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LES CAUSES FINALES

suive son développement vital conformément à l'apparence d'une idée fondamentale; — d'ordinaire personnelle et privée, mais parfois aussi collective, comme le montre l'histoire naturelle des Sociétés formées d'individus isolés et celle des agrégations d'individus végétaux et animaux, enchaînés les uns aux autres.

Or cette idée est essentiellement égoïste : l'harmonie de la nature, c'est la lutte, c'est-à-dire suivant le mot d'un philosophe pessimiste, le carnage universel. Cette idée préexiste à l'évolution de l'individu. Elle est héréditaire, et elle se manifeste avec une subtilité de prévisions et de combinaisons qui dépasse les capacités de déduction rationnelles de l'intelligence humaine : ce qui ne veut certes pas dire qu'elle soit dirigée par une volonté personnelle, ou par des mobiles mystiques.

Mais ce sont là des apparences.

L'eau du ruisseau s'écoule dans la plaine, au milieu des fleurs; elle s'évapore et le courant d'air la ramène sans cesse vers la montagne, où le froid la congèle. Elle en redescend, en suivant toujours la même pente naturelle et la route artificielle qu'elle y a tracée à la longue, et elle entretient le cours du ruisseau, qui conserve toujours la même figure générale. Or ce n'est pas mue par un ingénieur intelligent que l'eau a

creusé le rocher en canaux réguliers. Ce n'est pas en vertu d'une volonté personnelle, humaine ou divine, que les cailloux roulés ont pris des formes géométriques, et que les mêmes fleurs arrosées reparaissent sur les bords de ces canaux, aux mêmes époques de l'année.

, Il y a bien là la tendance vers une fin, qu'un obser- ' vateur superficiel pourrait déclarer prévue à l'avance. En conclurons-nous que l'eau est animée par un esprit, une naïade, et que son action réalise un idéal, en déterminant avec préméditation toutes ces régularités?

S'il s'agissait d'un être vivant, l'hypothèse finaliste serait plus frappante encore, mais non plus démontrée. Bornons-nous donc à constater la faiblesse de notre esprit à poursuivre les déductions logiques de l'enchaînement des causes et des effets, au delà de trois ou 1 quatre suites de syllogismes, liés méthodiquement les uns aux autres, lesquelles représentent la mesure et la limite de la force de l'esprit humain. Un être plus intelligent que l'homme, — s'il en existe actuellement au sein de l'Univers, ou bien s'il vient à en apparaître dans la suite des âges à la surface de notre petit globe, — pénétrera sans doute plus profondément dans la conception des choses.

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