‹ Science et materialismChapitre 15 sur 36 · UN REGNE HUMAIN · texte numérisé non relu

UN REGNE HUMAIN

La quality prise pour caract&istique est prise, abstractions mite des differences, et n'a de raison d'etre qu'a la condition d'etre constante.

Meckel, « Anatomie compared. ».

Avant d'examiner la methode linn6enne et la maniere dont elle a ete imitee par M. de Quatrefages et les fondateurs du regne humain, il est interessant de voir ce que pensait Linn6 au sujet du rapport entre le singe et l'homme, ce qui, du reste, ne nous fait pas sortir de la question.

L'opinion de Linne sur la dignite de Thomme est tres variable ; pour lui, Thomme est tant6t un 6tre demi-divin, tantot ce n'est qu'un singe degrossi. Peutetre a-t-il raison dans les deux cas ; mais, apres Tavoir lu, on a quelque peine a concillier des assertions si differentes. C'est qu'a l'Spoque de Linn6, la Theologie etait encore une dame fort respectable, (Tun caractere irascible, et qu'on ne pouvait heurter trop fort sans quelque danger, ce qui mettait nombre de savants dans une situation sou vent tres delicate. Le proc6de ordinaire, et il etait traditionnel, consistait a saluer de fort loin la venerable dame dont j'ai parle. CTStait, passezmoi Texpression, payer une prime d'assurance contre Fincendie. Apres quoi on cheminait avec assez de security, en ayant soin de s'abriter de temps en temps derriere TGgide d'un dxstinguo prudent.

Nombre de savants tr&s respectables ont employe ces petits moyens, et nous devons le leur pardonner. C'est

1 Bulletins de la Soeiete d 'anthropologic de Paris (15 mars 1866). R^ponse a un discours de M. de Quatrefages en faveur de la theorie du Regne humain.

gr&ce k ces innocents artifices, que la science a pu naitre et grandir. Linn6 a-t-il imite tant d'autres savants et philosophes ? On serait tente de le croire en lisant ses Anthropor?norphla ; cependant, ailleurs, son langage parait si sincere, qu'on a de la peine a douter de sa bonne foi, qui est du reste trfes possible. Car beaucoup d'hommes, de grand merite, associent tres facilement la foi et la science. Le moyen est bien simple et beaucoup Temploient sans en avoir conscience; il consistent oublier Tune quand on s'occupe de r autre.

Quoi qu'il en soit, les considerations pr^cedentes doivent nous empScher d'accorder une trop grande valeur aux substiles distinctions de Linne, quand il est oblige d'effleurer la theologie ; et, quels qu'aient et6 ses sentiments, il nous a donne Texemple, dans la pratique, de refuser inexorablement aux considerations theologiques une valeur quelconque en histoire naturelle. Cela, le texte meme de Linne le prouve nettement. Voici ce que Linne pensait du singe compare a Thomme ; je me suis permis de traduire, pour etre plus rapidement compris, les extraits que je vais citer :

« De tout ce que porte le globe terrestre, rien n'est plus analogue au genre humain que celui des singes ; leur face,leurs mains et leurs pieds, leurs bras et leursjambes, leur poitrine et leurs viscferes ressemblent extremement aux ndtres. Leurs moeurs, Vingtnieuse invention, qu'ils montrent dans mllle bagatelles, mille jeux et meme limitation des autres (c'est-a-dire le penchant a se conformer au gout du siecle), nous les peignent tellement semblables a nous, qu'a peine peuton trouver une difference naturelle entre Thomme et son imitateur, le singe.

« Beaucoup peut-6tre penseront qu'entre le singe et Thomme, la difference est plus grande qu'entre le jour et la nuit ; et cependant ces memes hommes, apres avoir compare entre eux les plus grands heros europeens et les Hottentots du cap de Bonne-Esperance, se persuade-

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ront difficilement qu'ils ont la meme origine ; ou bien, s'ils veulent comparer une noble vierge de la cour, parfaitement paree et polic6e, avec un homme sauvage, abandonne a lui-mftme, a peine pourront-ils songer que Tun et Fautre sont de la mSme esptee. Les hommes> grossiers et depourvus d'&lucation sont plus 61oignes a tous egards des gens habiles, plus, dis-je, que le poirier sauvage, avec ces ipres aiguillons et son fruit coriace, ne differe de Tarbre qui, dans un jardin cultive, verdoie et se couvre de fruits agr6ables.

« On a trouv6 et ing6nieusement d6crit divers* hommes, qui avaient pass6 toute leur vie dans les. forSts, au milieu des brutes. »

Suit une Enumeration de faits, apr6s laquelle Linne ajoute :

« J'omets, comme trop connus, une multitude d'autrea faits du m6me genre, de Tensemble desquels il resulte:

« 1° Que, jusque-la ces hommes avaient ete prives de la parole ;

« 2° Qu'ils etaient velus ;

« 3° Qu'ils couraient sur les pieds et sur les mains, grimpaient rapidement aux arbres, 6taient epouvant6s a la vue des hommes, auxquels ils ressemblaient moins. qu'aux betes et aux singes. D'ou il resulte, qu'entre eux et les singes on trouverait difficilement une difference naturelle.

« II ne m'echappe pas cependant, qu'entre la brute et Fhomme il y a une grande dissemblance au point de vue moral. I/homme est cet animal, que Tauteur de toutes choses, je veux dire Dieu, n'a pas dedaign6 d'orner d'une &me raisonnable et immortelle et qu'il lui a plu d'organiser comme les autres animaux, quoiqu'il lui rtserv&t une vie plus noble et d'autres choses qui veulent Gtre consid6rees d'un esprit pieux et tranquille; mais ce n'est pas ici le lieu de parler de tout cela. Je ne dois pas, imitant le cordonnier qui s'elfeve plus haut que sa sandale, franchir de justes bornes ; il me faut

inter) ; ce qui nous permet de supposer, qu'& ses yeux, elle n'etait rien moins qu'Mablie. Puis il continue en ces termes ; et ce sera ma dernifere citation :

« Pour moi, je ne sais par quellle caractferistique les troglodytes se distinguent de Thomme, en histoire naturelle, tant sont voisins les genres humain et simien quant k la structure : la face, les oreilles, la bouche, les dents, les mamelles, la nourriture, limitation, les gestes, surtout chez les espfeces qui marchent debout et auxquelles appartient proprement le nom d'anthropomorphes ; en sorte que Ton trouve bien difficilement des differences de genre. Quoi qu'il en soit, aucune espfeces de brutes n'appproche autantdel'homme que les singes et surtout Tanthropomorphe, chez qui nous admirons non seulement une structure trfes semblable a la notre, mais aussi des moeurs semblables ; car ils choyent leurs petits d'une affection plus que paternelle, les portent dans leurs bras, les rechauffent sur leur sein, les soignent, les d6fendent, et cela est vrai, non seulement pour la mere, mais aussi pour le pfere lui-m6me. »

Simia quam sinrilis turpissima bestia nobis.

Ennius 1 .

(Test par cette citation significative que Linn6 termine sa monographic des anthropomorphes, d'oii nous pouvons conclure qu'il n'a pas meme pressenti Tinvention du regne humain.

Je vais maintenant fetudier la classification linneenne des regnes et m'efforcer de demontrer, que si la methode suivie par M. de Quatrefages a bien, theoriquement, de laressemblance avecla methode linneenne, elle en differe essentiellement dans le fait, dans Implication.

Examinons, pesons bien les caracteres, sur lesquels

1 LinnS. Amaenitates Academiae, vol. vi, p. 63 (Anthropomorphia). Holmiae, 1763.

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Linne a base sa classification des rfcgnes. Je cite textuellement le Systema naturce :

« Corpora naturalia in tria naturce regna dividuntur ; Lapideum nempe, vegetabile et animate. »

« Lapides crescunt : Vegetabilia crescunt et vivunt : Animalia crescunt, vivunt et sentiunt. »

Et ailleurs :

« Vegetabilia corpora organisata et viva, non sentientia. Animalia corpora organisata et viva et sentientia sponte que se movent ia. »

Plus loin, sous le titre Regnum animate, nous lisons :

« Animalia organisations viva, nervis sentiunt, percipiunt, seque ex arbitrio movent, motu possibili. »

Je laisse de cdt6 le regne mineral, dont la caracteristique (Lapides crescunt) est tres hasardee, ce qui nous montre avec quells circonspection on doit imiter la methode de Linne ; car ce grand homme, ayant tout a creer, etant le premier vrai legislateur de l'histoire naturelle, ne put, malgr6 son genie, toujours eviter l'erreur. Voyons sur quel caracteres, Linne base la distribution des regnes vegetal et animal.

Pour Linne, le vegetal est un corps organise, c'est-adire vivant, se nourrissant, mais depourvu de la sensibilite, ce qui est evidemment incontestable pour la presque totalite des v6g6taux. L'animal possede les mSmes caracteres que le vegetal et, en plus, la sensibility et le •mouvement volontaire. Gela aussi est vrai, du moins pour Tanimal complet, le seul dont parle Linne, puisqull definit l'animal un 6tre organise, pourvu de nerfs.

Imitons-le et, pour un moment, oublions ces 6tres ambigus, ni vegetaux ni animaux, dont ^existence cependant prouve que nos classifications, m6me les plus raisonnables, ne sont jamais que le caique impar-

fait de la nature 1 ; ne consid6rons que les Stres organises bien definis.

