‹ Science et éducation: discours et notices académiquesChapitre 21 sur 22 · SECRÉTAIRE DU COMITÉ DE LA STATUE DE LAVOISIBR · texte numérisé non relu

SECRÉTAIRE DU COMITÉ DE LA STATUE DE LAVOISIBR

Monsieur le Ministre, Messieurs,

Gomme secrétaire du Comité de la statue de Lavoîsier, j'ai un devoir agréable à remplir : celui de remercier les donateurs généreux qui ont bien voulu nous aider à dresser ce monument.

Du reste, la tâche du Comité a été des plus faciles. Notre appel a été entendu de tous ; il semblait que chacun voulût réparer un oubli personnel, et beaucoup de nos souscripteurs s'étonnaient que Lavoisier n'eût pas encore de statue.

11 est vrai que Dumas avait déjà-rendu justice à notre grand chimiste en réunissant et en publiant l'ensemble de ses travaux. La statue pouvait ne venir que plus tard. Il est des gloires hâtives qu'il faut s'empresser de représenter en marbre ou en bronze pour que nos fils puissent ne pas en perdre le souvenir. Lavoisier pouvait attendre. L'importance de ses vues philosophiques

étdit telle que cent années ont passé sur son œuvre sans en détruire la grandeur et Tharmonie. Sa mémoire était bien certaine de survivre un siècle plus tard parmi les philosophes et les penseurs. La portée et la vigueur de ses idées furent même si grandes que ses admirateurs sont plus nombreux aujourd'hui qu'ils ne Tétaient pendant sa vie. Heureux les novateurs dont l'œuvre grandit ainsi avec le temps I

Notre souscription ne pouvait être qu'internationale. Tous les peuples sont solidaires et doivent leur tribut à rhomme de génie qui travaille pour l'humanité. Mais nous tenons à remercier tous ceux qui, de près ou de loin, nous ont aidés de leur affectueuse collaboration. Je dois rappeler avec empressement les comités qui ont été formés à l'étranger aussi bien qu'en France. L'Allemagne, l'Angleterre, l'Autriche -Hongrie, la Belgique, le Danemark, TEspagne, les Etats-Unis, la Grèce, la Hollande, l'Italie, le Mexique, la Suède et la Norvège, la Suisse ont tenu à prendre part à notre souscription. A tous nous adressons nos remerciements les plus cordiaux.

J'ajouterai que nous devons un témoignage spécial de notre reconnaissance à Sa Majesté l'Empereur Nicolas II, qui a bien voulu prendre cette souscription sous son haut patronage.

Notre travail, comme vous le voyez, a donc été facile. Le groupement du Comité et la réalisation de l'œuvre n'ont demandé que trois années. Et déjà, cependant, neus avons à déplorer des pertes parmi les membres les plus actifs de nos comités étrangers. En Russie, nous avons perdu le général de Tillo, qui était l'âme même de notre Comité russe. Il s'était donné de tout cœur à cette œuvre, et il n'en voit pas la réalisation.

Nous conserverons de son dévouement un souvenir attendri. La mort nous a enlevé aussi le chimiste Frésénius^ qui avait assumé la lourde tâche de présider les comités allemands.

Grèce à toutes les bonnes volontés, à Tappui du gouvernement et de la Ville de Paris, la statue de Lavoisier s'élève aujourd'hui sur cette place de la Madeleine^ où se trouvait la maison qu'il a habitée pendant les dernières années de son existence.

Le maître sculpteur Barrias la fait revivre pour nous dans tout Téclat de sa force et de son intelligence. La tête haute, le bras tendu, il semble répondre à ses détracteurs et défendre sa fameuse théorie de la combustion. Deux hauts reliefs complètent Tidée que nous pouvons nous faire de ce savant. Dans le premier, M. Barrias nous le montre au milieu de son laboratoire, dans le feu de la recherche, dictant à sa femme les résultats de ses expériences. Dans le second, nous voyons Lavoisier à l'Académie des Sciences exposant à d'Alembert, à Gondorcet, à Mongeet à Lagrange, ses travaux et ses théories. Invinciblement, notre esprit se reporte alors à la fin tragique du grand chimiste, et nous pensons que nous avons été bien longs à acquitter envers lui notre dette de reconnaissance.

Au nom du Comité, j'ai Fhonneur de remettre la statue de Lavoisier à la Ville de Paris.

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