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LEUR ORIGINE ET LEUR COMPARAISON AVEC LES ROCHES TERRESTRES

Les aérolithes ou météorites étaient appelés autrefois pierres tombées du ciel. Ils ont éveillé dès la plus haute antiquité l'attention des témoins de leur apparition, qu'ils attribuaient à une action divine. Les phénomènes lumineux et les bruits divers qui accompagnent leur chute ont frappé de tout temps l'imagination des peuples et excité des terreurs superstitieuses. Leur manifestation subite, assimilée à celle des comètes, était regardée comme un présage funeste, annonçant la mort des souverains et les révolutions : aussi les chroniqueurs en prenaient-ils note avec le plus grand soin.

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Un certain nombre est déjà relaté par les annales des peuples européens et orientaux, dans l'antiquité et au moyen âge. Les vieux écrivains romains font de temps en temps mention de pluies de pierres, qui semblent se rapporter à la même origine ; bien que les modernes les aient attribuées quelquefois, à tort ce semble, aux éruptions des volcans du Latium. En pleine histoire, une chute célèbre d'aérolithe, ayant, dit-on, la dimension d'un char, eut lieu à ^Ëgos- Potamos, durant la guerre du Péloponèse. Pline en a vu lui-même tomber un, dans la Gaule Narbonnaise.

Les philosophes grecs, observateurs attentifs des phénomènes naturels, avaient été vivement frappés par les conditions d'apparition des météorites. Diogène d'ApolIonie les regardait comme des astres tombés du ciel, et leur existence ne fut pas sans doute étrangère à l'opinion d'Anaxagore sur le caractère purement matériel du Soleil et de la Lune, qu'il assimilait à des masses solides de la grandeur du Péloponèse. C'était là un premier aperçu sur la similitude de constitution entre les matériaux terrestres et sidé raux. Ce rapprochement fut d'abord taxé d'impiété, en raison de l'origine céleste des aérolithes.

Plusieurs de ces. corps étaient devenus, depuis les temps les plus reculés, un objet d'adoration et de respect, participant des attributs de la Divinité. Telle

est la pierre noire de la Mecque, centre de pèlerinage des Arabes, déjà révéré avant Mahomet; telle encore une pierre adorée en Galatie comme représentant la déesse Cybèle. Rappelons aussi la pierre d'Emèse, personnification du Soleil, dont Héliogabale était le grand-prêtre, avant de devenir empereur romain.

On sait qu'un certain nombre de ces aérolithes sont constitués par des minerais de fer presque purs. Plusieurs archéologues pensent que leur connaissance a été le point de départ de l'emploi et de la fabrication du fer métallique par l'espèce humaine. Les couteaux de certaines tribus d'Esquimaux, même de notre temps, ont probablement cette origine. On cite surtout l'emploi du fer météorique pour forger des épées réputées talismans, chez des peuplades antiques et par certains souverains, tels que Mahmoud le Ghaznevide, au XI® siècle de notre ère. Un glaive de fer adoré par les Scythes, comme symbole du Dieu de la guerre, était également réputé d'origine céleste.

Revenons à des notions positives sur la nature des aérolithes. Leur origine céleste et la réalité même de leur chute furent mises en doute, dès le temps du

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moyen âge. En effet, certains auteurs ont pensé qu'ils se formaient dans notre atmosphère par la condensation de vapeurs métalliques, émanées du sein de la terre; cela en conformité avec l'hypothèse d'Aristote, qui attribuait la production des minerais métalliques à des émanations naturelles.

L'apparition des météorites devenait ainsi assimilable à celle des météores aqueux, tels que la grêle et la neige, condensés aux dépens des vapeurs d'eau répandues dans l'air.

Quelques savants du xviii* siècle, époque d'un septicisme poussé parfois à l'excès par réaction contre les anciens préjugés, nièrent même résolument le fait des pierres tombées du ciel.