Ge qui frappe dans cette classification, ce qui la fait et la fera vivre, c'est la valeur vraiment primordiale des caracteres, sur lesquels elle est basee. L'organisation et la nutrition, faits gen6raux, communs aux deux regnes, sont des caracteres tellement dominants que pas une espece, pas m6me un individu ne peuvent les perdre sans cesser d'etre.

La sensibilite et le mouvement volontaire, faits moins importants que les precedents dont ils derivent, ont cependant une valeur enorme ; car ce sont les fonctions primordiales du roi des tissus, du tissu nerveux. Or, comme le dit Guvier, « le systeme nerveux est au fond tout l'animal ; les autres systemes ne sont la que pour le servir ou pour Tentretenir ; il n'est done pas etonnant que ce soit d'apres lui qu'ils s'y r&glent. » (Annates du Aftislwn,. 1812, vol. XIX, p. 73.)

Que la sensibilite et le mouvement volonta ire disparaissent et l'Stre perd les vrais caracteres de l'animalite pour retomber dans le regne v6g6tal ou parmi ces 6tres douteux, traits-d'union entre les deux regnes. Ici la caracteristique est constante, parce qu'elle est liee a des caracteres d'organisation, constants aussi, et dominant tout. Un animal, un animal complet, bien defini, quel qu'il soit, insecte ou mammifere, moucheron ou lion, est toujours dou6 de la sensibilite et du mouvement volontaire, e'est-a-dire qu'il a conscience de Taction exerc6e sur lui par le monde exterieur et qu'il r6agit sciemment contre cette action.

w En est-il de m6me de la religiosity, de la moralite, etc.? Evidemment non. Leur perte ou leur absence sont possibles. Cette absence peut&tre consid6r6e comme plus ou moins facheuse pour Findividu, mais jusqu'ici per-

1 Glassis et ordo est sapientise, genus et species naturae opus.

Linne.

ANTHROPOLOGIE GlL\ERALE. 149

sonne n'a ose soutenir qu'elle abolit en lui la qualite d'homme.

Prendre le fait brut, comme Fa fait notre eminent collegue, sans vouloir Fexaminer, Fanalyser, c'est creer en histoire naturelle un precedent f&cheux et s'exposer a de graves erreurs. Quand il s'agit de divisions aussi capitales, que celle de regne, on ne saurait, il me semble, peser trop soigneusement la valeur des caracteristiques.

Aucun des grands naturalistes n'a ete plus spiritualiste que Linne, aucun n'a eu une plus haute idee de Intelligence humaine. Parfois, quand il se laisse aller a juger d'apres lui tous les hommes, il nous peint, en style lyrique, Fhomme comme Foeuvre supreme et parfaite de la divinite, comme un &tre admirable, contemplant autour de lui la majeste de la nature, et se faisant par le plaisir de cette contemplation « un ciel terrestre », tandis que, dans le pass6, son puissant regard voit, a travers la longue chalne des generations mortes, le createur, dont il est le heraut, le crieur public (Summi entis prceco). Mais, malgre tout cela, Linne ne voit en Fhomme que le premier des animaux, le premier genre des primates ; car il n'a voulu prendre pour caracteristiques de ses regnes, que des faits generaux, inherents aux 6tres et reunissant Timportance a la Constance. En ne suivant pas cet exemple, M. de Quatrefages me paralt s'6tre £carte, en fait sinon en theorie, de la methode linneenne.

Les illustres continuateurs de Linne ont pense comme lui, que, de tous les principes de classification, celui quiprend pour basse Forganisation entiere est incontestablement preferable a Tadoption d'un Element unique, et c'est d'apr^s cette methode qu'ils ont cree ou rectifie les grandes divisions de Thistoire naturelle.

G'est en prenant pour caracteristique la vertebre, c'est-a-dire la forme generale du corps, le plan du squelette et la disposition du systeme nerveux, que La-

marck a cr6e ses embranchements des vertebres et des invertebr6s.

C'est encore en considerant le plan general de l'organisation animale, que Cuvier a divisS les in vertebres de Lamarck en trois nouveaux embranchements : les mollusques, les articules et les radios.

De Blainville poussa si loin le desir d'avoir des caracteres gen6raux et constants, que, voyant, entre les deux regnes vegetal et animal, un terme commun, moyen, ou il place les Stres douteux, il admit, au-dessus des regnes, des divisious supMeures, qu'il denomme empires, et, qu'a Fexemple d'Aristote, il partagea le monde en un empire inorganique et un empire organique, dont les regnes vegetal et animal ne sont plus que des subdivisions.

N'est-ce pas la vraie, la seule vraie methode en histoire naturelle? Elle veut que les caractfcres ne soient pas seulement constates, mais pes6s et subordonn6s. Plus la caracteristique est consider^ comme importante, plus aussi elle doit dominer dans Torganisation. La largeur et la puissance des fondations doivent 6tre proportionnelles a la hauteur de Tedifice. Pour Tespece et le genre, un caractere particulier, relativement accessoire, suffit (et la encore on veut ce caractere constant); mais plus la divisiou devient importante, plus nous avons le droit d'etre exigeants. Aussi plus on s'eleve dans la classification scientifique des Stres organises, plus la caracteristique devient generale. Tout bimane est mammifere, mais tous les mammiferes ne sont pas bimanes. Tout mammifere est vertebre, mais la plupart des vertebres ne sont pas mammiferes. Tout vertebre est animal, mais d'innombrables animaux ne sont pas vertebres. Enfin, animaux et vegetaux ont en commun le plus primordial des caracteres, celui d'etre constitues par des elements organises et vivants. Gradation admirable, dans laquelle le particulier va se fondant de plus en plus dans le general ; hierarchie, ou nous

voyons, a mesure qu'on approche davantage du fonds commun & tous les Stres organises, les caracteres quaternaries, tertiaires, secondaires, disparaltre un a un suivant leur ordre d'importance. C'est 1& la vraie classification, telle que Tont faite les p6res de la science. Le caractere primordial, celui de Tempire, y est aussi general que possible, il impr&gne tout TStre; c'est la vie. Les caracteristiques des regnes vegetal et animal sont moins tranches ; pourtant, exception faite pour les etres douteux, nous y voyons encore des faits g6neraux, constants et supportant tous les caracteres d'ordre plus inferieur, comme le tronc d'un arbre en supporte les branches.

La religiosity est-elle un fait de mSme valeur que la vie ou mSme que la sensibility et le mouvement volontaire, ces grandes fonctions du systeme nerveux?Non; c'est un fait variable, inconstant. Fut-il prouv6 que Tabsence de sentiment religieux ne se rencontre pas, chez Thomme consider^ par groupes, il n'en est pas moins constant que cette absence est tres commune, comme fait individuel. Or ici Texception suffit pour detruire Tidee du rfegne. Un caractere de cet ordre, destine k supporter une division aussi importante, doit exister chez tous les individus aussi bien que chez tous les groupes. Dans Tordre des quadrumanes, tous les individus ont aux quatre membres un pouce opposable; dans la classe des mammiffcres, tous les individus sont pourvus de mamelles; dans Tembranchement des vertebres, tous les individus ont des vert^bres, et, dans un groupe plus general encore, le pivot de la classification serait inconstant ! Dans un regne humain, base sur la religiosite, il y aurait nombre d'individus irreligieux, hommes par tous les autres caracteres et cependant animaux 6videmment, c'est-a-direinfSrieurs, puisqu'ils seraient depourvus du signe supreme !

En prenant, comme le fit Linne, pour caractere de Fanimal le mouvement volontaire, on s'abusa peut-6tre

152 SCIENCE ET MATERIAIJSME.

en Fattribuant, en quality de volontaire, a des Stres ranges parmi les animaux. II n'est pas bien dSmontre, par exemple, que le mouvement de Tactinie soit plus volontaire que celui des folioles de la sensitive ou des. etamines de Tepine-vinette ; c'est plutot de la contractility que du mouvement volontaire ; mais enfin, la du moins, il y a Tapparence d'un mouvement volontaire, tandis que la croyance au surnaturel manque completement a des Europ6ens, qui sont 6videmment des hommes, et meme ne paraissent pas sensiblement inferieurs en intelligence k beaucoup de croyants tres fervents.

En s'en tenant, comme le veut M. de Quatrefages, st la simple constatation de faits bruts, dependant de certaines fonctions cer6brales seulement, on peut trouver bien d'autres caract&res de regne. De ce que la croyance au surnaturel, commune chez l'homme, ne paralt pas exister chez Tanimal, vous vous croyez autorises 4 creer un regne humain. Mais les conceptions religieuses n'ont rien en elles qui les distingue des mille autres conceptions de Tesprit humain, et Fanalyse psychologique dSmontre sans peine, qu'elles sont egalement des resultantes, des applications de facult6s communes 4 Thomme et aux animaux superieurs. En bonne psychologie, elles ne diffferentpas essentiellement des creations artistiques, indttstrielles, assez constantes aussi chez Thomme. Jamais singe n'a taille une hache de pierre, dont Tindustrie appliqu6e a la confection d'outils peut, aussi bien que la religiosity, servir 4 caracteriser un regne. Les hommes, 4 la conditions de naltre avec le sens de Touie et de ben&ficier de l'education sociale, ont un langage articule ; or les animaux en paraissent d6pourvus, done le langage articule, bien autrement constant que la religiosite, peut, aussi bien qu'elle, servir a fonder une distinction de r&gne.

