Pausanias, Êliaques, I
Un autre souverain éleva un phare de quatre-vingts coudées, couronné d'une coupole qui changeait de couleur chaque jour de la semaine.
Sourid construisit un miroir de substances composées, dans lequel il voyait les climats (régions) du monde, avec leurs parties habitées et leurs déserts et tout ce qui s'y passait. Ce miroir était placé sur un phare de cuivre. On y voyait les voyageurs qui venaient vers l'Egypte de toutes les directions.
Adim construisit un phare surmonté d'un miroir de substances composées, où l'on apercevait tous les climats (régions) du globe.
Au milieu de Rhakoudah (sur l'emplacement futur d'Alexandrie), un roi éleva une coupole en cuivre doré, au-dessus de laquelle il dressa un miroir formé de substances composées, qui avertissait de l'arrivée des ennemis. On projetait alors ses rayons, dont la flamme incendiait leurs vaisseaux.
Le phare d'Alexandrie, est-il dit encore, avait au sommet un miroir, permettant d'apercevoir de loin les vaisseaux qui venaient du pays de Roum; ce miroir était de verre et cylindrique.
Kersoun construisit un phare avec un miroir de substances composées, qui attirait les navires sur le rivage et les y retenait, jusqu'à ce qu'ils eussent payé tribut.
Sa éle^^a des tours au bord de la mer et plaça en haut divers miroirs de substances composées. Il y en avait qui réfléchissaient les rayons du soleil sur les navires ennemis et les brûlaient; d'autres, où l'on voyait les villes situées de l'autre côté de la mer; d'autres, où l'on voyait les climats (régions) de l'Egypte. Un an d'avance, on apercevait les contrées qui seraient fertiles et celles sans fruits ainsi que les événements futurs du pays. Quelques-uns de ces miroirs empêchaient les monstres marins de nuire aux habitants du rivage.
<^ Koftarim fabriqua des miroirs où chacun pouvait voir ce qu'il désirait connaître. Un autre roi, adorateur d'une étoile et alchimiste, dressa à la porte de Sa une colonne sur laquelle il plaça l'image d'une femme assise, tenant en main un miroir. On regardait dans ce miroir pour connaître le sort des malades. Si le malade allait mourir, on l'y voyait mort; s'il devait vivre, on l'y voyait vivant. De même il indiquait le sort des voyageurs et leur retour, ou leur mort.
Certaines de ces légendes sont les mômes que celles des miroirs magiques proprement dits, telles qu'elles sont rapportées par les auteurs de notre moyen âge : elles n'ont qu'une relation éloignée avec les faits historiques et les connaissances scientifiques des anciens; c'est pourquoi je ne crois pas devoir m'y
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étendre. Au contraire, il est intéressant d'examiner de plus près celles qui se rapportent au phare d'Alexandrie. On les retrouve dans divers auteurs arabes.
Ainsi, d'après Abulfeda, il existait sur ce phare un miroir en métal poli, à l'aide duquel on apercevait les navires qui arrivaient. Ce miroir aurait été détruit après la conquête, sous le calife Walid.
Dans la Bibliothèque orientale de d'Herbelot (p. 56/i, édition de Maestricht, 1776), à l'article Mekar (minaret), il est question du miroir talisman, placé par Alexandre en haut du phare d'Alexandrie, célèbre dans tout l'Orient, et à l'aide duquel l'on voyait les navires arrivant de loin ; miroir qui se serait brisé l'an 19 de l'Hégire, un peu avant l'époque de la conquête de l'Egypte.
Le moment est venu de nous demander : Qu'y a-t-il de réel dans ces récits et traditions?
En fait, les écrivains grecs et latins ne nous ont laissé que fort peu de renseignements sur le phare d'Alexandrie, malgré sa célébrité. Tout ce que nous savons, c'est que c'était une tour élevée, sur laquelle on allumait des bûchers la nuit, pour éclairer et diriger les navires vers l'entrée du port. Dans les quelques lignes que ces auteurs ont consacrées au phare d'Alexandrie, il n'est pas question de ces
miroirs, qui jouent un si grand rôle dans les légendes arabes.
