‹ Science et libre penséeChapitre 45 sur 68 · LA FRANCE ET L'ITALIE · texte numérisé non relu

LA FRANCE ET L'ITALIE

malades et aux vieillards. La principale puissance de la science moderne, c'est qu'elle reconstitue la morale et la justice sur la base purement humaine de la solidarité.

Ce que nous sommes, nous le devons à la fois aux générations qui nous ont précédés et dont tous les vivants sont les héritiers communs et légitimes, et au concours de tous les efforts et de tous les travaux de la génération présente.

De là résulte le droit de tous sur tous et le sentiment fraternel, qui doit présider désormais aux relations entre les concitoyens d'une même patrie, et entre les membres des nations modernes.

Réponse à M. Antoine Spiliotopoulos, directeur du journal Kpaxoç à Athènes,

21 juillet 1904.

J'ai toujours eu pour la Grèce une sympathie particulière et je n'ai jamais refusé, comme vous voulez bien en témoigner, de donner mon concours moral aux peuples souffrants et opprimés. Je suis profondément ému de la tragique destinée des Macédoniens. Tandis que les autres populations des Balkans, Grecs, Roumains, Serbes, Bulgares, ont été successivement libérés du joug des conquérants barbares qui dominèrent ces malheureuses races, depuis cinq cents ans les Macédoniens sont demeurés livrés à leur brutalité.

Mais ce qui aggrave le sort des populations macédoniennes, c'est qu'elles ne sont homogènes ni par le sang, ni par la religion. Les races multiples qui

habitent celte contrée sont aussi opposées entre elles que vis-à-vis des Turcs, leurs dominateurs. C'est là, ne l'oubliez pas, ce qui retarde leur affranchissement et entrave l'action protectrice de l'Europe. Le salut des Macédoniens serait dans une fédération amicale et tolérante, sur le pied d'égalité, entre les races différentes qui coexistent sur ce sol ensanglanté. 11 serait digne des Hellènes, les plus anciennement affranchis, de prendre l'initiative de cette équitable fédération : ce serait leur grandeur morale et le salut des opprimés.

Page 1