Mais cette m6thode me paralt conduire 4 d'etranges consequences. Car, en s'y tenant rigoureusement, le

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r6gne humain pourra se subdiviser ou plutot se diviser en plusieurs regnes. On aura le regne humain ayant une litterature et le regne humain illettre, le regne humain ayant cree une science mathSmatique et le rfegne "humain depourvu de math6matiques, le r&gne des homme& ayant invents Fecriture et celui des hommes, qui jamais n'ont eu FidSe de l'Scriture, etc.

De meme, le rfegne animal pourra aussi bien se diviser au moins en deux regnes, et imitant, en lui donnant de Fextension, une division de Lamarck 4 , nous proclamerons un r&gne animal apathique, ou tout paralt se borner a la vie et a la contractility et un r&gne intelligent, ou les mouvements sont frvidemment conscients, volontaires, ou existent des facultes intellectuelles, des penchants moraux. Certes Fintelligence du chien et de Telephant n'existe pas chez le polype, les coraux, Tactinie, les radies et la plupart des mollusques.

Non, aucune des grandes applications de Tintelligence humaine ne peut 6tre prise pour caracteriser un regne, pas plus la parole que l'industrie, pas plus Tindustrie que Tinvention, dont on a voulu aussi faire Tapanage des races humaines superieures.

Ge qui nous egare, c'est Timperfection de nos connaissances psychologiques. Chacun de nous etant oblige, ou a peu pres, de se faire k lui seul une psychologie, il en r£sulte que nos classifications des faits cerebraux tiennent toujours un peu du domaine de la fantaisie, et que nous prenons souvent pour des faits irreductibles des actes cerebraux fort complexes. Cependant, il est possible d'arriver k un petit nombre de faits cerebraux ind6composables, quoique tellement parents, qu'ils se supposent generalement les uns les autres.

Ainsi la volont6 ne se concoit guere sans le cortege des sensations, des impressions, des souvenirs, des

1 Introduction k YHistoire des animaiix sans vertebres.

idees ; et a qui prStendrait que le pouvoir de se creer des images, l'imagination, n'est qu'une annexe de la memoire, il serait difficile de rSpondre. De m6me la facnlte de se faire des idees, de percevoir et de combiner des rapports, suppose toutes les autres. La propriety d'eprouver du plaisir et de la douleur, l'impressionnabilite, et aussi la sensibility ; voila les seuls faits psychiques de premier ordre, qui puissent exister seuls. Mais enfin un certain nombre de facultSs, g6n6ralement consid6r6es comme primordiales, .sont simples, a peu pres irreductibles, si on les considere isolement. L'homme souffre ou a du plaisir, c'est-&-dire des impressions; il sent, c'est-4-dire a des sensations speciales ; il veut, se souvient, imagine (se fait des images), comprend, raisonne, c'est-a-dire pergoit des rapports. Tout cela est assez simple, et toutes les operations cerebrales peuvent se ramener a ce petit nombre de faits g6n6raux.

Prenons un acte complexe, Tinvention; nous pouvons facilement en faire une analyse, une sorte d'analyse chimique qualitative : pour inventer, il faut eprouver des sensations, des impressions ; il faut se souvenir, se cr6er des images, comprendre, vouloir. II faut tout cela, mais cela suffit. Car inventer, c'est simplement percevoir un ou plusieurs rapports inconnus jusqu'alors, et ce, a l'aide de toutes les proprietes et facultSs cer6brales. Or, si tous les faits cerlbraux de premier ordre, dont j'ai parl6, sont communs a l'homme et a l'animal superieurs, ce qui est facilement demontrable et gen6ralement admis, Tanimal doit necessairement inventer aussi bien que Fhomme, quand les conditions de son existence viennent a varier.Le castor du Rhdne, devenu fouisseur d'architecte qu'il etait, a necessairement invente. L'animal domestique, qui redevient sauvage dans un pays, un climat nouveau, ou l'homme le transporte, est oblige de vivre dans un milieu inconnu, de poursuivre une proie nouvelle, de se

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garer d'ennemis qu'il ne connaissait pas, et il invente sous peine de mort.

Nous avons le toil de ne tenir compte que des gros resultats ; c'est pourquoi nous n'appelons inventetirs, que les hommes assez heureux ou assez intelligents pour percevoir des notions nouvelles, tres importantes, a notre point de vue tout humain. Mais Tessence de Tinvention, c'est la nouveaute, non Fimportance; et, ainsi consider^, l'invention est tres commune, chezles animaux aussi bien que les hommes. Nos enfants passent leur vie a inventer ; car une grande invention ne differe pas essentiellement d'une petite. L'inventeur de la toupie et Newton ont fait Tun et Tautre une invention. Geux que nous appelons inventeurs ne sont pas amies de facultes primordiales, inconnues au vulgaire. Kepler, qui a brise le ciel de cristal des anciens astronomes *, Copernic, qui a invente le mouvement de la terre autour du soleil, n'eurent pas de facultes speciales ; ils raisonnerent seulement sur des faits inconnus a leurs devanciers et capitaliserent un grand nombre de petites inventions. En resume, Tinvention, pas plus que la religiosite, ne peut 6tre prise comme caractere distinctif de premier ordre. fitre intelligent, c'est etre necessairement inventif .

Or, il n'est pas un acte cerebral, quelque peu complexe, qui puisse mieux soutenir Tanalyse et meriter d'etre pris pour caractere de regne. L'animal superieur a les memes facultes que Thomme, moins energiques seulement ; ce sont la des differences de degre, de detail, qui peuvent tout au plus Stre invoquSes comme caracteres accessoires, servant a distinguer Tespece ou le genre.

Je m'arrSte et me resume. II est vrai, qu'en g£n6ral, les hommes ont un ensemble de notions plus ou moins complexes, fort differentes entre elles, que nous deco-

1 Solidos orbes rejeci. (Kepler, Stella nova.)

156 SCIENCE ET MATKRIAUSME.

ronsen bloc dunompompeux de conceptions religieuses* On constate ce fait brut et Ton nous dit : Nous faisons ce que fit Linn6. Voila un caractere qui manque a tous les animaux, Fhomme excepte, done l'homme forme un regne distinct du regne animal au m6me titre que celuici est distinct du regne vegetal. C'est la un raisonnement specieux, qui, de loin, semble avoir une certaine valeur. Mais prenons le fait brut, sans analyse pr&ilable, comme on le donne, et comparons-le aux caracteristiques de r&gne de LinnS, immediatement nous voyons, que ce nouveau caractere n'a ni la Constance* ni l'importance, nila solidity des caractereslinneens, et que Tanalogie est purement apparente et factice, que par consequent, en fait, sinon en theorie, on s'est ecarte de la methode linneenne. Que si ensuite nous etudions les classifications des naturalistes, qui ne se sont pas bornes a de simples constatations de fait, mais ont, plus encore que Linne, pese, compare, subordonne methodiquement leurs caracteres, nous trouvons que la nouvelle caracteristique ne reunit pas les conditions indispensables a un caractere de premier ordre et qu'ici, en theorie aussi bien qu'en fait, on s'est ecarte de la methode des Lamarck, des Guvier, des de Blainville.

Mais nous avons provisoirement accorde que la religiosity pouvait 6tre donnee comme caracteristique, en la prenant simplement comme fait brut. G'etait une condescendance 6videminent beaucoup trop courtoise. Si, avant d'arborer cette nouvelle caracteristique, nous la jetons dans le creuset de Tanalyse (ce que j'ai tente de faire dans un precedent m&noire), nous n'y trouvons plus que des faits complexes, resultantes de facultes demontrees communes a Thomme et aux animaux sup^rieurs, des faits essentiellement identiques, ne differant que par une complication plus ou moins grande ; les plus complexes ne s'observant pas chez les animaux. parce qu'ils correspondent a des facultes trespuissantes, ce sont les grands systemes religieux, tandis que les

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plus simples, comme Tadoration des animaux, le fetichisme, se decomposent facilement en une emotion forte (peur, joie, etc.) et un raisonnement faux, des plus grossiers, dont le but est d'eloigner ou de ramener Timpression desagreable ou agrSable, c'est-a-dire la pauvre s6rie de faits cerSbraux, que Ton observe chezle chien implorant le pardon de son maltre, et qui n'aurait aucune importance, si on ne la couvrait, comme d'un manteau, du nom de conception religieuse.

Done, je suis en droit d'enfermer les defenseurs du regne humain dans le dilemme suivant :

Ou je prends le fait brut, la religiosity, et je trouve, •que votre caracteristique n'est nullement comparable aux vraies caracteristiques de Thistoire naturelle. En dehors mSme des raisonnements precedents, l'observalionsi juste de M. Alix suffirait a le prouver. Qu'est-ce, -en effet, qu'une caracteristique de r^gne, qui place rhomme a la fois dans le regne humain et dans le regne animal, dans Tembranchement des vertebres et dans le regne humain, dans la classe des mammiftres et toujours dans le regne humain ? Done, meme en la prenant comme un fait brut, votre caracteristique doit £tre rejetee.

Second terme du dilemme. Ici, je n'accepte plus le fait brut; avant de T6riger en caracteristique, je Tanalyse, et cette analyse me prouve que la conception xeligieuse se decompose qualitativement, comme un corps complexe en chimie, en actes cerebraux existant, identiquement les mSmes, chez nombre d'animaux, et alors je n'ai plus a peser cette nouvelle caracteristique, qui n'en est pas une, et je la rejette d'emblee.