Mais cette négation ne put subsister en présence des études méthodiques de Chladni. En 179Zi, ce savant s'attacha à réunir les preuves historiques et les témoignages démonstratifs de l'authenticité de ces chutes.

Les doutes ne tardèrent pas à être entièrement écartés, à la suite d'une enquête exécutée par l'Académie des Sciences de Paris, lors de la célèbre chute de Laigle, dans le déparlement de l'Orne, survenue le ^6 avril 1803. L'aérolithe fit explosion en l'air, en plein jour. Sa lumière fut aperçue et le bruit de l'explosion entendu par plusieurs milliers de per-

sonnes. 2 000 à 3 000 fragments de toute forme ont été recueillis. Depuis, bien des chutes célèbres ont été constatées et leurs produits recueillis dans les contrées les plus différentes.

Ces météorites furent analysés avec soin, dans le but d'en reconnaître la constitution physique et chimique, et la nature des éléments des aérolithes, envisagés comme fragments de substances cosmiques existant en dehors de la terre. En fait, on n'y a rencontré jusqu'ici aucun corps simple étranger au globe terrestre, malgré leur origine extra-terrestre. Cette hypothèse, une fois démontrée, tendrait donc à établir une identité remarquable de constitution chimique entre les substances terrestres et les substances répandues dans le monde sidéral.

Exposons les faits constatés depuis cette époque sur plusieurs centaines de météorites, tant au point de vue de leur origine, des conditions de leur chute, de leurs caractères initiaux, que des modifications qu'ils éprouvent par le fait même de cette chute. Les échantillons provenant de 283 chutes d'aérolithes avaient déjà été réunis en 1879 dans les collections du Muséum d'histoire naturelle par Daubrée, et le nombre s'en est accru considérablement depuis. Nous dirons ensuite quelle classification ce savant a proposée pour ses collections ; puis nous rap-

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procherons la constitution des aérolithes de celle des roches et minéraux terrestres, telle qu'elle résulte de l'étude et des expériences comparatives exécutées sur ces dernières roches, spécialement en ce qui concerne le fer natif. Enfm nous résumerons les essais synthétiques et les tentatives exécutés pour reproduire et expliquer les phénomènes qui ont présidé, soit à la formation cosmique des météorites, soit à leur pénétration au sein de notre atmosphère.

On identifie d'ordinaire les aérolithes avec les bolides et les étoiles filantes. Ainsi le nom de bolide a été spécialement affecté aux corps pénétrant avec incandescence dans l'air, avant d'entrer en contact avec le sol. On admet également que les étoiles filantes, observées de toute antiquité, sont des aérolithes, traversant notre atmosphère, sans toucher terre, et en ressortant, parce que leur hauteur et leur vitesse sont trop considérables.

Quant à ces étoiles filantes, leur assimilation avec les aérolithes a soulevé divers problèmes relatifs à l'existence des corps étrangers à la terre et aux astres proprement dits, dans les espaces célestes. D'où vient en effet cette multitude de petites masses solides, distinctes des grandes masses sidérales qui constituent les planètes, et quel en est le mode de circulation dans l'espace?

Trois hypothèses principales ont été proposées : origine terrestre, origine lunaire, origine cosmique, sans parler de celle des prétendues exhalaisons métalliques émises par la terre, d'après le système d'Aristote, dont j'ai parlé plus haut.

Quelques-uns ont pensé que les aérolithes provenaient de la projection des volcans terrestres : lancés au moment des éruptions avec d'énormes vitesses, les bolides se trouveraient dans des conditions différentes de celles où l'attraction terrestre fait d'ordinaire retomber immédiatement les corps pesants. Ils décriraient autour de la terre des orbites plus ou moins allongées : tantôt de façon à sortir de la région où prédomine l'attraction terrestre et à être lancées dans les espaces célestes; tantôt de façon à revenir à la surface de la terre au bout d'un temps plus ou moins considérable.

