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ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR EN ALGÉRIE

C'est ce qui est arrivé aux Étals-Unis, cette seconde Europe, issue de notre vieille civilisation : l'enseignement supérieur n'y est apparu qu'au bout de deux cents ans. Jusque-là, tout l'effort des colons était consacré aux nécessités de la vie, au jour le jour non que la science et ses résultats ne leur fussent aussi nécessaires; mais ils tiraient tout cela de la vieille Europe. Une fois la sécurité gagnée et la richesse acquise, ils ont voulu vivre par eux-mêmes et ils ont commencé à cultiver renseignement supérieur, dans toutes ses régions ; avec une vigueur et une énergie telles, qu'ils rivalisent aujourd'hui sur bien des points avec les nations dont la culture a précédé la leur, et lui a servi de modèle et d'initiation. C'est ainsi que ce grand peuple, éminemment pratique, a compris la puissance et la nécessité de l'enseignement supérieur.

Il en est de même aujourd'hui de cette seconde France, l'Algérie : la première période de la colonisation est accomplie; la race française a pris pied sur le sol africain; elle le cultive, elle le féconde, elle l'enrichit. La lutte pour la vie a été livrée et surmontée, l'enseignement supérieur apparaît comme le couronnement.

Ce n'est pas un couronnement superflu, car c'est de la science que découle toute la richesse et toute la force de notre civilisation moderne. C'est là ce qui fait

sa supériorité, par rapport aux cultures antiques et par rapport aux races qui occupent le reste du monde: c'est la science qui a relevé nos peuples des vieillies servitudes historiques. Les chemins de fer, le télégraphe électrique, le téléphone, Téclairage électrique, la métallurgie moderne, l'application de principes scientifiques chaque jour perfectionnés aux travaux de Tagriculture, de Tindustrie, du commerce, de la guerre, voilà les fruits matériels et tangibles de nos doctrines abstraites. Les lois de la mécanique ont pour application la construction des machines et des chemins de fer; les lois de l'astronomie et de la physique ont donné à la navigation sa puissance et sa sécurité; les lois de la chimie président à la fabrication des matières colorantes, des matières explosives, et bientôt à celle des parfums et des agents physiologiques et médicaux les plus actifs. Voilà, dans Tordre malériel, à quoi sert renseignement supérieur.

Mais si cette grande utilité justifie les sacrifices que font pour lui tous les États modernes, si elle explique la création des établissements que nous inaugurons aujourd'hui, honneur futur de TAlgérie! cet honneur, Messieurs les Professeurs, vous impose des devoirs nouveaux et que vous saurez remplir, j'en suis assuré, avec ce zèle et ce dévouement dont vous nous donnez tous les jours tant de preuves. En effet, Messieurs,

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pour que ces établissements soient féconds, il faut qu ils aient des élèves, et ces élèves, votre preuiicr devoir c'est de les attirer à vous et de les former. Vous n'avez pas à attendre qu*on vous les amène du dehors, vous devez avoir la ferme volonté de montrer d'abord à ceux qui vous entourent les fruits pratique» de la science et de les intéresser ù votre (puvrc, par son ulilité même. C'est ici que je compte sur le zèle incessant et sympathique de cette phalange d'hommes d'élite, que nous avons choisis pour représenter l'enseignement supérieur en Algérie. Il faut (|ue vous montriez à vos élèves les applications de la science : je ne dis pas seulement l'application à la société en général, mais aussi et surtout à la société algérienne. Il faut (|ue les professeurs de l'école de droit, — (ît j(î sais qu'ils sont fermement dirigés vers ce but, — il faut qu'ils enseignent à la fois à leurs auditeurs et le droit français et le droit indigène, dans leurs relations réciproques. Il faut que les professeurs d'histoire, non contents d'exposer les grandes lignes de l'histoire générale, s'attachent à faire revivre le passé de celte terre d'Afri(|ue et des civilisations si diverses, qui l'ont successivement dominée. Il faut que le professeur de chimie expose particulièlement les applications des lois abstraites de sa science aux produits algériens, aux minéraux de fer et de cuivre, aux marbres, aux matières textiles, aux vins,

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aux blés et aux produits agricoles. Il doit en enseigner la composition, montrer comment les méthodes nouvelles permettent de rendre la terre plus féconde, comment elles apprennent à mettre en œuvre les matières si riches et si nombreuses, que renferme le pays où vivent les élèves groupés autour de lui. Il faut que le professeur de géologie leur explique la nature et la constitution des plaines, des montagnes, des terrains qu'ils défrichent, et dont ils veulent tirer parti.

Voilà, Messieurs les Professeurs, comment vous vous entourerez d'élèves, séduits d'abord par Tappût direct des avantages immédiats, et par quels degrés vous pourrez les élever ensuite jusqu'à cette région plus haute de la science pure ; ils verront mieux alors comment les applications utiles découlent des lois générales, que vous leur ferez comprendre par votre enseignement oral et par l'exemple de vos travaux personnels.

Ce jour-là, Messieurs, les grands sacrifices faits par la France pour les écoles d'enseignement supérieur d'Alger auront leur pleine justification; ce jour-là vous aurez gagné vos derniers éperons, je veux dire le titre définitif de Facultés et le titre plus haut d'Uniniversité algérienne. C'est par les services rendus, par les découvertes faites, par l'illustration, conquise à la

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