LORIGINE DE L'HOMME

Que faisait done Dieu avant de se decider k cr6er Funivers ? demandaient des impies k saint Augustin. Cette question embarrassante fut en un instant resolue par le mystique frvSque d'Hippone. Question oiseuse ! dit-il, car Dieu en meme temps que le monde a cr66 le temps. En outre, il faut croire et ne point scruter Finscrutable (CU4 deZ>few).D'autresth6ologiensontdonne pour occupation a la divinite, avant la creation, d'occuper ses loisirs intiniment longs & un travail infiniment long aussi, a la production d'une quantity de temps et d'espace assez grande pour loger en duree et en Vendue la construction future. Pour combattre Fopinion des impies qui, de son temps, soutenaient que Fhomme et tout le rfegne organique 6taient apparus sur le globe spontanSment et naturellement, Lactance objecte, que le nouveau-n6, d6pourvu de mere et de nourrice, eUt fini par 6tre etouffe par ses propres dejections. (Lact. Inst. div. 9 L. II, 12.)

Tant que ces idees et d'autres aussi ingenieuses ont prevalu dans la philosophie et dans la science, il etait oiseux de s'enquerir de Forigine de Fhomme, sans compter que FenquSte n'eftt pas 6t6 sans quelque peril.

Mais aujourd'hui, gr&ce aux longs efforts d'une glorieuse phalange de heros scientifiques, qui, plus d'une fois, ont cherement pay6 leur gen6reuse audace, le terrain est d6blaye, la libre recherche peut aborder hardiment toutes les questions, et Fon ne comprend plus gu&re pourquoi nombre de savants distingues s'obs-

1 Rapport sur les pro ores de V anthropologic, par M, de Quatrefages (1867).

ANTHROPOLOGIE g£n£rALE. 159

tinent a declarerj que la question des origines de l'humanite n'est point une question scientifique. Tout ce que peut concevoir Intelligence humaine est scientifique. La seule regie est de ne point outrepasser les frontiferes de la logique. Et quel savant, pour peu qu'il ait la tete philosophique, voudrait se borner au simple role d'appareil enregistreur de faits? sans compter que cette decapitation est impossible. Forcement Tesprit humain remonte plus ou moins loin Tenchalnement des faits et des causes, et il n'est pas un ecrivain scientifique qui ne puisse Stre pris, maintes et maintes fois, en flagrant delit de thSorie plus ou moins juste, etit-il mSme prealablement d6clar6 la guerre 4 toute theorie.

M. de Quatrefages, et nous Ten felicitons, a ete moins timide. II n'a pas craint de consacrer un chapitre a la question des origines humaines. Examinons ses theories et comparons-les aux doctrines contradictoires.

Aujourd'hui Intervention au moins apparente, de la theologie dans la science est sevfcrementprohibSe. Tous les savants admettent et Studient les lois naturelles, en les regardant comme fixes, in variables. L'homme et le monde ne sontplus consideres comme des jouets, dont une puissance extra-naturelle tient les fils. Neanmoins, et par un accomodement etrange, beaucoup de savants continuent a professer des idees religieuses en contradiction souvent absolue avec leurs idees scientifiques. II y a, dans leur pensee, deux departements bien distincts, Tun religieux, Tautre scientifique, separes par une muraille plus 6paisse et plus infranchissable que celle de la Chine. Catholiques, protestants ou juifs, a Teglise, au temple ou a la synogogue, ils sont parfaitement impies au laboratoire et il n'y a aucun conflit.

HMons-nous de dire que le savant naturaliste, dont nous nous occupons, n'est pas de cette trempe. Quoique

spiritualiste et Chretien, M. de Quatrefages a su mettre «n accord a peu pres parfait sa raison et sa foi. Chez lui, point de heurt notable, et cependant la theologie n'intervient jamais ostensiblement dans ses travaux. Nous disons ostensiblement ; car notre conviction est qu'elle le guide a son insu, attenue k ses yeux la valear de certains faits, le porte k s'exagerer la valeur de certains autres et que, dans la question des origines humaines, par exemple, c'est cette influence latente et ignoree, qui l'a maintenu a peu pr&s dans les limites du recit de la Genese, et qui seule peut rendre raison de la t6m6rit6 •excessive de certaines de ses conclusions, de la timidite non moins excessive de certaines autres.

A ses yeux, le magnifique travail de Darwin, cette grande theorie, qui est venue eclairer et vivifier toute Thistoire naturelle, cette theorie et tous les travaux suscites par elle, tout cela est non avenu, sans nulle valeur : ce sont des fantaisies romantiques , bonnes a amuser les gens du monde, mais le vrai savant passe impassible. Pour lui, une nuit impenetrable continue a couvrir le mystere des origines. II ne voit rien, n'entend rien. Nous croyons, quant a nous, qu'il faut en accuser pour une large part ses yeux et ses oreilles.

Autre assertion temeraire (car nous voulons Gnumerer les principales) : « Les ph6nomenes qui produisent ne sont nullement ceux qui entretiennent. » Par consequent il n'est pas logique de conclure des seconds aux premiers. Mais qu'en pouvez-voussavoir? puisque vous confessez ne connaltre en quoi que ce soit le mystire des origines. Sans compter que cette assertion est en contradiction parfaite avec ce qui se passe chez Findividu ou les phenomfenes de formation ou de renovation des tissus, de la p^riode embryonnaire k la mort, sont parfaitement comparables aux ph6nomenes de nutrition

simple, quelles que soient les theories admises, la proliferation de Virchow ou la genfese spontan6e des 616ments dans le liquide intercellulaire, le blastSme, suivant les id6es deM. Robin.

En general, ces divisions bien tranchees, par cases nettement delimitees, existent plus souvent dans le cerveau des savants que dans la nature ou tout est gradue et nuance.

Avec non moins de hardiesse, M. de Quatrefages affirme que la genealogie simienne de Thomme est absolument insoutenable. Et cependant les adversaires de cette theorie ont et6 r6duits a reconnaitre, entre Thomme et le singe anthrophoide, les ressemblances anatomiques les plus fondamentales. Selon Gratiolet, partisan cependant du Regne hominal, il y a entre les organes cerebraux humains et simiens une remarquable analogie dans le plan fondamental :

« Le cerveau pliss6 de Thomme et celui du ouistiti, ecrit-il, se ressemblent par un quadruple caractere : un lobe olfactif rudimentaire, un lobe posterieur couvrant tout le cervelet, une scissure de Sylvius tout a fait distincte et une come post6rieure du ventricule. On ne trouve ces caracteres reunis que chez Thomme et les singes ; chez tous les autres animaux, le cervelet est en partie d6couvert; il y a presque toujours, meme dans Tel6phant, un Snorne lobe olfactif, et, a Texception des makis, aucun animal n'a la scissure de Sylvius. II y a done une forme c6r6brale 9 sp6ciale a Vhomme et aux singes, et, chez tous ces &tres 9 il y a un arrangement g6n6ral, une disposition dont le type est commun. »

Toutes les differences de detail invoquees dans la forme et la structure des centres nerveux par Owen et Gratiolet sont depuis longtemps reconnues sans fondement ; elles existent chez certaines espfcees simiennes, mais manquent chez certaines autres.

Le seul criterium anatomique reste debout aujour-

d'hui est celui que Gratiolet signala dans l'ordre d'e volution des regions cer6brales. Chez le singe, les circonvolutions temporo-sphenoidales apparaissent les premieres ; chez l'homme, les circonvolutions frontales se dessinent d'abord. Nous conseillons aux partisans du regne humain de ne se retrancher dans cette derniere redoute qu'avec une certaine modestie. Elle sera enlevee tout comme les autres et on en sera r6duit aux fortifications tirees de la religiosity ; fr£le, bien fr61e rempart.

L'embryologie des races inferieures est a faire, et comment affirmer que le developpement cerebral de l'Australien est identiquement semblable a celui de l'AUemand et du Frangais, quand Gratiolet lui-meme nous a appris que l'ordre de solidification des sutures cnkniennes, si etroitement lie au developpement cerebral, se fait en sens inverse chez le n&gre et chez le blanc ; d'avant en arriere chez le premier, d'arriere en avant chez le second. D'ou il rSsulte, que, dans la race negre, les lobes frontaux, ce quartier general de Tintelligence, sont enrayes dans leur developpement, presque des la puberte, tandis que, chez l'homme de race blanche, ils peuvent grandir, se dSvelopper jusqu'aux confins de la vieillesse.

Cette question d'embryologie etant reservee, ainsi que l'exige l'etat actuel de la science, on est bien oblige, a moins d'etre atteint d'amaurose incurable, de voir les transitions graduees et multiples qui relient anatomiquement Fhomme et le singe anthropomorphe. Evidemment, il est sage de ne point prendre comme type l'Apollon du Belvedere et la Venus de Milo, mais d'embrasser du regard tous les bip&des humains doues de la faculte du langage, rudimentaire ou non, et de quelque industrie. Alors, on voit les formes humaines revetir des caracteres de plus en plus pithecoides a mesure que Ton descend des beaux types caucasiques aux negres oceaniens, occupant le degre le plus inferieur de l'echelle, et Ton passe, par une gradation pres-

que insensible, du magnifique developpement frontal d'un Cuvier au crane de FAustralien, chez qui un frontal bas, etroit, fuyant, un occiput volumineux et allonge, des m&choires prognathes, enmuseau rudimentaire, un menton fuyant, etc., rappellent fort, en depit du regne humain, le chimpanzS et le gorille.