Cependant cette hypothèse n'est pas généralement acceptée, en raison de la différence de composition qui existe entre les laves de nos volcans et les aérolithes. En outre elle n'est pas confirmée, à cause de l'absence de la concordance qu'elle exigerait entre l'apparition des aérolithes et les éruptions volcaoi-

ques. Elle réclamerait d'ailleurs dans la projection des matières sorties de nos volcans actuels des vitesses qui n'ont guère été observées.

Disons néanmoins que l'on admet aujourd'hui que certaines masses de fer natif énormes, regardées naguère comme de vrais aérolithes, auraient pu sortir du sein de la terre, à des époques préhistoriques.

On admet également que les poussières soulevées dans certaines éruptions modernes, telles que celle du Krakatoa, sont restées en suspension et circulation dans l'atmosphère à la façon des brouillards, soutenues par les courants d'air en raison de leur extrême légèreté, pendant un temps plus ou moins considérable. Ces poussières, illuminées au moment du crépuscule par les rayons du soleil couchant, ont donné lieu à des colorations extraordinaires de l'atmosphère, visibles sur une grande partie de la surface du globe et parfois durant plusieurs jours.

Mais la grande majorité des aérolithes ne sont pas des poussières; ils ont des vitesses propres, indépendantes des courants d'air. Enfin par leur volume et leur mode de circulation, ils ne sauraient être assimilés à la catégorie de ces particules exceptionnelles.

Toutefois, ce que les volcans terrestres paraissent

à peu près incapables de faire ne semble pas a 'priori impossible aux volcans lunaires, dont Texistence est admise par beaucoup d'astronomes. L'attraction de la lune agit avec beaucoup moins d'intensité sur les corps pesants que l'attraction de la terre, en raison de la différence des deux masses. Laplace admettait même cette seconde hypothèse comme une explication possible des aérolithes. Arago a montré en effet qu'il suffirait d'admettre, pour des projectiles lancés de la lune, une vitesse de 2 500 mètres par seconde, vitesse triple de la vitesse initiale des canons d'aujourd'hui, pour que ces projectiles sortissent de la sphère de l'attraction lunaire et pussent entrer dans celle de l'attraction terrestre. L'identité des éléments chimiques contenus dans les aérolithes avec les éléments terrestres deviendrait alors d'autant plus facile à expliquer que, d'après le système de Laplace sur la formation des planètes et de la lune, satellite de la terre, ce dernier astre s'en serait séparé à une certaine époque, par la condensation d'une portion de l'atmosphère terrestre.

Mais les découvertes de l'astronomie moderne, sur l'analyse spectrale de la lumière propre des astres, montrent que l'identité des éléments chimiques, constatée par les observateurs, n'existe pas seulement entre les aérolithes et la lune; car les éléments ter-

restres se retrouvent aussi dans le soleil et dans les étoiles fixes.

Il convient, d'ailleurs, de faire entrer en ligne les résultats acquis par l'observation des étoiles filantes, généralement assimilées aux aérolithes, résultats particulièrement favorables à la troisième hypothèse; celle qui admet l'origine cosmique des aérolithes. Les uns et les autres sont des projectiles, qui pénètrent dans l'atmosphère terrestre animés de grandes vitesses, attestées par l'existence de trajectoires propres, trajectoires tout autres que celles d'une chute déterminée par la gravitation. Leur direction est une résultante de la combinaison de la vitesse initiale avec les effets de la résistance de l'air et ceux de l'action de la pesanteur.

D'après les mesures des astronomes, la pénétration des aérolithes au sein de l'air qui nous entoure devient visible, en raison de la lumière qui l'accompagne, à une hauteur de 60 à 65 kilomètres : ce qui fournit d'ailleurs une preuve de l'extension de l'atmosphère terrestre, au moins jusqu'à cette hauteur.

