‹ Science et libre penséeChapitre 19 sur 68 · BANQUET DE LA LIGUE DE L'ENSEIGNEMENT · texte numérisé non relu

BANQUET DE LA LIGUE DE L'ENSEIGNEMENT

fondé la morale dans rtiumanité. C'est là une erreur historique. Les anciennes religions étaient à peu près étrangères à la morale. Si on faisait appel à la puissance des dieux, par des formules, des prières et des sacrifices, c'était dans des buts d'intérêt personnel, où la moralité ne jouait d'ordinaire aucun rôle. La morale n'est entrée dans les religions qu'après coup, par la réflexion des philosophes, c'est-à-dire par la raison humaine, qui en a été la véritable fondatrice.

La morale, dans la religion chrétienne elle-même, n'a été introduite qu'à la suite des enseignements des philosophes grecs : c'est une chose qui a été démontrée bien des fois.

Oui ! c'est la réflexion laïque des philosophes grecs , qui a séparé la science de la religion , avec laquelle elle était confondue à l'origine. C'est par suite de leurs méditations et de leurs préceptes que la morale a été fondée et établie scientifiquement dans le monde.

Le rôle éducateur de la science n'a pas été épuisé par là ; c'est encore par elle que la morale est devenue de plus en plus pure, de plus en plus débarrassée du mélange des anciennes superstitions ; pèlerinages, supplications aux saints et aux dieux, invoqués souvent dans des buts contraires à toute vertu.

En même temps la morale a pris pour principal objectif l'utilité sociale et humanitaire.

Messieurs, la science est la véritable école morale, proclamons-le hautement. Elle enseigne à l'homme Tamour et le respect de la vérité, sans laquelle toute espérance est chimérique. La science enseigne à l'homme l'idée du devoir et la nécessité du travail, non comme un châtiment, mais au contraire comme l'emploi le plus élevé de notre activité. C'est surtout à la science qu'est due la notion de la solidarité des hommes envers les autres.

Ce n'est pas que nous proclamions jamais des ' dogmes infaillibles, qui marquent le point d'arrêt de tout progrès humain. En effet, la science est une chose successive; les savants de chaque époque n'en sont que les représentants éphémères. La science se constitue par une série de progrès, de développements continus : elle est, comme le disait Pascal de l'humanité, elle est semblable à un homme qui vit toujours, et j'ajouterai, qui se rajeunit toujours.

Chaque savant aide à construire l'édifice toujours grandissant, cet édifice de solidarité, dans lequel tous les hommes d'une génération doivent être reconnaissants à ceux des générations qui ont précédé la leur; dans lequel tous les hommes de la génération présente doivent s'entraîner, s'appuyer les uns sur les

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