Assurément des miroirs plans auraient pu réfléchir et renvoyer au loin l'éclat des foyers enflammés; des miroirs concaves auraient pu concentrer à leur foyer l'image des objets voguant sur la mer, des navires, par exemple — depuis vingt kilomètres environ, si le phare avait eu une hauteur de quatre-vingts coudées, comme la chose a été dite. Il est même facile d'imaginer par quelles dispositions de semblables miroirs auraient pu jouer le rôle de télescopes, et les connaissances optiques des géomètres grecs étaient suffisantes pour permettre la construction de semblables miroirs.
Mais tout cela est à peu près conjectural; car ces opinions reposent seulement sur des récits arabes et coptes, mélangés de trop de contes magiques pour que l'on puisse asseoir sur eux des démonstrations positives; du moins jusqu'au jour où l'on aurait découvert des textes antiques, datés et clairement énoncés. Jusqu'à nouvel ordre, l'invention du télescope ne saurait être regardée comme plus ancienne que le commencement du xvii® siècle, et il serait téméraire de l'antidater. On sait à quelles erreurs on serait exposé en procédant autrement.
Je demande la permission d'en citer un exemple, peu connu, je crois. Dans le roman d'Esplandian,
fils d'Amadis, roman qui date du xvi* siècle, et d'après les éditions imprimées à cette époque, le héros pénètre dans le Bosphore, monté sur la Grande-Serpeiite, navire magique, qui s'avance en vertu d'une force interne, en vomissant le feu et la fumée et en poussant de longs sifflements. 11 serait facile, en raisonnant comme Dutens l'a fait plus d'une fois, dans ses imaginations destinées à attribuer aux anciens des inventions modernes, il serait facile, dis-je, de voir dans la Grande- Serpente un steamer moderne, poussé par la force de la vapeur.
Cependant il n'est peut-être pas superflu d'examiner ici de plus près les souvenirs qui se rapportent aux miroirs ardents et à l'incendie des navires ennemis; non certes pour soutenir l'opinion des auteurs arabes qui les placent sur le phare d'Alexandrie, mais pour montrer dans cette opinion même le reflet des traditions des géomètres grecs et la réminiscence de l'emploi historique des miroirs ardents pour la stratégie navale.
L'usage des miroirs pour concentrer la chaleur solaire et produire du feu est fort ancien. Les premiers essais paraissent avoir été réalises au sein des temples, à l'aide de vases métalliques à fond conique ou concave, dans le but d'obtenir un feu sacré qui ne fût pas allumé de main d'homme, soit pour le culte de
Vesta, soit pour celui des anciens Persans. On savait également produire un foyer comburant par réfraction à l'aide d'un instrument de verre, ainsi qu'il résulte d'un texte d'Aristophane dans les Nuées. La théorie scientifique des miroirs ardents, destinés à concentrer sur un point les rayons solaires réfléchis, est exposée dans la Gatoptrique d'Euclide. On a attribué également à Archimède un traité semblable IIspl xaTouToiov xauo-Tf.xwv, traité aujourd'hui perdu, ainsi que celui de Diodes ITspl Tiupitov; le mot Tiupia ayant le sens de miroirs ardents, ainsi qu'il résulte de ce titre et plus nettement de l'ouvrage d'Anthémius que nous possédons et dont je vais parler. Si j'insiste sur ce point spécial, c'est que ce sens a été omis dans le grand Dictionnaire de Henry Eslienne, même dans l'édition de Hase. Je rappellerai encore les sources arabes, citées dans un mémoire de M. E. Wiedemann*.
Or la légende de V Abrégé des Merveilles, d'après laquelle le miroir sur le phare d'Alexandrie aurait eu la propriété d'incendier les vaisseaux ennemis, est évidemment la reproduction des récits d'après lesquels Archimède aurait brûlé, par ce procédé, les navires romains dans le port de Syracuse.