Cette lumière résulte de l'incandescence du projectile extra-terrestre, produite à la fois par la perte de

la force vive du projectile résultant de la résistance de l'air et, dans une certaine mesure, par l'inflammation des matériaux combustibles de ce projectile. En effet, au contact du bolide, l'air se comprime et une portion même de ce fluide est entraînée par le projectile, comme il arrive pour un boulet lancé, ou même pour un automobile, un train de chemin de fer. De là résultent des effets comparables à ceux du choc du projectile contre un corps solide; il se brise parfois en éclats, à la façon d'un corps explosif, éclats qui tombent à terre. En même temps, une partie de la force vive du bolide disparue se transforme en chaleur; capable, si elle est assez intense, d'élever la température du projectile, et même celle d'une fraction de l'air qu'il entraîne, jusqu'au degré de l'incandescence. Celle-ci peut être, suivant les cas, totale, partielle, ou simplement superficielle. En effet les phénomènes varient suivant la vitesse initiale du corps et la longueur de sa trajectoire; celleci étant d'autant plus étendue que la vitesse est plus grande. La température s'élèvera encore davantage, dans le cas où les matériaux du bolide entrent en combustion. Voilà comment les bolides peuvent acquérir un diamètre apparent, parfois voisin de celui de la lune.

Ce n'est pas tout, leur manifestation est accom-

pagnée de bruits comparables aux sifflements que développent les obus lancés de plusieurs kilomètres de distance à travers l'atmosphère : bruit bien connu des militaires, ainsi que des Parisiens qui ont assisté au siège de Paris ; quoique la vitesse de ces derniers projectiles et la perte de force vive qu'ils ont subie en traversant l'air ne suffisent pas pour les porter à l'incandescence.

Ces effets lumineux et sonores sont communs aux aérolithes et aux étoiles filantes; bien qu'on les eût distingués d'abord parce que les aérolithes atteignent la surface de la terre, tandis que les étoiles filantes traversent seulement notre atmosphère.

Cependant l'étude de ces dernières a révélé des caractères propres, du plus haut intérêt. Souvent elles présentent le phénomène de pluies de feu, témoignage de la multiplicité des corps qui pénètrent simultanément dans l'air. En outre, et ceci est capital, ces pluies apparaissent, à partir de certains points radiants bien définis, comme des essaims périodiques d'astéroïdes, distribués en anneaux. Schiaparelli a été conduit par ces faits à rattacher les essaims à la disparition de certaines comètes évanouies, dont ils seraient les derniers représentants. Au cours de leur passage régulier, celles-ci auraient été captées et réduites en fragments dispersés au voisinage des grosses planètes,

telles que Jupiter. Mais ces fragments conserveraient la périodicité de leur trajectoire, d'après les lois de la mécanique.

L'origine des étoiles filantes se rattacherait ainsi aux opinions régnantes sur la formation de notre système planétaire.

D'après cette hypothèse, quand les bolides animés de vitesses comélaires, telles que 20 000 à 50 000 mètres par seconde, approchent de la terre et atteignent la sphère où son attraction s'exerce d'une façon prédominante, ils continuent leur mouvement suivant une trajectoire, souvent peu inclinée sur l'horizon, résultant de leur direction antérieure, de la résistance de l'atmosphère et de l'attraction terrestre. Certains traversent l'atmosphère et passent outre : ce sont les étoiles filantes; tandis que d'autres sont précipités à la surface de la terre: ce sont les aérolithes, auxquels leur passage au travers de l'atmosphère terrestre imprime des caractères nouveaux.

En effet, si la cohésion du bolide n'est pas suffisante, son choc contre l'air, ainsi qu'il a été dit plus haut, en détermine l'explosion et la projection des débris. Le nombre s'en est élevé, dans certains cas, à plusieurs milliers de fragments. Le poids de ces fragments varie depuis quelques milligrammes jusqu'à plusieurs milliers de kilogrammes. A ce moment, se