Ges caracteres simiens ne sont point bornes au cr&ne. On les retrouve, ainsi que Font constate, recemment encore, MM. les docteurs Scherzer et Schwartz, a bord de la Novara, sur Fensemble du corps. Selon ces observateurs, FAustralien copie Forang par la longueur et la largeur des pieds, la grande brievete des jambes, la minceur des mollets, Fallongement des bras et surtout de Favant-bras, etc. Selon les m^mes auteurs, aucune race n'est pure de cet alliage facheux, et, apres avoir etudie Fhomme dans quatre parties du monde, ces anthropologistes ont cru pouvoir formuler la conclusion suivante : « La ressemblance simienne ne se concentre nullement et d'une maniere exclusive sur telle race, mais elle se repartit, quant aux differents organes, entre les differentes races, et cela si bien qu'a chacune reste une part plus ou moins grande de cet heritage.)) II paraitrait, toujours d'apres la m£me autorite, que les partisans du regne humain euxmSmes, ne sauraient s'affranchir de cette consanguinite humiliante, car MM. Scherzer et Schwartz affirment que, « meme nous autres Europeens, ne pouvons pas nous prMendre entierement etrangers a cette parente, temoin la brievete de notre main entiere relativement k la somme des longueurs du bras et de Favant-bras et, chez les Slaves et les Roumains, la grande longueur de Favant-bras relativement au bras ».

Autre analogie significative. Si Fon compare entre eux le& cerveaux des nouveau-nes, dans les differentes races humaines, et en meme temps ceux des nouveaun6s simiens, les differences s'attenuent notablement. Ainsi, tous les cerveaux des nouveau-nes, a quelque

I6i SCIENCE ET MATERIAUSME.

race qu'ils appartiennent, sont sensibleraent analogues. Tous ont une dolichocephalie occipitale * prononc6e, forme inferieure, qui persiste toute la vie chezle negre des deux sexes et souvent chez la femme blanche. Chez les Mongols, les Am6ricains, les insulaires du Grand Ocean, le cr&ne s'elargit bientot lat£ralement pour deveniret resterbrachyeephale. Chezle blanc, le cr&ne, d'abord doliehocephalepar Tocciput et de forme ovale a grosse extremite posterieure, s'allonge souvent oudu moins s'clargit toujours dans la region frontale ; il devient elliptique, et, si apres modification, il est encore dolichocephale, e'est d'une dolichocephalie frontale. Un cr&ne d'enfant n6o-caledonien de 8 a 9ans, oflfert a la Societe d'anthropologie par M. Penard, ne differait pas d'un cr&ne caucasique du m6me &ge. De mSme le en\ne simien differe d'autant moins du cr&ne humain que le sujet est plus jeune. C'est a r&ge de la puberty, chez Thomme, k l'epoque de la seconde dentition chez le singe, que les dissemblances anatomiques et psychologiques s'accentuent. Dans Tenfance, les individus de toutes les races different peu. L'intelligence du negre et celle de TEuropeen semblent voyager de conserve jusqu'a Tadolescence ; mais a ce moment de la vie, la premiere s'immobilise a jamais, la seconde peut grandir et se developper jusqu'a Yhge miir, double effet en rapport parfait avec la solidification des sutures frontocr&niennes, pr6coce chez Tun, tardive chez Fautre.

M. de Quatrefages r6cuse aussi nettement, et avec une hardiesse qui touche a la temerity, toutes les inductions auxquelles ont donne lieu l'etude de debris humains fossiles ou au moins fort anciens, exhumes sur divers points de TEurope : le cr&ne n6groide decouvert par le docteur Spring sur les bords de la Meuse, celui d'Engis, celui de Larzac, un cr&ne tir6 des breches osseuses

^Cr&ne dolichocephale, cr&ne allongS; crane brachycephale, cr&ne court.

ANTHKOPOLOGIE G&NERALE 165

de Gibraltar, deux cr&nes trouv6s dans une caverne a Furfooz (province de Namur) par M. Dupont, les cranes de Borreby, le curieux crane extrait d'un tumulus, a Quiberon, et qui se rapproche si fort de ceux des races inferieures, tant d'autres encore. S'appuyant sur Tautorite du savant docteur Pruner-Bey, il va jusqu'a reconnaltre un crane celtique dans le fameux crane du Neanderthal rencontre dans un gisement de lehm diluvien, contenant des ossements de mam mouth et d'ours. Or, ce crane, pretendu celtique, est le plus simien des cr&nes humains connus, et ses principaux caracteres sont : une dolichocephalie extreme (indice cephalique 72) *, une voiite cranienne excessivement surbaissee, un frontal fuyant et petit, une ligne semi-circulaire indiquant rinsertion des muscles temporaux, exceptionnellementelevee,etsurtout un bourrelet osseux sus-orbitaire enormement developpe, separe de la portion superieure du frontal par une depression en gouttiere fortement accusee, ce qui donne au front un caractere tout a fait bestial. Autant qu'on peut le conjecturer, Tangle facial etait de 56 degres (G. Vogt), la capacite cranienne d'environ 1,000 c. cubes. Les os cr&niens sont extremement 6pais et leur suture s'est effectu6e d'avant en arriere. Le type celtique est encore loin d'Stre determine scientifiquement, mais si Thomme de Neanderthal est un Gelte, on doit chaleureusement f61iciter les Geltes modernes de ressembler si peu a leur vieil ancStre.

Enfin, et ceci est plus grave, comment dans un chapitre consacre a la refutation du Darwinisme et des theories donnant a l'homme une origine simienne, omettre completement le fait le plus probant, le plus 6clatant de tous ceux qu'invoquent les adversaires du monogenisme classique? nous voulons parler du curieux maxillaire trouvS en Belgique par M. Dupont

1 Indice cdphalique, rapport entre la largeur et la longueur horizontals du crane. Le rapport huit dixienies est geueralement adopte comme limite entre la dolichocephalie et la brachyc6phalie.

dans le Trou de la Naulette 9 debris tellement etrange que M. Pruner-Bey, dont la competence ne saurait Stre mise en doute, et stir Tautorite duquel M. de Quatrefages s'appuie si frequemment, n'y trouva d'abord que des caracteres simiens, puis, apres mure reflexion et long examen, il n'y reconnut plus que des caracteres humains. Passer ce fait sous silence, c'est pousser la prudence jusqu'a un exces qui nous semble quelque peu bl&mable.

Dans un precedent article, nous avons tente de justifier quelque peu les partisans de Forigine simienne de Thomme, que M. de Quatrefages traite beaucoup trop severement, et & notre avis beaucoup trop 16gerement.

Bien d'autres faits, bien d'autres considerations pourraient £tre invoquSes en leur faveur a titre de circonstances attenuantes devant le tribunal des Monogenistes.

Ces faits, ces considerations, le lecteur les pourra voir reunis dans une belle traduction de Timportant travail de M. Th. Huxley, sur la Place de Vhonime dans la nature *. (Test vraiment avec les yeux et l'esprit d'un philosophe que l'auteur voit et etudie Thomme.

II sait que le mouvement est la condition essentielle de la vie et se garde bien de considerer et de classer les Stres organises, perpetuellement differents d'euxmemes depuis le moment de la fecondation jusqu'a la mort, comme un numismate classe ses medailles, comme un cristallographe classe ses cristaux. Pour le naturaliste,aussi bien que pourle psychologue,rhomme est un etre perpetuellement « divers et ondoyant », et Yesp&ce doit 6tre consid6ree, non pas comme une r6a-

1 J.-B. Bailliere. Le traducteur, M. Dally, a fait preceder cette traduction d'une introduction magistrate.

ANTHROPOLOGIE GSNISRALE. 167

lite concrete, mais comme un type abstrait, id6al, utile pour etayer la m^moire, pour ordonner la science des etres vivants. Lui accorder une valeur absolue, c'est en faire un dogme g&nant et nuisible, comme la plupart des dogmes. M. Huxley nous montre Thomme identiquement semblable k tous les autres vertSbres dans les premieres phases de la periode embryonnaire, a ce point qu'a un moment donn6 il est k peu pres impossible de le distinguer d'un chien. Puis, a mesure que se d&veloppe la. vegetation humaine, on voit apparaltre non pas les caracteres humains, mais les caracteres des primates, car Tembryon simien et Tembryon humain s'ecartent pareillement de Tembryon canin. « Ainsi, dit M. Huxley, si Ton compare a l'homme les animaux places immediatement au-dessous de lui, il y a : identity dans les procedes physiques a Taide desquels Y&tre se produit, identite dans les premieres periodes de son developpement, identity dans les moyens k l'aide desquels la nutrition s'effectue avant et apres la naissance. On peut done s'attendre k une merveilleuse ressemblance d'organisation, si, poursuivant le parallele, on les compare de nouveau dans leur constitution adulte et parfaite. » Puis, prenant une a une les principales pieces du squelette de Thomme, les principales regions de son cerveau, le naturaliste anglais n'a pas de peine a montrer combien, entre Thomme et le singe, la somme des ressemblances Temporte sur celle des differences et conclut que, s'il y a un hiatus dans la serie, il est non pas entre les singes et Thomme, mais entre les singes moyens et les singes inferieurs. Dame Nature, croit-il, a prSvu que, dans un moment d'aberration orgueilleuse, Thomme oubliant Thumilite de son origine, les mis&res de sa condition, fermant les yeux pour ne pas voir les echantillons peu glorieux de Tespece et les races infSrieures pithecoides, en arriverait a Mtir le chateau de cartes du Regne humain, et, avec une cruaute romaine,- elle a pris soin d'6tablir entre lui et

les vertebras rongeurs, une serie aussi gradu£e que contrariante.

