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LA FRANCE ET L'ITALIE

Lettre à Enrico Ferri, député à Rome.

Je suis heureux de me joindre à nos amis italiens, en ce moment consacré à fêter la concorde rétablie d'une façon durable entre les deux grandes sœurs latines de la civilisation moderne.

Voici quatre siècles depuis l'époque où l'évolution du monde présent a débuté par la Renaissance de la culture antique, succédant à l'oppression théocratique du moyen âge, et inaugurée en Italie par tant d'hommes et d'artistes de génie. Elle a été poursuivie d'abord par la grande tentative de Réforme religieuse, entreprise en Allemagne et poussée vers ses conséquences capitales dans l'ordre intellectuel par les fondateurs de la science moderne : Galilée, Bacon et Descartes; aussitôt combattus avec le môme acharnement que la Réforme, par le dogmatisme infaillible

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des papes romains. L'affranchissement de la pensée et l'élargissement incessant des horizons scientifiques ont abouti à l'œuvre fondamentale du xviii^ siècle. Voltaire, d'Alembert, Rousseau, Gondorcet l'ont proclamée dans tous les ordres : social et politique, aussi bien que philosophique; moral et économique, aussi bien que matériel et industriel.

La Révolution française en a tiré la première les conséquences et elle a écarté toute autre autorité que celle de la raison humaine dans la direction des sociétés. Ces conséquences ont été poursuivies en Europe et dans le monde entier pendant le cours du xix'' siècle. Mais c'est surtout à la fin de la période présente que le rôle de la science est devenu tout à fait prépondérant.

Elle transforme chaque jour davantage et avec une force accélératrice croissante l'organisation matérielle des nations. Elle accroît la richesse universelle, par les trésors tirés de ses découvertes et qui ne sont ravis à personne par la force ou par la ruse, et elle fournit par là même les ressources indispensables pour accroître le bien-être de tous les citoyens, assujettis à la loi bienfaisante du travail. Elle proclame le devoir de l'État d'assurer à tous leur développement intellectuel par l'éducation, et la sécurité de leur existence par l'hygiène et par l'aide due aux faibles, aux

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