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produit un nuage immense de poussières impalpables, qui restent longtemps en suspension dans l'atmosphère et dont la composition même révèle l'origine. J'ai dit plus haut qu'il est difficile de les distinguer absolument des poussières produites par les grandes éruptions volcaniques. Dans tous les cas où le bolide tombe à terre, il y pénètre plus ou moins profondément. En outre, soit que le bolide arrive en entier, ou bien en gros fragments, ceux-ci manifestent deux phénomènes calorifiques, en quelque sorte antagonistes : la surface des fragments est brûlante, et d'ordinaire recouverte par une sorte de vernis, résultant d'une fusion superficielle. Mais le centre peut avoir conservé une température excessivement basse, dernier témoin de celle qui règne dans les espaces interplanétaires. J'ai exposé dans tout leur développement les idées régnantes sur les aérolithes et les étoiles filantes. Cependant, il convient d'ajouter que quelques réserves ont été faites sur la théorie qui précède, laquelle tend à assimiler complètement l'origine des aérolithes et celle des étoiles filantes. En effet, aucune chute notable de météorites n'a coïncidé jusqu'à présent avec le passage périodique et régulier des essaims d'étoiles filantes. Aussi plusieurs personnes ont-elles pensé qu'il y aurait peut-être lieu de distinguer les deux ordres de phénomènes; sinon

même de revenir à Topinion d'après laquelle les aéroliihes seraient lancés par les volcans lunaires. Ces réserves sont peut-être excessives ; car les espaces célestes peuvent fort bien contenir à la fois des essaims périodiques d'astéroïdes d'origine cométaire, et des fragments sporadiques disséminés, n'obéissant à aucune loi générale de circulation, qui seraient les aérolithes ordinaires.

Les aérolithes aujourd'hui connus sont tellement nombreux qu'il a été nécessaire, pour les définir, de les partager entre un certain nombre de groupes généraux. Leur classification a été développée principalement par Daubrée.

Elle est fondée sur leur composition chimique. Une considération fondamentale la domine : c'est l'existence ou l'absence de fer. De là un premier groupe : les sidérolitkes ou S2dm7es, contenant presque toujours une cerlaine dose de nickel, et lesasidérites, qui ne renferment pas de fer.

Pour entrer dans plus de détails, en raison du nombre de ces objets, Daubrée distingue les holosidères, entièrement métalliques;

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Les polysidères et les oligosidères, suivant les proportions du fer ;

Les sporadosidères, ou le fer est disséminé parmi d'autres matières;

Les cr y pto sidères, où il s'y trouve en parcelles si petites qu'il faut recourir au microscope pour les apercevoir, ou bien même à l'aimant, pour les séparer de la matière pulvérisée.

Parmi les météorites exemptes de fer, on distingue encore les météorites formées de substances pierreuses, la plupart du temps silicatées; lesquelles se retrouvent aussi associées au fer dans les météorites complexes.

Quelques-unes exceptionnelles, telles que la météorite d'Orgueil, renferment des substances qui ne résistent pas aux températures rouges et même plus basses, telles qu'un carbonate double de magnésie et de fer, et certains composés hydrocarbonés.

Ces derniers sont capables, comme je l'ai vérifié expérimentalement, d'engendrer des carbures d'hydrogène sous l'influence de certaines réactions réductrices, telle que celle de l'acide iodhydrique à une température voisine de 280 à 300°. L'origine de ces dernières météorites est donc absolument différente des autres et ne rentre pas dans les mêmes interprétations.

L'examen de ces diverses classes de météorites, et spécialement celui des météorites ferrugineuses et pierreuses, a révélé des circonstances du plus haut intérêt, en raison des rapprochements originaux qui en résultent entre ces corps et diverses roches et minéraux appartenant à l'écorce terrestre; au point de vue des propriétés physiques et mécaniques, et surtout au point de vue de la constitution chimique.

Rappelons d'abord les observations relatives aux altérations superficielles subies par les météorites durant leur passage à travers l'atmosphère, altérations attribuables à la fois à la haute température développée et aux pertes de force vive qui se produisent au moment où les projectiles célestes, animés de vitesses comélaires, pénètrent dans notre atmosphère et compriment l'air, en Fentraînant dans leur mouvement. De là résulte notamment la formation d'une couche superficielle frittée et noirâtre, mate et luisante, de l'ordre des scories, résultant de la fusion partielle de certains matériaux externes, opérée tant directement que par l'effet d'une oxydation instantanée, éprouvée au moment du passage dans l'air.