La seule diflterence vraiment capitale entre l'homme adulte le plus inferieur, l'Australien, par exemple, et le singe anthropomorphe le mieux dou6, se tire de la comparaison, non point de la forme des centres nerveux, mais de leur volume respectif. Quelle 6norme distance entre le petit cerveau du gorille (567 gr. au plus, d'apres Huxley) et le puissant cerveau du Wane Indo- Europeen (1,300 a 1,500 gr. en moyenne)! Mais si, laissant la les moyennes, nous considerons les extremes, toute grande difference s'evanouit et nous descendons graduellement du cerveau de Cuvier (1,829 gr. 96), de celui de Byron (1,807) au cerveau minimum du blanc non idiot (1,049 gr. pour l'homme, 907 gr. pour la femme), en passant par le cerveau moyen du nfegre oceanien (1,240 gr. environ) pour arriver enfin, par une chute menagee, mais fort triste, au cerveau micro-cephalique, dont le poids peut descendre a 283.75, fort audessous, helas, de celui du gorille.

Dans un travail anterieur 4 , nous avions, en nous basant sur ces faits et sur la grande analogie de forme, qui rapproche du cerveau simien le cerveau des idiots microcephales, sur la reduction des lobes frontaux et la simplicity des circonvolutions, emis a titre de conjecture Topinion que ces cas d'arret de developpement cerebral pourraient bien 6tre seulement des faits d'atavisme reproduisant un type ancien actuellement disparu. Partant de la meme idee, un anthropologiste bien connu en Europe, M. Carl Vogt, de Geneve, a publie cette annee (1867) un savant et important travail, dans lequel, apres avoir compare anatomiquement, physiologiquement et psychologiquement les singes anthropomorphes, d'une part, les idiots microc6phaliques, de Tautre, et resume en outre les principaux

1 L'Homme primitif. — Union medicate du 11 Janvier 1855.

faits d'heredite alternante ou atavique observes chez les animaux, il conclut que l'homme et le singe, sans etre allies par une filiation directe, descendent Tun et Tautre d'un type commun, actuellement Steint. Ce type 6teint, nos microcephales nous le rappelleraient a peu pres. Puissent-ils aussi rappeler aux savants, qui ont de toutes pieces cree le Regne humain, combien rhomine, si grand quand on le considere seulement dans quelques individualites,, est en r6alite humble et chetif le plus souvent, bestial parfois, et en resume, indigne du piedestal qu'ils ont eu la bont6 de lui dresser.

Mais que nous offre done le monogenisme a la place des theories simienne ou darwinienne, sur Torigine de Thomme? C'est ce qu'il s'agit maintenant d'exposer. Le vrai monogenisme etant celui qui croit a Tapparition spontanee ou ^t la creation instantanee d'un couple humain, souche de Thumanite; occupons-nous sp6cialement de cette doctrine, qui est d'ailleurs celle de Thonorable M. de Quatrefages.

Mais nous serons moins timide et plus logique que les monogenistes, et, tirant de leur systeme ce qu'il contient virtuellement, nous allons raconter quelle est necessairement, selon leurs theories, Torigine de Thomme. Le recit que nous allons faire ay ant naturellement une forte couleur poetique et miraculeuse, le lecteur nous pardonnera d'employer un style appropri6 au sujet.

Muse, toi qui inspiras tous les cosmogonistes de Tunivers, voltige done autour de moi, caresse-moi de tes ailes, suggere-moi des expressions a la fois assez poetiques et assez justes pour peindre la naissance de ce noble bipede, portrait souvent peu flatte de la divinite, que Linne a cru devoir baptiser homo sapiens.

Puiss6-je aussi, muse, avec ton aide, traduire d'une chaste plume ma chaste pensee, et ne blesser, par consequent, aucune des morales multiples, dit-on, qui regissent le monde, parfois assez mal ; car je vais chanter de curieuses amours.

Depuis longtemps, si ce n'est depuis toujours, les materiaux constituants de Thomme, l'azote, le carbone, Foxygene, Fhydrogfene, le soufre, le phosphore, etc., passionn6ment epris, s'attiraient mutuellement par ces fortes et mysterieuses sympathies que les chimistes connaissent. Deja, maintes et maintes fois, ils s'etaient clandestinement mari6s pour constituer diverses formes organisees, algues, infusoires, radies, mollusques, vertebras ; chaque hymen donnait naissance a un produit varie, tantdt k un ammonite, tantdt k un ichthyosaure, tantdt au grave et inelegant mammouth.

II va sans dire, que pour consommer, m6me ces hymenees de bas aloi, les corps simples avaient du se conformer a cet article bien connu du code chimique : Corpora rum agunt nisi soluta. D'une union brAlante avec Toxyg&ne etaient n6es des acides et des bases, qui, promptement, en s'asservissant les uns les autres, etaient devenus des sels. Mais ce n'etait Ik qu'un prelude, quelque chose de comparable a un deguisement, sous lequel se cache un amant pour arriver a sa belle. Dans cette m61ee atomique, la preeminence dut souvent appartenir aux acides sulfurique, phosphorique, azotique, etc., dont Fhumeur entreprenante et despotique est proverbiale.

Un jour enfin, jour a jamais memorable, moment unique dans Fhistoire du globe, Facte supreme s'accomplit. Ce fut en un point, un seul point de la boule terrestre. Mettons ce point en Asie; cela pourra etre agreable a beaucoup de gens et ne nous cause aucune peine. En vertu de la loi chimique, citee plus haut, la sc^ne se passa necesairement au sein d'un milieu

liquide : mer, lac, riviere, etang ou mare. La tradition, d'ailleurs, atteste cette particularity chez divers peuples, notamment chez les Gafres Basoutos de TAfrique australe, ou Ton raconte que le premier homme sortit d'un etang marecageux, couvert de roseaux 1 . Comme il n'est pas raisonnable de supposer, que le premier homme fut habile dans Tart de la natation, il est probable que le milieu liquide dont nous parlons n'avait guere qu'une profondeur de quatre a cinq pieds. C'etait un alambic naturel, un matras providentiel, contenant en dissolution, k une temperature convenable, dans des proportions convenables, sous des formes chimiques convenables, tous les materiaux propres k constituer un corps humain. Au sein de cette solution prolifique s'accomplirent des actes in6narrables. Les corps, azote, carbone, phosphore, libres ou acidifies et salifi6s s'etreignirent, se pSnetrfcrent, se confondirent en mille embrassements chimiques et amoureux ; probablement ils prirent enfin la forme fibrino'ide, albuminoitde, plasminoide, et puis, dans un supreme et magnifique effort, produisirent un homme, Taieul commun de Fhumanite. Ah! foubliais; ils produisirent un homme et une femme, lesquels immediatement sortirent de la solution creatrice. Appelons ces deux Stres Adam et five; les noms importent peu, et continuons d'un style plus calme et plus prosaique.

Si Ton accorde au monogenisme le petit miracle originel, que nous avons decrit de notre mieux, plus rien ne Tembarrasse, il explique tres facilement comment le monde s'est peup!6, comment les types descendant du couple primitif ont variS, et il decrit meme Tetat physique et intellectuel du premier couple. Du moins M. de Quatrefages croit pouvoir faire a ce sujet des conjectures vraisemblables. En ce point, ses opinions s'ecartent grandement des traditions bibliques. Le pre-

1 E. Gazalis. Les Basoutos.

172 SCIENCE ET MATERIAUSME.

mier homme et la premiere femme n'etaient pas, selou lui, resplendissants de grace, de beaute, de noblesse et d'intelligence, mais au contraire assez laids et assez sots. Nous allons exposer ses id6es a ce sujet. Mais auparavant, il ne sera pas hors de propos d'appr6cier brievement la valeur de Tidee d'espece en histoire naturelle.

La notion de Tespece, c'est-a-dire l'idee dela stabilite plus ou moins absolue des types organiques, et de leur reproduction indefinie par descendance directe, n'etait pas nee il y a deux siecles ; depuis, cette idee a ete un perpetuel sujet de discorde entre les naturalistes les plus eminents : Lamark, Buffon, G. Saint-Hilaire, Guvier. Le triomphe complet et definitif dudarwinisme pourra seul terminer la lutte ; car des deux cdtes on invoque des faits incontestables, prouvant les uns que certains types varient, les autres que certaines formes sont relativement fixes. M. de Quatrefages, dont nous devons seulement nous occuper ici, a pris une position mixte. Pour lui, Tespece est « l'ensemble des individus plus ou moins semblables entre eux, qui sont descensus ou qui peuvent Stre regard^s comme descendus d'une paire primitive, unique, par une succession ininterrompue de families ». Mais les individus sont-ils tous identiquement semblables, comme des pieces de monnaie fondues dans le m6me moule et frappees a la meme effigie? M. de Quatrefages est trop bon naturaliste pour le pretendre; il admet done des varies individuelles, lesquelles sous Tinfluence d'une selection naturelle ou artificielle, peuvent se transmettre aussi surement que les caracteres dits specifiques. Mais alors ou est la difference au point de vue de la notion de Tespece entre ces types ainsi modifies et ceux dont ils pro viennent ? Elle est singuliere : on connait Torigine

des premiers, on ignore celle des autres; cela suffit pour le distinguer scientifiquement aux yeux des monogenistes. Pour mieux marquer la dissemblance, on appelle les types anciennement fixes des especes, les autres des races, et Ton peut Mtir la-dessus une doctrine. Remarquons en passant, que cela peut mener loin; car une race peutproduire des varietes nouvelles, <celles-ci peuvent donner naissance a des races nouvelles aussi, et ainsi de suite, jusqu'au moment oil Ton arrive a des types tellement divers par la taille, la forme, les instincts, que m6me le croisement f6cond ^ntre eux, ce criterium de Tespece, devient difficile, sinon impossible. On pourrait citer, par exemple le bichon, que M. de Quatrefages a vu nos grand'm£res cacher dans leur manchon, et Penorme chien des Philippines qu'il mentionne aussi *. Sur ce theme de la variability des races derivant de Pespece, le savant naturaliste a ecrit d'excellentes pages, que Darwin ne desavouerait pas 2 , mais qui nous paraissent miner de fond en comble ses theories monogeniques.

