblables opérationâ préliminaires.
Reste à savoir cependant à quel moment la grande caisse de bois et ses ferrements ont été fabriqués : j'indinerais plutôt à croire que cela eut lieu en 1791, pour éviter tout accident, lors du transfert, en grande cérémonie des restes contenus, dans la petite bière en forme de toit, beaucoup plus fragile. Le relevé des cornptes, qui existe aux Archives nationales, est malheureusement trop sommaire pour avoir' conservé la trace de cette fourniture,
Dès lors, en 1821, on se sera borné à mettre la caisse sous scellés, lors de son déplacement, ainsi que l'indique formellement le procès-verbal.
/ Quoi qu'il en soit, le déplacement des cercueils de Voltaire et de Rousseau, en 1821, ne demeura pas inaperçu. 11 donna lieu à ui^e interpellation de Stanislas Girardin à la Chambre des députés., le 28 mars 1822. Le ministre de l'intérieur répondit « que çe^s deux hommes avaient été déposés dans les caveaux de l'église Sainte - G€DQtéViè;ve et qu'ils y étaient encore «..
. GeUe répo^ise était Texpression exacte de la vérité ; maisi en raison de son vague, elle ne satisfit pas les partis. Elle ^st cependant conforme aux constatations
nouvelles, faitçs en 1830 et établies par un procès-verbal, publié dans Vlntermédiaire et dont y ai lu la minute aux Archives nationales, lequel relate le replacement
des restes et des sarcophages de Voltaire et de Rousseau.
D'après cet acte, le 4 septembre 1830, la nouvelle opération fut exécutée en présence de MM, Raflineau, commissaire de police du quartier Saint-Jacqués, Baltard, architecte du monument, délégué par le directeur des travaux publics, Boucault, inspecteur des galeries souterraines. Plusieurs de ces personnages avaient assisté au premier transfert. Les sarcophages ayant été reportés à Favance aux lieux où ils étaient avant 1822, on constata que le cercueil en plomb renfermant les cendres {sic) de Rousseau était parfaitement soudé, sans aucune effraction, à l'exception d'une légère crevasse. 11 portait gravé eu creux : Hic jacent ossa Johannis Jacobi Rousseau, Le sarcophage seul, déposé dans un lieu humide, était en partie moisi.
Le cercueil de bois qui renfermait les cendres {sic) de Voltaire était parfaitement intact ; il portait deux bandes de scellés, que M. Boucault déclare y avoir été apposées en 1821, ainsi que les cachets, sans effraction. Depuis 1830 jusqu'en 1897, les sarcophages et les cercueils sont demeurés en place, sans aucun changement. Les sarcophages mêmes ne paraissent jamais avoir été soulevés pour en vérifier le contenu. Car la nature même de leur contenu était si peu connue, que, le jour même de notre visite et quelques minutes auparavant, l'un des architectes présents affirmait devant la Commission que ces sarcophages étaient vides et que nous ne trouverions rien. On voit à quel point l'observation Mirecte était nécessaire.
Elle Tétait d'autant plus, que ni les affirmations de M. de Corbières, ministre en 1822, ni les procès-verbaux précédents n'avaient trouvé créance devant l'opinion. En effet, une légende n'avait pas tardé à se propager, d'après laquelle les restes de Voltaire et de Rousseau n'étaient plus au Panthéon et il n'y restait que des sarcophages vides.
Dès 1826, de Montrol dit que les restes ont été enlevés par une main sacrilège « et jetés où il a paru convenable aux manœuvres employés à cette profanation ». Plus tard, ce récit se précise, et le bibliophile Jacob rapporte tout au long comment MM. de Puymaurin auraient ouvert les cercueils en 1814, enlevé les ossements et les auraient enfouis dans un lieu désert.
V Intermédiaire de 1864 est rempli de détails sur ces prétendus événements (p. 7, 25, 42, 65, 71, 72, 81) ; il traite les procès -verbaux de 1821 et 1830 de ridicule comédie. Victor Hugo et Quinet ont depuis rapporté la même légende avec indignation ; tandis que certaines personnes, telles que M. Montaubricq, ancien procureur général, applaudissaient en 1852 (p. 81).
D'après Henrion (1832), les restes de Voltaire et de Rousseau auraient été transportés le 3 janvier 1822 au cimetière du Père La Chaise. Un écrivain a même prétendu {Figaro^ 28 février 1864) que les tombeaux du Panthéon, récemment ouverts à cette dernière époque,, auraient été trouvés vides, et on a attribuée un personnage d'alors l'affirmation de ce fait vis-à-vis de l'empereur Napoléon 111. Tels étaient les dires, légendes et opinions généralement répandus jusqu'à ces derniers temps. On voit combien ils étaient erronés et à quel point il était utile qu'une enquête sérieuse constatât Fétat réel des . cercueils et la nature de leur
contenu. Les constatations officielles faites par notre Commission, jointes à la série régulière des procèsverbaux rappelés dans le présent article,
... Tantum séries Juncturaque pollet,
établissent la vérité historique d'une façon définitive ; en attendant le jour où des monuments durables substitués à ces sarcophages de bois provisoires, viendront témoigner de la reconnaissance publique à Voltaire et à. Rousseau, ces grands hommes, honneur de la France et de rhumanité.
INADGORATION DD MONUMENT