L'aspect de la surface, surtout dans le cas des

météorites métalliques, manifeste quelques apparences et modilicalions altribuables aux mômes causes. Par exemple, des rides développées à la surface ramollie et dont la direction indique celle du mouvement du projectile; des cupules et alvéoles, des stries, des effets semblables à ceux du cisèlement de fer soumis à l'action d'un burin. Tous ces effets sontattribuables à la compression de l'air en avant de la météorite, l'air agissant alors à la façon d'un corps solide, dont l'action se combine avec le tourbillonnement de la masse, résultant lui-même du défaut de symétrie dans la distribution de ses diverses parties, autour d'un point fixe.

Daubrée, pour en poursuivre l'étude et en imiter les dispositions, a entrepris toute une série d'expériences curieuses, au moyen des matières explosives les plus énergiques, telles que les poudres noires et la dynamite : détonant soit en vase clos, c'est-à-dire dans des conditions où la densité des gaz approche de celle des solides; soit même à l'air libre. En effet, des conditions du même ordre peuvent se trouver ainsi réalisées, particulièrement avec les substances dont la durée de détonation ne surpasse pas quelques cent millièmes de seconde. En fait, on reproduit ainsi les mêmes apparences de tourbillons, de stries, de cisèlement sur les météorites. Ces apparences sont

attribuables en partie à raction d'une fraction de matière réduite en poussière solide, mais en partie aussi à l'action des gaz eux-mêmes, à la fois comprimés et animés de vitesses excessives.

Examinons maintenant de plus près la structure et la composition chimique des météorites. Leur comparaison avec les roches terrestres suscite des remarques du plus haut intérêt.

La composition chimique des météorites est des plus caractéristiques. La plupart présentent un air de famille qui se révèle par la présence du fer associé au nickel. On sait que l'existence et la structure spéciale des alliages cristallisés mélangés au fer sont décelées par divers signes, notamment par ceux de dessins spéciaux, désignés sous le nom de figures de Widmanstetten. On les manifeste en polissant la surface et en la traitant par un acide. Mais on tire surtout des indices intéressants de la présence des minéraux qui accompagnent le fer métallique dans les météorites.

On y rencontre, en effet, des silicates, associés à certains composés, où ces métaux sont unis au soufre

et au phosphore (pyrite magnétique, pyrrhotine, Schreibersite, etc.). Mais il ne s'y trouve ni composés constituants appartenant aux roches stratifiées, ni fossiles d'origine animale ou végétale; sauf peut-être quelques traces de composés hydrocarbonés dans les météorites carbonées, telles que celle d'Orgueil. On n'y rencontre aucun minerai dont la formation implique les réactions originelles de l'eau. Le fer n'y est pas non plus peroxyde. Cependant on n'y a reconnu jusqu'ici, je le répète, aucun élément étranger aux corps simples constatés sur le globe terrestre; ni même aucun composé bien défini qui n'y ait été trouvé ailleurs.

Les silicates contenus dans les météorites offrent ce caractère général d'appartenir au groupe des silicates basiques, c'est-à-dire à ceux que l'on observe dans les roches les plus profondes et parmi les roches éruptives. J'ai insisté sur ces points dans la Notice sur Daubrée, consignée au présent volume (p. 327), et sur les expériences qu'il a exécutées pour comparer les produits de la fusion des météorites avec ceux de la fusion de certaines roches naturelles, telles que la Iherzolite, et le péridot. Je rappellerai seulement ici que ces expériences ont conduit Daubrée à envisager diverses météorites comme représentant les différents degrés d'oxydation d'une masse initiale, composée

principalement de fer, à envisager le péridot comme une sorle de scorie universelle et à ramener l'histoire même de la terre à des conditions communes avec l'histoire de l'univers.