Si nous ne craignions d'etendre outre mesure cette €tude critique, nous parlerions longuement des faits de generation alternante, qui portent le coup de grace a 1'idee de Pespece, en lui otant toute precision, et surtout de la generation dimorphique de Paxolotl, produisant dans une mSme ponte, deux series d'etres, les uns aquatiques a respiration branchiale, les autres a respiration pulmonaire 3 .

Mais il n'est pas necessaire d'invoquer ces cas etranges, destines de toute eternite a d6sesp6rer les classificateurs; la remarque suivante, faite au sujet des races canines par M. Broca dans ses recherches sur Phybridite est de tous points suffisante. Elle peut se r6sumer

1 Unite" de Vespece humaine.

* Idem.

8 Axolotl. Batracien originaire du Mexique. Voir M. A. Dumdril, Bulletins de la SocietS d'acclimatation, fevrier 1866 et octobre 1866.

174 SCIENCE ET MATERIAUSME.

ainsi : ou tous les chiens connus descendent du chacal ou d'un canide quelconque, et alors, par leurs enormes dissemblances, ils 6chappenta Tun des deux caracteres specifiques, celui que Ton tire de la similitude des formes; ou bien ils descendent de plusieurs types, c'est-adire de plusieurs especes, du loup, du chacal, et alors ils ruinent le deuxieme criterium de Tespfece, puisque, en bonne orthodoxie, il n'y a point de fecondite ind6finie entre des especes diverses.

Aucun de ces faits ne semble a M. de Quatrefages assez probant pour 6brecher la notion de Tesp^ce, qui a ses yeux est fixe et neanmoins variable; mais dans de sages limites, et appliquant ces idees a l'etude des divers types humains, il croit pouvoir determiner scientifiquement :

1° Si l'homme est ou non d'une seule ptece;

2° En quel point du globe il est apparu;

3° Ge qu'etait le premier couple au point de vue physique et intellectuel.

Nous avons vu combien la notion dogmatique et trois fois sainte de l'espece est chose vague et mal definie. Aussi le monogenisme arrive-t-il sans trop de peine a une demonstration plausible de Tunite de l'espece humaine. Pour cela, il est besoin de passer 16gerement sur les differences des types humains extremes. Qu'importe qu'entre le blanc Indo-Europeen et TAustralien, chaque forme, chaque trait, chaque os different! On decrete peu important tout ce qui est divers, fondamental tout ce qui est similaire et tout est dit.

D'ailleurs, des deux criteriums de l'espece, la similitude des formes et la fecondite des croisements, le premier etant fortement ebranle par les faits que nous avons precedemment mentionnes, et par d'autres analogues, il est sage de s'appuyer surtout sur le second.

ANTHROPOLOGIE G&NERALE. 175

Or, ici le monogenisme se croit inattaquable et victorieux; car il est incontestable quele croisement fecond est possible entre tous les types humains, quelque divers soient-ils.

Mais en realite, ce dernier refuge n'est pas plus sur que les autres, et Tobservation du monde organique a reuni et mis en lumiere une assez grosse gerbe de faits propres a inspirer des doutes graves.

Nous avons vu combien entre Tespece et la race la limite 6tait peu precise; le m6me vague, la m6me indecision se remarquent dans les resultats soi-disant divers des croisements entre les races (metissage), et entre les especes (hybridite). La difference tranchee existe bien plus dans les noms que dans les faits. Sans doute, un grand nombre d'especes appartenant au m6me genre ne peuvent produire ensemble ; sans aucun doute encore, les produits hybrides, quand il y en a, sont souvent infSconds ou doues seulement d'une fecondite limitee. Mais les faits transitoires ne manquent pas. Les monogenistes eux-m£mes admettent des faits de fecondation parfaite, quoique hy bride ; ils les admettent seulement a titre d'exception ; mais ici l'exception infirme singulierement la regie.

Goertner fait remarquer, que, dans le regne vegetal, 6i les hybrides les moins feconds sont artiliciellement fecondes avec du pollen hybride de la meme variete, leur fecondite augmente parfois tres visiblement et va toujours en augmentant. II fait remarquer pareillement que dans les experiences sur les animaux hybrides, on a toujours apparie les freres et les soeurs, et que, malgre cela, il y a des faits de fecondation parfaite, par exemple entre nos boeufs et les zebus de Tlnde. Selon W. Herbert, qui operait dans une serre chaude et non en chambre sur des plantes cultiv6es dans des pots, la f6condite des produits hybrides est souvent parfaite, et parfois meme Thybridation augmente la fecondite.

Un savant horticulteur, M. H. Lecoq, professeur

176 SCIENCE ET MATERIALISMS.

d'histoire naturelle a Clermont, a, au mepris du dogme de l'espece, ce qui doit 6tre fort mal, trace les regies de Thybridation veg6tale et r6uni un si grand nombre de faits, que les plus sceptiques doivent en Stre ebranles.

Citons encore, dans le regne animal, les hybrides de brebis et de chevre (ovicapres du P£rou), ceux de Talpaca et de la vigogne (P6rou, Bolivie), ceux du lifevre et du lapin (leporides), du loup et du chien, etc.

Notons en outre, que, par une curieuse petition de principe que releve M. Darwin, des monogenistes accordent a certains types organises la dignite d'espece, uniquement parce que leur croisement f6cond est impossible, ce qui permet de demontrer ensuite avec la plus grande facility que le croisement fecond entre especes est invraisemblable.

Ajoutons que Ton a vu des croisements feconds, hon ind6finiment, il est vrai, mSme entre genres divers, entre un lion et une tigresse par exemple, et que ces croisements bigeneres et f6conds sont admis par Koelreuter, I. Geoff roy-Saint-Hilaire, M. de Quatrefages luim6me, ce qui montre bien que les caracteres specifiques tires de la generation n'ont pas une valeur plus absolue que ceux tires de la forme.

Enfin, c'est un fait d'observation generate, que les croisements entre types divers sont plus faciles a Tetat de domestication qu'& T6tat de nature; car, dans le milieu artificiel cree par Phomme, les etres organises trouvent une protection contre les intemp6ries, une nourriture plus abondante, d'ou Texaltation des fonctions g6n6siques.

Or, de tous les 6tres organises, l'homme est certainement celui qui b6neficie le plus du milieu, du climat artificiel qu'il a su secr6er; rien done de bien etonnant dans le fait des croisements plus ou moins faciles entre les divers types humains. Mais ces croisements euxmSmes son cTautant moins feconds que les types sont plus divers, et il paralt y avoir en general une grada-

ANTHROPOLOGIE G&NERALE. 177

tion d£croissante, depuis la fecondite normale, entre individus du m£me type, etla fecondite amoindrie entre deux types tres differents ; par exemple, entre l'lndo- Europeen et le Melanesien. D'apres certains auteurs mSme, les femmes polynfeiennes et australiennes, qui auraient eu avec les blancs des relations fecondes, se- ' raient souvent steriles ensuite avec leurs compatriotes. II y aurait empreinte durable de la constitution de la mere par le pere. Que ce fait singulier n'ait pas ete suffisamment bien constate, cela est probable, mais il parait certain qu'entre le blanc et le negre oceanien, les croisements feconds, quoique possibles, sont rares et assez difficiles.

Toutes ces considerations etant pour les monogenistes nulles et non avenues, ils concluent hardiment que tous les hommes sont d'une m6me esp^ce, que les differences entre les divers types humains sont dues a Taction des milieux, que Thomme etant d'une seule espece, doit avoir eu un cantonnement primitif, d'ou on le fait s'irradier sur tout le globe, en supposant pour cela autant de migrations qu'il est necessaire, que ce cantonnement primitif doit £tre en Asie, non loin des massifs montagneux du centre.

Quel etait cet homme primitif, tire k un ou plusieurs exemplaires, suivant le proced6 peu naturel que nous avons precedemment decrit ? Tout est, selon M. de Quatrefages, conime si le milliard et demi d'hommes qui vit actuellement sur la terre, par groupes si divers anatomiquement et psychologiquement, etait descendu d'une paire primitive, unique et asiatique.

Pour esquisser le portrait probable de ce couple probable et miraculeux, M. de Quatrefages s'abandonne a une fougue d'imagination, a une temerite d'induction vraiment effrayantes.

II admet que l'humanite a eu son enfance, et cela est incontestable, car cela est ecrit dans l'histoire, dans l'archeologie, dans Tanthropologie.Emule deM. G.Vogt, il admet aussiquel'atavisme reproduit de temps a autre des types anciens disparus ; or, quelques blancs sont prognathes, done Thomme primitif etait vraisemblablement prognatbe.