La comparaison entre les météorites et les roches d'origine terrestre peut même être poussée plus loin, jusqu'à l'étude du fer météorique lui-même. En effet, l'examen approfondi des roches et produits naturels rencontrés à la surface de la terre, donne lieu à d'autres rapprochements du plus haut intérêt.

On a signalé en différentes contrées l'existence de masses considérables de fer métallique; masses attribuées d'abord, a priori, sans preuves directes, à des chutes de météorites, dont on n'aurait pas conservé le souvenir. Mais une étude plus approfondie a conduit à leur supposer une origine purement terrestre.

La question a été soulevée par la découverte, en 1870, de masses énormes de fer par Nordenskiold à Ovifak (Groenland). Au bord de la mer, il a trouvé quinze gros blocs métalliques, répartis sur un espace de 50 mètres carrés et dont le plus volumineux pesait 20 000 kilogrammes environ. Depuis, une partie de cette masse a été rapportée à Stockholm et soumise à des analyses et à une étude soignée. J'en ai moi-même examiné quelques échantillons, que m'avait remis

l'auteur de cette découverte. Or ces fragments offrent une composition et une structure analogue aux fers météoriques. On ne saurait guère leur assigner une origine extra-terrestre, car ces masses sont associées à des roches éruptives de l'ordre des basaltes.

On ne tarda pas à en rapprocher certains autres morceaux énormes de fer, réputés jusqu'alors météoriques : tels que ceux de Santa-Catarina (Brésil), pesant 25 000 kilogrammes; celui de Durango, pesant 20 000 kilogrammes; celui de Canyon-Diablo (Mexique), où l'on a aperçu des traces de diamant; un alliage naturel de fer et de nickel, trouvé en Nouvelle-Zélande, etc.

Ce qui appuie ces rapprochements, c'est que plusieurs de ces masses sont, comme celles d'Ovisak, accompagnées par des roches basaltiques. Or l'examen de celles-ci, soit au microscope, soit avec le concours de r aimant, y a révélé l'existence de globules de fer fondu. On est ainsi conduit à regarder ces basaltes et les masses ferrugineuses qui les accompagnent comme des échantillons des couches internes du globe : rapprochement d'autant plus vraisemblable que la densité moyenne du globe terrestre est très supérieure à celle des roches de la surface et voisine de celle du fer métallique. A la vérité, on a rencontré depuis des masses de fer natif, éloignées des basaltes et gisant

sur le granit; toute conclusion absolue serait donc prématurée.

Observons encore que ces échantillons de fer natif, aussi bien que ceux du fer météorique, renferment également du carbone. Ce fait conduit à rechercher, dans les masses constitutives du noyau terrestre, l'origine du carbone qui existe à sa surface, c'està-dire celle de l'élément capital qui a contribué à la formation de l'acide carbonique et à la constitution des êtres vivants.

M'est-il permis de rappeler que j'ai rattaché à une hypothèse semblable la formation des pétroles, carbures d'hydrogène naturels, en la rapprochant de celles des acétylures et autres carbures métalliques que j'ai obtenus par synthèse? Les pétroles résulteraient ainsi de l'action de l'eau sur des carbures métalliques naturels, contenus dans les profondeurs du globe. Cette hypothèse a été reprise, depuis, par M. Mendéléef, et elle a obtenu une confirmation nouvelle par la belle étude des carbures métalliques préparés par M. Moissan.

Tels sont les faits observés dans l'étude des aérolilhes; telles sont les hypothèses auxquelles leur origine a donné naissance; tel est l'ensemble des recherches synthétiques dont ils sont devenus le point de départ et qui ont eu pour objet de les comparer

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aux roches et matériaux terrestres, et de fournir sur la formation de ceux-ci des notions plus pénétrantes et une lumière nouvelle sur la constitution même des astres et des corps célestes. Le système général de nos connaissances sur la géologie et sur l'astro-physique a reçu, par là, un accroissement considérable.

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