Certains negres naitraient vetus d'urie peau plus claire, jaun&tre ; or, jamais les blancs n'ont d'enfants negres, done le negre est un derive du blanc ou du Mongol. M. Steinthal vient de demontrer en etudiant les quatre dialectes de la langue des negres MandSens, combien ces idiomes sont pauvres, rudimentaires, puisque la racine verbale y entre toujours toute nue dans la phrase, et cela a tous les temps et a tous les modes * ; mais, pour M. de Quatrefages, les idiomes des negres sont tres complexes, franchement agglutinatifs, bien superieurs par exemple aux langues monosyllabiques des Mongols, et par consequent bien plus recents ; car il paralt dispose a admettre sans hesitation qu'un idiome est d'autant plus parfait qu'il a eu moins de temps pour se perfectionner.

Uhomme blanc, a ce titre sans doute, doit etre encore plus jeune, puisqu'il est sans conteste le plus intelligent, le plus avance dans les arts, les sciences et les langues. M. de Quatrefages admet cette grande jeunesse de Thomme blanc. II lui semble demontre que la branche aryenne, indo-europeenne, est la derniere venue.

Enfin, dans toutes les races humaines, il y a des hommes ornes de cheveux roux : fait d'atavisme, selon M. de Quatrefages, et fait tres important.

Nous voila done en mesure de faire le portrait conjectural, mais probable, de TAdam ou des Adams asiatiques, en observant toujours que tout est comme s'il n'y avait eu originairement qu'un Adam et qu'une Eve.

1 Revue de ling uisti que. Octobre 1867.

Le premier homme, rhomme-souche, Adam en ua mot, est done n6 en Asie, instantan6ment sans doute et a r&ge adulte, puisque les especes sont 4 peu pr6s immuables et que, suivant Tobservation si judicieuse de Lactance, le premier homme dut Hre depourvu de nourrice.

Cet homme originel et mSme original 6tait de race jaune; il 6tait prognathe, avait les cheveux roux et parlait une langue monosyllabique.

Voil& a quelles conclusions s'est laiss6 entrainer un homme de merite, un naturaliste consomme et erudit, en s'acharnant a defendre une cause insoutenable.

Le polygenisme, plus rationnel, plus vraisemblable, plus scientifique sur la plupart des questions anthropologiques secondaires, 6choue sur le meme ecueil que le monogenisme, quand il s'agit des origines humaines.

Pour lui, les divers types humains, coexistant aujourd'hui a la surface du globe, sont des especes distinctes, aussi distinctes que les especes simiennes le sont entre elles. De mdme que chaque grand continent a sa flore speciale, sa faune animale particuliere, il a aussi une faune humaine qui lui est propre.

Ge systeme n'oblige pas, comme le monogenisme, a faire de violents efforts d'imagination pour tracer des itinerairesfantastiques a une foule de Jasons ante-historiques, puisqu'il n'est plus besoin de demontrer a tout prix, que Tlndou, TAllemand, TAmericain peau-rouge, le Chinois, l'Australien, le negre d'Afrique, le Lapon et le Patagon sont cousins 61oign6s, a la mode de Bretagne.

Les polygenistes n'ont pas besoin davantage d'exagerer outre mesure Tinfluence modificatrice des milieux sur les types humains actuels, peu variables evidemment, parce qu'ils ne -sont pas iix6s d'hier, et que

l'energie de Fheredite, quand il s'agit de modeler des descendants semblables aux ancStres, est d'autant plus puissante que la chalne des generations a ete plus longue. Les partisans de la plurality des especes humaines, ne pretendent pas, par exemple, que le continent americain ait le magique pouvoir de transformer les blancs en Americains peaux-rouges. Mais le systeme polygenique tombe dans l'exces contraire, il est porte a considerer comme errones laplupart desfaits d'acclimatation, de variability, constates chez Thomme et chez r animal. De ce que les types humains sont aujourd'hui peu modifiables, il en conclut volontiers qu'il en a toujours et6 de m6me ; que les formes organisees sont stables comme des cristaux. Le polyg6nisme rejette bien, en t&chant de ne pas rire, la paire. originelle, asiatique, mongolique, prognathique, monosyllabique ; mais tout aussi impuissant que son adversaire a expliquer l'origine de Fhomme, il s'abrite comme lui derriere une fin de non recevoir, et, d'un commun accord, reconcilies en ce point seulement, Monogenisme et Polygenisme jettent la pierre a cet intrus, qu'on appelle le Darwinisme. Pour ces deux freres ennemis, Torigine de Thomme et de tous les etres organises est un fait inexplique, probablement inexplicable. Aller plus loin, c'est courir apres un papillon, franchir les frontteres scientifiques,donner une preuve lamentable d'une imagination fol&tre et vagabonde.

Mais, en tin de compte, comme il est scientifiquement etabli que toutes les formes organisees ont eu un commencement, le polygenisme aboutit fatalement a une incroyable debauche de generations spontanees et primordiales, parfaitement insoutenable et dont la seule idee m£me pourrait gravement alterer la sante de M. Pasteur.

Le plus grave, c'est qu'en presence de cette invincible obstination, la question ne peut faire un pas. Gar les faits transitoires ont beau-se multiplier; la paleon-

tologie, encore dans Fenfance, a beau combler de plus en plus les lacunes, exhumer des couches geologiques des especes eteintes, reliant de plus en plus les formes actuelles du regne animal aux especes disparues, monogenistes et polygSnistes s'accordentpour considerer ces nouveaux chainons de la s6rie comme des especes nouvelles, tout aussi ind6pendantes, tout aussi invariables que les especes anciennement connues. Et il n'y a aucune issue possible au debat ; car ni Fours actuel des Pyrenees, ni Felephant actuel, ni le cheval, etc., ne pourront jamais, sans doute, fournir un arbre genealogique, un etat civil regulier, prouvant, par pieces authentiques, qu'ils descendent en ligne plus ou moins directe de Fours des cavernes, deYelephasprimigenius 9 de Fhipparion. Le defaut d'orgueil nobiliaire, si rare parmi les bourgeois de nos jours, entraine a jamais pour ces pauvres quadrup&des le grave soupcon d'origine infime, recente, batarde peut-6tre.

Mais, en depit des savants, le sens commun va plus loin ; il refuse de s'enfermer dans Fimpasse de leurs dogmes, et, etant pose en principe, que le monde organique terrestre a commence, que les formes se sontsuccede aux divers ages dela planete, suivant que variaient les climats, les habitats, qu'en these gtntrale la loi de progres, de perfectionnement organique est la grande loi des etres vivants, ce que la paleontologie demontre, la thSorie darwinienne est la seule possible, la seule qui puisse ordonner et expliquer le monde organise, en retracer Forigine et Involution depuis Fapparition, par gen^se spontanee, des formes organisees les plus rudimentaires jusqu'a Fetat actuel, en expliquant le perfectionnement general des Stres vivants par Faction de la selection naturelle, du triomphe necessaire des indi-

182 SCIENCE ET MATERIALISMS.

vidus les mieux dou6s, les plus forts, dans la bataille pour vivre.

Une anecdote et une citation pour finir ; Tune et Fautre inarquerontbienlaprofonde scission qui divise aujourd'hui le monde scientifique aussi bien que tous les autres mondes. D'un cdte, de vieux dogmes chancelants, souvent plus theologiques qu'ils ne veulent en avoir Fair ; de Fautre, Fesprit moderne, luttant pour Faffranchissement complet et impatient de s'elancer dans Favenir.

II y a quelque trente ans, la question de la modification des especes vSgetales par Fhybridation artificielle ayant 6te portee devant la Societe morphologique d'horticulture de Londres, la majority des membres, dont le cerveau avait 6t6 quelque peu trouble par la lecture trop soutenue d'un vieux livre h6breu bien connu, decida qu'il fallait ecarter cette question comme impie et attentatoire a Foeuvre du cr6ateur necessairement parfaite.

Nousesperons qu'apres ce vote remarquable les honorables votants auront pieusement proscrit de leur table tous les legumes modifies etrendus trop savoureux par des soins sacrileges, pour s'en tenir dor6navant a Faieul probable du modeste artichaut, au chardon, vers lequel d'ailleurs un instinct inn6 devait les attirer sans cesse.

Heureusement pour elle, la Grande-Bretagne nourrit des gens moins pieux. De ce nombre est le professeur Huxley, dont nous avons deja parl6. Aux yeux de ce savant, qui est aussi un philosophe, Fesprit humain sans cesse nourri par des connaissances nouvelles, grandit periodiquement, en passant par des mues comparables a celles des insectes, rejetant de temps a autre ses teguments vieillis et devenus trop etroits. « Un tegument de bonne dimension, dit-il, fut rejete auxvi e Steele, un autre vers la fin du xvm e , et, depuis cinquante ans, le developpement extraordinaire de toutes les parties des sciences naturelles a repandu parmi nous un aliment

mental si nutritif et si stimulant qu'une nouvelle metamorphose semble imminente.

« Mais souvent ces transformations s'accompagnent de convulsions, de malaises et de debilite, quelquefois rapine de desordres plus graves; en sorte que tout bon citoyen doit se sentir tenu de faciliter revolution, et, s'il n'a dans ses mains qu'un scalpel, de s'en servir pour faciliter de son mieux le debridement de cette enveloppe qui va se rompre. *. »

Hourra pour la vieille Angleterre, pour la patrie de Bacon, de Locke et de Hobbes, de Newton et de Darwin ! Et, quant aux bibliques mangeurs de chardons, disons-leur : Raca.

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